CONSEILS ET RENSEIGNEMENTS A L'USAGE DES CHASSEURS-NATURALISTES
Dans le but d'être utile aux chasseurs et aux voyageurs qui voudraient collectionner, je termine par quelques renseignements sur la façon de mesurer exactement les animaux, sur la manière de préparer leur peau pour les collections ou les musées, ainsi que sur les lois de protection et les tarifs des permis dans les différentes colonies africaines.
Comme les ouvrages les plus autorisés publiés sur la chasse, tant en France qu'en Angleterre, manquent de données sur la taille des éléphants, j'ai essayé de combler cette lacune en mesurant soigneusement les miens chaque fois que j'en ai eu le temps et les moyens, et j'ai réuni ces mensurations en un tableau comparatif. De même pour les lions et les rhinocéros. Je regrette de n'avoir pas été à même d'exécviter ce travail pour tous les animaux tués sans exception, mais les circonstances ne permettent pas toujours de faire ce que l'on veut. Si incomplets qu'ils soient, ces tableaux serviront à donner une idée de la taille et des proportions des trois principaux hôtes de la jungle africaine. J'ai aussi réuni quelques données sur les dimensions des cornes d'antilope, pour servir de comparaison, le cas échéant, et j'ai indiqué les noms indigènes par lesquels les animaux sont connus dans les parties de l'Afrique que j'ai visitées.
Façon de mesurer les animaux. — Mesures à prendre. — Dépouillement des animaux. — Préparation des peaux. — Séchage. — Préparation des os
destinés au montage. — Collections de têtes. — Collections de crânes ou de massacres. — Façon de préparer les os dans ce cas. — Entretien des spécimens; précautions à prendre. — Envois en Europe. — Petits mammifères. — Préparation des oiseaux. — Instruments nécessaires.
Lois de protection et permis de chasse dans les colonies africaines.
Mensurations : éléphants, rhinocéros, lions, antilopes.
Vocabulaire.
GRANDS ET PEITTS MAMMIFERES.
Avant de toucher à l'animal, la première chose à faire est de le mesurer. Pour cela, on le couche sur le côté, les jambes bien allongées et étendues Tune sur l'autre autant que possible, avant que la raideur cadavérique ait rendu cette opération difficile. A l'aide de deux sagaies ou de deux morceaux de bois, ou bien encore avec deux fusils que l'on place bien perpendiculairement, l'un contre la plante du pied de devant et l'autre contre le garrot, on mesure la hauteur de l'animal. Puis on prend la longueur totale, du bout du nez à la naissance ou à l'extrémité de la queue en passant sur le front, entre les deux oreilles et le long de l'épine dorsale ; on note la circonférence du cou et celle du poitrail, en prenant celleci exactement derrière les jambes de devant en passant sur le garrot.
Chez les éléphants, on peut ajouter la circonférence du pied de devant autour des ongles, et chez les lions celle de l'avant-bras : cet élément indique le degré de force.
Les mesures prises et inscrites sur un carnet, on procède au dépouillement de l'animal. A cet efïet, on l'étend sur le dos, et, le faisant maintenir dans cette position par des aides, les pattes écartées, on pratique, toujours soi-même, l'incision première, qui part de sous le menton ou du coin de la lèvre, longe la gorge et passe au milieu du sternum et du ventre. Les parties sexuelles sont laissées adhérentes à la peau du côté droit, ainsi que le rectum, et on continue l'incision dans toute la longueur de la queue. De cette inci-
sion centrale en partent de transversales qui dégagent les membres et qu'on peut comparer aux branches d'un arbre se détachant du tronc : partant de la poitrine, on en fait une au centre de la patte droite, une autre à la patte gauche, jusqu'au paturon ou au poignet, que l'on laisse adhérent à la peau. Même opération pour les membres postérieurs. Si on a des aides expérimentés, on peut leur laisser faire le reste, qui consiste à dégager la peau du corps en respectant toutefois les cartilages des oreilles, ainsi que l'intérieur des paupières et de la bouche. Le mieux est de couper sommairement ces parties en y laissant la masse de chair adhérente; une fois la peau enlevée, on finit ensuite le travail, on ouvre de même les paturons, les poignets ou les pattes, on en retire tout ce qui est inutile et on ménage aux liquides conservateurs une voie pour pénétrer jusqu'aux extrémités; on met de côté les tibias et le crâne, qui doivent être gardés avec la peau.
Chez les animaux à cornes, on dégage la peau de la tête en incisant la peau tout autour de la base des cornes, de façon à les dégager; si elles sont droites, cela suffit; si elles sont évasées, on fait communiquer par une incision latérale les deux trous pratiqués autour des cornes et on en trace une troisième perpendiculaire allant vers la nuque; celle-ci doit être proportionnée à la largeur des cornes que l'on fait passer par cette ouverture en tournant la peau de façon que l'incision soit dans le sens de la largeur des cornes. Mais pour un buffle, par exemple, il faut ouvrir tout le côté de la tête en allant d'une corne à l'oreille et de celle-ci au cou. Chez les animaux à crinière, comme le koudou, le zèbre, l'antilope noire, mieux vaut fendre la crinière en deux par un trait longitudinal, de façon que la couture soit aisément dissimulée lors du montage; c'est de ce dernier point qu'il faut surtout se préoccuper avec les spécimens destinés à être empaillés.
La peau avant été bien nettoyée et complètement débarrassée de la chair et de la graisse, on enlève les caillots de
sang, s'il v en a, en la lavant à grande eau, et on fait recoudre immédiatement avec une alêne et du fil solide les trous qui peuvent s'v trouver : blessures de balles, coups de sagaie ou maladresses des dépeceurs. On tend ensuite la peau au soleil, le poil en dessous contre la terre préalablement balavée, au moven de chevilles de bois ou bien avec des crochets dans lesquels passent des cordes attachées à des piquets plantés en terre tout autour.
En Europe, on recommande de tanner la peau avec un mélange d'alun et de sel et en la plaçant à l'ombre; tout cela est impraticable en Afrique. Si l'on ne se dépêche de la sécher, les mouches et les insectes de toute espèce s'v mettent, et, avant que la peau soit sèche, elle est gâtée et pleine de larves. En plein soleil, au contraire, oià les mouches ne vont pas, on a des chances de la conserver. Quant aux ingrédients à emplover, le savon arsenical et le sublimé sont plus efficaces que l'alun. L'usage du sel doit être repoussé, d'abord à cause de sa rareté, et aussi parce que l'humidité contenue dans l'air fait suinter les peaux qui en contiennent.
La peau étant bien piquetée à terre , on y passe une première couche de savon ou de préparation arsenicale en en mettant en abondance sur les parties charnues : tête, pattes, etc. ; il faut généralement recommencer cette opération à plusieurs reprises.
Le soir venu, si ces parties ne sont pas sèches, on recouvre la peau avec une toile à voiles afin qu'elle passe la nuit à l'abri de l'humidité, et on la laisse un jour de plus au soleil, ou bien on la roule, ne laissant exposées que la tête et les pattes, si elles ne sont pas sèches. Le côté chair étant bien sec, on retourne la peau et on la brosse soigneusement; puis avec un chiffon ou un pinceau on passe sur le poil de l'alcool additionné de sublimé, à raison de dix grammes par litre; l'alcool s'évapore, et le sublimé reste dans le poil, tenant éloignés les myriades d'insectes qui sont les ennemis des matières
animales et contre lesquels le naturaliste doit lutter continuellement.
Pour les os et crânes destinés au montage des peaux, on se contente de les faire bouillir pendant une heure. On les débarrasse ainsi des chairs et, après les avoir lavés à grande eau, on y passe un peu d'alcool au sublimé afin de leur enlever l'odeur. Enfin on les expose au soleil. Dès qu'ils sont secs, on les inscrit avec la peau dans un carnet spécial qui doit porteries indications suivantes : numéro, désignation de l'animal, taille et dimensions, lieu et date de la capture, date de l'envoi, nom indigène, observations diverses, mœurs, etc.
La peau étant complètement sèche, on la roule soigneusement avec de la naphtaline, du poivre, du tabac en poudre, du camphre ou toute autre matière similaire ; on l'enveloppe d'une toile de sac; on y joint les tibias et le crâne, qui doivent porter sur leurs étiquettes respectives les mêmes numéros que là peau, et on fait au paquet une étiquette générale reproduisant toutes les indications du carnet.
Quand on ne veut conserver que la tête et le cou de l'animal, on coupe la peau autour du garrot et des épaules et on procède de la même façon que pour la peau entière ; seulement, comme le cuir de la tête est très épais, et qu'on ne peut le rouler une fois sec, on a soin de lui donner au séchage une forme commode pour qu'on puisse l'emballer au retour. Les têtes d'antilope et d'autres animaux montées sur des écussons de chêne forment une jolie collection; mais elle est éphémère; les vers s'y mettent au bout de deux ou trois ans, et le poil tombe par places ; les animaux prennent ainsi un air galeux; de plus, comme cela arrive souvent, s'ils ne sont pas bien montés (car c'est un art véritable que de donner à chaque bête l'expression de sa physionomie), l'effet général est piteux ou grotesque. On ne peut conserver intacts des animaux ou des fractions d'animaux naturalisés pendant longtemps, qu'en les mettant sous des cages en verre, comme on le fait dans les musées.
Les collections les plus pratiques et qui se conservent presque éternellement consistent en crânes d'animaux nettoyés ou en massacres (cornes avec l'os du front seulement), selon la place dont on dispose. Pour avoir une belle collection de ce genre, il faut bien se garder de faire bouillir les os, comme je l'ai indiqué plus haut pour les spécimens destinés à être mis en peau. J'ai appris à mes dépens que c'était une erreur, car la graisse s'infiltre dans l'os, et il est difficile ou impossible de le faire blanchir ensuite sans l'abîmer. Voici comment il faut s'y prendre pour les crânes que l'on destine à être blanchis et conservés tels quels : si l'on est pressé et en marche, se contenter d'enlever avec un couteau la plus grande partie des chairs, vider la cervelle avec un bâton et laisser sécher à P ombre et au frais (le soleil ferait fondre la graisse), y passer un peu de subhmé afin que les insectes ne s'y mettent pas, non qu'ils puissent faire aucun mal à l'os, mais parce qu'ils se communiqueraient aux autres spécimens délicats que le voyageur peut avoir avec lui.
Si, au contraire, on a le temps, mettre le crâne dans l'eau courante jusqu'à ce que les chairs ramollies puissent s'enlever à la main ou avec un morceau de bois, sans l'aide du couteau, et que l'os soit devenu bien blanc ; le laisser ensuite le jour au soleil, la nuit à la rosée, pendant une semaine. Plus tard, en Europe, il suffit d'un simple nettoyage pour avoir des spécimens bien blancs.
Au moins une fois par mois il faut visiter ces spécimens en évitant de les secouer ; on les entr'ouvre et on y jette un coup d'œil. On fîaire les pieds, pattes, etc. : à la moindre odeur, il faut remettre des préservatifs. J'ai fait souvent usage de térébenthine au sublimé du côté poil; c'est également bon Le subUmé corrosif oubichlorure de mercure étant un poison violent, ainsi que l'arsenic, il faut, autant que possible, ne pas mélanger dans ses bagages les spécimens d'histoire naturelle avec les comestibles.
On doit éviter de garder les spécimens trop longtemps en
Afrique, surtout pendant la saison des pluies, qui leur est funeste ; il faut les envoyer en Kurope chaque fois que l'on en trouve l'occasion.