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autour de nous, et, à moins d’avoir une parfaite connaissance des mœurs des caribous, il eût été difficile de choisir la trace véritable.
Ce fut Monaï qui nous tira d'embarras. Après quelques minutes d’un examen minutieux, l’Indien nous fit signe de le suivre, et nous avançämes avec la plus grande précaution. En jetant les veux sur les empreintes qui se trouvaient devant moi, je remarquai que partout où la neige avait été foulé par les pieds des animaux, elle avait une teinte bleuâtre, et qu'elle était friable comme de la farine : il était donc certain que nous étions près d'atteindre les caribous.
Monaï s'arrêta tout d'un coup, et, s'agenouillant avec agilité, il délia les cordes qui tenaient les raquettes attachées à ses pieds, dans le but de faire le moins de bruit possible en marchant.
M. Howard, se retournant vers moi, me fit signe de m'ap procher de lui, et il me dit alors dans le tuyau de l'oreille :
« Mon cher ami, j'ai une dernière recommandation à vous faire: re me quittez pas du regard; suivez-moi à deux pas de distance, ec! surtout ne faites pas de bruit. Les caribous sont tout près d'ici. »
Simultanément, chacun de nous attacha ses raquettes sur son dos. Monaï, appuyant son p'ed droit sur la neige, l'enfonça doucement, puis il fit de même du pied gauche, M, Foward mettait ses pieds dans les mêmes trous, et j'imitai scrupuleusement mes deux compagnons de chasse.
Celui qui se serait trouvé devant nous, et nous aurait vus de face, nous aurait pris pour un seul homme, tant nos mouvements étaient semblables.
Certainement notre situation n'était rien moins qu'agréable. car nous enfoncions dans la neige jusqu'à la ceinture; mais l'ardeur du sport nous empêchait de faire attention à ces détails. Monaï, qui ouvrait la marche, et dont les veux d'aigle plongeaient dans l'épaisseur des voûtes sombres de la forêt, se précipita tout d’un coup à plat ventre: il resta si longtemps dans celle position, que nous avions prise à son
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exemple, que je me crus autorisé à lever quelque peu la tête, afin de voir ce qui se passait.
L'Indien, qui paraissait tout observer, me jeta un regard menaçant, et M. Howard m'octroya un coup le pied qui me prévint désagréablement que j'étais en faute.
La forêt, sur la lisière de laquelle nous étions arrivés, était bordée par une étendue de terrain dénudée de toute végétation, et Monaï, qui avait aperçu un caribou, faisait en sorte d'atteindre, sans être vu, le tronc d'un cèdre raneux qui devait l’abriter, et derrière lequel 11 lui serait possible d'ajuster l'animal. A le voir se traîner sur le ventre, on l'aurait pris pour un escargot; et ous cherchâmes à imiter chacune de ses contorsions de la manière la plus sympathique.
Enfin, à mon tour, j'aperçus les caribous. Il v avait là, devant nous, une harde de vingt animaux, les uns arrachant à belles dents l'écorce des arbres, et les autres faisant leur toilette du matin en lissant leur poil avec leur langue et en se peignant avec leurs andouillers. Tous, à l'exception toutefois de la plus grosse bête de la harde, ne paraissaient point se douter de l'approche de leurs ennemis. Ce caribou mâle avait l'air inquiet; il tenait sa tête élevée, jetait de tous côtés un regard soupçonneux, agitait ses oreilles, ouvrait ses narines et humait l'air avec force. Monaï ne le perdait point de vue; il avançait seulement lorsque le caribou détournait la tête, et nous imitions en tout point chacun de ses mouvements. Tout chasseur qui lira ce récit fidèle comprendra combien mon cœur palpitait d'émotion pendant ces quelques minutes qui me paraissalent aussi longues que des années.
Enfin nous parvinmes tous trois derrière l'arbre. M. Howard, » “euant à peine les lèvres, me fit comprendre que je devais ajuster un caribou qui était le plus avancé de la berde, de on côté; lui allait tirer le gros animal, qui était
nt nous à une distance de quatre-vingt-dix pas : quant : Monaï, 1l réservait son coup de carabine pour venir à mon
aide.
Nous fimes feu simultanément, et, sans v songer, je m'élais levé pour voir l'effet de mon adresse ; mais Monaï, me saisissant d’une main de fer, me jeta brusquement sur l4 neige. Lorsque je relevai la tête, j'aperçus devant moi l'animal sur lequel M. Howard avait déchargé son arme, piclinant la neige, et cherchant à découvrir, la rage dans le regard, la place où se tenaient cachés ses ennemis. Tout en regardant son bois immense, et en admirant la grosseur #1 la force du caribou, je vins à songer au danger que nous courions.
En même temps Monaï, appuyant sa carabine sur une des branches de notre arbre protecteur, ajustait le caribou avec lenteur, et lâchait la détenée : hélas! la capsule seule avait éclaté, et le caribou, à qui ce dernier indice avait découvert la place de notre embuscade, s’élançait vers nous, bramant avec une énergie effrayante. Nous défendre conire cet animal dangereux, ou essayer de l'éviter en fuyant, était chose impossible pour nous, qui étions ensevelis jusqu’à mi-ventre dans la neige. Je m'attendais à voir les andouillers du caribou me chatouiller les côtes, lorsque le brave chien de V. Howard s’élança et saisit la bête par les lèvres. Pendant ce temps, Monaï et M. Howard faisaient tous leurs efforts pour rajusler leurs raquettes à leurs pieds; quant à moi. moins habile qu'eux. j'avais les mains comme paralysées par l'émotion du danger et la nouveauté de cette chasse. Heureusement pour nous, Jack n'avait pas lâché l'animal, qu'il embarrassait plutôt qu'il ne le retenait: aussi, en secouant sa tôte monstrueuse, le caribou martelait le chien su la neige et contre les branches d'arbre. On aurait dit qu'il cherchait à briser les os de Jack ; mais celui-ci, malgré li douleur, ne lâchait point prise.
Tandis que cette escarmouche avait lieu entre les deux bèles qui, par leur laille, me rappeiaient la fable du lion et du moweheron, Monaï chercha à couper le jarret du caribou L'Indien avait été aperçu par l’anmmal, qui, se tournant ave
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place, si son bois n'avait pas frappé dans le vide. Monaï s e- Lait jeté à plat ventre, et les pieds du caribou l'avaient seulement blessé à l'épaule. Pendant ce temps-là M. Howard avail rechargé sa carabine, mais la poudre était humide et ne voulut point prendre feu.
Grâce à ses efforts multipliés, le caribou avait fait lâcher prise à Jack, et il s'élançca contre Monaï. Celui-ci, pendant que le chien enfonçait de nouveau ses crocs dans le cou de l'animal, soutint le choc, et, saisissant le caribou par son bois, parvint à le jeter sur la neige. Au même instant. M. Howard s'élança, le couteau à la main, et le plonge: jusqu'à la garde dans la poitrine de la bête colossale.
Dans un effort suprême, le noble animal lança Monaï par dessus sa tête, puis, retombant sur le sol, il rendit le dernier soupir en bramant à fendre l'âme.
Je l'ai déjà avoué, une terreur invincible avait enchaint mes mains et mes pieds depuis le commencement de la lutte: je n'avais pas même eu le sang-froid nécessaire pour attacher mes raquettes et charger de nouveau ma carabine; lou- Lefois je ne permets de me tourner en ridicule qu'à ceux de mes frères en saint Hubert qui se seraient trouvés une fois de leur vie à moitié ensevelis sous la neige, et ayant devant eux un caribou en furie, dont les andouillers les auraient menacés d’une mort certaine.
Enfin il nous fut possible d'approcher le rot de la forêt, qui gisait à nos pieds. La balle de M. Howard l'avait atteint à l'épaule , et il n'aurait pu en aucun cas échapper à la mort.
Eh!eh! s'écria M. Howard en interpellant Monaï, qui élait encore élendu sur le dos, es-tu blessé, Peau- Rouge”?
— Le caribou est fort, répondit Findien, mais Fhomme est plus fort que lui. Ami, applique sur la plaie un peu de cette résine de pin, et je serai guéri. ?
Obéissant à cette injonction, M. Howard étendit sur un mouchoir plié en quatre ce remede d'un nouveau genre, el ayant étanché le sang qui coulait, 1! fit adhérer lemplatre à la peau.