‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 32 sur 163 · LE PORTEUR DE CHAQUE FUSIL · texte numérisé non relu

LE PORTEUR DE CHAQUE FUSIL

Chaque fusil avait son porteur attitré : c'était Msiambiri pour l'express n" i , Tambarika pour l'express n' 2, Kambombé pour le 303, Rodzani pour le winchester calibre 12, Tchigallo pour le calibre 8. Chaque porteur avait en outre les munitions destinées à son fusil, ainsi que quelques menus objets tels que télescope, sacoches, etc. Msiambiri était spécialement chargé du nettoyage des armes; tous les soirs sans exception, et partout 011 nous nous trouvions, celles-ci étaient soigneusement graissées.

En dehors de lâchasse, chacun de mes hommes avait sa spécialité. Msiambiri et Kambombé me serA^aient, comme je l'ai dit, de domestiques ; Rodzani était capitaine de camp, c'est-à-dire chargé de la surveillance des hommes, de la répartition et du découpage de la viande, etc. Tambarika dirigeait ce que j'appellerai la brigade des recherches : il avait pour mission d'aller reconnaître les terrains de chasse , de préparer les afïûts, de visiter les mares, de me faire son rapport sur les traces, en un mot d'étudier à l'avance tout ce qui était nécessaire pour nous permettre de ne travailler qu'à coup sûr ou, tout au moins, avec connaissance des lieux. On verra plus loin combien ce service nous a été utile. Tchigallo était naturaliste préparateur et nous aidait, Bertrand et moi. à mettre nos spécimens en état de conser\'ation.

Je n'étais pas arrivé sans peine à une organisation aussi complète. Il avait fallu du temps et de la patience pour faire bien comprendre à chacun de mes hommes ce que j'exigeais de lui : j'y avais mis deux années. Au

moment de mon retour en Afrique, sauf les exercices préalables destinés à leur faire connaître les armes nouvelles que j'apportais, ils étaient absolument dressés.

Aussi ai-je pu appliquer, dans mes chasses, le procédé méthodique, dont je vais donner un exemple.

Arrivé dans un district que je ne connais pas, et voulant me renseigner exactement sur les animaux qui le fréquentent, je consacre un ou deux jours à le reconnaître. Aidé par mes auxiliaires, je ne tarde pas à savoir où est l'eau, combien de mares s'y trouvent, quels sont les animaux qui y boivent. Ce premier examen ne me satisfait-il pas ? je m'en vais ailleurs. Y at-il, au contraire, dans le pays, quelques-uns des animaux que je recherche, et qui sont, en principe, l'éléphant, le rhinocéros et le lion, j'ai bientôt fait de les avoir dénombrés. A la vérité, ceci ne s'applique pas à l'éléphant qui est un animal vovageur; mais, en une semaine, je connais, sans les avoir vus, tous mes lions, tous mes rhinocéros; je sais où ils passent, où ils boivent, où ils se nourrissent; il ne reste plus qu'à les attendre ou à les rencontrer : affaire de patience, de persévérance ou de chance.

\ oilà la seule façon qui permette de bien battre un pays, sans chiens et sans renseignements. Pour que cette manière d'opérer ait un plein succès, il faut prendre sa besogne à cœur en chasseur passionné, patient, pour lequel le temps et la peine ne sont rien, pourvu qu'il arrive à ses fins. Je dirai même qu'il faut, comme moi, être presque du métier et ne rien négliger de ce qui peut concourir à la réussite.

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