OISEAUX DE PROIE
est qu'ils ne découvrent jamais un animal lorsqu'on a eu soin de le dérober à leur regard avec du feuillage ou de la paille. Les lions le savent si bien qu'ils traînent sous d'épais taillis les animaux qu'ils ne peuvent achever la nuit, afin que, pendant la journée du lendemain , les vautours ne leur enlèv.ent pas leur nourriture. Par contre, à une hauteur telle que l'œil ou la lorgnette les distingue à peine dans l'espace, le moindre chiffon rouge, le plus petit débris sanguinolent les fait apparaître aux quatre coins du ciel et affluer immédiatement.
Un autre oiseau encore se nourrit de cadavres, à tous les degrés de putréfaction : c'est le marabout, échassier fort commun dans certaines régions, surtout en pays de plaine; il existe partout dans le bassin du Zambèze. C'est sous sa queue, près du croupion, que se trouvent les plumes dont nos élégantes aimaient à orner leurs chapeaux ; il fallait trois marabouts pour faire un chapeau convenable, un de ces vastes écrans qui nous permettent au théâtre de jouir de la pièce sans être distraits par la vue de la scène. Aujourd'hui, l'autruche a pris la succession du marabout, et celui-ci ne doit pas s'en plaindre.
Quand il manque de charogne, notre échassier pêche dans les mares et au bord des rivières, ressource que n'a pas le vautour.
Chacun des trois oiseaux que je viens d'énumérer plane dans le ciel à des hauteurs différentes : là-haut, loin du regard humain, le marabout; au-dessous, le vautour à ventre blanc; plus bas, mais encore à peine
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perceptible pour nous, le busard. Lorsqu'ils découvrent une proie, les busards, plus courageux, arrivent les premiers, décrivant pendant longtemps de grands cercles; au-dessus d'eux, plus méfiants et longs à se décider, apparaissent les ventres blancs, et enfin tout là-haut, sûrs de leur supériorité, les marabouts. Mais, dès que l'on touche terre, l'ordre est interverti : les vautours sont forcés de quitter la place, poursuivis par l'énorme bec et les grandes enjambées des marabouts, et ceux-ci déjeunent tranquillement les premiers, tandis que les oiseaux de proie se tiennent respectueusement à distance; les échassiers leur cèdent ensuite la place. Il n'y a pas toujours de marabouts avec les vautours, ceux-ci étant beaucoup plus communs; mais, lorsque les trois espèces sont réunies, les choses se passent dans l'ordre que j'ai dit.
Un autre oiseau curieux, que j'ai joint cette fois à mes collections, et dont j'ai parlé dans Mes grandes chasses, c'est le nyaiigoinba , qui échange avec sa femelle d'interminables diti diti, doutoii doiitou (i). Je l'ai épié dans le but d'en obtenir des exemplaires, et j'ai vu qu'il se nourrit non seulement de coquillages, mais aussi de tortues. Comme celle-ci est dure à entamer, il la pose sous sa patte et, avec son bec énorme, frappe, toujours au même endroit, avec la régularité d'un pic mécanique; il finit ainsi par trouer la carapace et, agrandissant le trou, dévore l'infortunée tortue vivante par la fenêtre qu'il vient de pratiquer dans sa maison.
(i) Mes grandes chasses, p. 176.