BALLES PLEINES OU « SOLID
lo CHASSES AUX GRANDS FAUVES.
Quelques chasseurs conseillent d'ajouter au plomb un tiers d'étain ou un cinquième de mercure, pour augmenter sa dureté. A quoi bon? Pour ma part, j'ai toujours laissé le plomb « nature » : il ne s'en écrase que mieux et il pénètre fort bien dans la peau de l'éléphant ou du rhinocéros, malgré ce qu'on dit de l'impossibilité de les entamer. La balle pleine en plomb ordinaire d'une carabine moderne, comme l'express par exemple, les traverse de part en part. L'invulnérabilité des gros pachydermes est une légende à reléguer dans un musée des curiosités, avec la balle explosive, avec les écailles cuirassées et impénétrables du crocodile, avec l'œil phosphorescent du lion, œil qui brille dans l'obscurité (comme la lanterne d'une bicyclette!). Légende encore, l'idée de ce lion capable de sauter un mur avec un veau entre les mâchoires ! Pure imaofination, la théorie de certains chasseurs sur la façon de procéder pour voir son guidon et viser par une nuit obscure, étant à cheval, avec assez de précision pour atteindre juste à l'œil des animaux comme le rhinocéros. On sait que l'œil du rhinocéros est extrêmement petit.
Quant aux mires en diamant, aux mires télescopiques ou autres plus ou moins extraordinaires que les armuriers inventent à chaque instant, le seul but qu'elles atteignent à coup sûr, c'est la bourse du chasseur. Rien ne vaut la petite pyramide surmontée ou non d'une boule. Il est bon de l'avoir en platine, en argent ou en ivoire, parce qu'elle se détache mieux: simple affaire de goût et d'habitude. Les diamants ne
ÉQUIPEMENT. ii
valent pas grand'chose; je les ai essayés, comme du reste toutes les inventions modernes en fait d'armurerie, et je suis revenu à la mire en argent sur laquelle peut s'adapter la nuit un gros pois en émail blanc ou phosphorescent.
Comme système de fermeture pour carabine de fatigue, rien ne vaut le T anglais ou bien un top lever à triple verrou de tout premier ordre. Le Hammerless ne me semble pas encore assez sûr pour les pays perdus où on manque d'armuriers.
La crosse de pistolet est indispensable aux carabines, d'abord parce qu'elle les met mieux en main, et aussi parce qu'elle permet d'étoffer le bois d'une façon toute particulière. On a vu plus haut que je fais ajouter à mes crosses des cuirasses d'acier.
Après l'armement, l'équipement. Le mien était fort simple : une cartouchière de ceinture pour chaque genre de munitions (i), un ou deux sacs-cartouchières destinés à porter des munitions de réserve et quelques menus objets, des gourdes à eau d'un modèle spécial, quelques fusées pour enfumer les hyènes, des pièges pour les gros animaux, un jeu de mires lumineuses, un projecteur Trouvé, du phosphore, des feux de Bengale blancs, des couteaux et des haches, un télescope pliant, une lorgnette de nuit.
On connaît déjà mon costume, je n'y ai rien changé : c'est, dans la journée, un tricot de coton
(i) Je répète que la balle pleine et la balle expanslve suffisent à toutes les chasses ; avec des cartouches des deux sortes et un bon express, un chasseur peut abattre tous les animaux des deux hémisphères.
léger, sans manches, généralement marron foncé, une culotte courte de même couleur, un casque foncé, des chaussettes et des souliers (i). Mes chaussures de chasse sont en toile à voiles et à semelles de caoutchouc, de façon à ne faire aucun bruit; pour la marche, je me sers de souliers en cuir jaune et souple, avec de grosses semelles. Un ceinturon en cuir auquel est passée la cartouchière et portant une pochette pour la montre, une gaine pour le couteau, et voici la nomenclature terminée. Le cou, les bras et les jambes nus. Pendant la saison fraîche, le soir, ou sur les hauts plateaux, je mets une veste chaude qui peut servir également pour les affûts de nuit; mais, dans ce cas, je préfère généralement une pèlerine en molleton avec capuchon ; ce vêtement a l'avantage de laisser les bras libres si on le rejette sur les épaules.
J'avais toujours avec moi, dans un des sacs-cartouchières, un carnet et un crayon, une pharmacie de poche, un nécessaire de pansement et du sérum antivenimeux du docteur Calmette pour les accidents, un mètre pour mesurer les animaux, un nécessaire de nettoyage complet pour les fusils, une pince à épines, une mire de rechange, une ou deux fusées, un briquet, du tabac et une pipe, une petite gourde avec un cordial quelconque, eau de mélisse, cognac, etc. ; tout cela ne dépassant pas le volume d'une boîte de cinquante cigares.
(i) Je suis ennemi de la laine, sous n'importe quelle forme, dans les climats tropicaux.