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retrouver, au lieu d’un diner succulent chez Véfour et les Provençaux, qu'une simple salade assaisonnée d'un verre d’eau-de-vie. J’ai rencontré, pendant mon séjour de dix années aux États-Unis, des trappeurs qui jadis avaient goûté toutes les jouissances de la vie civilisée, et qui, par des hasards de fortune, tombés au milieu de quelque peuplade sauvage, avaient fini par s’accoutumer si bien aux mœurs, aux plaisirs, comme aux vicissitudes et à l’enivrement de la vie du désert, qu'ils n'auraient pas cédé leur couche de roseaux, abritée seulement par une tente mal assurée sur ces étais, pour le meilleur lit de plume installé dans une maison princière. [1 faut avoir soi-même éprouvé cet entraînement pour le bien comprendre.
La longueur de cet article m'empêche de raconter en détail les chasses nombreuses que nous fimes, mes amis et mot, sous les ordres de Rahm-0-j-0r, en compagnie de ses compatrioles. Si je posais ici le chiffre exact des bisons tués pendant notre séjour avec nos hôtes les Peaux-Rouges, nul ne voudrait me croire, et je désire éviter même le soupçon d'une wasconnade.
En 1841, lors de mon départ pour les États-Unis, j'avais emporté un excellent fusil de Saint-Etienne, d’une valeur médiocre comparativement à la bonté de l'arme. Ce fusil à deux coups m'avait accompagné dans toutes mes excursions cynégétiques, et je déclare qu’il me paraissait préférable même aux carabines rayées dont se servaient mes compagnons de chasse. La justesse et la précision de cette arme n'avaient point échappé à l'œil sagace de Rahm-o-j-0or, et j'avais remarqué qu'à différentes reprises il jetait sur elle des regards furtifs, semblables à ceux d’un amoureux sur la femme qu'il aime. Un matin, quelques jours avant l’époque que nous avions fixée, mes amis et moi, pour retourner à Saint-Louis, le chef indien vint résolûment à moi et me dit «ans son langage expressif :
« Mon frère blanc possède un bon fusil; au lieu de l’emporter, il devrait le laisser à son bon ami Rahm-0-j-0or, qui.
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à cause de son rang de chef, doit avoir une arme plus belle que celle de ses sujets.
— J'y consentirais volontiers, répondis-je, si je ne tenais infiniment à cette arme, qui est à ma couche, et dont la solidité m'est éprouvée.
— Si tu veux, Visage-Pâle, ajouta mon interlocuteur, je te donnerai en échange des fourrures si belles, que leur valeur sera pour toi une compensation. »
J'écoutai plus volontiers, je l’avoue, une proposition aussi directe, qui me laissait encore l'alternative d’un refus, et je répondis à Rahm-0-j-or que je verrais à me décider, si ce qu'il allait me montrer élait de mon goût.
« Viens, dit-il, je te ferai voir mon magasin de fourrures, el tu y prendras ce que tu voudras. »
Je suivis le chef sioux sous sa tente, et là, à mon grand étonnement, soulevant une des parois mobiles de sa hutte légère, il exposa à mes regards un amas de pelleteries superbes, telles que martres, renards gris et bleus, hermines, rats musqués et autres dépouilles d'animaux qui auraient suffi à remplir la boutique d’un fourreur et à l’achalander pour longtemps.
«Je suis, me dit-il, un des principaux pourvoyeurs de la North-American-Fur-Company, et voilà le produit de nos chasses des quatre derniers mois. Dans deux semaines, l’awent de la compagnie doit passer ici, et il emportera tout ce que tu vois. Choisis le premier, agis à ta discrétion, et prends le nombre de peaux que tu croiras équivalent à la valeur de ton fusil. »
En ce moment solenne!, je songeais que j'avais en France une mère, des cousines, des tantes, des amies, et, je l'avoue, j'usai largement de la liberté que m'accordait Rahm-0-j-or. Sans hésiter, je mis la main sur vingt fourrures de martres assorties, cinquante hermines au poil sans tache et blanc
comme la neige, vingt renards bleus, six robes d'ours noir et huit peaux de bisons. »
Tout en faisant mon choix, j’observais du coin de l'œil
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mon Sioux, qui gardait la plus impassible immobilité. Enfin je m'arrêtai, et je lui dis avec un sérieux aussi grave que le méritait la circonstance :
« Vois toi-même si ma main n’a point été indiscrète, et dis-moi si ce marché te convient.
— Ce que le Visage-Pâle a choisi, je suis prêt à le lui donner; qu’il me tende sa main, et l’affaire sera conclue. »
Comme on le pense bien, je me häiai de taper dans la «dextre » de Rahm-0-j-or. J'appelai Duquesne, notre Canadien, qui, avec une habileté sans pareille, m'aida à faire un ballot de ces richesses inespérées, et le transporta sur une de nos charrettes à l'abri du soleil et de la pluie, car j'avais eu soin de bien envelopper le tout d’une vieille toile à voile, sur un des côtés de laquelle j'avais écrit, au moven d’une encre noire faite avec de la graisse et du charbon pilé: D.-H. Révoil. New-York.
Voilà quel fut le sort de mon fusil, qui, à cette heure, est encore, je l'espère, entre les mains de son maître. Avant de raconter à mes lecteurs comment nous primes congé de nos hôtes pour rentrer dans les limites de la civilisation, je n’ai point oublié que je leur dois l’histoire de ma guitare, et je vais tenir ma promesse.
Un de mes oncles, mort depuis peu, m'avait donné avant mon départ une guitare en bois de citronnier, et, j'ose l’avouer, malgré toute mon application, j'avais à peine réussi à forcer cet instrument, ingrat par lui-même, à me rendre un autre service que celui de me servir d’accompagnateur pour chanter une romance ou une chansonnette. La veille de mon départ de New-York, Daniel Simonton, qui était venu surveiller mes préparatifs de voyage, aperçut ma guitare accrochée dans un des angles de ma chambre, et m'engagea fortement à la remettre dans la caisse, pour l’enporter avec le reste de mon bagage.
« Que diable ferais-je d’un chaudron semblable?” * je à mon ami. Chasse-t-on les bisons aux accords d’une gintare ?
Læ,
Nouvel Orphée, voulez-vous charmer les oiseaux et les ani-
s Ja Caaire sur car le à yen ilé :
est t de nos
maux par les sons criards de cette boîte creuse armée de six cordes? En un mot, s'agit-il d’un moven de chasse inédit jusqu'à présent, et dont vous êtes l’auteur?
— Pas le moins Cu monde, m'avait répondu M. Simonton: vous savez bien que je ne « pince pas » de cet instrument : c'est sur votre science que je compte pour opérer le miracle d'attirer près de nous non pas des bêtes, mais des hommes.
— Expliquez-vous.
— Plus tard vous saurez ce que je veux vous dire. »
Et, malgré mes questions réitérées, mon camarade de chasse ne voulut point ajouter un mot de plus; il me laissa dans une incertitude complète.
C'est ainsi que j'avais apporté dans le camp des Sioux ma guitare, qui restait oubliée dans une de nos charreltes, au fond de sa boîte de sapin, lorsque, le second soir de mon arrivée dans le camp de Rahm-0-j-or, M. Simonton se souvint d'elle. Nous venions de souper : chaque convive, assis autour d'un feu petillant, fumait sa pipe au milieu d’un silence profond , lorsqu'une voix, s'adressant à Gemmel, l'un de nos trois Canadiens, lui enjoignit d'aller chercher la boîte noire.
« Yes, Sir, » répliqua notre serviteur : et, s’élançant hors du cercle, il revint bientôt portant la guitarre dans son étui.
M. Simonton, avec toute la lenteur qui caractérise les Américains, ouvrit la serrure, dépouilla l'instrument du foulard dont il étais enveloppé, et l’offrit à la vue des Peaux- Rouges qui nous environnaient et suivaient chacun de ses mouvements avec l’avidité curieuse d'un enfant.
« Maintenant, mon cher ami, fit-il en s'adressant à moi, voici le moment ou jamais de déployer vos talents. Vous avez devant vous des hommes qui doivent infailliblement ôtre charmés. Faites de votre mieux, je mets hors de doute
que vous ne pourriez onques produire, même dans un salon de Paris, une sensation pareille à celle dont vous allez être
Lémoin. »
Ces mots, dits en français, n'avaient été compris que de
moi seul: je préludai quelques notes, examinant avec la plus grande attention l'expression de chacun de mes auditeurs. Ces premiers sons avaient opéré un effet magique : les Indiens s'étaient levés l’œil brillant, le cou tendu ; hommes et femmes se pressaient autour de moi, tout en observant un silence profond. Je le dis ici sans rougir, je me sentais ému, et j> ne crois pas que jamais débutant, paraissant pour la première fois sur les planches de l’un de nos grands théâtres, ait tremblé devant un public d'élite avec plus de
force que je faisais en présence de ces hommes des bois, à l'esprit inculle et barbare, aux mœurs primitives et sans fard.
Bientôt, surmontant toute timidité, mes doigts devinrent plus agiles, mes accords plus justes. L'harmonie se produisit comme par enchantement, et la cadence élait marquée par plus de deux cenis têtes échelonnées les une: sur les autres de la manière la plus pittoresque. Je ne cessai de jouer que lorsque j'eus épuisé lout le répertoire de mes souvenirs :
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Meverbeer, Auber, Ilalévy, Caraffa, Bellini, Donizetti et l'immortel Rossini m'avaient inspiré tour à tour, et jamais concertiste en plein vent n'avait reçu des whoowhoo (bravos indiens) plus enthousiastes que ceux qui me furent prodigués par les Sioux, ravis de cette improvisation inattendue.
Au milieu de ces figures bronzées, dont la couleur de brique contrastait avec la päleur de mes camarades et la mienne , j'avais remarqué une jeune fille aux formes sveltes, aux pieds d'enfant, à l'œil noir, brillant comme une escarboucle, qui, dès les premiers accords produits par l’instrument, avait traversé la foule, s'était placée à mes côtés, el, le visage appuyé sur ses deux mains mignonnes, ne quittait pas des yeux les mouvements de mes doigts sur les cordes.
Lorsque mon improvisation fut achevée, je ne tardai pas à recevoir les félicitations de Rahm-o-j-0or et de tous les Sioux, qui voulurent, chacun à son tour, toucher à la guilare et se rendre compte du procédé que j'avais mis en pralique pour tirer les sons qui les avaient charmés. L’instrument me fut enfin rendu, et Otami-ah, la squaw, me pria, à l’aide d'une pantomime toute gracieuse, de le lui prêter. Ses petites mains cherchèrent aussitôt à imiter le doigter que j'avais mis en usage pour jouer de la guitare. Longtemps elle voulut parvenir à trouver un accord, ce fut en vain. J’étudiais avec curiosité les marques de colère enfantine exprimées par la jolie Peau-Rouge. Ce fut au milieu de cet examen attentif que sonna, pour la tribu entière, l'heure du repos. Nous nous retirâmes tous sous nos tentes, où Gemmel rapporta la caisse noire, que j'avais eu soin de fermer à clef.
Le lendemain, la pluie nous retint au camp; il était impossible de songer à nous mettre en chasse. J'étais étendu sous les arcades de l’une de nos charrettes, lorsque Otami-ah, précédée de Rahm-0-j-0or et de Duquesne, notre interprète obligé, se glissa près de moi; elle venait me prier de lui apprendre à jouer de la guitare. Quoique je me sentisse fort
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peu expert à donner des lecons à la jeune Indienne, moi qui ne sais la musique que par instinct, je consentis à ses désirs; la leçon commença et se prolongea très-tard. Chaque soir, pendant tout notre séjour au milieu des Sioux, Otami-ah et moi nous allions nous abriter derrière une touffe de cotonnicrs, loin des importuns, et je me faisais un plaisir de lui prodiguer des conseils qu’elle écoutait avec avidité. Quinze jours s'étaient à peine écoulés, que mon écolière en savait autant que le maître, et ses mains élégantes avaient acquis une agilité qui eût étonné Carulli lui-même.
Lorsque le jour du départ fut arrivé, lorsque mes amis el moi nous eûmes décidé qu'il fallait reprendre le chemin du pays où chacun de nous était appelé par ses affaires particulières, les uns devant arriver à Saint-Louis, les autres, du nombre desquels j'étais, étant attendus à New-York, j'ose dire sans me vanter que nos hôtes nous exprimèrent avec la plus touchante expression tous les regrets qu'ils éprouvaient de nous voir partir, et qu'ils cherchèrent à nous retenir avec eux par tous les moyens possibles.
Le matin de notre départ, Otami-ah vint me trouver et me demander, comme une faveur extrême, d'échanger avec elle ma guitare contre un costume complet de guerrier sioux qu'elle avait brodé elle-même et embelli de ses mains, le destinant à son fiancé. J'avais songé, avant même de recevoir la visite de la charmante squaw, à lui laisser un instrument que je regardais comme inutile pour moi; aussi, après lui avoir fait comprendre que son intention avait devancé le désir que j'avais de lui être agréable, je ne pus résister au plaisir d'accepter, à titre de souvenir, le costume magnifique qu'elle me présentait. Rien ne manquait à cette parure guerrière , dont l'étoffe était de cuir de cerf, rendu imperméable par les procédés dont les Peaux-Rouges connaissent seuls le secret, et orné d’un nombre incalculable de broderies faites au moyen de barbes de porc-épic teintes de toutes couleurs. La tunique à franges tailladées, le haut de chausses (leggings), les mocassins, la ceinture, la coiffure ornée de
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magnifiques plumes rouges, jaunes, noires et vertes, le calumet, la poche à poudre et à balles, les gants ronds et fourrés, Lout était là devant moi, et si bien coupé à ma taille, que, lorsque j'eus endossé la tenue complète d’un Sioux marchant au combat, il ne manquait plus à ma toilette que la couche d'ocre rouge, tatouage factice dont les Peaux-Rouges se couvrent la figure dans le but de se rendre plus terribles à leurs ennemis.
L'échange fut donc fait séance tenante, et Otami-ah, ravie de son marché, me tendit ses deux joues, comme pour me remercier de la bonne affaire qui venait d'être conclue entre elle et moi.
Quelques heures après, nous montions à cheval pour reprendre la route d'Indépendance. Cinquante Sioux devaient nous escorter jusqu’au delà du fort Leavenworth, c’est-à-dire jusqu'à la première habitation qui s'élève sur les limites du désert. Inutile de dire que nos adieux furent solennels. Rahm-o-j-0or nous serra à tous cordialement la main, et Otami-ah joignit ses vœux aux siens, nous souhaitant un heureux voyage jusqu'à la terre des Visages-Pâles ; charmante jeune fille à qui, tout en donnant des leçons, j'avais également accordé un souvenir dans mon cœur.
Le premier jour de notre départ, il plut du matin au soir; le lendemain, le temps n'était pas plus favorable; mais enfin la troisième journée fut plus belle. Comme chasseur, je me souviendrai longtemps de cette date, car je fus témoin et acteur d’une chasse admirable.
Nous venions d'entrer dans une gorge obstruée de buissons, lorsque Duquesne, dont le cheval trottait à côté du mien, s’arrêlant tout à coup, nous engagea à faire halte sans mot dire. Il se laissa couler à terre, et appuva son oreille
sur le sol pour écouter. Après quelques secondes, il nous
conseilla de limiter, et obéissant à son désir, nous nous jetâmes tous à plat ventre, prêtant une oreille attentive, mais avouant que notre ouïe était en défaut. Trois fois nous répétâmes cette manœuvre: à la quatrième seulement nous sai-
simes un bruit faible et insignifiant, qui peu à peu devint plus distinet et augmenta de moment en moment.
Abriter nos montures derrière un bouquet de bois, y remiser nos trois charrettes, tout cela fut l'affaire de quelques minutes ; puis, nous glissant à travers un buisson impénélrable, nous parvinmes tous sur la lisière opposée. Chacun de nous, caché par la verdure, attendit le moment opportun où les animaux qui arrivaient indubitablement sur nous passeraient à sa portée.
Quels étaient-ils"? cerfs, coyoles, antilopes, ou bisons ? Nul ne pouvait le dire. La branche fourchue d'un cotonnier se trouvait devant moi, j'y posai le canon d’une carabine
que j'avais empruntée à l'arsenal de M. Mead, et j'attendis,
le cœur palpitant, le moment de lâcher la détente.
Tout d'un coup, dans l’espace vide entre les buissons qui croissaient devant nous, apparurent une vingtaine de bisons smportés de notre côté par une course précipitée. Telle était l'impétuosité de ces animaux, qu’on entendait se briser avec fracas les rameaux qui obstruaient leur passage. Tous étaient malheureusement à de si grandes distances, qu'il était impossible d’en ajuster un avec quelques chances de succès.
Déjà, pour ma part, je craignais que le troupeau tout enlier ne nous échappât, lorsque, à quinze pas devant moi, je vis arriver un magnifique bison qui, trottant clopin-clopant, lrainait avec difficulté une de ses jambes. J’attendais, tout en l’ajustant, que la distance qui le séparait de moi füt moins grande, lorsqu'une magnifique panthère, qui poursuivait l'animal, vint s'offrir à mes regards. Rien n’est plus gracieux que cette féline du Nord : tête haute et les yeux brillants, elle bondissait en rugissant, se rapprochant à chaque élan du bison qui cherchait à échapper à ses étreintes. Quel admirable spectacle, pour nous chasseurs, que de voir ces deux nobles bêtes, dont la vie était presque entre nos mains et ne dépendait que de notre adresse! J’allais tirer sur la panthère, lorsque l’animal carnassier fit un bond pro- ‘digieux et s’élança sur le dos du bison. Tous deux roulèrent
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à terre, l'un étreignant, et l'autre tellement étreint qu'il ne pouvait se débarrasser des griffes de son ennemi, La panthère pourléchait ses lèvres humectées de sang, et resserrait de plus en plus l'étau vivant qui paralysait la vie du bison. Enfin ce dernier laissa retomber lourdement sa tête sur le sol, ses membres se roidirent, et il resta immobile,
C'était le moment de faire feu : chaque seconde de retard pouvait permettre à mes camarades de tirer à mon nez et à ma barbe. Sans sortir de ma cachette, au moment où la panthère tournait la tête de mon côté, je l’ajustai et lächai la détente de ma carabine. Je la vis, au milieu d'un nuage de fumée, sauter à une distance assez grande, et retomber, se livrant à des contorsions qui indiquaient une mort prochaine. M. Mead mit un terme à cette agonie et à ces mugissements horribles.
C'était la plus belle bête que j'eusse tuée de ma vie: je laisse à penser quelle joie j'éprouvai à la regarder, à la retourner dans tous les sens, à la dépouiller et à serrer précieusement sa robe mouchetée. Cette fourrure curieuse est