VINS
De Milianah, de Bordeaux, de Champagne.
Ces banquets annuels, où régnaient l’entrain et la gaieté, étaient de joyeuses fêtes qui occupaient, quinze jours à l'avance, tout le personnel de la garnison. Ils mettaient un peu de variété dans l'existence forcément monotone des postes avancés, et, comme Conséquence, ils cimentaient la bonne camaraderie en établissant entre tous ces bonnes relations, qu’il est si désirable de voir régner entre gens qui concourent au même but.
LAPINBOURG
| Lapinbourg était aussi, et doit être encore, un charbéani pays de chasse,
de Téniet-el-Häd, un peu à droite de la route de Milianah, son vrai nom dans le pays est Pou-Radjà.
. Je l'avais surnommé Lapinbourg en raison, comme n on pense, de la prodigieuse quantité de lapins on y trouvait, sans préjudice de beaucoup de lièvres, perdrix, caïlles, ramiers, colombes, canepetières,
ratons , et accidentellement des lions et des panthères. J'avais découvert ce bon endroit en 1849. Aussitôt j en avais fait part à mes compagnons de chasse, qui ‘eurent , comme moi, la pensée d'en faire notre principale chasse d'été.
jours aussitôt que les perdreaux étaient maillés, est-à-dire depuis le mois de juillet jusqu'en novembre, ue qui nous ramenait à Canardville.
Nous avions choisi, pour notre bivouac , un délicieux roit, ombragé de grands et beaux frènes, entouré trois quarts par la rivière Bou-Radjà, qui amène son eau claire et fraiche du pic de Taza (!), en fornt une sorte de delta.
LE Port bnûé Abd-el-Kader lors de sa guerre cuntre nous, dans le de remplacer la ville de Milianah tombée en notre possession. Tara, Boghar, Tagdempt, Saïda, ont la mème origine et étaient devenus
En
Situé dans le territoire des Matmatas, à huit lieues
bécasses dans la saison, sangliers, chacals, renards,
Nous y venions volontiers faire des parties de quel
- Ai
954 LAPINBOURG.
Dans cette rivière, où l’on pouvait prendre d'excellents bains dans la saison chaude, se trouvaient en profusion des barbeaux, des anguilles et des crabes. Nous pouvions alterner nos chasses par de jolies pêches, et nous ne nous en faisions pas faute.
Il reste toujours un peu du sauvage dans l’homme civilisé. C'est ce qui explique pourquoi nous avions tant de satisfaction à vivre de notre propre industrie en prenant aux bois, aux champs et aux rivières notre subsistance quotidienne.
Quels riches tableaux de genre on aurait pu faire de nos bivouacs, si animés par la présence d'hommes affublés de costumes différents, avec nos chevaux, nos chiens, des guirlandes de gibier pendues aux arbres avec nos accoutrements de chasse et nos armes!
Le soir surtout, quand de grands feux étaient allumés, que la flamme éclairait le feuillage des arbres, les groupes variés de gens et d'animaux de toutes les attitudes, et que le repoussoir des ombres dégradées jusqu’au noir sombre de la nuit y mêlait d'étranges el magiques effets, il y avait de quoi inspirer les natures les plus rebelles. Combien nous regrettions alors notre impuissance à fixer par le pinceau ces tableaux qu nous Charmaient!
| Le moment encore aurait été bien choisi, a le rugissement d’un lion‘ se faisait entendre près de nous. ks chefs-lieux des provinces que l’émir entendait gouverner, malgré notr conquête des villes de Médéah, Milianah , Mascara et Tlemcen, auxquelles ces forts correspondaient.
(*‘) Nous eùmes trois fois l’occasion de faire ces remarques dans différent: séjours à Lapinbourg. Une fois surtout, le lion vint se désaltérer, vers neu: heures du soir, dans la rivière, à quarante pas de notre: bivouac, ainsi qu nous pèmes le consater le lendemain par ses traces. Il rugit à trois reprises.
sans doute à l'aspect de notre bivouac très éclairé, et si violemment que nous crûmes à une agression. Chacun prit son fusil et se mit en défense:
* LAPINBOURG. dé
ide voix éveillait l'attention de tot e: et FES S moment, traduisait son impression selon . cd
+ D onines faisaient bonne contenance, tout eu se à FL os furtivement pour imiter l'attitude des moins Là s, car l'amour-propre ne perd jamais ses droïts au grand jour ou à la lumière. Les chevaux ten- daïent l'encolure, regardaient dans la direction du danger, aspiraient l'air fortement , en soufflant à pleins naseaux, et se Cabraient pour se débarrasser de leurs entraves. Les chiens enfin venaient se réfugier dans nos jambes en hurlant, ou avec des aboïements de menace et de crainte.
Oui, tout cela aurait fait d'admirables tableaux ; . mais nous étions inhabiles à les reproduire. Malgré la tentation, nul n'aurait pu répéter avec succès le mot : du Corrège : « Et moi aussi je suis peintre ! » 5 Les touristes francais et étrangers qui venaient ex- … plorer le pays étaient également émerveillés du site de … Lapinbourg, du cachet de grande originalité quilrevétait, quand nous l'animions de nos bivouacs.
De ceux qui vinrent chasser avec nous, j'ai particu- … liérement gardé le souvenir de deux Anglais qui m'avaient été recommandés par M. le maréchal Randon, alors gouverneur général de l'Algérie. — L'un était Hord David Kennedy, devenu depuis, par la mort de son frère aîné, marquis d’Ailsa; l'autre, M. Crawlay, eq fils d’un riche banquier de Londres, qui l'accompagnait.
- Lord Kennedy était grand chasseur, il avait servi
dis à n6 vint pas, pas plus que nous n'allimes à lui. La nuit était très sombre en dehors du cercle éclairé par nos feux. Nous n'aurions pu le voir, | serions allés nous buter contre lui, ce dont personne n'était tenté,
FE Mr À
256 LAPINBOURG.
plusieurs années dans l'Inde et y avait tué beaucoup de tigres. Sa grande ambition était de Luer un lion. Je m'associai à ce désir, que je trouvai légitime; Je fis out ce que je pus pour lui procurer cette satisfaction, mais sans y pouvoir réussir. Affûts souvent répétés dans les meilleures conditions, poursuite des lions en suivant leurs traces fraiches dans la neige, rien n'y fit. Une fois seulement, lord Kennedy entendit le lion gronder à quelques pas de son affüût, mais il ne put le voir, ni, par conséquent, le tirer. Ge n'était pas assez pour tant de peines.
Après chaque déception, et comme pour s’en CONsSOler, lord Kennedy évoquait les souvenirs de ses triomphes de l'Inde, il me proposait d'y aller avec lui, tuer des tigres. J'y étais déterminé. Peut-être aurions-nous réalisé ce projet, si la guerre de Crimée n'était venue modifier nos résolutions. Be
Lord Kennedy et M. Crawlay restèrent près de deux mois à chasser avec nous. Il va sans dire que jeles conduisis dans nos meilleures réserves, y compris Ca> nardville et le Sersou, où ils prirent grand plaisir à la chasse à la gazelle.
Lis étaient pourvus, comme tous les Anglais le sont sénéralement, d'excellentes armes. Lord Kennedy surtout possédait une carabine de Lancastre, avec laquelle je l'avais vu tuer une gazelle à sept cents mètres, dans un petit troupeau d’une douzaine de têtes.
Nécessairement, j'étais devenu amoureux d'une arme . pareille, surtout après l'avoir expérimentée. Je n'eus de satisfaction que lorsque lord Kennedy me promit de m'en faire fabriquer une semblable, tout en me prévenant « que Lancestre était un grand paresseux » et mettrait plusieurs mois à cette confection.
Dquyiv nvoquio N LUI LE LS 4
DALPTAUI Vi
Ds
k LAPINBOURG. + Lomme j jen me récriai sur la longueur du délai, >.
on ua que cet armurier consciencieux ne livrait F ses armes qu'après une série d' épreuves et avoir réglé
: ne: pendant plus de trente jours, au tir, la po- .sition de l'encoche, de la hausse et du guidon. —Ce , ; Ë qui expliquait la justesse de sa carabine jusqu'à la dis tance de mille yards (environ 900 mètres). |
Je reçus effectivement six mois plus tard cette ex- F'éellants carabine, avec laquelle je ne manquai pas de | m'exercer. Je prenais plaisir à faire avec elle les paris les plus aventureux. J'en gagnai un, entre autres, à MM. de Biencourt et de Ludre, qui vinrent à cette époque visiter Laghouat. Cela me fit grand plaisir, car î ils étaient assez bons tireurs pour qu'il y eût satisfaction | à les vaincre. L'enjeu , qui était un panier de bordeaux, - fut, du reste, consciencieusement bu à leur santé.
De Lapinbourg, il nous arrivait assez fréquemment aussi de faire des petites pointes vers les endroits qui nous étaient indiqués comme très giboyeux.
. Nous descendions alors l'oued Deur-Deur, fertile en bécasses à l'époque de la passe, ou remontions l'oued
Mouilha, le pays par excellence des perdrix.
Nous installions nos bivouacs dans les endroits les 18 ombragés, à portée de l'eau. Ces chasses ambulantes, par le fait même du déplacement, étaient une source de jouissances. L'homme sé complait en variété, - cela est certain. Nous aimions à fouler tous les jours un | sol nouveau, d'aspects différents, peuplé d'autres genres | d'oiseaux et de quadrupèdes que ceux chassés les jours int Nous avions ainsi un peu de ces sensations -qu'éprouvent les grands explorateurs quand ils tou chent une terre vierge et découvrent ce que d'autres
2C0 LAPINBOURG.
— Quoi! pas une déception, un insuccès, pour varier. celte constante série de réussites?
— Si, monsieur Paul, en voici une que je veux vous dire ici, sans préjudice de celles que je vous conterai plustard.
Un jour de l'automne 1853, le capitaine Bouchot, du {1e léger, et moi, nous étions venus planter nos tentes à Lapinbourg pour y faire une bourriche de gibier qui devait servir à notre repas de Saint-Hubert.
Nous avions déjà une jolie collection de lièvres, perdrix et bécasses, lorsque, dans la matinée du troisième jour, en parcourant la partie supérieure de la vallée, nous fimes la rencontre de El-Mokhtar-Bel-Arbi (!), accompagné de deux de ses cavaliers et de quelques piétons des Matmatas. Il venait me voir, sachant que j'étais à chasser à Bou-Radja.
Il me raconta qu'il avait quitté sa tribu depuis trois jours pour suivre les traces de deux lions qui, en traversant le territoire des Beni-Mabhrez, lui avaient tué une jument et lionné un de ses serviteurs.
J'avais déjà entendu raconter de ces histoires de gens lionnés, mais je n’y avais accordé qu'une mince créance.
Ainsi, on m'avait affirmé, chez les Blal et les Matmatas, que des individus, dont le moral n’était sans doute pas d’une trempe énergique, avaient été rencontrés isolément le soir (?) ou la nuit par des lions, et soumis de la part de ceux-ci à une sorte de fascination, dont l'effet était de se faire suivre par le patient, qui devenait alors estesebà, lionné, comme nous disons médusé (°?).
(*) Voir la chasse au lion, page 15. mn
(2) Les lions ne sortent pas de leurs repaires dans le jour, et il est rare d'en rencontrer avant le coucher du soleil.
() Dans tous les récits de ce genre qui m’ont été faits, je n'ai pas {rouvé
mort d'homme dans le souvenir de la génération présente. Les Arabes prétendent néanmoins que le lion, après avoir entraîné l'homme
qui le Far là où il veut. Des gens ayant res: ME contrés dans cet état disaient à ceux qui voulaient les ramener : « Laissez-moi conduire mon bœuf. Vousvoyez bien qu'il s'enfuit et que je vais le perdre», ou d'autres | propos aussi incohérents, mais qui indiquaient toujours : “1e prépecupation de suivre le lion fascinateur. ke Le remède, en pareil cas, est d'appliquer de vigou- | reux soufllets sur la face des lionnés, qui $e réveillent alors plus ou moins de cette violente obsession. Cette croyance au lionnage est tellement accréditée chez les Arabes qui habitent les parties boisées du Tell, qu'ils emploient à l'occasion, pour s'y soustraire, le moyen suivant : s'ils sont à cheval et armiés, ils tirent leurs sabres ou brandissent leurs fusils, font caracoler . leurs chevaux, frappent de l'éperon contre leurs larges étriers. Ce faisant, ils disent au roi des animaux : « Ne me connais-tu pas? je suis un tel, fils d'un tel, la terreur de mes ennemis! Passe au large, tu n’as rien à gagner avec moi. » ; Le lion, voyant à qui il a affaire, après deux ou trois preuves, c'est-à-dire après s'être présenté devant cé , Sur sa droite et sur sa gauche, sans parvenir 4 a Pitimider, finit par le laisser.
Il en est de même quand l'homme est à pied, il doit seulement crier plus fort, accentuer ses gestes, enun mot, faire le bravache, pour bien montrer au lion qu il conserve sa léte et Ja faculté de se défendre. MS Le serviteur d'El-Mokhtar, étant à la recherche de
du côté de son repaire, surtout s'il y à des petits à nourrir, finit par le tuer Lio rap imitant en cela le chat qui joue avec la souris avant dé la
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la jument de son maitre, avait rencontré deux lions, à, la tombée de la nuit, dans un lieu boisé et éloigné de | toute habitation. — Il avait sans doute éprouvé une ! grande peur à la vue de ce couple royal, et par suite une absence qui l'avait laissé inconscient de ce qu'il faisait.
Heureusement pour lui, il fut trouvé dans cet état par deux Arabes des Beni-Mahrez, qui étaient aussi à la recherche de bœufs égarés; ils n’hésitèrent pas à lui appliquer le remède des soufflets, et si vigoureuse- … ment, paraît-il, que notre homme, étant revenu à lui, avait pu dire sa fâcheuse rencontre et montrer l'endroit où il avait vu les lions, etc.
Il n’y eut aucun doute, du reste, quand on vint dire le lendemain à El-Mokhtar que sa jument avait été retrouvée un peu plus loin, à moitié mangée, sur la limite des Matmatas.
Jamais personne, de mémoire d'homme, n’avait perdu autant de bestiaux que lui par le fait des lions et des panthères. Il semblait que ces animaux eussent une rancune toute particulière et bien justifiée contre ce grand destructeur de leur race.
IL m'avait fait un jour le dénombrement de ce qui lui avait été mangé; le chiffre s'élevait à une vingtaine de bœufs ou vaches, à une soixantaine de moutons, et cinq poulains ou juments.
La dernière tuée était une bête de valeur : aussi EI- Mokhtar cherchait à retrouver les auteurs de sa mort pour leur faire expier ce nouveau méfait.
On lui avait donné des renseignements qui lui faisaient supposer que les lions devaient être assez près dans les environs : l'avant - dernière nuit, ils avaient calevé une brebis dans un douar peu distant de nous.
SRE | LAPINBOURG.
% s proposai à El-Mokhtar de venir déjeuner, après | quoi nous aviserions à continuer les recherches, aux-
Éproas, je me proposai de prendre part.
Nous avions déjà fait plus de la moitié du chemin
Arabes apparaître en courant au sommet d'une colline
qui se trouvait à notre droite. Dès qu'ils nous aper-
curent, ils nous firent des signes avec leurs burnous,
en nous criant de les attendre.
Ils paraissaient très émus et avoir quelque chose : d'important à nous communiquer. Aussitôt qu'ils furent
près de nous, ils nous dirent :
| « Deux lions viennent de tuer notre ânesse et son
petit. Ils sont en train de les manger sur le versant
. opposé. Si vous voulez les frapper, vous n'avez pas de
Hd temps à perdre, nous vous conduirons vers eux. »
) Cette occasion nous parut si favorable de joindre nos
| deux malfaiteurs, car ce ne pouvait être qu'eux, que
nous nous mimes en marche sur-le-champ. Le capitaine Bouchot avait voulu être des nôtres, Chemin faisant,
| csaus chargeñmes nos fusils à balles.
Arrivés sur la crête, les Arabes nous montrèrent, de autre côté d'un ravin, à environ deux cents mètres,
"un gros buisson, dans lequel ils nous aflirmèrent avoir
vu les lions occupés, quelques minutes avant, à manger -
l'ânesse et son petit.
El-Mokhtar mit pied à terre, laissa là sa monture et
x vint avec nous, ainsi que nos deux guides, qui nous .
meénèrent sur le buisson. Nous fimes le moins de bruit possible en nous dissimulant derrière les touffes de
. lentisques et de genévriers dont la pente de la colline était boisée.
Nous espérions, de celle manière, approcher les lions
pour regagner notre bivouac, lorsque nous vimes deux
264 LAPINBOURG.
occupés à se repaître, les voir et les tirer le mieux. possible. Mais, arrivés à dix pas de l'endroit où ils, devaient être, nous eûmes beau écouter et regarder avec attention, il n’y avait rien... que les deux ânes . tués, déjà fortement entamés à la partie du cou et des épaules.
Sans doute, les lions nous avaient vus apparaître au sommet de la colline et avaient momentanément abandonné leur repas.
Nous étions à faire ces réflexions, lorsque nous entendimes un rugissement à deux cents mètres de nous, dans le fond du ravin.
« C'est cela, me dit El-Mokhtar, nous les avons dérangés; mais ils ont encore faim, ils reviendront quand ils nous croiront partis. »
Nous fûmes alors d'accord d'établir immédiatement des affûts pour nous placer dedans et attendre leur retour. Nous nous mimes à l’œuvre aussitôt; nos deux Arabes étaient pourvus de leurs gadoums (1), qui nous servirent à faire deux trous, entourés de branchages: dans l'un devait se mettre le capitaine Bouchot, dans l'autre, El-Mokbtar et moi.
Pour tirer parti du terrain, selon ma facon de faire habituelle, de mettre l'affût en contre-bas de la bête à tirer, j'avais, pour aller plus vite, établi le mien dans le creux d’une ravine. Inspiration médiocre, comme on va VOir. :
Notre travail achevé, les deux Arabes étaient partis avec mission d'emmener au bivouac le cheval de Mokhtar et celui du cavalier qui devenait le compagnon du capitaine Bouchot; puis nous nous étions placés dans
(*) Instrument qui est pioche d'un côté et hache de l'autre. Presque tous les montagnards en sont pourvus et le portent à la ceinture.
rions que les lions n'attendraient pas la ui pour re- À venir. Is guettaient sans doute nos mouvements; ns done que piétons et cavaliers auraient disparu, ils de- vaient arriver.
A nous semblait, tant nous étions convaincus d'une | réusite, que ce n'était plus qu'une question de pe 4
ke Mais doux heures, trois heures s'écoulèrent, et rien
: me vint. Nous commencions à trouver le temps long, à nous impatienter, lorsque nous entendimes des rugissements assez près de nous. L'espoir nous ranima aus- . sitôt, et chacun prit sa meilleure position pour tirer. Ce fut en vain : les lions ne parurent pas. Nous les entendions cependant qui se répondaient à une trentaine de pas derrière nos affûts ; la nuit vint pendant cet en-
: tretien, dans 3 ils se communiquérent sans doute
pas la certitude de notre présenge: mais ia, chose d'insolite les préoccupait. Étaient-ce nos affüls, que nous n'avions pas su déguiser suffisamment ? Sale D ju les restes des ânes qui avaient été extraits du fourréet … placés quelques pas plus haut, qui leur faisaient re douter une embüche? Nous le supposions ; néanmoins nous espérions encore qu'ils viendraient achever leurs D : relief.
Ce qui nous le faisait croire, c'est que, depuis que la nuit était venue, ils s'étaient rapprochés, sans que. toutefois nous pussions les voir.
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Le temps s'était couvert vers quatre heures de l’aprèsmidi; au coucher du soleil, la pluie se mit à tomber sous forme de brouillard très épais. En dehors donc de l'endroit où gisaient les ânes, lequel se détachait assez nettement dans le ciel, le reste des alentours se trouvait dans une obscurité profonde.
Et nous étions là, toujours, le fusil à l'épaule, une main sur les batteries, pour empêcher la pluie -de mouiller les capsules. Les lions rôdaient et grondaient, mais ne se présentaient pas au but. La pluie tombait en augmentant d'intensité, de façon que, vers huit ou neuf heures du soir, nous sentimes, El-Mokhtar et moi, qu'un petit ruisseau entrait dans notre affût.
Je dois le dire, l’idée de nous en aller nous vint à ce moment, mais ce n'était pas possible : ces maudits lions nous maintenaient en espoir. De* temps à autre, ils rugissaient ou grondaient comme de gros chats auxquels on veut enlever la viande qu'ils ont volée. Nous les entendions frôler les buissons dans un rayon d'une vingtaine de pas autour de nous. Mais l’eau aussi montait dans notre trou, profond de deux pieds, sans moyen de l’éviter, à moins de sortir de l'affût, ce que nous ne voulions pas faire. Vers minuit, elle finit par le remplir tout à fait, et nous nous trouvâämes dans une véritable baignoire des plus réfrigérantes.
À cette heure, nous étions trempés jusqu'aux os; la partie de nos individus qui se trouvait en dehors du trou n'avait rien à envier à celles qui étaient soumises à la baignade.
Nous restâmes ainsi jusqu’à cinq heures du matin, donnant un rare exemple d'entêtement dans une situation qui n'avait rien de récréatif, on peut le croire; d'autant plus que nos estomacs étaient tiraillés par la
LAPINBOURG.
; pas. dabire parti à prendre que de rester dans nos Lips jusqu'à un dénouement avouable : ou la mort des lions, ou leur retraite. Cela était devenu une question d'amour-propre entre ces bêtes et nous.
F se « Nous voudrions achever l’ânesse et son petit »,
: devaient-elles se dire.
Nous répondions tacitement, nous, à la mañière de Léonidas : « C'est possible , venez les prendre. »
Notre vaine persévérance finit par l'emporter, les Ë | Bios ne vinrent point. Vers trois heures du matin , ils s'éloignèrent dans la direction du Djebel-Ichâoun, ce pe Pe: nous comprimes par les rugissements, qui s'étei- & gnirent graduellement. Mais, pour bien marquer notre rageuse ténacité, et aussi par un fol espoir qu'ils pourraient se raviser et revenir, nous attendimes Er Se
| heures encore.
» Enfin, l'aube paraissant, nous sortimes morfondus de nos baignoires, en déblatérant contre ces crétins de lions qui avaient été assez stupides pour ne pas venir . Toni à ces pauvres ânes, qu'ils avaient si malhonné- . tement expédiés de vie à trépas.
Le «Ces fils d'infidèles, disait El-Mokhtar, nous ont É Rome, ils s'en vont avec leur peau et leur morgue. Leur jour n'était pas arrivé. »
Ë Voilà ce que notre mauvaise humeur nous faisait «dire dans ce moment. Mais plus tard, après avoir rejoint notre bivouac, nous être séchés et restaurés, | peus éûümes une meilleure opinion de la sagacité de & nos deux lions, ou du moins notre manière de nous ex- : … primer à leur endroit fut plus révérencieuse et plus juste.
268 LAPINBOURG.
El-Moktar, qui avait contre eux une rancune légi- … time, se mit dans la journée à leur poursuite, jusque dans le pays des Oulad-Antar; mais sans le moindre … résultat, ainsi que je l'ai su après. j
Le capitaine Bouchot et moi, nous rentrâmes le lendemain à Téniet-el-Hâd avec une cargaison de gibier, et, chose plus appréciable après notre fraiche nuit, sans le moindre rhume de cerveau.
Eh bien! ce souvenir, qui n’est pas précisément celui | d’un succès, ni une réminiscence des délices de Capoue, m'est, à distance d'une quinzaine d'années déjà, particulièrement agréable.
Il en est ainsi dans la vie; nous nous remémorons plus volontiers peut-être les mauvais jours, les misères subies et bien supportées, que les plaisirs et les joies qui sont venus facilement à nous.
En déduire toutes les raisons mènerait loin. Mais, pour abréger, ne peut-on voir dans ce fait un stimulant des plus propres à nous faire mieux accueillir les épreuves successives de notre avenir? é
Conclusion et morale : Il faut en ce monde recevoir avec résolution les douches que la destinée nous envoie, afin d'acquérir une meilleure trempe.
Voilà, mon cher Paul, un axiome que je vous recommande tout particulièrement, en arrêtant ici cette première partie de mes souvenirs.
J'aurais encore beaucoup à narrer sur Canardville et Lapinbourg, sur les autres chasses, de mon long séjour à Téniet-el-Hàd. — Je pourrais y ajouter d'autres récits et d'autres souvenirs d’une période de cinq.
ane Dose dans le Sud, comme commandant supé-
LAPINBOURG.
| rieur de Laghouat.
Peut-être m'en aviserai-je un de ces jours, quand votre frère Victor viendra à son tour me demander des * histoires. — Il n'y aura pas de raison pour lui refuser . alors ce que j'ai fait pour vous... il faudra s’exécuter. — En attendant, et selon un mot qui a déjà du charme
pour vos oreilles, — je me donne campos!
(TÉNIET-EL-HAD.)
KenNEDY, commandant supérieur de Téniet-el-Hàd. —- Man- GUERITTE, Chef du bureau arabe de Téniet-el-Hàd. — DE Maraan, chef d'escadron de spahis. — Duporer, KLenc, Cové, GÉRARD, capitaines au 2e bataillon d'Afrique. — BARRAGE, Ré- GaD, capitaines du génie. — Panier, docteur. — Semiziar, lieutenant adjoint au bureau arabe. — Casse, docteur. — Gocuee, Couré, lieutenants au 2e bataillon d'Afrique.
(TÉNIET-EL-HA D.)
Kenxeby, commandant supérieur de Téniet-el:Hàd. — Mar- GUERITTE, chef du bureau arabe de Téniet-el-Hàd. — DE Matuan, chef d’escadron de spahis. — KLENc, capitaine au 2 bataillon d'Afrique. — DE Moynier, touriste. — PELLERIN, Lassus, docteurs. — ‘THomas, capitaine du génie. — SERIZIAT, . lieutenant adjoint au bureau arabe. — Grimazp, Léo, officiers d'administration.
: (TÉNIET-EL-nAD.)
Kexweoy, chef de bataillon au 33° de ligne. — MARGUERITTE, commandant supérieur, — Boucuor, capitaine au 44e léger. — Senrzrar, capitaine, chef du bureau arabe. — DeLon, capitaine commandant la place. — Tuomas, capitaine du génie. — Ganmien, officier d'administration. — CoureLe, lieutenant au fte 52 | léger. — Canvr, lieutenant au 2° bataillon d'Afrique. —LecLenc, Lassus, docteurs. — RoziEn, capitaine de spahis. — BRETON, | lieutenant. — Niconas. — LaLor, oflicier d'administration. —
5e aa lieutenant.
(TÉNIET-EL-HAD. )
Mancuenrrre, commandant supérieur. — Boucuor, capitaine | | au 44e léger. — Tnomas, colonel du 41° léger, commandant la - subdivision de Milianah. — Me Tomas. — Lecouéoic, curé » de Téniet-el-Had. — Fnaxk, chef d'escadron de spahis. — Ameun-sex-Fennar, bach- agha. — PonÉGuIN, capitaine de "spahis. — BoLor, docteur. — Pennien, capilaine de spahis. — Génanp, capitaine au ?° bataillon d'Afrique. — Cnorsesar, chef du bureau arabe. — De GazLan», lieutenant. — DE Bnos, lieutenant d'artillerie. — Beaussix, lieutenant de spahis. — Cou- | rer, lieutenant au 11° léger. — Lammenr, docteur. — Latour,
+ en. — Lauor, officier d'administration. — Durant, = 2 Per, ue d'ét- major. — Aymano, ;
(TÉNIET-EL-MAD.)
* Bararue, colonel, commandant la subdivision de Milianah, —
mr
MARGUERITTE, commandant supérieur. — Edward Cooper, ofli-
cier anglais, grenadiers de la garde, —E. Hucarr, major anglais,
7° hussards. — Si-SLimex, agha de Milianah. — Si-EL- Han, à agha des Braz. — Baron LAGARDE, capitaine au 4er spahis, —
BourCERET, Capitaine, chef du bureau arabe de Milianah. — «
HouBiGanrT, capitaine du génie. — LEMORDAN DE LANGOURIAN, capitaine adjudant- major, — BEAussi, lieutenant de spahis. — Maucue, docteur. — GayTre DE Ténu, officier comptable d'administration. — Lecouénie, curé de Téniet.-el-Hàd. — AnELEr, chef du bureau arabe de Téniet-el-Hàd. — Poséeuix, capitaine attaché à la remonte. — RicoLLor, capitaine au 25e de ligne.
— DELON, commandant de place. — DE LasSALLE, capitaine de -
spahis. — OzANNEAU, lieutenant. — RicnEr, garde du génie. — St- AnMED- MErzouGA, Khodja. — J. PLay. — E. BERTRAND, capitaine. — Mouy. — Gesra, oflicier d'administration des hôpitaux. — A. Dourr. — BEx-Oman, lieutenant de spahis.
(LAGHOUAT
MAaRGUERITTE, commandant supérieur. — VINCENT, capitaine
du génie. — HoiLeux, FRÈRE, capitaines au 2e bataillon d'Afrique. — HERSANT, capitaine au 4er tirailleurs indigènes. — DE Pia, Descuamps, lieutenants de chasseurs. — Guéranrop, officier d'administration des hôpitaux. — Braussix, capitaine de spahis. — CarRus, capitaine de spahis, chef du bureau arabe. — Ch. Loyer, curé de Laghouat. — Duranp, capitainé au 2e bataillon d'Afrique. — Rogerr, officier d'administration. — MEUNIER, garde du génie.
BoupErga, interprète militaire. — Le Bissonnais, lieutenant
adjoint. — Deux signatures illisibles.
(LAGHOUAT
MARGUERITTE, Commandant supérieur. — VINCENT, capitaine !
$ £ … x. Cannes, capitaine de spahis, chef du bureau arabe. | —Fnène, capitaine au 2° bataillon d'Afrique. — Meunier, garde | du génie. — Beaussin, capitaine de spahis. — Guénano, oflicier + d'administration des hôpitaux. — Bounessa, interprète militaire.
4 — SEGRETAIN, capitaine du géife. — Fazrey, lieutenant au 4er firailleurs. — Peuissien, pharmacien de l'hôpital militaire. — Miss, docteur. — A. Faivre, ALGas, Ginemp, Costanéz,
: lieutenants. — Gwox, lieutenant adjoint au bureau arabe, — A.-G. Bovrneur, docteur.
(LAGHOUAT
ManGuenrrre, commandant supérieur. — De Rraxcer, le baron v'HooGzuonD, p£ BoneLr, touristes. — B. Founnien, à docteur, — R. pu PLessis. — MAGDELAIxE, capitaine d'artillerie, ; . commandant la place. — Benrmaxo, BoLor, docteurs. — ALvennus, curé de Laghouat. — Dumoxp, vicaire, — CoLomEu, Le | receveur, — Guisaup , officier d'administration. — Guénanp, … officier d'administration des hôpitaux. — Pmcenenr, lieutenant, commandant le poste de Djelfa. — Dursus, lieutenant adjoint (*). F — SEGRETAIN, capitaine du génie. — Boupsnsa, interprète mi- Jitaire. — Humsgar, vétérinaire. — Mouix, lieutenant adjoint. — Peuissien, pharmacien. — ALGAN, lieutenant. — Meuxien, … garde du génie. — Maawax - ex - DyiLant, lieutenant de spahis. — Cannus, capitaine, chef du bureau arabe. — Cnaxu Au, 4 agba de Laghouat.
e) M. | ses Dunsus devint ensuite chef de l'annexe de Djelfa et
A part à loutes nos grandes chasses, avec ua entrain et vne aptitude des
- plus rares comme chasseur à courre. — J'ai plaisir à le reconnaitre conte un de mes meilleurs élèves.
Fin
Se
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à l'autruche dans le Sahra algérien.
on de la forêt des cèdres. Rencontre fortuite. . . . . . . . . 10% eux de la montagne et son pacte avec un lion.
À Ltée a pote ae de ns jus ” .
souda d-Hutslls. Épioode de gourre otre Ha D: “Lego et Ksar-el-Hiräne , en 0 D'AUTRE NES
PETe. MER CR PORC RE ER TENUE