‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 97 sur 163 · LA BRIGADE DES RENSEIGNEMENTS · texte numérisé non relu

LA BRIGADE DES RENSEIGNEMENTS

qui rend intéressant ce genre de travail, c'est de voir avec quelle perspicacité et quel entrain les indigènes sont toujours prêts à vous aider. Mes auxiliaires étaient naturellement choisis parmi des chasseurs des villages ou aides-chasseurs et connaissaient tous fort bien une piste ; de plus, comme les mêmes hommes visitaient chaque jour la même mare, ils s'apercevaient d'autant mieux des changements survenus pendant la nuit. S'il y avait quelque chose d'extraordinaire, ils avaient ordre d'accourir en toute hâte et de me réveiller (i); mais, à part ce cas, ils rentraient au camp les uns vers dix heures, les autres vers midi, selon la distance. A mon réveil, je les faisais appeler. Quelquefois des contradictions se produisaient. Témoin ce dialogue.

« Eh bien! quoi de nouveau? »

Premier groupe : « Le petit rhinocéros a bu cette nuit; il n'v a pas autre chose ; le lion n'est pas venu. »

Deuxième groupe : « Il est venu chez nous ; le petit rhinocéros aussi. »

Premier groupe : « Ce n'est pas possible, puisqu'il a pris du côté opposé au vôtre, et nous l'avons suivi jusqu'aux collines. »

Deuxième groupe : « Pourtant il est venu, nous l'avons bien reconnu. » (Sourires de doute et ricanements du premier groupe.)

J'interviens : « Où sont les pailles? »

— « \'oici. »

(i"» Par exemple, si des éléphants avaient visité la mare, assez tard dans la nuit pour que j'eusse quelque chance de les rattraper, ou bien si mes émissaires faisaient la découverte d'un lion dormant à l'ombre de la retraite d'un rhinocéros, etc.

Je compare et je constate qu'il s'agit du même animal.

Deuxième groupe, triomphant : « Ah ! vous vovez bien! Il n'y a que vous qui connaissiez les pieds (traces), espèce de chasseurs! »

Premier groupe, dédaigneux : « \^os traces ne sont pas d'aujourd'hui ; elles sont d'hier, voilà tout. »

Deuxième groupe : « Comment! pas d'aujourd'hui! De ce matin même. » (Bruit.)

— « C'est bien, dis-je, Tambarika va aller voir qui a tort. »

Troisième groupe : « Le lion a bu encore cette nuit pour la troisième fois presque au même endroit; il a tué dans les environs un kob que les vautours ont fini ce matin. Nous avons vu une pal a p' al a (antilope noire) énorme, extraordinaire... »

Je sais à quoi m'en tenir sur l'exagération des noirs. Je consigne tout ce qui précède sur un de mes carnets, comme chaque jour. Dans le courant de l'après-midi, Tambarika revient avec son rapport : c'est le premier groupe qui a raison, les traces sont de la veille. Le deuxième groupe est hué, traité A^asimha (sauvage), et suscite une hilarité générale, surtout, comme cela arrive toujours, de la part de ceux qui ne sont pas capables de distinguer si une piste est de la veille ou date de quinze jours.

Le jour en question, par exemple, je décide d'aller tenter la chance à la mare où le lion a bu trois fois de suite; malheureusement il ne revient pas.

Le lion et le rhinocéros n'ont pas les mêmes habi-

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