‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 96 sur 163 · CHASSES NOCTURNES · texte numérisé non relu

CHASSES NOCTURNES

réserve exclusivement au lion, au léopard, au rhinocéros, les attendant la nuit aux endroits où ils sont obligés de boire. Je ne parle pas de l'éléphant : je l'attends toujours, mais je ne l'ai vu venir qu'une seule fois en huit ans !

Lorsque l'année a été bien sèche, c'est-à-dire que les pluies se sont arrêtées de bonne heure, en octobre, les abreuvoirs sont réduits, comme je l'ai dit, à quelques modestes mares d'eau bourbeuse, disséminées dans le pays. C'est alors qu'en procédant d'une façon raisonnée on peut savoir exactement quelle est la faune d'un district.

J'avais organisé mes chasses nocturnes de la manière régulière et suivie que voici : soit sur un point, soit sur l'autre, je me mettais à l'affût le soir, au crépuscule, avec deux de mes hommes, chacun à son tour : une nuit, c'étaient Rodzani et Msiambiri ; le lendemain, Tambarika et Kambombé, puis Tchigallo et un homme pris parmi les plus aptes de notre entourage ; on recommençait ensuite dans le même ordre. Le matin, je rentrais au camp (quand il n'y avait pas poursuite), je prenais mon bain, je déjeunais, et, choisissant un endroit écarté, tranquille et ombragé, je faisais installer ma natte pour dormir sous la surveillance de deux hommes qui se remplaçaient jusqu'à mon réveil, c'est-à-dire généralement jusque vers trois heures. Ma toilette faite, je m'occupais de choses et d'autres jusqu'à quatre heures, moment du dîner, afin d'avoir le temps de me rendre à l'affût et d'être posté avant l'obscurité. Certaines années, pendant

quarante à cinquante jours de suite, j'ai fait ainsi du jour la nuit et vice versa.

J'avais une ou plusieurs équipes de renseignements, selon le nombre des abreuvoirs; parties à l'aube, elles me faisaient, à mon réveil, le rapport journalier.

A l'époque o\x j'en suis de mon récit, je me trouvais dans le sud du pays des Angonis, dans une région très giboyeuse, avec quatre abreuvoirs seulement dans un rayon de cinquante kilomètres . Il y avait là de la forêt, de la plaine, des collines, du terrain sablonneux ou pierreux, bref les genres de sol et de végétation appropriés à tous les animaux. Mon camp se trouvait à une des mares et placé à peu près au centre. Pour éviter les noms indigènes de ces mares, noms peu faciles à prononcer, je les désignerai par leur orientation : l'une était au nord du camp, à une heure et demie ( i ) ; les autres au sud, éloignées l'une de l'autre et différant d'étendue : la « grande sud •>-, , la plus rapprochée de moi, à trois quarts d'heure, et la « petite sud » à deux heures de marche de notre campement. Les premiers jours , nous avions visité toutes les mares et mesuré toutes les empreintes avec des brins de paille. Il en est des pieds d'animaux comme des physionomies humaines : il n'y en a pas deux pareils. Chaque jour les hommes venaient (en cas de doute, ils apportaient les pailles-mesures) me dire où les animaux avaient bu et quels animaux. On finissait, au bout de huit jours, par connaître fort bien ceux-ci. Ce

(i) Environ lo kilomètres.

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