‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 70 sur 79 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y

Photographic

encore un de mes plus beaux trophées de chasse. Quant au bison, il était bien mort: la panthère l'avait surpris au moment où il avait passé sous l'arbre du haut duquel elle guettait sa proie. Il avait péri étouffé et saigné à la fois à la jugulaire.

En arrivant à Saint-Louis, j'avais pris congé de plusieurs de mes camarades de chasse: MM. Delmot et Simonton furent les seuls qui se décidèrent à remonter l'Ohio avec moi pour rejoindre l'État de New-York par les lacs et la chute du Niagara. Tous trois nous étions à bord du steam-boat Jefferson, sorte de maison flottante peuplée de la cale au faux-pont, el qui devait nous amener en deux jours à Cincinnati. Le départ eut lieu le soir, et au milieu de la mêlée qui s'opère sur un steam-boat américain lorsqu'il lâche sa vapeur et détache ses amarres; j'avais confié à l’un des nègres du bord tout mon bagage, parmi lequel se trouvaient les deux ballots rapportés du camp de Rahm-0o-j-0or, l’un contenant les fourrures échangées pour mon fusil, l’autre mon costume de guerrier. Tout cela avait été remisé sous mes veux, et une chaîne passée entre les courroies et les cordes de chaque colis, fixée à l’autre bout par un cadenas fermé sur le dernier anneau, me faisait croire que je pouvais aller reposer en paix. D'ailleurs mon nègre ne devait-il pas veiller pour obtenir son salaire ? Fatale confiance ! J'avais compté sans les rusés {hieves, passagers ordinaires des bateaux à vapeur qui silonnent les fleuves des États-Unis. J'aurais dû mieux réfléchir sur la sagesse de ces écriteaux nombreux qui se dressaient devant moi, cloués à chaque colonne de notre auberge flottante: Beware of thieves ani! pickpockets ( prenez garde aux voleurs et aux filous).

Le lendemain matin, lorsque après déjeuner j'eus la curiosité de voir si pendant la nuit on n'avait point, durant les différentes stations, dérangé ou du moins bousculé mon bagage, il me fut impossible de retrouver mes deux ballots.

Je criai, je tempêtai, je menaçai le stupide moricaud de

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le faire jeter en prison, car il était responsable de mes effets : rien n'v fit. Soit par l'effet d'un vol, soit par suite d'une erreur, je perdais à la fois mes fourrures et mon costume de Peau-Rouge.

Adieu le plaisir que je me faisais à l'avance de distribuer mes richesses à mes parents et amis ! Foin du désir que j'avais de me parer en Europe de mon vêtement sioux! il me fallait renoncer à tout cela. Bon gré, mal gré, je dus philosophiquement me résigner à mon sort: je pris le parti de n'y plus songer.

Hélas! de mon voyage au milieu des Peaux-Rouges, il ne me reste plus à cette heure qu'un arc et quelques flèches, une poche pour la poudre et le plomb, brodée en barbe de porc-épic , et la peau de ma panthère. Qui sait ce qu'est devenu le reste de mes curiosités et quelles épaules ont parées mes précieuses fourrures ?

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