ÉQUIPEMENT
L'autre sac était le magasin de réserve des munitions ; il en contenait un peu de chaque qualité, en proportion des besoins et des éventualités prévues.
Les gourdes à eau contenaient chacune quatre litres; elles étaient en zinc, entourées d'une épaisse couche de feutre. Pour éviter que cette enveloppe se déchirât au contact des épines^ elle était à son tour protégée par un filet tressé avec de la simple ficelle. Ces récipients, au nombre de deux, solidement pendus à chacune des deux extrémités d'un court bâton, se transportaient ainsi sur l'épaule et demandaient un homme spécial, le porteur d'eau, indispensable dans ces régions. Cette façon d'attacher les gourdes avait pour but d'éviter la chaleur du corps qui tiédissait le liquide, si on les mettait en bandoulière. Si on avait soin d'humecter le feutre chaque fois qu'on trouvait une mare, l'évaporation maintenait le contenu dans un état de fraîcheur très satisfaisant. Ces huit litres d'eau étaient souvent fort utiles, à cause des grands parcours qu'il nous arrivait de faire sans rencontrer de rivières, et, en cas d'accident ou d'insolation, on avait de quoi parer aux premières nécessités. Plus d'une fois on put faire cuire une patate ou préparer du thé avec le contenu de ces précieux réservoirs.
J'avais également au camp de petits barils en bois destinés au transport de l'eau et des outres en toile à voiles que je confectionnais moi-même ; mais tout cela ne pouvait s'utiliser que sur place et non en marchant, comme les gourdes à eau dont je viens de parler et
qui sont de mon invention, comme d'ailleurs divers autres objets utiles dont l'expérience m'a inspiré l'idée et pour lesquels je n'ai pris aucun brevet (i).
Je parlerai en temps et lieu de l'utilisation des fusées, pièges, feux de Bengale, du phosphore, etc. Le télescope que j'ai emporté était très puissant et avait en même temps l'avantage de se replier en un très petit volume ; il m'a rendu partout de grands services, en me permettant de découvrir au loin un village ou des animaux. La jumelle de nuit, pour être bonne, doit être courte de vision et d'un champ très vaste; l'angle doit en être très ouvert et la grande lentille avoir au moins huit fois le diamètre de la petite; on verra plus loin combien cet instrument m'a été utile.
Tels étaient, à peu près, les objets qui formaient mon bagage de chasseur; naturellement, je ne parle pas ici du matériel considérable qui accompagnait l'expédition et qui demanda, au début de nos marches, plus de 300 porteurs. L'inventaire en prendrait plus de 200 pages. Il y avait là de quoi suffire à tous les besoins de la vie de trois Européens pour plus de trois ans. Dans ce chapitre il n'a été question que de ce dont nous allons trouver un emploi journalier au cours des chasses que je me propose de raconter.
Je ne dois pas oublier dans cette énumération l'appareil photographique, dont j'ai fait un usage constant, et qui m'a permis de rapporter de mes voyages de précieux souvenirs.
(i) Pour un modèle de panier à vivres, voir Du Cap au lac Nyassa, P- 3^4-