CHAPITRE II
ARRIVÉE Ex\ AFRIQUE. — PRÉPARATIFS DE CHASSE. — MES AUXILIAIRES. — MES PROCÉDÉS.
Hivernage à Tchiromo — Retour de mes hommes. — Leur portrait, leurs aptitudes, leur dévouement. — Travail dans les bois. — Attributions de chacun. — Procédés méthodiques de chasse. — Etudes préalables aux nuits d'affût.
Le voyage que j'allais tenter commençait dans la région où s'était terminé le précédent, c'est-à-dire au lac Nyassa. En août 1894, mes camarades de Borely et Bertrand, deux vieux Africains, atteignirent avec moi le Zambèze et ces rives qui m'étaient déjà familières.
ARRIVÉE A TCHIROMO. 17
Nous avions cette fois un matériel énorme, une foule de serviteurs et des embarcations. Les leçons du passé avaient porté leurs fruits, et l'expérience acquise était venue présider si bien à nos préparatifs que, — pour extraordinaire que cela puisse sembler, — nous n'avions rien oublié d'indispensable — ni même de superflu. Les souffrances et les privations vous forment l'esprit; à chaque voyage que j'avais entrepris, j'étais revenu en Europe avec une liste bien exacte de ce que j'avais oublié cette fois-là. Après l'expédition de 1894-97, la liste est restée blanche. C'est dire le soin avec lequel tous les achats, tous les préparatifs avaient été faits, toutes les précautions prises. De Borely et Bertrand, qui n'étaient pas chasseurs, se partageaient l'administration de l'expédition. Le premier avait dans ses attributions le journal et la comptabilité; le second était chargé des provisions, du contenu et de l'arrangement des colis, de la nourriture des Européens; il s'occupait avec moi des soins à donner aux spécimens d'histoire naturelle et de la préparation des collections. De Borely a été séparé de nous pendant longtemps, parce qu'il a commandé un camp-dépôt qui nous servait de quartier général et autour duquel Bertrand et moi nous avons rayonné pendant près d'une année.
Nous arrivâmes vers la mi-septembre à Tchiromo, sur la rivière Chiré, affluent nord du Zambèze; la saison était trop avancée pour qu'on pût songer à rien entreprendre de sérieux cette année-là; la bonne saison prend fin en novembre pour céder la place aux
i8 CHASSES AUX GRANDS FAUVES.
grosses pluies; c'est l'époque où les herbes sont hautes et les marécages nombreux.
Il fallait donc se préparer à hiverner, comme on dit dans certains pays de l'Afrique, c'est-à-dire à passer à couv^ert la saison des pluies, qui correspond en réalité à l'été.
Tchiromo nous semblait un endroit convenable pour installer provisoirement notre camp. Trois mois après, nous dûmes l'abandonner, y ayant eu d'abord les sauterelles, qui ruinèrent le pays, puis un incendie qui faillit nous ruiner nous-mêmes, et enfin une inondation qui nous coûta presque la vie : toutes les joies réunies ! Aussi l'expédition se déplaça-t-elle vers l'ouest, visitant de nouveau le pays des Magandjas, entre le Zambèze et le Chiré, Makanga, Oundi et la Maravie de l'ouest, qui avaient été le théâtre de nos exploits précédents.
Pendant notre court séjour à Tchiromo, je m'étais mis à réorganiser mon personnel de chasseurs. J'avais envoyé des émissaires au pays de Msiambiri, Rodzani, Tchigallo, Tambarika, afin de les prévenir de mon retour et pour leur faire savoir que je comptais encore sur eux.
J'ai souvent parlé de ces braves gens dans Mes grandes chasses, mais je ne dirai jamais assez les services qu'ils m'ont rendus. Leur existence a été si intimement liée à la mienne, ils m'ont donné tant de marques d'attachement, que je ne peux les oublier au début de ces récits où leur part de dangers est tout au moins égale àla mienne et où nous allons être toujours