Chasses et pêches de l'autre monde
La publicalioa d'un volame de cbasses et de pèches, après celle des ouvrages écrits par les Nemrods du sport français, Elzéar Blase, d'Houdetot, Deyeux, de FoudraSy Délegorgne, Bertrand et en dernier lieu de Jules Gérard, paraîtra peut-être un acte d'outrecuidance k certains de mes lecteurs. Aussi j'ai cru devoir me disculper de cette faute — si vraiment j'en suis jamais accusé — en plaçant cette courte préface en tête des pages qui vont suivre.
Pendant un séjour de neuf années aux États-Unis — de 4841 k 1849 — ma passion pour les aventures m'a souvent entraîné au milieu de pays déserts, sur des rivages lointains, k la recherche d'oiseaux, de quadrupSdes et de poissons inconnus k tout Européen. J'ai beaucoup vu, j'ai pris de nombreuses notes, et k l'aide de ma mémoire et de ces documents, j'ai rassemblé, pour les offrir k mes frères en saint Hubert, une série de chasses et de pêches fantastiques dont . les acteurs sont des indiens, des trappeurs, des pionniers, des blancs et des nègres.
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La description d'une contrée nouvelle etd'unenature luxuriante, la bizarrerie des faits, le merveilleux du récit, tout m'a paru devoir concourir k rendre mon livre intéressant, et la bienveillance avec laquelle le public a déjà accueilli certains chapitres de ce volume publiés dans des revues et dans des journaux, me fait espérer que, réunies ensemble, mes chasses et mes pèches trouveront encore un accueil favorable.
Je me permettrai de citer un dicton latin bien connu, pour atténuer encore — au besoin — les excentricités de mon livre :
Scribitur ad narrandum, not ai probandum, a dit certain auteur, et je traduis cette phrase par le vers suivant, ayant tçait k mes Chasses de l'autre monde.
Histoires de chasseurs ne sont pas ÉTaugile.
B.-H. Révoil.
Paris, se JuUlet 1850.
Cbalr et PoImod.
Il n'est pas de pays au monde où la chasse soit plus attrayante qu'en Amérique, surtout pour nous autres Européens, forcés, afin de satisfaire notre passion, à nous munir avant tout d'un port d'armes, d'un action de chasse, d'un permis de commune, d une muselière pour n%tte chien, et de mille autres articles indispensables pour défier les procès-verbaux du gendarme, du garde champêtre ou du garde particulier.
Aux États-Unis la chasse et la pêche sont libres. Procurez-vous un fusil et des munitions, un sac et un chien, aventurez-vous au nord, au sud, k l'est et k l'ouest, il vous est permis de vous introduire partout,
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et oncques personne ne songera à vous empêcber de passer sur ses terres ou de traverser ses bois.
Il n'y a d'entr' actes k ce sport illimité qu'à Tëpoque des accouplements!, — c'est-k-dire du 15 avril au 4 juillet — et encore pendant cette période peut-on tuer lièvres, cerfs, oiseaux de passage, gibier d'eau, ours, pantbères et animaux nuisibles. Les seuls oiseaux protégés par les lois du pays sont les perdrix (quails)^ les coqs de bruyère {gromes)^ les dindons et surtout les bécasses. Malheur k vous, si vous êtes surpris chassant ces oiseaux en temps prohibé. Le premier messier venu, un simple valet de charrue vous déclarera procès- verbal, et vous serez bel et bien condamné par le judge du territoire k une amende de cinq dollars (Î5 francs) pour chaque long bec découvert au fond de votre gibecière.
Moi qui vous parle, ami lecteur, je me suis vu, certain jour, arrêté par un bûcheron, le 25 juin 1842, k quelques lieues de New-York, ayant onze bécasses dans mes poches, on me traîna k Hastings devant les autorités, et j'aurais été bel et bien condamné k payer l'énorme amende 275 francs, si je n'eusse prouvé au juge qu'en ma qualité d'étranger j'ignorais les règlements du pays. Mon excuse fut admise : j'en fus quitte pour la conûscation de mon gibier, dont le chef de la justice — k ce que j'ai appris plus tard — se hâta de faire un succulent pâté.
La bécasse (woodcock) des États-Unis est plus petite que son congénère d'Europe et n'a d'autre ressemblance avec le scolapax rusticola que son plumage, dont ^'identité est eu tout parfaite. Suivez
CIASSBS HT PÉCIBS. 9
le eonrant d'un ruisseau, un matin du 4 ]iJ|Het;^ aventurez-vous au milieu des fondrières bouetfies d'un bois marécageux ou parmi les méandres d'un épais cannier, h chaque pas, votre bon pointer tombera en arrêt, une bécasse se lèvera au bout de son nez : dès ce moment tout dépend de votre adresse.
Un matin, dans le bois de Tarry-Town, sur les bords de l'Hudson, un de mes amis et moi nous avions, en deux heures de chasse, épuisé nos poudrières et nos sacs k plomb et ensaché les unes sur les autres cinquante cinq bécasses. Bien entendu nous en avions manqué le double.
La perdrix américaine itetrao coturnix) est de petite taille, a peine grosse comme une énorme caille d'Europe, et son plumage ressemble, k peu de différence près, k celui de nos perdrix grises. Du reste, ce sont mêmes mœurs, mêmes habitudes, mêmes ruses, — plus l'instinct de se percher comme des grives, lorsque la terre leur paraît trop dangereuse.
Que de fois, sur les hauteurs d'Hoboken, vers la rive droite de THudson, ou bien encore dans les broussailles de Long-lsland, k quelques lieues de New- York, je me suis amusé k poursuivre, de remises en remises, une ou deux compagnies de quails^ qui toutes partaient en bloc avec le bruit du tonnerre, et ne se dispersaient qu'après avoir compris l'impossibilité de résister. Le vol de la perdrix anaéricaine est vraiment extraordinaire, et je me souviens avoir suivi des yeux k l'aide d'une lunette de poche un de ces oiseaux qui traversait l'HudsiHî et allait se remiser k
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'deux kilomètres de l'endroit de son départ, au milieu d'une foule de joncs placés sur un monticule de sable le long de la berge.
Les coqs de bruyère de TAmérique du nord se divisent en deux familles distinctes : les partdriges — qui sont d'énormes oiseaux de la grosseur d'une poule et les pinnated grouses (faisans aux pieds pattus) pareils à nos lagopèdes d'Europe, dont les mœurs sont en tout semblables à celles des oiseaux du vieux continent. Comme nos faisans de France, les coqs de bruyère américains vivent au milieu des bois, picorent le grain des fermiers riverains et se font chasser au chien d'arrêt. Il n'est pas rare dans l'État de Connecticut et surtout dans ceux du Missouri et du Kentucky d'être forcé de rentrer au logis, car ou ne peut plus porter sa gibecière. Du reste une douzaine de grouses sufBt à la charge d'un chasseur. On est libre de retourner, l'après-midi, à la poursuite de ces admirables oiseaux, dont la chair est le plus délicieux manger qui soit au monde.
Et puisque j'ai effleuré cette question délicate, il m'est impossible de ne point parler d'une espèce d j canards nommés canvass back (dos de toile k matelas) dont la saveur n'a pas sa pareille. Cet oiseau de passage hante particuhèrement les eaux du fleuve Potomac, aux environs de Baltimore, et s'y nourrit d'une sorte de plante aquatique, le valisneria^ auquel il emprunte son nom générique. On trouve encore ce canard en volées innombrables au milieu des eaux de la baie de Chesapeake, où croissent en quantité les herbes dont il fait sa nourriture favorite. C'est k la
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racine de ce céleri sativage que le cetnmss bock doit' son fumet exquis, et ce gibier est généralement si estimé aux États-Unis, qu'une paire de ces palmipèdes vaut jusqu'à trois et quatre dollars sur les marcliés de New- York, de Philadelphie et de Boston. C'est au moyen du badinageque Ton faitgénéralementla chasse aux canvass bock ; mais le plus souvent on organise des battues k Taide de floUlles d'embarcations, et Ton procède k coups de tremblons. Les chasseurs de la baie de Chesapeake sont si jaloux de leur privilège, que dans certains traités entre les États limitrophes on a introduit des clauses spéciales pour régler les limites de la chasse réservée k chacune des parties contractantes. 11 y a quelques années, une infraction k cet article du traité amena une collision sérieuse entre les chasseurs de Philadelphie et ceux de Baltimore. La querelle s'envenima k tel point, qu'on nolisa de part et d'autre des chaloupes canonnières k bord desquelles se trouvait une troupe de gens armés ayant mission d'empêcher toute infraction aux règlements. Si le gouvernement de Washington n'eût pas concilié les parties, il y aurait eu infailliblement du sang répandu.
On trouvera dans ce volume un chapitre tout entier consacré aux pigeons ramiers ; mais je ne saurais oublier de mentionner ici les vols innombrables de grives de l'espèce des « draines, » qui aux État-Unis obscurcissent l'air pendant le mois d'octobre de chaque année. Jamais caquetage plus bruyant ne se fit entendre dans les bois oii celte gcut emplumée vient de s'abattre. Les robbim — tel est le nom
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américain de ees grives babiUardes -^ s'évertoent à crier comme des sourds, et ils le sont en effet, car la détonation d'un coup de fusil ne réussit même point k leur faire reprendre leur volée. Aussi le chasseur, sans sortir du bosquet où les grives ont fait élection de domicile, peut user sa poudre et son plomb k coup sûr et remplir facilement sa gibecière.
Si du nord des États de F Union nous descendons v^s l'ouest, dans la direction de la Louisiane, nous retrouverons des espèces d'oiseaux et d'animaux in* connues dans les contrées froides du Massaciiussetts et de la Nouvelle-Angleterre. 11 est vrai de dire que ce pays montagneux est boisé et pittoresquement découpé par des cours d'eau, des étangs et des lacs de toutes dimensions. Les forêts sont composées de pins, de bouleaux, de cèdres, de merisiers, d'aubépines, 'd'églantiers et de saules. Çk et la de beaux cbênes, des noisetiers, des sumacs et des cannes complètent la richesse végétale dont le sol est recouvert. Dans les fourrés où le chasseur s'aventure, dans les hautes herbes des prairies on trouve k chaque pas des empreintes récentes et l'homme voit s'envoler devant Iqi, par milliers, des oiseaux au plumage éclatant, diapré de bleu, de rose, de jaune, de violet ou de blanc.
Voici, entre autres, le rice bird, le bec-flgue américain, dont les ravages sont terribles dans toutes les rizières du pays : aussi lui fait-on aux Etats-Unis une guerre acharnée. Vers le coucher du soleil, au nw)ment où les riee birds, obscurcissent ThorizoB et s'abattent sur les plantations &à pleine maturité, on
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a du plaMr à as^iister aux feox de peloton goe tons les cbassaiTS du caflion dirigatt sur les maudits pillards. Bes miUions d*oiseaux succombent chaque saison, gr&ce k cette guerre îDcessante, et cepeudimt Tespëce, loin de diminuer, semble augmenter à me* sure qu'on diercbe à la détruire.
Puisque mon récit m'a conduit sous la zone des pays ebauds, je ne saurais oublier l'un des plus gracieux oiseaux de la création sur toute rétendue de rAmérique du nord, celui dont le chant remplace les mélodies harmonieuses du rossignol d'Europe. Je me souviens toujours avec un sentiment de vrai plaisir d'un certain déjeuner sur l'herbe fait aux environs de Bâton-Bauge, pendant lequel j'entendis pour la première fois le chant du moqueur. Ce singulier volatile, qui doit son nom k l'admirable aptitude dont il est doué pour imiter le chant de tous les autres habitants de Tair, est aussi remarquable par son ramage que par son agilité, car, sans cesser un seul instant de faire entendre sa voix, il s'abaisse et s'élève continuellement. Le plumage de Toiseaux nu)queur n'est pas précisément beau, mais sa forme est svelte et gracteuse, ses mouvements faciles, élégants, ses yeux pleins (te feu et d*intelligence. k toutes ces qualités physiques, le moqueur joint celle d'une voix flexible et sonore qui se prête aux diverses modulations et reod les smis avec toutes leurs nuances.
£ntend-il grisoller l'alouette, il grisolle k son tour. La colombe gémit-elle près de lui , il redit les plaintes de la colombe. Le perroquet caquette-t*il sur une bittn<die,.U caquettejaussi bien que le perroquet. Le
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hlaek bird — merle des États-Unis — siflle-t-il sous la feuillée, il siffle en le parodiant. Un voyageur passe-t-il sur la route en fredonnant une chanson, l'oiseau moqueur répète comme un écho la mélodie du chanteur. Quelquefois il imite le cri de Taigle, souvent il pleure comme un enfant, ou rit comme une jeune fille. En un mot, cet oiseau extraordinaire pousse fort loin le talent d'imitation; mais à l'entendre, on est étonné de la douceur que son bel organe ajoute aux chants des oiseaux dont il s'est fait le copiste.
Lorsqu'au lever de l'aurore les chantres ailés des forêts s'évertuent à répéter leurs différents ramages, le moqueur, perché sur un arbre, se livre à un solo qui domine tous les autres chants. On dirait un ténar de force dont les autres oiseaux accompagnent la voix.
Du reste le talent du moqueur ne se borne pas seulement k l'imitation, son chant k lui est mélodieux et plein de verve. Mais soudain, au milieu d'une phrase habilement cadencée, il s'interrompt pour se livrer k un caprice d'imitation, et cette improvisation, mêlée de souvenirs, dure souvent une heure entière.
Les ailes étendues, sa queue mouchetée de blanc déployée en éventail, il se livre k un frétillement bizarre qui charme la vue, tandis que sa voix étonne l'oreille. Rien n'est, k vrai dire, plus curieux que de voir pirouetter cet oiseau, comme s'il était atteint de folie ou plongé dans un enivrement passager.
Audubon, le célèbre naturaliste américain, prétend que le moqueur t s'élève quelquefois dans les airs
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* avec la rapidité d'une flèche, comme s'il courait » après son âme qu'il aurait laissé échapper avec » son chant. » — Un aveugle qui écouterait les modulations du moqueur, serait convaincu qu'il assiste k un concert de tous les oiseaux réunis dans le but de se disputer le prix du chant, comme le faisaient les pasteurs des églogues de Théocrite et de Virgile. Bu reste, non-seulement le chasseur et le naturaliste se trouvent trompés par les imitations du moqueur, mais les oiseaux eux-mêmes qui accourent près de lui hésitent k prendre cette voix mensongère pour un appel ou pour une plaisanterie. On les voit quelquefois, saisis d'épouvante, se réfugier dans l'épaisseur d'un fourré: quelle en est la cause? Le moqueur vient dimiter le cri du faucon et k causé cette panique inattendue.
Et cependant, malgré toutes ces qualités qui devraient faire épargner le rossignol américain, je dois confesser ici que maintes fois il tombe frappé k mort par un chasseur impitoyable. Pourquoi donc avoir tué ce gentil oiseau? Ah! c'est que sa chair est succulente et que le goût en est exquis. Lk se réduit le secret de cette cruauté.
La chasse est si belle dans l'Amérique du nord, que ce n'est point ordinairement le gibier qui manque sur le passage du chasseur, mais la poudre et le plomb dans son sac. Il me suffira pour prouver ce que j'avance, de citer un passage de journal que j'ai j'ai tout lieu de croire fort authentique. C'est le récit d'une chasse faite dans le comté de Shefford (Canada), près d'un village nommé Frost.
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Les habitants de cçt endroit, s'étant rassemUés à la taverne de TAigle d'or, afin d'aviser au moyen de détruire le gibier qui menaçait le produit des récoltes du pays, il fut résolu que les oiseaux et les animaux pillards, devenus trop nombreux, seraient frappés dans une grande Saint-Barthélémy. Les chasseiîrs nommèrent deux chefs pour organiser le massacre, et les deux élus convinrent entre eux de se faire accompagner chacun par soixante-quinze camarades qui, dans Tintervalle d*un samedi à celui de la semaine suivante, chasseraient sous leurs ordres.
MM. Asa, B. Poster et Augustus Wood partirent donc, et le 19 avril 1852 on compta les pièces, qui se divisaient de la manière suivante :
Chasse de M. Poster. Chasse de M. Wood.
pièces. pièces.
Renards 50 Renards. ,.,... 50
Fporviers ...... SO É|wrvie.rs 25
Corbeaux 60 Corbc;jux. ..«,... li^O
Pk's glous&eurs .... 720 Pics giousseurs .... 420
Pulois ...'.... 270 Putois 120
Ewreulls noirs et gris. . 6fi<) Ecureuils gris et noirs. . 675
Ecureuils rouges cl zébrés. ÛO.620 EcuieuiJs rouges el zébrés. 3?,150
Beleiies ....... «0 Keleites 20
<.eais et pi erls. • . . 2,570 a»oueaes et hiboux. . . 140
(îhoucttes et hibouT. . . 160 «erlos. 3
Merles 5 Pii^eous t
Piverts et geais .... 4,800
Total 45,343 Total. . . . . 36,503
Certes, voilkune chasse qui vaut la peine qu'on la cite, et jamais que je sache roi ou empereur du vieux continent n*eu fit de pareille dans les forêts de sa couronne I
Je ne parlerai point dans ce chapitre préliminaire des chasses k la grosse hât^,.elles,j^tcbac¥pe9. pour
CIASSBS IT FÏUïias. 47
la plupart, illustrées par un récit particulier ; mais afin de justifier la seconde partie du titre de mon ouvrage, mes lecteurs me permettront de citer en passant trois poissons remarquables tout à fait inconnus en Europe.
D'abord voici le poisson-tambour (Pogonias ehro^ mis) ainsi appelé par le bruit qu*ii fait en nageant bruit qui ressemble au roulement d'une baguette sur une peau d'âne bien tendue.
Par un temps calme, l'après-midi, on entend ce roulement k plus de deux cents pas. Le drumming fish se trouve sur les côtes des deux Garolines, des Florides et même dans le fleuve Iludson, le long des quais de New- York. Ce n'est du reste qu'à réi>oque du Irai que ce poisson se livre k son boniment; le reste de 1 année il est muet : la basane est détendue. Cest à l'énergie de la passion amoureuse que les natiuaiistes attribuent ce bruit insolite.
Le poisson-tambour est généralement énorme : il pèse de quinze k quarante kilos et mesure de un mètre k un mètre et demi de longueur. Les deux côtés de ce squale fantastique sont marqués de larges bandes noires disposées en lignes transversales et alternent avec des rubans d*écailles k la fois argentées et dorées.
Quelques planteurs de Charleston m'ont raconté avoir péché dans une saison 12,000 poissons-tambours qui furent par leurs soins salés et distribués, l'hiver, aux nègres et aux pauvres du pays.
Le diable est un autre habitant des eaux américaines k qui j'ai dû consacrer un chapitre tout entier.
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Yoici maintenant le bassy le plas succulent de tous les poissons du monde entier. Sa grosseur varie de cinquante k quatre-vingts centimètres, et sa couleur est irisée de la tête à la queue ; c'est en un mot une carpe de mer admirable dans sa forme, sans pareille comme agilité, et gloutonne plus qu'aucun des poissons de son espèce.
Les requins abondent sur les côtes américaines, mais ces horribles monstres sont encore d'une race particulière dont la laideur dépasse infiniment celle de leurs congénères européens. Une singularité digne de remarque, c'est que les « pilotes » [rémoras) qui^accompagnent ordinairement le requin de nos mers, abandonnent celui des États-Unis. On prétend dans le pays que ce pirate des mers « mangerait même ses amis », et que telle est la raison pour laquelle aucun poisson n'ose s'aventurer trop près de lui.
J'ai failli me laisser croquer un jour par trois de ces terribles poissons, et je terminerai ce chapitre en racontant les détails de cette épouvantable rencontre.
Non loin de Beaufort, sur les côtes de la Caroline du sud, il existe un banc de sable, langue de terre d'alluvion très avancée dans la mer, que les habitants du pays appellent Eggs-bank (le banc des oeufs), ou plutôt le sol du ^oi, car c'est Ik où tous les poissons de ces parages viennent, au dire des pêcheurs, déposer leurs œufs dans la saison des amours.
A la marée haute, ce banc de sable est couvert par les eaux ; mais pendant une tempête, rien n'est plus pittof esqfie <iiie de voir les vagues s'élancer fa-
CKÂSSBS BT PÉGHiS. 4#
rieuses contre cet (^stacle et retomber en écume de l'autre côté du récif.
Souvent, en temps calme, à la marée basse, pendant mon séjour cliez mon ami M. EUiott, je m'aventurais, suivi de l'un de ses nègres, le vertueux Caïn, sur cette plage sablonneuse, armé d'un léger harpon destiné k la fois à prendre du poisson et à transpercer les « tarentules » de mer, très abondantes dans les iaterstices des caillons et dont les morsures passent pour être très venimeuses.
Je me plaisais k voir les basses et les hallibuts naviguer k fleur d'eau, sans crainte, ignorant le danger, et s'avancer souvent presque jusqu'k mes pieds. Restais-je immobile, rien ne bougeait, si ce n'est leurs nageoiresfl» mises en rotation pour les soutenir dans l'eau; mais si je levais le harpon, tout disparaissait dans l'écume du ressac.
Un jour, la température chaude et énervante m'inspira la pensée de me jeter k la mer, dont la limpidité et la surface calme étaient vraiment très engageantes. Je pris des mains de Caïn des lignes que j'avais apportées, et suivi par mon nègre qui portait mon harpon et le panier dans lequel je tenais mes amorces, je m'avançai <lans Teau, les jambes nues, k peine protégées par un pantalon de toile, jusqu'k vingt mètres en avant du rivage.
Je demeurai Ik, sans y songer, jusqu'k ce que la marée eût presque couvert lEgg-bank. Caïn, qui suivait les mouvements d'une ligne que je lui avais con- Me^ n'avait ^as plus que moi pensé au retour forcé mv la terre^^erme ; mm.^ relaumant twtk i&oapf
il poussa un cri de terreur. Je regardai, et jugez de mon effroi quand j'aperçus k quelque mètres de nous, entre le banc de sable et le ressac, nous fermant la retraite, un énorme requin nageant dans notre direction avec la plus grande rapidité.
— « Mon harpon! dis-je k Caïn. Ne me quitte pas d'une seconde et crie comme moi.
— » Ah ! good God ! — répliqua le noir dont les yeux démesurément ouverts semblaient sortir de leurs orbites, — voici encore un autre slmrk ! »
Je regardai, et quelle ne fut pas ma consternation lorsque je vis qu'au lieu de deux requins, il y en avait trois, voguant de conserve, comme eussent pule faire des pirates liés entre eux par un pacte et se proposant de s'emparer d'un galion chargé d'or.
Sans nul doute c'était k l'odeur nauséabonde de nos amorces de pêche que nous devions la visite de ces trois monstres.
— « Si ces monstres nous attaquent, disais-je en moi-même, nous sommes perdus. Il n y a pas un moment k perdre. Soyons audacieux! c'est Ik notre seul moyen de salut.
Je renouvelai mes ordres k Gain, et m'avançaot, armé de mon harpon, contre le premier requin, je m'élançai sur lui et le frappai violemment sur sa tête, criant en même temps de toutes mes forces, tandis que la voix de Caïn, quelque peu enrouée par la peur, accompagnait la mienne, et pendant que ses bras agitaient l'eau avec force.
Cette conversion stratégique réussit; les requins effrayés se sauvèrent dans les eaux profondes, et
nous regagnâmes la côte en courant, sans regarder en arrière, jusqu'à ce que nos pieds fussent tout-kfait hors de Teau.
Etre dévoré vivant par des requins n'est pas le genre de uiort que je préférerais, je Tavoue, et k Theure où j'écris ces lignes, malgré les années qui se sont écoulées depuis cette aventure, je tremble encore, ému par une terreur impossible k réprimer. Souvent depuis je me suis trouvé sur Te bord de la mer, en Amérique et en Europe, les poissons bondissaient devant moi, les coquillages brillaient sur le sable fin, sous une couche d'eau limpide et tremblante, mais rien ne pouvait m'inviter aux délices du bain.
Bien au contraire, tout cela me rappelait les tarentules d'Eggs-bank, et je croyais voir au large, sur la croupe d'une vague, les trois requins qui avaient comploté mon meurtre et résolu de déchiqueter mes membres afin de s'en partager les lambeaux.
lia Pantlière*
J'étais engagé, xrn eertain jour d'hiver, au milieu des forêts qui s'étendent le long du chemin de fer de TErié : deux amis, excellents chasseurs, m'avai^t accompagné. Nous étions tous trois montés sur des chevaux du pays, armés de nos fusils et suivis d'une meute de six chiens. La partie de bois que nous parcourions était touffue, composée de cèdres, de cyprès, de roseaux, et parsemée cà et là de flaques pleines d'eau, que l'on appelle un bayou dans la Louisiane, et un pond dans le nord des Etats-Unis. L'ombre la plus épaisse régnait dans la forêt, qui paraissait être fré« qnentée par de nombreux animaux de toutes sortes. L'atmosphère était chargée, l'horizon brumeux et noir, et, malgré l'obscurité, nous avions mis dans nos projets de ne rentrer au logis qu'après avoir tué un cerf. Tout d'un coup, un de nos limiers donne de la voix, et après maint et maint circuit, il nous amène
S4 CHÂSSBS ET PÉCHBS.
devant un cannier touffu et rendu impénétrable par une multitude de« lianes tressées les unes dans les autres. Là, les chiens s'arrêtèrent, et, après avoir hésité un instant, ils suivent le limier autour de ce buisson inextricable, les oreilles dressées, les yeux jetant feu et fiamme, les narines ouvertes et les jarrets tendus. Leurs aboiements étaient frénétiques, terribles, répétés à intervalles si rapprochés, qu'on aurait juré qu'ils ne discontinuaient pas Les échos répercutaient ces clameurs, qui glissaient sur la surface liquide d'un lac voisin, et allaient se perdre dans le lointain, comme la fanfare de chasse d'un piqueur qui sonne de la trompe.
Nous n'avions pas quitté nos chiens d'une semelle, et, tout en écartant les bramcties des arbres qui nous fouettaient le visage, nous soutenions nos chevaux de crainte d'un faux pas.
De l'autre côté du cannier, les chiens s'étaient frayé une route à travers les broussailles, et nous les entendions s'égosiller au milieu du buisson. Je priai mes compagnons de me laisser agir à ma guise ; et, me débarrassant de mon paletot, j'attachai mon mouchoir autour de ma tète afin de préserver mes yeux, ma figure et mes lunettes. Prenant ensuite mon fusil, dont je renouvelai les capsules, je pénétrai à grands pas dans la trouée que nos chiens avaient faite. J'évitais de faire le moindre bruit, et je rendais ma marche aussi légère que possible à travers ce passage où nul être humain n'avait peut-être pénétré avant moi. Bientôt, à travers ee rideau de verdure qui obscurcissait ma vue, je parvms à deux pas de la meute. L*un de nos chiens
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s'élançait contre le tronc de l'arbre, dont il mordait Fécoree, et autour de lui s'agitaient les autres limiers qui aboyaient comme de vrais démons.
Je levai les yeux, cbetxbant à apercevoir ce qui causait la rage de nos chiens. Après quelques instants donnés à cet examen, lorsque mes yeux furent habitués à l'ombre, je découvris, à trente pas au-dessus de ma tête, une panthère m&le de la plus grosse espèce, qui fouettait ses flancs avec sa queue, et roulait dans leurs orbites des yeux qui ressemblaient à des globes de phosphore flamboyant.
Ajuster et lâcher simultanément la double détente de mon fusil, ce fut l'affaire d'une seconde; mais, malgré la justesse de mes deux coups, l'animal ne fut point tué raide. De ses deux pattes il restait accroché à une branche d'arbre, comme s'il eût défié la mort. Quelques minutes après, ses muscles se détendirent, ses griffes abandonnèrent leur étreinte, et la panthère tomba à mes pieds au milieu de nos chiens : j'eus toute les peines du monde à les empêcher de déchirer à belles dents la fourure de ce superbe animal.
Pendant cet intervalle, mes amis s'étaient rapprochés, et, grâce à leurs soins, je parvins à sauver mon gibier et à l'accrocher à une branche d'arbre, hors de toute atteinte.
C'était la première panthère que je tuais, et, je dois le dire, ma joie était extrême et se traduisait par de nombreuses exclamalious. L'animal que j'avais abattu était énorme, et cependant 11 était loin de ressembler aux panthères qui existent dans les cabinets d'histoire naturelle et qui sont aussi grosses qu'un tigre ou qu'un
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léopard. La panthère des Etats-Unis est généralefleieat de la taille d*im gros renard, ou tout au plus de celle d'un petit loup. Celle qui pendait devant mes yeux arait le pelage d*un roux blanchâtre, moucheté du cou à Textrémité de la queue par des taches oblongues, de couleur bistre, bordées de ik>ir. Le dessous du rentre était blanc et uni; ses yeux jaune vert, gros et brillants; ses oreilles pointues et ses pieds armés de griflDBS longues d'un demi-ponce.
Pendant que mes camarades et moi nous admirions ma panthère, la meute avait retrouvé une autre piste et reprenait sa poursuite échevdée. Nous nous hâtâmes de remonter à cheval, et un quart d'heure après, malgré le circuit énorme que nous avions fait dans la forêt, nous nous retrouvions tous trois devant le cannier. Cette fois, nous hâtant d'attacher nos chevaux aux arbres voisins, nous entrâmes ensemble dans ce labyrinthe épineux. A la même place où j'avais tué ma panthère, se tenait debout la femelle, rugissant comme un lion et la gueule dégouttante de bave.
Trois coups de feu, tirés à la fbis, firent choir la bêle sur le sol. Nos balles avaient pénétré à travers la peau, l'une dans la poitrine, l'autre dans la tête, la troisième dans le ventre.
Sans hésiter, je tirai de sa gaine un bowie knife qui pendait à ma ceinture, et aidé par mes deux camarades, j'entrepris bravement l'office de boucher, ouvrant la peau sous le ventre des deux panthères, l'arrachant avec mon poing fermé, coupant les quatre pattes et la tète à la hauteur du crâne. Quand ce double écorehement fut terminé, nous nous domiimes le spec-
tacle de la curée, abandonnant tn cliieBS kt diair de ranhnal et nons contentant de notre part de Imtm.
Nous reprenions très joyeux le cbemm qui eonduisait à Grammercy-Land-HousCy habitation d'un riehe agriculteur, notre ami commun, lorsqu'aux coninti de la forêt, tout près d'une lagune formée par un des replis du petit lac, nos diieits trouvè^nt une pis% nouvelle. Etait-ce encore une panthère? était-ce un raccoon (1) ou bien un cerf? nul ne pouvait le dire, mais à coup sûr nous ne songions pas alors à compléter notre étendard de pacha. Nous étions satisfaits des deux queues de panthères que nous possédions déjà, lorsque soudain, devant nous, à vingt pas, s'élança du milieu d'une cépée une féline gracieuse, qui d'un seul bond parvint au haut d'un bouleau, d'où elle paraissait défier notre atteinte et celle de nos chiens. Nous lâchâmes, tous trois encore, la détente de nos fusils, et l'animal, poussant un miaulement effroyable, se laissa tomber sur le sol. C'était une jeune panthère mâle, allongée et fine comme un de ces dandys américains qui arpentent le pavé de Broadway et lorgnent insolemment spus le nez les jolies misses de New-York, Elle avait cinq pieds et demi de long. L'étendard à trois queues était à nous, il ne s'agissait plus que de savoir lequel de nous trois serait le pacha.
Pendant celte dernière expédition, la nuit était venue sans transition du jour au crépuscule. Nous cherchions notre chemin et ne pouvions le trouver. Des canniers denses et fourrés se hérissaitut devant nous,
(<)^ftaton d*Amftrique.
comme si un malicieux enchanteur les eût fait surgir pour égarer nos pas, et nous n'avions pas le plus petit fil d*Anane pour nous guider dans ce labyrinthe.
Enfin la lune se leva. Nous nous orientâmes de noire mieux, dans la direction du nord-est, afin de retourner à Grammercy-Land-House. Il était dix heures du soir quand nQs chevaux, hennissant, nousdéposèrent devant la verandah de la ferme. Un bon feu, un excellent souper, de charmantes ladies nous attendaient, et nous oubliâmes bientôt nos émotions au milieu d*une hospitalité toute patriarcale.
La triple dépouille des panthères fut déployée aux yeux de nos gracieuses Yankees, trpis charmantes sœurs à Toeil mutin, au sourire fin, aux dents blanches, aux épaules arrondies, qui nous accablèrent d*éIoges bien doux à entendre.
Au bai costumé de YOcéan-House, à Newport, qui eut lieu le 17 du mois d'août de 4 847, ces trois grâces américaines excitaient Fadmiration générale et étaient déclarées les dames de beauté de cette assemblée fasbionnable. Mesdemoiselles Fanny, Rebecca et Lizzy Q..., revêtues d'une robe blanche et les épaules abritées chacune par une des peaux de nos panthères, avaient subjugué tous les cœurs.
La peau de la panthère est très-estimée par les fourreurs des Etats-Unis, qui en font des tapis splendides, bordés d'ours noir. J'ai vu à Philadelphie, chez Madame R..., mariée à un médecin millionnaire, un sali>n dont le parquet était entièrement tapissé de peaux de panthères; c'était magnifique à la vue et d'un prix fabuleux. Les divans, les coussins, les
chaises, les fauteuils, les consoles, tout était recouvert de ce pelage, aussi bizarre qu'une page éerile de langue arabe.
Des trois dépouilles de ces panthères, il m'en reste une encore, celle qui couvrait la taille cambrée de miss Rebecca, à qui je l'avais prêtée pour la circonstance, et qui me l'a restituée fidèlement après le bal.
La panthère a des mœurs carnassières très prononcées; c'est surtout la nuit qu'elle se met en quête, quœreîis quem devoret. Et quoique sa marche soit lente, elle allonge le pas avec tant d'agiihé, qu'elle parcourt des distances immenses dans l'intervalle du coucher du soleil à son lever. Si le pays est giboyeux, la panthère aura vite trouvé son souper. Un ou deux bonds lui mettront entre les griffes une proie digue de son appétit. Mais si la neige qui couvre le soi, si le vent qui souffle avec rage rendent les chemins impraticables, la panthère se blottit sous un rocher, dans un endroit fréquenté paries cerfs ou par quelque gibier plus petit, à l'abri d'un bois de cèdre ; et là, attendant patieniment la barde de cerfs dont les habitudes lui !M)nt connues par instinct, les dindons qui picorent sous le tronc des aii)res, les lièvres dont les gîtes s'ouvrent béants devant ses yeux, elle profite du moment favorable, et prenant son élan, elle manque rarement sa proie.
Quelquefois même la panthère s'attaque à l'homme, mais c'est surtout lorsque la faim la fait sortir du bois, et qu'elle a des petits à nourrir. Le récit suivant arrive à Tappui dj ce fait.
Ma seconde chasse à la panthère eut lieu à Sbonan-
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iO CHASSIS BT pAcHBS.
doi^, dans TEtat de la Virginie, le long d'une petite rivière appelée Gedar-Grick, qui coule aux pieds de hautes montagnes dont le sommet est recouvert de pins, de cèdres et de buissons touffus.
J'avais reçu la plus gracieuse hospitalité dans Thabitation de M. Pendleton, et un soir, après souper, nous étions quatre à deviser autour d'une table chargée de verres, au milieu desquels flambait un bol de punch au Tviskey, lorsque tout d'un coup le calme de notre conversation fut interrompu par des cris terribles qui provenaient d'une chambre Voisine de la salle à manger. Madame Pendleton se trouvait là avec son enfant malade et sa nourrice, qui venait d'ouvrir la fenêtre, lorsqu'une féline d*énorme taille sauta du plancher de la piazza qui régnait autour de la maison sur le bord de la fenêtre, se tenant prête 4 s'élancer sur le berceau de l'enfant.
Les cris de la mère et ceux de la nourrice nous amenèrent sur le champ dans la chambre, mais l'animal avait eu peur, et nous n'apprîmes ce qui s'était passé que lorsqu'il n'était plus temps de le poursuivre. Les chiens de la maison s'étaient élancés sur les traces de la panthère ils revinrent bientôt, la queue entre les jambes, lâchement, comme s'ils avaient fui un danger trop imminent.
Le lendemain matin, bien avant que le jour n'eût paru, les trois MM. Pendleton et moi, accompagnés de deux nègres et d'une meute composée de huit limiers de magnifique race, nous suivions la piste de la panthère à travers les sentiers les plus hérissés d'épines et de cftnnes eoupautes que J'm îamais raioontrés
CHASSES IT FiCBBS. 34
de ma vie. Enfin nous arrivâmes à une sorte de clairière, tm milieu de laquelle gisait une carcasse de daim à moitié dévorée. Le gibier avait été tué pendant' la nuit, car il était frais et sans odeur.
Tout nous prouvait que nous étions enfin parvenus près de l'endroit où la panthère s'était retirée pour y passer la journée.
La neige qui était tombée depuis deux jours couvrait le soi d'un vaste linceul, et les pattes de l'animal s'y voyaient empreintes comme l'est un sceau sur la cire d'un parcheoiin. Ces traces nous/îonduisirent sur le sommet des montagnes Paddy, jusqu'auprès d'un rocber fendu en deux, qui formait une grotte naturelle, dans le fond de laquelle régnait la plus profonde obscurité.
Un de nos chiens, qui passa sa tête dans cette fente de rocber, donna de la voix ce qui nous prouva que la panthère était à quelques pas de lui.
Je ne sais si la nature a octroyé au chien plus de courage pendant le jour que pendant la nuit, mais ce qu'il y a de certain, c'est que les limiers, qui, la veille au soir, étaient revenus la tête basse et la queue entre les jambes de la poursuite de la panthère, n'hésitèrent pas un instant à se précipiter dans la passe étroite de la grotte pour attaquer ensemble l'ennemi. Deux d'entre eux parvinrent seuls à se glisser dans cette ouverture avant que MM. Pendleton eussent pu les en empêcher.
Un miaulement terrible se fit entendre, qui fut immédiatement suivi des hurlements des deux limiers. Mous ne savions quel parti pr^dre. U fallait faire
32 CflASSES ET PÊCHES.
sortir les chiens, ou ils allaient êti'e tués. M. Rudolph, l'aîné des Pendlcton, ordonna à ses deux nègres d*entrer dans le trou et de tirer dehors les limiers en les prenant ou par les pattes ou par la queue. En efTet, Adonis et Jupiter (c*est ainsi que s'appelaient les deux africains) obéirent à leur maître» et, grâce à leurs efforts, ils arrachèrent successivement les deux chiens de la passe des rochers. Le dernier entré n'avait eu aucun mal, mais le premier avait été dangereusement blessé par la panthère.
Dans ce moment, le nègre Jupiter, qui était rentré dans la fissure de la grotte, s'écria dans son langage naif :
a — Oh! massa Pendleton, les yeux de li pantlière être brillants, là, comme deux dollars tout neufs. Yahlyahl yahl »
Sur de nouveaux ordres de M Pendleton, les esclaves dégagèjtînl l'entrée de la grotte de tout le bols et de toutes les feuilles qui l'otislruaient, et M. Rudolph pénétra à son tour dans Télroit orifice.
Un silence solennel régnait en ce moment : les limiers eux-mêmes avaient compris qu*il était nécessaire de ne point donner de la voix. Deux minutes après que M. Pendleton eiit entrepris son exploration dangereuse, nous le vîmes revenir à nous : il avait vu deux bêtes au lieu d*une. La pi*emière était accroupi^ dans le. fond de la grotte, la seconde se tenait sur une corniche du rocher, taillée sur la paioi gauche de cette fosse aux panthères.
Il fut décidé par mes trois hôtes que M. Rudolphe entrerait le premier, sa carabine à la main,
OASIBS ET FÉCHBS. M
tandis qoe son frère Harry le snivrait pour lai fimre passer une autre arme, an cas où la première décharge n'aurait pas suffi pour tuer la première panthère. Nous deux, M. Charles Pendleton et moi, nous nous tenions sur le qui yive, nos fusils à la main, tandis que les nègres, qqi avaient accouplé les limiers, les tenaient en laisse.
Mon cœur battait avec force, dans l'anxiété du drame qui allait se passer au fond des entrailles de la terre. Tout-à-coup une explosion des plus bruyantes se fit entendre : on aurait dit que la terre tremblait sous nos pas, ou bien qu'une mine venait d'éclater à nos oreilles.
Les deux Pendleton reparurent bientôt, l'un portant la carabine de son frère, et celui-ci traînant par la queue un énorme animal qui, de l'extrémité du fouet au bout de sou museau mesurait cinq pieds de long.
Pendant que nous examinions cette superbe panthère, les chiens avaient rompu leur laisse, et deux d'entre eux, se précipitant de nouveau dans la caverne, livraient un combat à outrance à l'autre animal, qui était resté accroupi sur la corniche. Heureusement pour nos chiens, la bête tremblait de peur, et n'osait pas se défendre, aussi les limiers l'étranglèrent-ils facilement. Quand cette bataille souteraine eut cessé, et lorsque Adonis, qui pénétra à son tour dans la grotte , reparut au soleil , il nous rapporta cette panthère en miniature et la jeta sur le sol à c6té de sa mère. Toutes deux avaient vécu.
Je terminerai ce chapitre en racontant à mes lec-
31 euusis BT pÉent.
iesTs 111 des épisodes de Texploration que j'avais en* treprise daas les forêts de la Floride.
Par une matinée glaciale, nous chassions, un Américain et moi, à quatorze milles de Saint-Augustin, le long de la rivière Saint-John. Nos trois chiens avaient poursuivi une panthère, qui pour les éviter s'était jetée à la nage afin d'atteindre un ilôt s'élevant à une portée de fusil au milieu des eaux. Tout-à-coup ranimai se retourna, saisit par la lôte le chien qui était le plus rapproché de lui, et, Tentralnant sous l'eau, il parvint à l'asphyxier. Heureusement, nos deux autres chiens, qui comprenaient le danger, retournèrent près de nous.
La panthère avait atteint l'autre bord, et nous la suivions des yeux dans l'impossibilité oà nous nous trouvions de traverser le fleuve Saint-John. Elle s'élança, au sortir de l'eau, sur un rocher qui bordait le courant, et de là, grimpant le long d'un arbre, nous la vîmes se blottir sur une branche ex[>osée tu soleil, Afin de faire sécher sa magnifique fourrure.
Bientôt apparut à nos yeux étonnés un Caraïbe rampant sur le soi. L'Indien grimpa à son tour le long d'un arbro rapproché de celui où se trouvait la panthère et dont les branches s'enchevêtraient dans celles de Tautre : il parvint à peu de distaneede l'animal. Entre le Caraïbe el la panthère, il n'y eut bientôt qu^un espace de quelques mètres.
Le panthère pai^ais^ait déjà calculer la force et la portée de son élan; sealement, elle hésitait, dans la crainte que les branches ne fussent trop faibles pwr supporter $QU poids et celui de rennemi, qui venait
€HASSES ET PÊCHES. 35
amsî fattaqucr. Quant à Tlndien, armé d*un épieu et d'un bowiC'knife, il attendait le carnassier, qui levait avec précaution ses pattes, enfonçait ses griffes aiguës dans récorce glissante de l'arbre,*s'avançait pouce à pouce, tandis que son œil d*éineraude brillait d*une ardeur sanguinaire.
Ce spectacle émouvant nous avait cloués sur le sol ; cependant un instinct secret paraissait nous avertir que, quoique le péril fût grand, Thomme vaincrait l'animal. Aussi ne pouvions-nous pas nous empêcher d'admirer l'élégance, la vig^ieur et la souplesse de la panthère. Une haleine chaude, sortant de sa gueule béante, semblait atteindre le visage du Peau-Rouge, qui tout d'un coup levant son épieu, lui en asséna sur la tête un coup violent, auquel répondit un rugissement sourd et profond. L'animal, ainsi averti, se détourna de manière à placer son museau sous une branche qui le couvrait et le protégeait. Tout-à-coup le Caraïbe arisa sa gueule enlr*ouverte, y introduisit la pokrte de son épieu, et le même hurlement se reproduisit, plus terrible encore que le premier. La panthère ramassait son corps et étendait une de ses pattes en avant pour atteindre une branche qui l'eût placée de niveau avec son ennemi. La situation devenait criticpie : ses énormes griffes touchaient déjà le genou du Peau-Rouge; sa poitrine haletante annonçait l'effort tigourenx qu'elle allait tenter, et mon ami et moi nous aurions mis un terme à cette horrible lutte, si nous n^eussions pas craint d'atteindre et lliomme et l'aninal, car nos fusils étaient chargés avec des chevrotines.
• À cet instant suprême, le Caraïbe, faisant un mouyement violent, plongea la lame de son couteau dans l'œil de la panthère , qui, ne pouvant ni reculer ni avancer, retenue qu'elle était par l'arme implantée dans l'orbitre de son œil, exprimait sa fureur impuissante par des cris longs et saccadés. Sa rage finit par l'emporter sur l'instinct de prudence particulier à sa race : furieuse, elle voulut s'élancer; mais un second coup d'épieu lui fit perdre l'équilibre, et elle tomba sur la rive du fleuve à une portée de carabine. Une terrible explosion, causée par la décharge simultanée de nos quatre coups de fusil, cloua l'animal sur le sol, où il se débattit quelques instant et se raidit dans une dernière convulsion.
A ce bruit insolite, le Caraïbe avait tourné les yeux de notre côté, et poussait en même temps un hoop vigoureux, qui dans sa langue était à la fois un remerciment et un cri de victoire. Il descendit de l'arbre avec l'agilité d'un chat, et manifesta , par une danse folle, la joie où il était d'avoir été délivré d'une manière si miraculeuse et si inespérée. Grâce à son couteau, l'animal fut bientôt dépecé, et sa robe, qui mesurait cinq pieds trois pouces de long, de la tête à la naissance de la queue, fut roulée et attachée sur son dos. Le Peau-Rouge, à qui nous fîmes comprendre que nous étions bien aises de le garder en notre compagnie, traversa la rivière à la nage, et nous suivit sans trop de répugnance jusqu'à Saint-Augustin, où mon camarade (le chasse, ami du gouverneur de l'Etat, lui fit obtenir une récompense pour son audacieux courage.
Le Caraïbe que le hasard avait amené sur notre
CBASSSS ET PÊCHIS. 37
route n'était pas un obscur chasseur iadien, c'était le célèbre Biily Bowlegs, qui est devenu le chef des Caraïbes de la presqu'île floridienne, et dont la tribu menace souvent encore le repos et quelquefois la vie des planteurs de Talahassée.
lie «erpent de mer.
Au nombre des mcmstres marins dont Yexii^^mG» ^st constatée par des témoignages auxquels on peot #ajonter foi, le kraken^ vulgairement appelé « poissi^ montagne, » est peut-être le plus remarqualrfe de la création, soit à cause de sa taille extraordinaire, soit à cause de ses proportions inconnues. Il est vrai qtMi souvent la tradition change la vérité en mensonges, et les mensonges en de nouveaux mensonges ; mais aeuji: qui aiment le merveilleux peuvent bien admetti^ l'existence d*une autorité traditionnelle qui s*est maintenue et a survécu à tous les sarcasmes, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. D'après cettQ tradition, lorsque ce polype gigantesque, parait à la à la surface de TOcéan, il ressemble plutôt à une île ou à un récif qu'à un poisson, et s'il nage sous les eaux, les navires qui le rencoulrent et le louchent de leur quille reçoivent des secousses qui font croire à des commotions sous-marines couvent expliquées pai* une
iO CHASSES tT PÉCfiBS.
àniptioa volcanique. La tradition prétend encore qae le kraken est immortel, quoique la nature lui ait refusé la faculté de propager son espèce : il serait en effet difficUe à TOcéan, malgré son étendue immense, de nourrir dans ses eaux une race nombreuse de ces monstres gigantesques. Il faut donc croire que le nombre des krakens se maintiendra tel qu'il a été dès le eommencement de ce monde.
Il est bon, toutefois, de ne pas oublier un seul instant que toutes ces assertions ne sont que des suppositions fcmdées sur des probabilités. La nature ne renfermet»elle pas une infinité d'êtres encore inconnus à la science bumaine?
Néanmoins, si tous, les faits qm paraissent tenir de rîmpossible et du merveilleux n'avaient pour origine que les témoignages exagérés des marins et des pêcheurs, on pourrait, sans y mettre plus de façons, les reléguer au nombre de ces contes inventés à plaisir pour amuser les enfants ; mais il faut le dire, puisque cela est, plus d'un naturaliste digne de foi a confirmé et corroboré, à quelques modifications près, ces vérités populaires que la tradition nous a léguées.
Dans le nombre infini des contes répandus dans le public, qui se sont propagés au sujet de ce monstrueux polype, je citerai ceux-ci : Vers la fin du dixhuitième siècle, les habitants de la côte de Terre- Neuve, située entre le 48* et le 80* degré de latitude au delà de Pine-Light, remarquèrent que l'air était empoisonné à un tel point, toutes les fois que le vent souflOiait de la mer, que leur pays paraissait être menacé de la peste. Après maintes recherches, on finit
CHASSES BT PÉCfiES. 41
par déeonvrir que la cause de cette odeur nauséabonde et dangereuse venait du cadavre d'un immense kraken échoué sur les récifs qui bordaient la rive, en deçà du ressac. Je n'ai pas été à même d'approfondir quels furent les moyens employés par les habitants de Terre- Neuve pour se débarrasser de ce dangereux et putride voisinage ; j'ignore quels procédés ils mirent en usage pour assainir l'air; mais toujours est-il que la peste ne se déclara pas , et que , soit à l'aide des oiseaux de mer qui dépecèrent ce cadavre, soit grâce à un autre moyen providentiel que la tradition ne nous a pas transmis, le kraken disparut et le pays échappa au fléau.
J'ai aussi ouï raconter qu'un évêque de Norwége ayant été informé par des pêcheurs qu'une tle nouvelle venait de surgir dans la baie de Bergen, résolut d'y célébrer la messe. Le sol était visqueux et mou, mais grâce à un bateau chargé de sable, ou put élever un autel à pied sec, et célébrer le service divin, à la suite duquel on planta une croix de bois entre deux mouticules comblés au moyen de sable et de pierres, pour prendre possession de l'Ue nouvelle. Au moment où révoque et son clergé s'embarquaient pour retourner sur le continent, l'île entière se mit en mouvement, et disparut sous les eaux. On reconnut alors que cette terre supposée n'était rien ajitre chose qu'un kraken de la plus énorme espèce.
Un capitaine américain, que j'ai beaucoup connu à New- York, m'a raconté qu'en 1836, se trouvant dans les attérages des îles Lucayes, son navire avait été attaqué par uu kraken qui, étendant ses bras gigan-
4t GIÀSSBS ET PÉCUf«
tesques, ayait altemt et entrataé àsn hommes de smi équipage dans la mer. Ea vain lear^ camarades avaient-ils cherché à arracher ces deux malheureux à la mort ; tous leurs efforts furent inutiles. L'équipage avait cependant remporté une victoire partielle, car d'un coup de hache le timonier en chef avait tranché un des hras du polype. Cet appendice monstrueux mesurait trois mètres et demi de long et sa grosseur était celle du corps d'un homme. J'ai vu ce curieux spécimen d'histoire naturelle dans le Muséum de M. Bamum à New-York, où il est contenu, raccoriii et replié sur Ud-mème, dans un énorme hocal rempli d'alcool.
S'il faut en croire un ex vota qui subsiste daus la chapelle de Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille, et que j'ai vu dernièrement encore appendu contre une des parois de l'enceinte vénérée, des marins furent attaqués sur la côte ^e la Caroline du Nord, par un kri^n, qui, se cramponnant aux mâts du bâtiment, s'efforçait de Tattirer à lui et de l'entraîner au fond de la mer. Il y serait parvenu si les marins n'avaient pas réussi à lui couper un de ses bras.
Si nous remontons plus loin dans les âges, nous trouvons dans Pline la description d'un énorme poisson tué sur les côtes d'Espagne, qui pesait, assure-l-il, plus de sept mille livres, et avait des bras si gros et si longs, qu'un homme ne pouvait pas en embrasser la circonférence. La conformité de ces récits anciens avec ceux dVpoques postérieures ne permet pas de mettre en doute Texistence de cet animal, dont la grosseur est antédiluvienne. Il n'y a donc plus à se poser que cette question : Les témoins de ces renconti*es du
ciAitti ïïf ficBU* 43
kndkea i*«at<4l8 point exagéi^? La peur terrifiante produite par cette vue n*a-t-elle pas lait oavrir âéme« sarém^t les yeux aux marins qui se trouvaient en présence du nHMistret L'horreur nVt-elle pas troublé le jugement du spectateur en lui faisant prendre des centimètres pour des mètres? €e serait Teffet des bâtons flottants, qui <( de loin » sont quelque chose et « de près » ne sont mn.
En résua^, on ne saurait nier que la mer ne rentono» des secrets sans nombre dans ses vallées incofflJBCdsurables. Ce serpent de mer, qui paridt ^ disparaît plusieurs fois par an, et dont on décrit la forme comme ressemblant à celle d'une quantité de tonneaux liés à la suite les uns des autres, ne serait-ce pas un kraken? Qui ne se souvient des sirènes? moitié femmes moitié poissons, qui, réputées comme fables, sont pourtant de nos jours à moitié avouées, surtout si Ton ajoute foi à la description qu*un célèbre navigateur aillais, George Anson, nous fait de ce poisson des îles Philippines, nommé pere-mujer (presque femme) par les Epagnols, et qu'il assure ressembler en tous points, sauf le chant, aux sirènes des anciens? Suivant Anson, ces poissons ont une très grande force, et pour les prendre les naturels emploient des filets dont la corde est de la grosseur du petit doigt, lorsqu'ils ne les tuent pas à coups de flèches.
La voix sévère de la science ne s'est point encore prononcée pour éclaircir un fait que Tamour du merveilleux accepte volontiers au sujet du kraken ou du serpent ûô mer^ mais je me rappellerai toujours qu'en
44 CHASSÉS BT PÊCHES
1846, me trouvant à Newport, pendant le mois d'août à l'époque de la saison des bains de mer, — fentendis raconter à table d'hôte qu'un baleinier, arrivé la veille au soir, assurait avoir heurté dans les eaux de l'île Nanlucket un énorme serpent de mer, qui avait plongé à l'instant pour reparaître à cinq cents mètres plus loin, visible de toutes parts, et ofiTirant les plus effroyables proportions d'un monstre incommensurable. La peur avait empêché les marins de pourchasser ce kraken-serpent, mais on l'avait suivi des yeux autant que le télescope l'avait permis : il avait enfin disparu dans la direction du cap Cod. Cette histoire me parut tout d'abord un canard, d'autant plus que le journal de Newport l'avait reproduite in extenso ^ et que le rédacteur de l'article annonçait qu'un steamboat était frété pour aller chercher le kraken-serpent et le combattre à outrance.
Naturellement ami du merveilleux, je sortis de l'hôtel de l'Océan, et me rendis au bureau du journal, où je trouvai le rédacteur de l'article occupé à faire ses préparatifs de départ. Il allait à la chasse du serpent de mer, et lorsque je me fus nommé, il m'engagea à l'accompagner. Inutile d'ajouter que j'acceptai cette proposition qui me souriait de toute manière. Un quart d'heure après, j'étais prêt à m'embarquer sur ce steamboatf à bord duquel se trouvaient près de deux cents amateurs, armés de rifles de toutes sortes et de tout calibre. C'était le soir, le soleil qui se couchait empourprait Thorizoïi au moment du départ. Une foule immense encombrait le t()ar/* lorsque nous quittâmes la rive à toute vapeur. Du quai, on nous sou-
caisses ST PÉGBBS. 45
haitait un heureux voyage et une bonne chance. Je n'oublierai jamais de ma vie ce spectacle à la fois imposant et burlesque. Bientôt les côtes s'amoindrirent, la nuit se fit et nous songeâmes au repos. Nous ne devions arriver au cap Cod qn'à la pointe du jour. Chaque héros s'arrangea de son mieux pour passer la nuit : les plus heureux dans un hamac, ceux qui étaient arrivés les derniers sur les banquettes, sur le plancher, où ils pouvaient.
Peu à peu les conversations animées, les forfanteries sans nom des Américains s'éteignirent les unes après les autres ; rien ne scintillait, si ce n'est la lampe de l'habitacle et les fanaux placés sur les deux tambours des roues. Tout autour de nous il faisait nuit noire.
Sur le pont, où j'étais resté un des derniers avec mon confrère le journaliste, l'obscurité était si profonde, que nous n'y voyions pas à deux pas devant nous. Nous éclairions notre promenade par la lueur de nos cigares.
La mer moutonnait autour de notre navire, une phosphorescence éclatante sillonnait la cime dentelée des vagues. La pensée du danger auquel nous courions de gaieté de cœur, pour satisfaire notre plaisir, fut entre l'américain et moi le texte d'une conversation qui se prolongea jusqu'après minuit. A cette heure seulement nous regagnâmes la cabine que le capitaine, avec la déférence qui caractérise les Yankees pour le journa- Uste, avait mise à notre disposition.
Mon camarade dormait depuis longtemps et m'en donnait des preuves sonores, que j'étais encore éveillé,
46 CHASSES ET ?éCIBS.
pensant au serpent de mer et à tous les Régulas américains qui allaient, dans quelques heures, me disputer l'honneur d'être le seul héros de la victoire. Le crépuscule me surprit plongé dans ces réflexions orgueilleuses. Ma toilette et celle de mon ami furent vite achevées, et nous étions les premiers sur le pont, notre fusil à la main, un télescope dans l'autre, interrogeant l'horizon à travers la brume qui nous en dérobait la vue.
Peu à peu le tillac se couvrait de tous les amateurs de ce sport d'un nouveau genre; il ne manquait que des dames pour rendre la fête complète, et l'on se serait alors cru à bord d'un steamboat parti pour une de ces excursions de pêche {fishing excursions) si célèbres aux Etats-Unis. Tous étaient prêts au combat. Il s'agissait de vaincre ou de mourir.... sous le ridicule.
Deux heures se passèrent dans une attente pleine d'impatience. On désespérait déjà de rencontrer le moindre cachalot, le plus petit marsouin, la plus mmce bonite, lorsque tout-à-coup une voix s'écria :
t Good God! I see him! (Bon Dieul je l'aperçois I) » voyez! voyez! là-bas vers le nord, dans la direc- » tion du cap Cod! cette masse mouvante qui res- » semble à une file de tonneaux attachés ensemble » par chaque bout!... Voyez ! voyez ! »
D'abord, je l'avoue, je crus à une mystification. Les narrations fantastiques du Comtitutiormel et de plusieurs journaux américains me revinrent à la mémoire et obscurcirent ma myopie. Cependant je voulais voir. Je cherchai à découvrir le monstre à l'aide d'un excel-
GHÀSSBI BT HtCHES. 47
l«at binocle de Chevalier, qui ne m'avait jamais quitté dans toutes mes excursions de chasse... £nûn, dans la direction indiquée par le chasseur aux yeux perçants, j'aperçus, conforme à la description qui en avait été donnée, un immense poisson se tordant comme un S sur une mer assez calme.
A n'en pas douter, c'était un kraken, un serpent de mer. Le monstre n'était pas un mythe, c'était une horrible réalité !
Notre capitaine dirigea le navire sur cette masse mouvante, et fit faire force de vapeur.
Un quart d*heure après, nous avions gagîié sur le serpent ; nous pouvions mesurer approximativement sa longueur et distinguer ses formes, qui étaient celles d'une anguille gigantesque, mais très large sur le milieu du corps, et pourvue de nageoires fort longues, et pareilles à des bras. La tète seule disparaissait sous l'eau, et comme elle était la partie la plus éloignée de nous, il était impossible d'en saisir la configuration. Nous n'étions plus qu'à une portée de caronade du monstrueux serpent, lorsque tout -à -coup un des chasseurs qui se trouvaient à l'avant du steamboat eut la maladresse de faire feu sur lui.
Ce mauvais exemple fut le signal d'une fusillade générale; mais bien avant que chacun de nous eût pu décharger son arme, le kraken disparaissait à tous les yeux, s'enfonçaut dans la mer et ne laissant derrière lui qu'un sillage qui s'aplanit au bout de quelques secondes.
Gnq heures durant, notre steamboat sillonna la mer du cap Cod et suivit les méandres situés entre
toutes les tles et les récifs de la câte du Massachassets-State; mais ce fut de la vapeur perdue en pure perle : le serpent avait repris la route de ses vallées profondes, de ses algues touffues, où le calme règne joujours. Il nous fallut songer au retour, et nous tournâmes notre proue du côté de Newport,
« Honteux et confus ^« Mais, jurant pour ma part, qu'on ne m*y prendrait plus 1 »
Il était heureusement deux heures du matin lorsque notre navire arriva au quai. Grâce à la nuit, il fut facile à chacun de nous de regagner son domicile respectif. Quant à moi, je rentrai à l'hôtel de l'Océan, j'acquittai ma dépense, et, avant le lever des pensionnaires de M. Beaver, le landlord de ce caravansérail hospitalier, j'étais sur le chemin de fer qui conduit de Boston à New-York. Là, du moins, j'étais sûr de ne pas avoir à suhir des railleries sans fin, des plaisanteries amères pour celui qui avait m le serpent de mer, mais qui ne l'avait pas mis à terre.
te i^^ceiin^
Tous les animaux, en général, se trottrent saisis d'une terreur panique à la dédiargc d'un coup de fusil, et s'ils ont échappé au plomb meurtrier, ils fuient comme ils peuvent, avec toute la rapidité que teurs pieds ou leurs ailes donnent à leur frayeur. Le peccari,eBt le seul peut-être dans la nature, qui ne peut être accusé de cette pusillanimité. Je dirai même plus, il m'a été prouvé que si le bruit d'un coup de fusil ressemblait è celui des détonnations volcaniques de l'Hécla ou du Chimborazo, au lieu d'être tout simplement une explosion très ordinaire, le peccari sentirait redoubler sa rage, et deviendrait plus irrité à mesure que le danger augmenterait. Cet animal semble être tout-à-fait insensible à ces influences nerveuses à ces î-oubresauts inévitables que le bruit, sous quelque forme qu'il se produise, fait éprouver à l'homme et à la bête. Quoique la taille du peccari ne dépasse pas
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ordinairement soixante centimètres de hauteur et un mètre de longueur, du groin à la naissance de la queue , il n'en est pas moins Tun des animaux les plus dangereux de T Amérique du Nord.
Les peccaris vivent en troupeaux dont le nombre varie de dix à cinquante. Leurs mâchoires sont ornées de boutoirs pareils à ceux du sanglier, mais droits au lieu d'être recourbés comme ceux de leurs congénères, et ils sont, peut-être à cause de cette forme, plus terrible et plus meurtriers. Ces défenses redoutables sont aussi tranchantes que la lame d'un rasoir ; leur longueur varie de dix à douze centimètres. Les mouvements d'un peccari sont rapides comme ceux d'un écureuil ; la force de leurs épaules de leur cou et de leur tête est telle, que rien ne peut résister à leur impétueuse attaque. L'expérience a prouvé aux chasseurs que, les peccaris n'hésitant jamais à s'élancer sur ce qui s'oppose à son passage, être animé ou objet sans vie, avec ou sans provocation, le plus sûr moyen est de fuir lorsqu'on les rencontre. Gomme ils se ruent habituellement en masse sur ce qui gêne leur marche, et qu'ils se battent jusqu'à ce que le dernier d'entre eux» soit tué, il est absolument inutile de leur faire tête, car ils couvriraient de blessures l'homme ou l'animal, quelle que fût sa force et sa taille, et la victoire coûterait plus qu'elle ne vaudrait.
Tout fuit donc à la rencontre de ces animaux, hommes, chiens et chevaux ; c'est un sauve-qui-peut général, et le (peccari américain est la terreur des Nemrods du Nouveau-Monde.
Cet animal bizarre est sans contredit Tintermédiaire
CHASSES BT PECHES. 64
da genre codion domestique et du sangUer des bois. La forme de son corps se rapproche plus de celle du porc, mais ses soies, ciair-semées sur une pecu rugueuse, ont la faculté de se hérisser comme les piquants du porc-épic, aussitôt que la colère se manifeste chez lui, et en cela il ress^oable plus au sanglier qu'à tout autre de la race. Les soies du peccari sont colorées par zones, la partie la plus rapprochée de la peau étant blanche, et la pointe d'une teinte chocolat. Les peccaris n'ont pas de queue. Cet appendice est remplacé par une protubérance de chair que les nègres du Texas ont qualifiée de « nombril du... derrière. » Une autre particularité remarquable, c'est que le nombril proprement dit n'existe pas chez ces animaux à sa place ordinaire. Sur le dos, au-dessus du filet, s'élève une rugosité informe contenant un dépôt de liqueur musquée qui s'évapore dès que l'animal devient irrité, comme cela arrive chez la civette et le raton musqué de l'Ainérique du Sud.
Les épaules, le cou et la hure du peccari tiennent du sanglier, mais la partie extrême du groin est généralement plus délicate et plus effilée. Les pieds et les jambes sont pareils à ceux du sanglier. La nourriture qu'il préfère est celle composée de baies, de glands, de racines, de cannes à sucre, de grains et de reptiles de toutes sortes.
Si nous nous sommes longuement étendus sur la conformation et sur les mœurs de cet animal, il nous reste encore à parler des habitudes bizarres qu'il met en pratique pour dormir. La bauge des peccaris est toujours située au milieu de ces canniers touffus et
5S «ttAMfiS ST PÉCfiËâ.
impéuétfableft ^i croissent dans des ettdfoîts ttatécsLgeux, auloui^ d*ûrbres élevés et séculaires. Le vent et la fûudre semblent s'attaquer de préférence à ces chênes et à ces ér^ibles isolés, géants des fûrèts du Texas, que l'on renconli-e maintes fois renversés le long des rivières du pays, et recouverts d'un treillage de lianes et de vignes sauvages. Ces troncs d'arbres, qui mesurent habituellement huit à dix mètres de circonférence, sont presque toujours creux, et servent de refuge nocturne aux peccaris. Ces animaux se retirent chaque soir dans un tronc d'arbre qui peut souvent en contenir une trentaine : ils s'y abritent tous en entrant à reculons, le dernier restant le nez tn dehors, et montant pour ainsi dire la garde.
Les planteurs du Texas, qui redoutent les peccaris, leur ont voué une haine mortelle, non-seulement à cause des ravages commis dans leurs champs ense* mencéB, du meurtre de leurs chiens, de la mutilation de leurs chevaux, mais encore au sujet de la ridicule position où la rencontre des peccaris les a souvent placés, c'est-à-dire Talternative de fuir à perdre haleine ou de se hisser sur un arbre ; — les planteurs, dis-je, saisissent toutes les occasions qui leur sont offertes de détruire ces parasites dangereux. Dès que l'un d'eux découvre un tronc d'arbre creux qui lui paraît fréquenté par des peccaris, il orgamise une chasse des plus amusantes quoique des plus dangereuses. Il faut, pour qu'elle réussisse, que la pluie tombe ou que le brouillard obscurcisse l'atmosphère. Habituellement, les peccaris ne quittent pas leur domicile par un temps aussi' désagréable. Une demi-heui»e
n;9û9X le point da jour, le chasi^of « %mA d'we tarabioe et do oartoncbes nombreuse», va l'embasqner Tia-i^^yi# do Toatrôe do la tanière baWiéo. Là, cach* à tous loa 70UX, il attend que la lumière lui permette de commencer le feu. Dès qu'il peut apereevoir les yeux perçants du peccari placé en sentinelle, derrière lequel dorment coucbés ses compagnons, il épaule sou arme, vise avec soin et I&cbe la détente. Le coup part, et ranimai atteint par le plomb, s'élaaee hors de r arbre et tombe sur le sol» se démenant dans une dernière agonie.
A peine le cbaaseur a4-il eu le temps de recbarger sa carabine qu'un grognement souterrain s'est fait entendre et deux autres yeux viennent se braquer jt Tou* yerture qui était^ quelques minutes auparavant, ocx^upée par la sentinelle. Un second coup de feu se fait entendre, et la seconde victime éprouve le sort de la première ; et ainsi de suite jusqu'à la vingtième et la trentième même, à moins que l'un des animauXi excité par les explosions fréquentes, n'attende pas lecoupde fUsil qui ^ le menace, et ne fasse directement une trouée vers le chasseur, suivi de tous les autres peocaris qui étaient couchés derrière lui : auquel cas le chasseur n'a qu'un seul p^rti à prendre, celui de fuir à toutes jambes et de s'élancer sur le premier arbre qui se trouvera J^ sa portée.
Si pendant la fusillade le peccari en tète reste mort dans le tronc d'arbre et obstrue l'ouverture, l'animal couché derrière lui pousse avec son groin la niasse inerte, jflsqu'à.ce qu'elle lui permette de trouver une is$ue. Gomme ces animaux ignorent le dang^ et ne
S4 CfiASSBS Et PÊeHES.
savent pas d'où il vient ; ils ne connaissent point la crainte et s'élancent audacieusement, depuis le premier jusqu'au dernier, à rencontre du péril. Jamais ils ne se jettent sur un ennemi caché à leurs yeux ; leur instinct ne les guidera que si le chasseur fait remuer les branches derrière lesquelles il s'est abrité, ou s'ils entendent, dans certaine direction un bruit qui indique la position occupée par celui qui les guette.
Quelque incroyables que soient les renseignements qui précèdent, je déclare solennellement que telle est la méthode de la chasse usitée par les habitants du Texas, à Canney-Creek et à Brazos-Bottom, où, vers 1848, le pays était impraticable, vu la quantité de peccaris qui l'infestaient. A l'heure qu'il est, grâce aux nombreuses chasses des planteurs et de leurs amis, les sangliers texiens sont devenus presque aussi rares que les nôtres dans les forêts du Nord. Au besoin, on les compterait.
Je n'oublierai jamais de ma vie la première aventure qui m' arriva à la chasse aux peccaris. J'avais reçu l'hospitalité chez un planteur de Canney-Creek, auquel j'avais été recommandé par son frère, qui vit encore à New-York et est l'un de mes meilleurs amis. M. John Morgan avait émigré depuis 1837 au Texas, avec son frère, le plus jeune des trois, et la plantation dont il était possesseur était sans contredit la plus belle de toute la contrée. J'étais pour ces deux hardis pionniers un pauvre chasseur, aussi se plurent-ils à m'initier aux dangers de la vie de trappeur dans ce pays primitif. J'écoutais avec un plaisir impossible à décrire de nombreuses relations de chasse, qui
sont à la veUlée le thème favori des habitants des frontières.
Les peccaris avaient fait depnis peu de temps de très grands ravages dans les champs de blé et de maïs de MM. Morgan, qui leur avaient fait une guerre à outrance, et naturellement ils se plaisaient à m'entretenir de leurs exploits et de leurs dangers. J'éprouvais un vrai plaisir k les entendre maugréer et sacrer lorsqu'ils me montraient leurs plus beaux chiens décousus accidentellement par les sangliers texiens ; accidentellement, dis-je, car aucun chien ne se livre avec passion à la chasse du peccari, du moment qu'il 7 a ' pris part une première fois.
Un malin, M. John Morgan, en rentrant à l'heure du déjeuner, nous raconta qu'il avait été juger par lui-même des dégâts commis dans ses champs de maïs par un ours et par un troupeau de peccaris. Il avait bientôt rencontré les traces de l'ours, et tout en les suivant, il s'était trouvé nez à nez avec un troupeau de peccaris, qui aiguisaient leurs boutoirs contre les tiges de son maïs, et coupaient tout autour d'eux comme le fait la faucille d'un moissonneur. Il était trop tard pour espérer une retraite honorable, car il avait été aperçu par les peccaris, qui, suivant leur habitude, s'élancèrent sur-le-champ à sa poursuite, grognant et faisant claquer à chaque pas leurs mâchoires l'une contre l'autre. S'arrêter pour décharger sa carabine était chose impossible ; M. Morgan dut prendre ses jambes à son cou. Il s'élança dans la direction d'une barrière, et fut assez heureux pour y arriver avant que les peccaris ne l'eussent atteint* U grimpa
%VL ^QQmdet du {dus ïaxA écheUm de bois doi\t cettç ^i^ riëre était faite» et sur ses talons s*élancèrent les peo* çaris, qui se haussaient sur leurs pieds de derrière, 4^cbirant le bois avec leurs boutoirs. Les échelons de lia biSMrrière étaient diironéç, et M, Morgan nous assa« rait qu*il se sentait dans la {position « d*u.ne pidule qui d«^n$e sur un gril de fer rougei, n tandis quMl faisait feu avec toute la rapidité possible* péjàil avait tué plusieurs peccaris, mais la rage de ceui^ qi|i reistaient semblait s*aocroitre. Tout-àn^oup il sentit le bois de la barrière fléchir sous ses pieds. Avant qu'il eût pu chercher un point d*appui , il se trouva étendu sur le dos, au milieu du cannîer situé pt^Melà. $6 relever et se sauver encore, avait été po^r M. Morgan TafT^re d*une minute. Il était enfin parvenu à rejoindre Thabitation saps se trouver sur la route des enragés peccaris.
Nous nous hâtâmes d'achever notre déjeuner, et, mettant les morceaux les uns sur les autres pour ajler plus vite, nous' fîmes sur-le-^champ nos préparatifs de manière à retrouver Tours, qui était pour MM. Morgan un voisin plus dangereux que les peccaris.
Tous trois nous montâmes à cheval, précédés par un nègre qui sonnait d'une trompe creusée dans une corne de vache, dans le but, disait-il, d'effaroucher cette € vermine de porcs. »
La meute des chiens était superbe. Tous étaient dressés à la chasse à l'ours et appartenaient à une race croisée de boule-dogues et de chiens courants. Leur peau portait les traces de blessures faites par les boutoirs des peccaris et les çngles formidables des
oora. Tout en avançant dans la direction 4e la ohasse projetée, M» ll<M*gan me donna les instructions néoessaires pour éviter une rencontre f&chense avec les peoearis. Il me reeomiqanddit surtout de ne pas résister et de fuir, & moins que je ne voulusse faire écharper mpH d^val, et risquer d'avoir les jambes décou» sues. Naturellement, je promis d*ètre fort prudent, mais les hurlements et les aboiements joyeux des chiens chassèreat bientôt de ma mémoire le souvenir même du dangereux gibier que nous allions attaquer.
Nous levions atteint les canniers, et nos chevaux avaient toutes les peines du monde à se frayer un chemin au milieu des lianes et ^es vignes qui s'entre^ laçaient et rendaient le passage impraticable. Un lézard-iguane aurait lui-même éprouvé une grande difficulté à se glisser dans les sentiers où nous poussions nos montures. Aussi longtemps quMl nous fut possible de rester dans les passes, tout alla bien. Nous suivions avec ardeur les limiers qui donnaient des coups de gueule formidables, mais tout-à-coup un bruit terrible se fît entendre devant nous, accompagné de hurlements à faire dresser les cheveux sur la tête. Chacun de nous alors se laissa aller à son inspiration et prit le chemin qu'il crut le plus favorable pour avoir l'occasion de tirer sur Tours, car c'était bien là l'animal que chassait la meute.
Le cheval sur lequel j'élais monté s'élança au plus épais du fourré, se livrant à des écarts qui réclamaient toute mon habileté d'écuyer pour ne pas être jeté à bas. Pendant ce temps-là, Tours faisait tête aux chiens, dans un endroit voisin de celui où me je trou-
vais. Tout d'un coup, il se précipita en avant et passa à quelques pas de moi sans qi'e je pusse l'apercevoir, à cause de l'épaisseur du rideau de verdure qui le cachait à ma vue. Dans ce moment, mon cheval devint furieux ; il me fut impossible de le diriger, et je me sentis enlevé de ma selle par les lianes qui m'enlaçaient de toutes parts. Heureusement, j'eus la présence d'esprit de tirer fortement les rênes, et je retrouvai mon équilibre, sans songer même aux contusions que je venais de me faire. Le choc m'avait forcé à comprendre réellement la position perplexe dans laquelle je me trouvais, et je songeai alors à me faire jour dans le fourré au moyen de mon couteau de chasse.
Dans ce même moment, l'ours, qui avait rencontré sur ses pas mes trois camarades de chasse, revint de mon côté poursuivi par les chiens, brisant et arrachant sur son passage les cannes et les lianes. Mon cheval fut alors saisi d'une terreur qui le rendit plus furieux que la première fois. Il piqua en avant, mais tournant et retournant pour se dégager, il se trouva bientôt, pris dans un filet formé d'arbustes grimpants de toute espèce, dont la solidité eût défié le bras nerveux d'un Samson ou d'un Hercule. Dans ce moment suprême, l'ours repassa devant moi, harcelé par les chiens, qui le mordaient avec rage.
En voyant l'animal féroce, le premier qui s'offrait peut-être à sa vue, mon cheval se mit à reculer avec une force nerveuse telle, que je me sentais suffoqué et étouffé par la pression des lianes qui s'opposaient à ma retraite hors du fourré. A grands efforts, et en perdant la manche entière de mou habit, dont les
lambeaux restèrent accrochés aux ronces du cannier, je parvins à dégager mon bras, et mon bowie knife aidant, je coupai tant de branches, que je parvins à sortir tout-à-fait du labyrinthe au milieu duquel je me trouvais. A ce moment, je pus prêter l'oreille au concert formidable de hennissements, de hurlements, d'aboiements et de glapissements que nous donnaient les chevaux, les chiens et Tours qui faisait tête à ses ennemis. Je m'avançai de mon mieux dans la direction du combat, qui paraissait avoir lieu au pied d'un arbre gigantesque. J'entendais distinctement les cris de mes hôtes, qui, comme moi, arrivaient vers le centre des opérations.
Tout-à-coup M. John Morgan et moi nous perçâmes la haie de cannes qui masquait la vue à chacun de nous. Au milieu d'un espace vide d'environ dix mètres, qui avait été fauché par les combattants, nous aperçûmes l'ours cherchant à se hisser sur lé tronc de l'arbre. Les chiens, qui se sentaient appuyés par l'approche des chasseurs, avaient fait un élan suprême contre leur ennemi, ils coiffaient littéralement l'ours devenu furieux. Nous essayâmes inutilement, M. Morgan et moi, de trouver un endroit sur la peau de l'ours pour loger une balle ; nous avions peur de tuer les chiens.
Du temps que nous hésitions ainsi à faire usage de nos armes, pendant que l'ours secouait les chiens à droite, à gauche, dans tous les sens, un troupeau de peccaris parut tout-à-coup, et chargea simultanément l'ours, les chiens et les chasseurs. Les cris, les huriements, le sauve qui-peut général, rien ne
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saanti ètr^ eompris par ceux de mea lectear» qni ne se sont pas trouvés dans une situation ^alogue. Le» chiens, la queue entre les jambes, se {urécipitèrent de notre côté; l'ours, que les morsures rendaient enragé, se démenait comme pourrait le faire un diable dans Teau bénite, et des pieds et des dents, il répandait aveuglément la mort autour de lui.
Le premier sentiment éprouvé par nous quatre avait été de la stupeur, mais bientôt la conscience du danger que nous courions nous réveilla de notre torpeur momentanée :
~ t Sauve-qui-peut! s'écria M. Morgan d'une voix qui exprimait la colère et le fou rire; son frère et le nègre qui nous avait suivis se joignirent à lui pour crier r « les peccaris 1 les peccaris I » fuyons I sauvequi-peut! »
A ce cri insolite, se joignit le bruit de la décharge de nos carabines au milieu du cannier, où les peccaris se livraient à une course désordonnée. La rapidité de nos chevaux activée par la frayeur plus encore que par nos éperons, nous ramena bientôt à la plantation de M. Morgan. Là, je pliai soigneusement dans ma valise Thabit de chasse qui devait me rappeler, au besoin, ma première rencontre avec les peccaris américains.
Peu de temps après cette aventure, je m'embarquai h Galvestoii pour retourner li la Nouvelle-Orléans, et de là au nord des Etats-Unis. Le soir, dans la cabine du steamer the Star of the West, un pionnier de l'ouest du Texas, qui avec ses amis était assis autour d'une table^sur laquelle s'étalaient de nombreux verres
6hass£s et pêches. e4
rerttplis de brandy-punch, leur racoûiàît une Wstoiisa de chasse "^aux peccaris que je me plais à reproduire ici, sténographiée mot pour mot.
« Je me trouvai, disait le chasseur texien, chez un de mes amis, fermier à Trinity-Swamp. Vous sarez que nous autres planteurs nous sommes très amateurs de chasse, aussi mon ami et moi nous passions toutes nos journées la carabine en main. Un matin, me promenant seul sur la lisière d'un bois, je rencontrai un troupeau de peccaris. J'ignorais alors le caractère vindicatif de ces maudits cochons sauvages, aussi je tirai imprudemment sur l'un d'eux et je le tuai. Voilà aussitôt le reste de la bande qui court sur moi et m'attaque à coups de boutoirs. J'eus beau me défendre à Taide de la crosse de ma carabine, dès qu'un des assaillants roulait à terre un autre prenait sa place. De guerre las, je m'élançai vers un tronc d'arbre légèrement incliné, et me pendant à Tune des branches, je me hissai bientôt jusqu'à une fourche élevée à près de cinq mètres au-dessus du sol.
h J*étais là, je le confesse, dans une position très pénible. Une heure, deux heures, trois heures se passèrent ; aucun secours ne m'arrivait, et mes terribles assiégeants entouraient l'arbre où je me trouvais perché à l'exemple de saint Siméon Stylite sur sa colonne : ils ne paraissaient pas avoir la moindre envie de se retirer. Tout-à-coup une idée me passa par la tête : peut-être mon ami me cherche- t-il, me dis-je; si je tire un coup de carabine, il m'entendra et viendra me délivrer. Tout en lui faisant cet appel, ne pourrais-je pas mettre ma poudre à profit et tuer un de ces sata-
6i CHÂSSES ET PÊCHES.
néspeccaris? StiMe-champje mis ma pensée à exécution, et le plus gros de ces animaux roula au pied de l'arbre dans les convulsions de Tagonie. Une première idée en amène une autre. }'ai vingt balles dans ma gibecière et je ne compte que dix-neuf peccarîs encore sur pied autour de moi, me dis-je. Rien n'est plus facile que de les tuer tous les uns après les autres, comme je Tai fait du premier. L'exercice à feu commença, et sans cesser je me mis à charger et à tirer, poussant à chaque victoire un « hurrah ! » qui faisait retentir les échos de la forêt. Enfin, cette fusillade incessante attira mon ami, et au moment où il appa« rut à mes yeux, je venais d'abattre le dernier peccari. Vous jugez quelle fut sa stupéfaction à la vue du massacre dont j'étais l'auteur. »
Toutes les personnes à qui le Texien faisait ce récit y avaient pris un fort grand intérêt, et félicitèrent le chasseur de son habileté au tir.
Deux mois après, je descendais le Mississipi de Saint- Louis à la Nouvelle-Orléans, à bord du steamboat Black'Eagle, et mon chasseur texien se trouvait par hasard au nombre de mes compagnons de voyage. Le soir, les passagers, pressés autour du poêle, devisaient pohtique, affaires commerciales et aventures de chasse. Mon Texien (c'est alors que je le reconnus) se garda bien d'oublier ses peccaris. Je ne fus pas non plus le seul à me rappeler que j'avais déjà ouï la narration de ses exploits; mais quelle ne fut pas ma surprise, lorsque j'entendis la variante que voici :
€ Une heure, deux heures, trois heures se passent; aucun secours n'arrive : j'étais très mal à mon aise
CBÀ8SBS BT PÊCBE8. 63
physiquement et moralement. Je cherchai à faire un mouvement pour changer de position, mais je perdis réquilibre et je tombai. Heureusement, je laissai échapper ma carabine, j*éteudis le bras et je saisis une branche. Je me trouvai donc suspendu d'une manière très gênante; mes pieds n'étaient plus qu'à environ cinq pieds de terre, et je voyais les peccaris bondir autour de moi pour me saisir et me déchiqueter. Par bonheur leurs efforts furent vains. Je me croyais sauvé; mais voyez jusqu'où peut aller l'instinct de ces animaux. Plusieurs d'entre eux se couchèrent sur le ventre; d'autres montèrent sur leur dos; à eux tous ils formèrent une sorte d'escalier sur lequel un énorme peccari s'élança à l'assaut et me happa par le talon du pied droit. Je résistai avec l'autre jambe, et je ruai comme un cheval. Durant la lutte, l'escalier vivant s'écroula, et voilà mon peccari suspendu lui-même par ses boutoirs à mon pied, tandis que ses compagnons grouillaient autour de nous et grognaient à ne pas s'entendre. C'était un bruit infernal. Mes bras commençaient à se fatiguer ; je voyais avec terreur le moment où il me faudrait lâcher la branché. Tout-àcoup une détonation retentit à mes oreilles. La commotion me fit tomber ; je roule sur l'enragé peccari : il était mort ! — Mon ami, survenu à point, l'avait tué net. Ramassant aussitôt ma carabine, je me joignis à lui, et à nous deux, nous eûmes bientôt raison de nos ennemis; il resta vingt-cinq peccaris sur le champ de bataille. »
Cette naiTation, faite avec un aplomb impertur* bable^ une mise en scène parfaite, accompa^ ^!fe de
64 CniSSCS ET PÉCHEâ.
gestes expressifs et débitée au moyen d*utie voix émue, avait réellement fait pâlir plusieurs auditeurs du Tcxien, ceux surtout qui û'avaleat jamais été initiés à la vie des bois.
A quinze jours de là,— bizarre rencontre ! — parmi les passagers du steamboat Red-Rover, qui remontait le Mississipi jusqu'à Saint-Louis, je retrouvai mon chasseur texien. Un groupe nombreux de KentUckieas Tentourait et prêtait l'oreille à une histoire de chasse. Je fis comme eux, mais jtigez de mon étonûcment, de ma stupéfaction, lorsque j'entendis le conteur faire subir à son histohre une nouvelle transformation.
•^ « Une heure, deux heures, trois heures se passent, dit le chasseur, aucun secours n'arrive, et je sens que mes forces s'épuisent. J'aurais bien cherché à tuer tous les peccaris, mais malheureusement, pour grimper sur l'arbre j'avais jeté ma carabine à terre. Que faire? J'allais m'abandonner au désespoir, sauter au milieu de mes assiégeants, et faire une sortie désespérée, lorsque tout d'un coup mon ami parut devant moi. Dès qu'il me vit dans cette position terrible, sans même réfléchir au danger qu'il allait courir, il coucha en joue le plus gros peccari, fit feu et le tua. Aussitôt la bande se retourna contre lui et poussa des grognements terribles. L'instinct de la conservation poussa mon ami à m'imiler, il grimpa sur le premier arbre venu. Je descendis alors, pendant que les peccaris sautaient au pied de l'arbre ob mon ami était perché ; je m'emparai de ma carabine, je la chargeai et j'envoyai une balle à l'adresse de l'un des animaux.
CAISSES ET FÉGHBS. 65
Ds se ruèrent alors sur moi; mais prompt comme un écureuil, je regagnai ma branche. Mon ami descendit à son tour, prit son rifle s*avança à portée, tua un de nos adversaires et remonta sur son arbre. Je redescendis, je rechargeai, je tuai un autre peccari, et je fus de nouveau poursuivi; mais je parvins encore sain et sauf sur ma branche. Que vous dirai-je, Messieurs? quinze fois je répétai cette manœuvre, mon ami en fit quinze fois autant, et ces animaux stupides ne manquèrent jamais de courir au dernier qui avait tiré sur eux. Quand nous eûmes tout abattu, nous comptâmes : Il se trouvait exactement quinze peccaris au pied de mon arbre, et quinze autres devant celui où mon ami avait cherché un refuge. »
L'imagination féconde du chasseur du Texas dépassait véritablement ce que j'aurais pu rêver dans ce genre ; je m'informai auprès du capitaine du steamboat, qui paraissait connaître intimement le conteur, du lieu de sa naissance, et j'appris que ce héros des bois avait vu le jour sur les rives de la Wabash. J'étais édifié et mes lecteurs le seront comme moi, lorsque je leur dirai que le Wabash n'est ni plus ui moins que la Garonne de l'Amérique du Nord.
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lie DlaMe«
L*Qn des poissons les plus extraordinaires de la création, est sans contredit \eDiodon, appelé par quelques naiuralisles « le vampire des mers » ( cephalopetera vampîrus), et par d^autres d*un nom plus fantastique encore, quoique très-usité de nos jours surtout : « le diable. » Ce dauphin, monstre bizarre, est d*une force inci*oyable et d*une agilité sans pareille. Sa bouche, démesurément large, est ornée de deux barbes longues de trois à quatre pieds, dont il se sert pour manger, ainsi que le fait un éléphant de sa trompe.
Dans les eaux qui baignent les côtes de la Caroline du Nord, comme aussi sur les rivages de la Caroline du Sud, où le pécheur fait la chasse à ce poisson monstrueux, il n'est pas rare d'en rencontrer des bandes composées de cent à cent cinquante individus.
Sur les côtes de France, le diable est un poisson rare. C'est à peine si tous les deux ou trois ans, les pê-
$% ifiAS«8S BT PéCHlS.
chenrs de la Bretagne et ceux da littoral de la Hancâiey parviennent à s'emparer d'un « diodon. > Tont aussi-tôt les journaux contiennent un article pareil à celui<i :
« Le 25 ayril dernier, à la poissonnerie d^Evreax, la coriosité publique était éveillée parTexhibition d'un poisson assez bizarre ; monstre marin dont la grosseur et la fabuleuse hideur étaient forti*emarquables. II s'agissait d'un âiàbl€j phénomène ichtyologique vraiment digne de ce nom, à cause de sa gueule armée dé dents innombrables. Callot avait rêvé quelque chose de semblable lorsqu'il grava sa Tentation demÊkft iinénne.
m Ce diable avait été péché à Trôuville, où les échantillons de son espèce sont l'objet de l'animadversion des p6« cheurs, à cause de leur voracité et de la quantité de poissons qu'ils détruisent. Cependant il n^ingurglte pas directement ses victimes :.deux orifices placés aux cétés de la tète loi servent à engloutir sa pâture, qui pénètre par deux largos conduits entre ses mâchoires vigoureusement armées. »
La longueur deee Aaapbioîgiganliesqae estèabittt^ -^kment de vingttdmqtptedsvet quoique Le Vaillant ait >écrit, dansua^testëapitre&deisoa VûyagMniAfakpm^ ^'ilaTatt;péchéiiles diables longs de aio^MOte. pieds, je dois dire que le plus grand ^éiablei que j'ate^jam^is wUy oTavait ^ue âix-buitipi8ds<de longwsrv^t^ii'U me ^pBmt « «assez grand » tel qu'il était.
Les écailles dudiabèa sott de.eûuknr Ueae,rbi»l-
^•Isntes «ommo! des saphirs, disposées ^en 'mosaifue.
Cet azur miroitant s'ét^id de la léte^à la ^^ueneiSiir
l'échiné, dont le sonodet estipresque.noîr. 3kioia4an-
des^noires ét«gées>ae dtaehsoyt dif^Mlemint du jom<
mit 4a<tdD& ¥t YonlK serpcfiidiie^ dao» te blaHebeur det^ écailles da ventre.
Les barbes da diable ont une force telle, quMl n'est pas rare, lorsque ce poisson parvient à s*allacber à la coque d'une barque» de la voir s'enfoncer, attirée par la succion dans les eaux de l'abîme salé.
J'ai TU, devant l'habitation d'un jplanteur, de la Caroline b&tie au bord de la mer, un banc de ces médiants diables , porté par le ressac auprès, d'une baie d'épieux, enfouis dans le sable à la marée basse afin d^empécher les envahissements de la mer, arrar cher un à un les troncs d'arbres dont cette haie était formée, et le& entrahier en pleine mer.
M. Stiltman, proj^iétaire^ de la plantation, lémoia 4ê cette destruction imprévue de l'une des fences de sa terror i^solut de se venger en se donnant en mêmâ temps 1er plaisir de sa vengeance. En conséquence, U donna» Tondre à, que^ues-uns de ses nègres de prépa-^ rer liarGhaloufy& destinée à l'usage de la pèche, et dèa que tout fut pràt, nous nous embarquâmes, lui, oioi et trois nègres, à bord de la péniche aoaéricaine.
-^ ÀHofiSv Bteton, disait le nsattre à l'un de ses eselave», attantioii, Hion balnteharpooneur, fais en sorte de choisir le plus gros poisson au milieu de cette bande de diables, le ehef en un mot, et ne va pas le manquer aamiMeadesautires.
— Qtï comptez sur moi, massa, répondait Pluton, qui, debout sur Tarant de la chaloupe, le trident m mam, ressemblait à s'y méprendre au dieu de la myttiologie son homonyme. J'espère tous émnw en plai-
sir à massa rotre ami et à vous. Gare anx diables! je suis plus fin qu'eux!
Et ce disant, maître Pluton assumait un air à la fois belliqueux et narquois qui nous faisait sourire.
Les deux autres nègres ramaient avec énergie, mais dès quMls nous eurent fait sauter par-dessus le ressac, ils se mirent à nager plus doucement, puis, tout d'un coup, ils s'arrêtèrent simultanément.
C'était Pluton qui avait donné à ses camarades le signal de la balte.
Notre esquif se trouvait au milieu d'un banc de diables. Soudain, ce barponneur émérite s'élança en avant bors du bateau, et nous le vîmes tomber sur l'échiné d'un énorme poisson, au milieu de laquelle pénétra le trident, dont la force avait été centuplée par la pesanteur du corps du pècbeur nègre. A ce trident aliénait un câble fort long; aussi, sans s'occuper davantage de ce qu'allait devenir sa victime, Pluton revint à la nage vers la chaloupe. Saisissant le bordage et se soulevant par la force de ses bras musculeux jusqu'à la hauteur de sa poitrine, il fut réintégré à notre bord par ses deux camarades.
Pendant que tout ceci se passait sous nos yeux, le poisson harponné fuyait devant nous comme un cheval lancé au galop. Le câble enroulé dans la chaloupe se dévidait avec la rapidité de l'éclair. Bientôt, quand toute la corde eut été lâchée, notre barque se trouva remorquée en dedans du ressac. Le diable ne pouvait aller bien loin ; il rencontra le sable, et donnant un suprême coup de queue, il alla échouer sur la rive. Là, malgré les snuts et les soubress^uts auxquels le
CBASSBS 8T PÉCHU. 71
poisson monstre se livrait, nous le vtmes perdre son sang et retomber sans vie' au milieu d'une flaque d'eau.
. Notre diable, ou plutôt celui dont Plutoii avait été rbeureux vainqueur, mesurait 18 pieds de la lôte à la queue : ses barbes avaient environ 95 centimètres de long, et son aspect général offrait un ensemble colos« sal et fantastique qui me remplissait à la fois de répulsion et d'étonnement. C'était, il est vrai, le premier diable que je voyais de si près.
Dès le lendemain , nous retournâmes à la pèche : M. Stiltman ayant été averti que huit diodons avaient été aperçus au moment où ils entraient dans la baie de Hilton-Head, à deux milles de sa demeure, il fut résolu sur-le-champ que nous irions encore leur donner la chasse.
Pluton était naturellement notre pilote obligé. , Nous voilà donc partis par le môme chemin sur la route liquide. Nous avancions très-vite, grâce aux efforts de nos deux rameurs vigoureux ; mais, une fois arrivés sur les lieux, à notre grand désappointement, la surface de la mer nous apparut, depuis Tile Pinkney jusqu'au cap Skull, aussi lisse que le bassin des Tuileries lorsque les cygnes se sont retirés dans leurs petites cabanes badigeonnées de vert.
Tout à coup, Pluton, dont la vue rapprochait les objets mieux que ne l'eût fait un télescope, poussa un cri guttural suivi de ces mots : « Hurrah! Là-bas, voyez-vous ce grand diable! » Et en effet, au milieu de la baie, un énorme poisson venait de bisser son échine, qui ressemblait à s'y méprendre à un rocher
7t CHASSKS BT PÊCHES.
^Vgî^s'àTÎf t($b<; d^urt' côiip' dti forirf (fe lï làeriirfVtÉKë* ^iiîiêboupsoufifure volcanique.
Je priai M. Slillman de vouloir bien me laisser essayer le liarpôn, au risque de manquer le diable et tfehipêbliér sa prise.
Piufon, qui doutait plus que personne de mon habileté, hésitait à rrie confier l'instrument meurtrier ; mais un coup d*œ1l que lui décocha son maître suffît pour le dêèider, et le fourbe consentit même à m'adres-^ ser l'un de ses plus gracieux sourires, à sa manière. Sans dire un mot, il me tendit le trident et me céda la placé sur la proue de la chaloupe.
Je m'installai de mon mieux, le jarret tendu, l'œil* en feu, le bârpon à la main, — dans la pose du Roma« lus dé D'avîd, — et j'atteiidis le moment favorable. Mon cœur palpitait comme à un premier rendez- vous d'amour ; on l'entendait battre dans ma poitrine, car nous observions le plus profond silence, et la mer était calme et limpide comme le sont les eaux d'une lagune.
l'apercevais le poisson à vingt pas devant nous, àiais tout d'un coup il s'enfonça mollement dans l'eau et disparut à mes yeux. La chaloupe s'arrêta, et chacun de nous cherchait à sonder la profondeur de là mer poui*y découvrir ce diable maudit qui se dérobait ainsi à nos regards.
— « Àh ! m'écriai -je à mon tour, le voici à tribord I »
Et les rames, un instant suspendues, retombèrent doucement dans l'eau. La chaloupe tourna sur ellemême.
J'étais prêt au combat : brandissant mon harpon, je
voir disparatlre dans la mer.
HékuH ! j'aVats frappé le diable à h> qn&m, et je Fa* . vms manqué : le poisson gigantesque, sàaiis paraître» foire aucttflë attention à notre* présetioedais ses eaïuiv cabriolait antonr de la chaloupé, mms'nontpant %9X^M' son échine azurée et tantôt son rentré al*genté.
Les deux nègres rameurs faisaient tourbillonner le frêle esqmf, tandi» que Pluton^^ le sourire sur sesr lèvres épatées, retirait de Teau le harpon et enroulût * de nouveau laeorde sur les planches du tillac.
J'avais repris ma position, résolu d'avw ma revanche, et de ne plus mériter les sarcasmes silencieux du moricaud Pluton. J'attendais donc le moment pro« pice, lorsque tout d'un coup j'aperçus devant moi, $ quinze pas, l'échiné ndre du diable. Aussi rapide que Jupiter lorsqu'il lança la foudre, j'avais jeté mon harpon, qui siffla dans l'air et s'enfonça à l'endroit même' où, plus rapide que la pensée, mon poisson venait de disparaître à ma vue.
— Encore manqué! s'écria M. Stillman.
— Mais non, regardez plutôt, dis-je à mon tour. En effet le câble se déroulait avec rapidité, et notre
embarcation filait comme si elle avait été entraînée par un courant irrésistible. Après avoir ainsi parcoUrtt près éù deux milles en pleine mer, notre chaloupe s'ài*réta tout d'un cotep en vue d'un tlot appelé Parfo-ftland (l'île de Paris).
Le diable était mori séloii toute probabilité; it s*a- ^ssait de revenir à notre point de départ. Peter et iiOij les d)eiïx nègres reprii^nt les ràmes^ dwt foraine
71 CSAflSBS BT pACflBS.
de PlutoQ et nagèrent avec vigueur du c6té de la terre ferme.
. Au bout de quinze minutes, nous ensablions notre barque près d'une langue de terre appelée dans le pays Bay-Cape (le cap de la Baie), et, sautant tous sur le rivage, nous nous attelâmes au câble pour amener le poisson bors de la mer.
Une secousse imprévue nous jeta soudain par terre. Heureusement nous n'avions pas abandonné la corde, *et quoique entraînés dans l'eau nous tenions bon : moi surtout, je faisais des efforts surhumains. Je voulais mon diable mort ou vif. Il me le fallait à tout prix.
Percé d'outre en outre par le harpon, le poisson perdait tout son sang, mais un reste de force lui donnait le pouvoir de faire voler l'eau eu nappes immenses qui nous inondaient le corps. Cette agonie devait cependant avoir une fin, et quand le diable toucha le sable de la baie, il avait cessé de vivre.
Sans être aussi énorme que celui que Pluton avait harponné la veille, il n'eu mesurait pas moins quinze pieds. C'était un assez joli coup de trident, surtout pour un novice.
Je le confesse en toute humilité, la joie de mon triomphe m'avait transporté. Je me trémoussais comme doit le faire un possédé du diable, et pour compléter le tableau, emporté par les élans de ma démence passagère, je saisis le trident d'une mahi et je m'élançai debout sur le ventre de l'énorme diodon, assumant la même position, — assurait M. Slillman, — que celle 4e IVcban^e saiut Micliel lorsqu'il terri^sa le diable,
CHASSES ET P^IRS. 7ft
Raphaël I divia Sanzio ! je n'étais qne t(m plagiaire I
EnGn la raison me revint : je pas examiner à loisir cet immense poisson qui gisait à nos pieds.
Jaeei ingem liUoretruncuê, ... Etsine nomine corpus .
Mais une particularité qui me frappa surtout, ce fut de voir, pareils à des sangsues, une demi*douzaine de sucking fishes (rémora), vulgairement appelés pilotes, attachés au ventre du diodon.
Pluton et M Slillman se chargèrent de m'expliquer que ces poissons suceurs vivaient en parasites au milieu des troupes de-diabies, se nourrissant des débris abandonnés par les grands poissons, et usant de leur faculté aspirante pour se fixer sur le corps de leur énorme camarade, afin sans doute de ne pas le perdre de vue, de profiter de sa société et des bénéfices y anjiexés.
Quelques jours après la pêche merveilleuse dont j'avais été l'heureux vainqueur, M. StiUman, le pêcheur le plus « endurci » que j'aie jamais connu dans l'ancien comme dans « l'autre monde, » me proposa, après déjeuner, d'aller encore chasser une troupe de diables qui paissaient les algues marines dans les environs du cap delà Baie. Un nègre de sa plantation, en revenant de la pêche aux crabes et aux huîtres pour la provision de la table du maître, avait aperçu les diodons et s'était hâté de nous en prévenir. Rien n'était plus facile cette fois que de nous transporter avec rapidité ver$
r^ivmûê^tàé. Cenë^re ^Vàitlaissé'te i^i^f^itti^. rée au rivage et n'avait fait qu'une course pour arrivei^ plus vite.
Un wagon fut attelé sùr^-'diamp ; on y cfHas^' l'un sur l'autre, Pluton, son camarade et un autre moricaud, porteur du hetrpeà et dti câMe. M Stiltman s'empara des gui(le^; je prh'plàeé^ à ses cdtés, et nous partîmes avec la vélocité d'une machine à vapeur. Dix minutes suffirent aux chevaux p&m nous oou« duire au port où la chaloupe nou0attendi^t^ et, &» moins de temps qu'il n'en faut peur le raconter ici, nous étions embarqués, U proue teurtiée vers une dizaine de diables qui folâtraient à un demi^miilederaat nous.
L'atmosphère était brumeuîse, et le sc^il faferit de vains efforts pour percer des nuages épais qui voilaient par intervalle ses rayons. Malgré fhumidité, en dépit des vagues clapotantes, nous avancions ver& 1& but ; les diables paraissaient nous attendre. Tout ^ coup, un brouillard épais à ne pas y voir à trois pas^ devant sK)i nous enveloppa comme par enchantement. Nul ne s'était aperça des pfonoctics ordinaires de dèsr phénomènes almosphértques. Nous nétts tnoutîcm» enveloppés de toutes parts, comme Vénus et le dlôu Mars dans les filets de Vulcain, position fort embarrassante, quoique diamétralement exposée. P^hht comble de malheur, nous n'a^^ionspas debouSsôle à bord, el maigre mHre bon dé^ à tous, aucun de nous ne poa«< vait deviner de quel côté se trouvait le rivage.
Inutile de dire que le broulliard nous aVldl^ ùii perdre les diables de vœ. Les ettô^kmd^ AOua mèmeA
etlt soDgé à les harponner. U 3'agi8^:t,d^nAbco j^}||t
d'une bourrasfiBp^tfiwie ,<w»P*t^jW^e.JNpRS,n;^viwa
H. Stiltman et Platon tinrent conseil :ttl^acBii)d*e«i 4ic^iMteiile.kfg'd[|i boi;d; j^ (Srrâtalajcliatoiipe, les .rames JrestèMBtEaspendttts wrair^ia^id'eicaviMr «4etqQeL^dtéaiien«t la ivagueiet par conséquent d'où .«ooflpîtie veH . ilipiès qMifHea >inâtaal& idlbésitation, H. Stiltaian tûi niwt de bând^i^tles Aeux nègres se aâr^t&dramer aiveciAateyj&nergie^^sekdonnelapettr cïd'im danger.
Tout paraissait donc aller pour le ^niemt: Fespoir
'élait fevenu-'daiiSBOlre'âiiie, et à part moi qui ëprou-
Tais de^fftdbettx 'Symptânaes d*un malaise passager oc^
•easiomié par le mouvement de la barque, ^ien ne
"^semUe^^Yoirirottbler fieire sécurité.
Mais, hélas I j'en frémis encore quand j'y songe, nous avions c(Mnpté sans Timprévu, cette épée de Damoctès que Is^ l^rovidence tient toujours suspendue Âur latéte dçs hommes.
An moment oùnousf lifwipnslefpioms, uabfiût oUisolUâ)Se,£t,i^Q!tendre à lai$))ord. Qp ^t^ijtvn p^stre 1^ M4illi^^aMe^He,aai;^o^fflait,'4ld^St|)^ .^t
?8 ctiAssBS BT ficnu,
augmentait le remous et redoublait enmêmetemi^s mou mal de mer.
De quel côté venait le danger ? Quel était ce danger ? Voilà quelles étaient les questions que nous nous adressions les uns aux autres. Le bruit redoublait, le péril était imminent, notre anxiété sans pareille, lorsque tout d'un coup M. Stillman s'écria :
— Ob! mon Dieu! nous sommes perdus ! Un steamer, là, près de nous; ils ne nous voient pas. C'est fait de nous! prions!
En effet, devant nos yeux, à quelques brasses, la proue menaçante d'un navire à vapeur se bissait : masse énorme qui allait retomber sur nous pour nous briser comme l'eût fait uiim.irteau d'un brin de paille.
J'avais mentalement recommandé mon âme à Dieu, songé à ma mère et à tous ceux qui m'étaient chers. C'était fait de moi! Je fermais les yeux afin de ne pas voir la mort de trop pi'ès.
Tout d'un coup une voix me rendit à moi-même ; c'était celle d'un matelot qui criait en anglais :
— Ohé! de la barque! où allez-vous? Butors! s..... imbéciles! vous n'y songez donc pas! voulez-vous donc être écrasés !
Et eu même temps M. Stiltman, Pluton et ses deux
, camarades bêlaient le navire, et demandaient secours.
Il était temps : notre chaloupe, frôlée par le steamer
n'avait rien de brisé, mais la vague l'avait remplie
d'eau : nous allions sombrer.
Heureusement le capitaine du steamer était un homme compatissant; il avait fait arrêter la machine et Tirer de bord. Pendant ce temps-là, une embarcatioa
eiAssBs fer péciBS. 7d
était j^ée à la mer eu toute hâte ; elle noas accostait quelques minutes après, et non sans quelques difficultés, nous étions arrimés le long du navire à vapeur et enfin hissés à bord.
Le capitaine du steamer nous prodigua tous les soins que réclamaient notre position : on nous donna des habits secs et du grog brûlant, et qiiand, après nons être remis de nos émotions diverses, M. Stiltman, demanda à notice sauveur quelle était la destination de son navire, grande fut notre stupéfaction en entendant dire à M. Danielson qu'il allait à la Havane.
— Ah ! répondit froidement M. Stiltman ; mais ne vous arrêtez-vous pas en route?
— Si fait, àKey-West.
— Bon l très-bien ! je descendrai dans ce port de mer. Quel est le nom de votre steamer, capitame ? ajouta mon hôte. .
— Le Diodon, pour vous servir.
— Ah I bah ! c^est drôle! Allons, fit M. Stiltman en riant de bon cœur, jenem*attendais pas, moi qui suis le plus grand ennemi des dlodons de Hilton-Head, qu'un diodon me sauverait la vie. C'était écrit: Dieu est grand I
lie cbewal «aoTage.
J'ai deux fois visité les Ppairîes et vécu an milieu des Indiens pendant mon séjour aux Etats-Unis. Lors de mon second \oyage dans la savane américaine, nous nous trouvions, un malin du mois d'octobre 1848, le lo.ig d'une chaîne de montagnes abruptes et pelées qui s'abaissaient en forme de vallée et au milieu de laquelle coulait, comme un ruban d'argent, un ruisseau pois« sonneux bordé par une belle pelouse émaillée de fleurs. De loin en loin, sur le penchant des montagnes qui bordaient le vallon, s'él&vaient quelques arbres au feuillage frais et brillant, dont les troncs étaient recouverts de mousse émeraude, et sui' lesquels notre vue se reposait avec délices, car ils faisaient contraste avec la monotonie de la vaste solitude que nous avions tra* ' versée, après avoir quitté les rives fangeuses du Mississipi.
On aurait dit un jardin anglais tracé par un des plus habiles horticulteurs de la Grande-Brelague,
A l*horizon, nos yeux découvrirent une manade de dieyaux sauvages (4 ) qui paissaient tranquillement non
(4) La recèdes chevaux sauvages qui existe arfuellement en Amérique y a été introduite |»ar les huropéens. Elle desct'ud des chevaux qui formaient la cavalerie de Cortez. Ce>i <lonc une rare d'un ^ang pur, car les l>èles espagnoles provenaient elles-mêmes de la race arabe. Dans les premiers siècles après la colonisalior., ces animaux se vendaient à des prix fori élevés Anlonio de Herrera ditqu*un rhevaf, au Chili, coûtait alors 1,00.0 piastres; Garcilasso de la Vcga raconte que cet animal était consid(^ré, au Pérou, comme une richesse; qu'un père le transn ettail à son fils par héritage, ce qui revenait à un don de 3 ou 4,000 |)iastres. Mais, au commencement de ce siècle, la race s'était tellement accrue en Amérique, ^que les espagnols faisaient leurs remontes de ca\alerie avec des chevaux dont le prix, en moyenne, était de % piastres.
Aujourd'hui, on trouve le cheval sauvd<;e errant en troupes innombrables dans les pampa.'' de rAm'Tique méridionale, sur les plateaux de New-Mexico, et sur les côtes du Texas. Pour preuve de leur nombre considérable, Azara cite ce fait que, pendant une grande sécheresse qui régna dans les pampas, on trouva sur les bords du Parana, à une seule place, plus de 1,000 cadavi-es de chevaux : ils avaient éié poussés lé par la soif ; à rasfHîct de Teau ils tombèrent dans une espèce de rag<^, et. se jetant !os uns sur les autres, ils enlaméTrent une lutte niorlelle.
Chez les chevaux sauvages, on rencontre les mômes nuances de poil que chez les chevaux drossés Ils n'ont pas une taille élevée, mais ils sont très \igoureux et doués d'une éneigie dont en turope on ne se lait aucune idée. Ils accouipliSMMit sanb futigue les plus longues couises. Seulement, il faut bien se garder de lesariéuT de touln la journée, la nuit, on les abandonne dans les foiéts; un |»eu avant Taube, on les reprend et on leur donne de I eau et du maïs; ainsi lestés, on les fait marcher tout le jour, sans manger ni boire, jusqu'à ce qu'ils atteignent le campe* mQut Qix Ton passera la nuit; à ce moment on leur donne
^M« à^rnud ▼lng|aiiie'de4)tseQ&, ^ont leswsiWfifiBaieiit couchés àrabri d'un fourré da^o^qmniers, et le* aulnes Boronlaieni la garde. Il *nous eût été ^facilcâe croire molr devant no&yeux^les parcs d'im haras «pparteâant k^n riche fermier du Laiicasfiîre.
Le chef des Poaux-rouges rassembla ovtour do lui, les meilleurs chasseurs de sa tribu et Ton tiut couseil. Il fut résolu que l'on exéculeraitia grande mancBUvre ' ajipelée au\ Ëlats-Uuis, paru»' les éiuÂ^rants ef the '^fitr-ti^st (ém'^ants du loiiUain ouest), uthe tvUd ■bor'Se& ring «^ (cercle des el*evaux sauvîiges).
Cette chasse exige un grantl nombre d'habiles cavaliers, qui, s'échelounani dans toutes les directions à
derechef de Teau et du maïs. Les animaux.se trouvent très-bien de ce traitement; on regarde' même C(»mme une chose nuisible de les nourrir dans la jomnée, et quand on passe un fleuve, on a soin de \our tenir la tète audessus de l'eau pour le» empocher de boiio.
ï,a manière de marcher (l*i dieval^? Amérique c^t telle qu'il pt ni parroiirir sans fatigue un long Iriijel L'AmériraIn croit qu il est absurde de laîie Iroiler im chi'vaL et le. sobriquet le |»lus injurieux e>t, dans ce pays : irvlon (rVst *â-]ire tmllevr) Leur marche est tmê espère cl*amblô partrrulier, sobrepnso, comme on l'appelle : elle consiste a lever les jai l>e» de dexanl lainiis que relies de derrière rasent presque le sol, ce cpii emiièrhi* l'animal d*ôl.re blessé par la selle I.î'S courriejs d'anibassade font ainsi une fois par mois le lm|et de Mexico à Veia-( riiz. aller et retour, en 36 heu. es ; l'espace e.^t de 03 milles gê<igraphiq«HN.
( a manière dont les gauchos se servent des rhevnux sauvages pour passer les rivières est assez curieuse. Quand ils s'apiMÇoivent que l'animal n'a plus pied, ils se laissent glisser et secramponuf'nt à la queue l.a bète veut remonter 'à la rive, mais le g«nu'tio lui jette do l'eau dans les yeux, le cheval fait aloii» volte-face et i%prend sia^ Course vers Vatitre bord,
14 (SHASÂBS BT pàcilÉ%.
une distance de cent pas riin de Tantre, forment ainsi un cercle de deux kilomètres.
Le plus grand silence est nécessaire^ car les chevaux sauvages sont faciles à effaroucher, et lenr instinct est si grand, que le moindre soulBe de vent apporté h leur nazeaux les émanations de leurs ennemis , les Peaux-rouges du désert.
Dès que le cercle est formé, quatre diassenrs, montés sur de magnifiques chevaux, commencent à courir sus dans la direction de*'la manade, AussîtAt tous les animaux sauvages se précipitent dans la direction opposée. Mais toutes les fois qu'ils se disposent à quitter la limite du cercle, le chasseur le plus rapproché se précipite à leur rencontre, et sa présence j inattendue effraye les nobles animaux et les contraint à rebrousser chemin.
Mes lecteurs comprendront facilement quelle pouvait être cette course que notre plume va chercher à décrire. Rien n*est plus magnifique à voir que ces chevaux lancés au grand galop, repoussés de toutes parts, et jetant par leurs naseaux des renàclements si brusques, que les échos d'alentour avaient à peine le temps de les répercuter et de se les revoyer de Tune à l'autre montagne.
Les Pawnees qui m'avaient donné Thospitalité commencèrent par attacher solidement à des pieux les chevaux de bât, de crainte qu'ils ne prissent la fuite, entraînés par le mauvais exemple. Cinquante Peaux-rouges, ayant à leur tête le chef de la tribu, se glissèrent le long des bois qui bordaient les collines du côté droit, trahiant après eux leurs montures. Un même
CHiSSBS ET PÊCHES. 85
sombre d'hommes se dirigea à droite, de Tautre côté du ruisseau, tandis qu*an troisième groupe s*en allait, en faisant un immense circuit, s*enibusquer en ligne parallèle vers la partie inférieure du vallon , dai^s le but de se joindre aux deux ailes et de resserrer ainsi lecercle^u milieu duquel les chevaux sauvages se trouvaient circonscrits.
Cette hahile manœuvre s'ex'^'cutaitavec une précision extraordinaire, et la troisième ligne allfiit bientôt se réunir aux deux autres, lorsque làmanade donna quelques symptômes d*alarme. Les hennissements devinrent plus répétés ; ils aspiraient Tair avec force et jetaient autour d*eux des regards pleins d*anxiété. Bientôt ils se lancèrent, au petit trot, derrière un bosquet de bois de cotonniers qui les cacha à nos regards.
Le chef de Pawnees qui se trouvait le plus rapproché de Tendroit où i^e passait la scène que je raconte allait s'avancer lentement du côté de animaux, dîms Tintention de leur faire rebrousser chemin, lorsque trois Américains, mes camarades de chasse, sorlirent*du couvert qui les abritait et se précipitèrent en avant.
Cette sortie inhabile dérangea tous les plans des Peaux-Rouges.
A Taspect des hommes, les chevaux sauvages s'élancèrent dans la vallée, poursuivis par les trois Américains, qui hurlaient comme des démons.
Ce fut en vain que les Pawnees, qui formaient la ligne transversale, essayèrent d'arrêter les fugitifs et de leur faire rebrousser chemin. Les animaux, si chaudement poui*suivis, forcèrent la ligne et s'échappèrent )eloii(;delaplaine.
Stt crusses ET PtOSBS.
Bit ca moment les Peaux-Rouges fireatentendirei^u*.. whoops' de guerre et lancèrent leurs moulures au g^^ lop. La débandade devint générale.
Les bisons, qui jusqu'alors étaient restés paisiblôr ment occupés à tondre le gazon do la prairie, semblèrent se con^lt^r enlre eux, puis, regardant d'ua œil supris l'avalanche humaine qui se précipitait dans leur direction, ils se mirent eux-mêmes à fuir d'un pas rapi(J[e, galoppput vers m marécage situé au fond dç^ la vallée.
Quant aux chevaux, ils suivirent un étroit déûl^ d^ns les montagnes, et tout disparut pêle-mêle dans un tourbillon de poussière, avec des cris, des hurras , et un bruit qui aurait rivalisé avec les éclats de la foudre.
Les trois Américains et près de cinquante Pawnees étaient sur les tal,Q;is des chevaux sauvages; mais aucuu d'eux n'était encore parvenu à lancer le lasso avec succès,
J« dois avouer ici mou, iphabileté comqae écuyer» et je coiufes^e que j'étais au nombre des retardataires, quoique monté sur ui>e excellente jument, sur le dos de laquelle s'élevait une selle indienne, vrai fauteuil dans lequel je me prélassais sans craindre une clmte. Mes pieds él^iient solidement ajmarré;^ à d'énormes étricrs ii^à^exicair^s, semblables à ceux de? Turcs, J'aurais ainsi délié la pli^? terrible secousse.
Dans le nombre des cbçvaux de la mviade, j'avais rencontré un lua^nitique cheval, noir conniie les ailçs d'une corneille, et je le serrais, de piès e)\ coniipagnie, de deux jeuues Pa^vnees qui m*avai(, éd^ (i^m^s Kpii^^
CHASSBS ET PÊCHES. 87
camarades de chasse par le chef de la tribu. En gravissant le défilé, ce cheval glissa et tomba. Aussitôt, les deux Peaux-Rouges sautèrent à bas de leurs montures et saisirent ranimai par les naseaux et la crinière.
Le cheval luttait avec rage, frappait le sol de ses pieds de devant, ruait des doux soles de derrière; mais, malgré ses efforts, mes deux compagnons lui passèrent un lasso autour du cou et lui fixèrent le pied droit de devant à une courroie qui le reliait au pied gaucbe de derrière.
Tandis que les autres chasseurs indiens et l^s trois Américains poursuivaient le reste de la ma7iade, je revenais au camp ave(; le cheval noir et ses deux vainqueurs, qui avaient attaché une seconde corde au lasso, et qui, tendant les deux cordes, tenaient le cheval entre eux deux à une distance si'ffisanle pour qu'il lui fût impossible de les atteindre par ses ruades: sitôt qu'il avançait d'un côté, on le lirait de l'autre. Aussi, avant qu'il fût arrivé au camp, il était; sinon dompté, du moins complètement subjugué.
De cette chasse interrompue, les Peaux-Rouges ramenèrent quatre poulains et une jument. Deux des premiers bais-bruns, les deux autres blancs, et leur mère, ou tout au moins celle qui aurait pu rêtre, d'un noir de jais.
Dès le lendemain de leur capture, ces six animaux, arrarbcs d'une manière si brutale à la liberté illimitée des prairies, paraissaient avoir compris la nécessité de se soumettre et étaient devenus aussi dociles que
les chevaux qui faisaient partie depuis plusieurs années du camp des Pawnees.
La capture d'un cheval sauvage est un des exploits les plus enviés paruîi les Peaux-Rouges, à quelque tribu qu'ils apparlicnnent dans la savane immense des Etats-Unis. Les animaux qui vivent à Tétat libre sur ces vastes plaines sont de différentes formes et de couleurs diverses, auxquelles on reconnaît leur origine. Ceux-ci ressemblent aux chevaux de race anglaise et descendent probablement de chevaux échappés des colonies frontières de rAnj^'lelerre avant la «léclaralion Je l'Indépendance de 1776; ceux-là, plus petits, plus nerveux, viennent sans doute de la race andalouse, que les colons espagnols avaient amenée après la prise de possession du Mississipi et de ses terres par Hernandez de Soto.
Le soir qui suivit cette grande chasse, nous étions groupés autour des feux qui avaient servi à faire cuire notre souper Des couvertures élendues sur le sol nous servaient de siège. Une immense sébile de bois d'érable était placée devant nous, dans laquelle on avait versé le contenu des marmiles, oUa podrida comi)osée de dindons sauvages et de tranches de jambon de peccari. Plusie»n\s quartiers de cerf, enfilés sur deux broches de bois, grillaient au-dessus du feu, dont les charbons grésillaient et fumaient humectés par la graisse. Nous n'avions ni assiettes ni fourchelles, mais chacun, à laide de son couteau, tranchait à même dans la venaison, en trempant cha(|Uf. morceau dans une petite sébile pleine de poivre et de sel mélangés.
Je dois rendre ici justice au cuisinier des Pawnees;
ce ragoût et cette venaison, assaisonnés par l'air des prairies, me parurent aussi délicieux et aussi appétissants que le meilleur rôli de Véfour. Noire seul breuvage élait du café bouilli dans un chaudron, sucré avec de la cassonuade jaune et versé dans des coupes d'étain.
Bientôt la nuit remplaça le crépuscule, et le camp offrit un aspect tout à fait piitoresque. Des feux épars pétillaient ou mouraient au milieu des arbres, et autour des tisons ardents se découpaient, dans Péclat de la lumière, des Indiens, les uns assis, les autres étendus et enveloppes dans leurs couvertures.
Pour moi, je mé plaisais à écouter les récits des Pawnees qui nf entouraient, et qui channaicnt parleur bizarrerie l:i monotonie de la veillée. Les légendes abondent j>armi les In:liens, dont la vénération superstitieuse pour les phénonibncs de la nature dépasse tout ce que. rimagination d'un Européen pourrait inventer. L'un d'eux assurait que les chasseurs trouvent quehiitcfois dans les prairies des éclats de la foudre éteints et que ce métal forgé sert à faire des pointes de flèches et de lances. Un guerrier armé de ces moyens de défense estinvincible; mais il se voit souvent menacé du péril de rêleclricilé. Si un orage éclate pendant une bataille, il est c mporté ou réduit en poussière.
Un Indien de la tribu des Blnck-Feet (Pieds-Noirs), surpris par un orage au milieu d'une savane, fut frappé de la foudre et tomba évanoui sur le sol. Lorsqu'il recouvra ses sens, le « carreau de Jupiter » élait à côté de lui par terre et le sabot d'un magnifique cheval piétmait ce métal dangereux. Saisir la bride,
9(^ CHASSES ET PÉGBBS.
monte.r sur le( dQ$ de Tanimal, tout cela fut Tafifaire d'un moment. Mjtis, héiasi le Pied-No»r avait enfour-^ ché VEclair, qui, nouveau Pégase, l'enleva comme un ballon et le jeta bientôt sans connaissance au pied des Monlagnes-Rocbeuses. Il lui fallut plusieurs mois pour rclrouver le camp de sa tribu, et encore il était tellement chan;^é, ses cheveux étaient devenus si blancs, que personne ne voulait le reconnaître.
On m'a aussi conté plusieurs anecdotes sur un certain cheval noir qui avait rôdé dans les prairies de TArkansas pendant un certain nombre d'années, déjouant tous les efforts faits par les chasseurs pour s'emparer de lui. Sa renommée s'étendait au' loin. C était une sorte de t cheval fantôme » insaisissable, dont les pieds étaient plus légers que ceux d'une gazelle, et l'encolure aussi gracieuse que le cou d'une jolie femme sur lequel tomberait une chevelure d'ébène. Un des Pawnees raconlait qu'un certain soir, avant le lever de la lune, il était parvenu en rampant à quelques pas de cet animal enchanté et lui» avait lancé sou lasso. La noble bôle avait d*abord paru se résigner à sa captivité, tout en galopant côte à côte avec celui qui l'avait capturée; puis ensuite elle avait guidé sa course sur celle de la jument montée par le Peau-Rouge, qui l'emmenait dans la direction du camp. Mais tout-à-coup, h l'approche du premier feu. le cheval fil un suprême effort, se débarrassa du lasso, *se cabra, et se pré<ipitant lôte première dans robscurilé de la nuit, avait disparu à tous les regards.
Les chevaux capiurés par les Pawnees devinrent dès Ip lendemain l'objet d'une alteutioa toute paitl-
CPtMfSBS ET PÉCRBS. 91
CBlîè^A Jôcrpîs, a^sez intéressant pour mes lecteurs dci leur, raconter les moyens employés par les Pt^aux- Bpuges pour dompter ces nobles animaux. D'abord ils attachent un paquet léger composé de deux morreaux de bois sur le dos du cheval, afin de lui donner une première leçon de servitude. L'orgueilleuse indépendance de la béte se réveille aussitôt; mais après une lutte inégale, dans laquelle l'Indien supplée à la force et lutte par la ruse, le pauvre cheval, sentant enfin l'inutilité de résister davantage, se couche à terre, comme s'il s'avouait vaincu. Un acteur de nos drames de théâtre, représentant le désespoir d'un prince, ne pourrait pas rendre son rôle d'une manière plus dramatique.
La seconde leçon consiste à forcer l'animal à se lever par la pression de la bride. La première fois le cheval hésite à obéir; il se couche tout du long : mais à la pression réitérée de 1p brideet au contact du fouet, il hennit, bondit sur ses quatre pieds et courbe la tête entre les deux jambes de devant. Il est alors tout à fait dompté, et après avoir subi pendant deux ou trois jours ces humiliations de Tesclavagcil est abandonné en liberté au niilieu des chevaux d6 trait ou de bât.
Je ne pouvais m'empôcher de prendre en pi lié les magnifiques animaux dressés ainsi par les Pawnces, et dont la vie avait été changée en vil esclavage. Au lieu de parcourir, selon leurs désirs ces vastes pâturages, allant de prairie en prairie, descendant de la colline à la plaine, broutant tontes les fleurs, toutes les graminées, se désaltérant à tous les ruisseaux, ils se voyaient condamnés à une servitude perpétuelle, à l'humiliatiou du haruais et du mors.
Cette brusque transition n'était-elle pas comparable à certaines existences humaines? Tel est aujourd'hui monarque , qui demain est prisonnier ; tel noble coursier qui le matin était libre, le roi de la prairie, qui ce soir est devenu cheval de charrette!
vu
Un Gascon très-loustic et fort amusant, qne j*ai beaucoup connu aux Etats-Unis, me racontait que , se promenant un jour dans les bois, il rencontra un opossum sur son cbemin. Frappé de la bizarre tournure de ce gibier nouveau, il lança sur lui un simple stick qu'il avait dans les mains. ,
c Ce crapaud-là, disait-il en me narrant son aven* turc, s*arrê(a net, comme s*il avait eu les reins cassés par ma badine; zc lé glissai délicatement dans la poche dé ma veste, satisfait dé né pas rentrer bredouille à la maison. Au moins, pensais-ze en moimême, z'aurai du rôti à mon dîner. Sacrebleu! qu'estce que c'est que cela? m*écriai-ze, en sentant des dents aiguës qui, à travers la toile dé mon vêtement, pénétraient dans lé bas dé mes reins ; ce diable d'animal va eudommazer mon tMmtalon I Zé lé tirai hors
^4 CHÂSSES ET pécHBS.
dé ma poche, et lé saisissant par les pattes, zé lui appliquai sur lé museau un coup dé poing qui aurait assommé un bœuf. — Es-tu content, méchante bôlc? lui dis-ze en le zétant sur mon épaule.
» Sandis! mon cher! cet infiTual opossum (1) n*était point satisfait, car il mé mordit rorcille. Pour cette fois, zé lui trépignai les côtes, et j'entendis ses os craquer; puis lé prenant par la queue, dé crainte dé mé salir les mains, z*ailais continuiT ma routé, quand ce bri^iand il se rétourna et mé pinça les doigts. Abl pour lors, zé lé lâchai; et, vous mé croirez si vous lé voulez, zé consents bien à être pendu h la plus haute vergue dé l'un des navires du port de Bordeaux si zamais zé mé baisse pour ramasser un opossu a. »
J'étais fort intrigué au sujet de l'opossum ; j'avais souvent entendu parler de cet animal, et l'on m'avait raconté que, surpris par le chasseur, dès qu'il voit que la fuite lui est Impossible, il use de stratagème et fj'it
(4) Cet animal, particulier à l'Amérique du Nord, appartient à la famille des sarigues. Â le voir, on croirait de prime-abord qu'il est dépour\u de tout instinct, tandis qu'du contrait e il possède toutes les ru^es qu'un renard lient renfermées dans son sac. L'opossum femelle est graliiic d'une poche où, au moindre dangor, ses petits cherchent un refuge, et au fond de laqju'llo sont abritées les mauiellesqui les nourrissent. Une autre paiticularitéde la structure a atomique de ces animaux, c'est que le premier doigt de leuf s pieds de derrière est sans on^le, et séparé des autres comme le pouce de la main humaine, tandis que les autres doigts, placés Tua contre Tautrei sont armés d*ougied loogs et crochus*
s^bkhtM*être privé de la vie comlne s'il af attelé œortelleihent atteint par le plomb du chasseur.
Si par hasard, le crSoyant véritablemeifit mort, vous détournez la tête ou le jettez négligemment dans votre gibecière» Topossum choisit Tinslant propice, et s'élance hors de portée au moment où vous y songez le m^ins. Cette ruse du sarigue américain a donné- cours k un proverbe très-usité aux Etats-Unis : • Imiter l'opossum Iplaying' possum], » qui correspond tout à fait à notre dicton français faire le mort. Il suffit m'avait-on dit, qu'on lui donne sur la tête une tape qui pourrait à peine tuer un moustique, pour qu'il allonge sur-lechamp ses membres avec autant de roideur qu'un cadavre sur la table de dissection; en un mot, il fera le mort. Dans cette situation, on peut le torturer, lui couper la peau, l'écorchcr presque, pas un de ses muscles ne bougera; ses yeux deviennent ternes comme s'ils étaient recouverts de poussière, car Topossum n'a point de paupière pour garantir sa vue ; vous pouvez même le livrer aux morsures de vos chiens, persua 'é qu'il est mort ; mais si vous l'oubliez pendant une minute, il entr'ouvre ses yeux demi-dos, et si l'occasion lui parait favorable, il détale sans être vu.
Dans le cours de mes chasses, je n'avai*^ jamais trouvé un opossum à la portée de mon fusil ; peutêtr;, n'eût été par curiosité, aurais- je hésité à user ma poudre en tirant sur cet animal, lorsqu'un planteur de la Louisiane, sur l'habilalion duquel j'étais allé passer quelques semaines, m'assura que les bois qui euYiromiaient sa demeure étaieut remplis d'opossums,
96 CHASSES BT PÈCHBS.
c Sï^uvent, disait-il, mes nègres, lorsqu'il fafl daîr de lune, quittent leurs cases, armés de bâches, et suivis d*un chien pelé, qui malgré sa laideur possède un nez sans pareil. C*est lui qui indique la piste, et guide les chasseurs au pied de Tarbre sur lequel le gibier a cherché un refuge.
» Une torche de résine est sur-^c-champ allumée, et la hache retombe à coups red mblés sur Tarbrc receleur de Topposum, sans égard pour la vigueur ou pour rage vénérable du chône hospitalier, qui craque dans son écorce, et va bientôt couvrir le sol de ses débris. Il faut alors entendre les chants de mes moricauds, leurs plaisanteries, leurs cris gutturaux, dont rien ne peut donner une idée. L'arbre cède ; et ce mouvement inusité, incompréhensible à Topossum, au lieu de lui faire voir que le danger approche, rengage à se hisser plus avant dans les branches. Patatras! Tarhre est à terre, et le sarigue avec lui, retombant quelquefois dans la gueule du chien. Si, par hasard, il a la chance de pouvoir échapper, son salut n'est point assuré : car, après deux minrtes de poursuite, ses jambes de derrière sont au niveau des dents de son ennemi, et, quoiqu'il fasse le mort, le nègre qui l'arrache à la gueule de son dear dog n'oublie jamais de joindre la réalité à la fable.
» Mes Africains se fatiguent plus en quelques heures pour satisfaire leur pla;sir, qu'ils ne le feraient à travailler pour mon compte pendant une semaine. Ces esclaves malheureux, connue les appellent nos négropbileS) (lieut ordiuaii*emeut trois ou quatre opos«
smns par chasse; et si par bonlicup je les ai revêtus d'un ^let jaune, d'un paire de bas bleus et d'une culotte rouge, ils ne manquent pas, pour compléter leur toilette élégante, de se faire un bonnet de peau d'opossum. J'ai fini, ajoula-t il, par prendre moimôme un très-grand plaisir à cette chasse. »
Je riais d'abord en entendant ainsi mon hAte parler d'une manière emphatique de ses cha^^ses à l'opossum, lorsqu'il me répondit, d'un air très-sérieux, que j'avais tort de plaisanter sur un sujet aussi intéressant, et que si je voulais me convaincre des raisons qui avaient décidé son goût pour celte chasse, je verrais qu'il n'était pas aussi ridicule qu'il le paraissait.
La proposition fut acceptée séance tenante, et le maître donna des ordres pour que tous les préparatifs fussent faits avant la fin du jour. Quand nous partîmes, lanuit était toul-à-fait noire ; et comme naturellement je fis la remarque qu'au milieu d'une obscurité semblable il nous serait très difficile de voir le gibier, on me répondit que bien au contraire, cela n'en vaudrait que mieux. Je n'avais rien à répliquer : il me restait seulement à protester intérieurement, et à me laisser guider. C'est ce que je fis.
Le wagon américain, tratné par un robuste cheval, sur les bancs duquel nous nous étions installés, le chasseur d'opossums, deux de ses amis et moi, nous dé|K>sa bientôt au milieu d'nn bois toufi'u, et la, précédés par un nègie géant qui éclairait notre marche à l'aide d'une torche brillanmient eiiHammée, nous avançâmes en silence. Les deux cliiens qui nous acouipagiiaient ayant trouvé la piste d'uu opossum, doa-
99 flMWS %TftCflX§.
pi^r^i dp la voix ci sVlancèrent en avant, nous gaidant jusqu'au pied d'un chêne qui, d'apiès tous les indices, devait sei'vir de retraite au giltier que nous chorchiuns. J*avoue que j-étais fort intrigué pour savoir connnent notre cliasseur de sarigues allait metlre la main sur celui-ci r^ons n*avions pas do liacbe pour abattre Tarbre, et Tobscurité était si grande, que la lueur de la torqhe, au |ieu d'érlairer Tcspace en dessus de nos tôles, nç servait qu*i\ en faire ressortir la noirceur. Le nègre qui nous accompagnait ayant plante sa torche à terre, amoncela à vingt pieds du cliône une quantité énorme de broussailles, de bois mort, et ayant allunié ce bû-licr, il vint s'asseoir de manière à j[n('tlre le tronc de l'arbre entre lui et le fuycr incandescent. Sur un si^iie qu'il me til, j'allai me placer à son «ôtc, attendant avec anxiété l'exidicalion de ces mystérieux préparatifs. Le bûcher jetait autour de lui iintï tlannne pétillante, et bientôt nos ^eux, accoutumés i réclat de celte lumière, distinguèrent les brai}ches du cbéne aussi faciU ment que si elles étaient découpées sur un Imrizon illuminé.
— Maintenant, s'écria le chasseur d'opossums, l'animal est à nous ! Regardez là-haut, près de ce nœud qui forme un coud»*., cet objet noir qui paraît remuer : qu'est-ce que cela peut être?
Et au méiue instant un coup de cc^r^l^ine faisait tomber à nos pieds ime énorme branch^ q^ue le nègre ramassa en riant aux éclats.
— C'est bien, gros imbécile! fit noire chassçnr en rechargeant ^a carabine; et sans faire plu^ altmiioii aux gtitwîices dii u^oiicaud cl au bourite t|ui tj'i'tarait
ciASSEs iT ficms. 99
mr mi« lèrres, le chasseur se nût à examiner de nouveau ies brandiieB (io Taibrv). D;.'ti\ fois iiiulil^iienl encore il déchargea sa carabine; maisauquatrièiiiceoiip, un (grognement proloii^, semblable à celui d*un porc , poussé pat* l'objet qui tombait devant nous, Un suivi â*MH liurrah relenUssant. Un opossum énorme se dé* ballait dans les convulsions de l'agonie; et le nègre i'ayai^ délicatement p!*is par la queue, mUuraait sa torche a»ix tisons du foyer nwirûnt, afin d'éclairer fiotre retour à Tbabitalion. oii, assis autour d*uH hon feu, rassasiés par un excellent souper, et ex<-ilés par les rasades d'un eham|iagne exquis, nous félicitions riiabile inventeur de la chasse aux opossums stur sa découverte imporlaute.
J'ai connu, pcmlaiit mon séjour à Philadelphie en 184:5» nn certain M. David CiHHkclt, original sans copie que ses compatriotes avaimt élu général de la garde nationale de la 'ville, det Aniériciiu pur sang avait, entre autres manies, celle de se croire un second Robin ilood. Jamais, 4SsuraU-il, il ne tirait un coup de fusil sans atteindre son but. Plume ou poil, rien n'échappait à son coup d*œil d*aigte. Un de ses amis, qui tm^ pi*ésoHta certain soir aa Ncnirod philadelptiiet»» disait en sa ^M'ésenco :
T-r Vous voyv;e bien David? la justesse de son coup â'œii est t^^lle, ^e lorsqu'il va chasser dans les bois, si un ^posçum l'aperçoit, il i^ve la patte comme pour lui faiJie signe d'alAendre nu moment avaut de tirer.
— Est-ce vu^jis, mofti^ieur Qfockettïlui dit le sari^^ue effi-ayé.
— En ce «», je vais aller vous rejoindre; attendcrmoi. Je sais qne je suis un orossum mort, et qu'il n'y a pas moyen de vous échapper.
El laehosese fait comme le dit le didelphe. Il descend de l'arbre, rampe jusqu'aux pieds de M. Crockett, qui délicatement lui donne un coup du revers de la main sur la nuque et le fourre dans sa carnassière.
M. David Crockett souriait à cette blague élogieuse; mais il se gardait bien de la démentir.
Un certain jour, M. Crockett, qui m'avait pris en grande amitié, me rencontrant dans Chcsnut-Strcet, me proposa de l'accompagner à la chasse aux opossums.
— Volontiers, répondis-je ; mais où me condaîrezvous? irons-nous loin?
— Oh, non, reprit-il, nous chasserons seulement sur les bords de la Dclaware, à dix milles de Philadelphie, et nous partirons ce soir.
J'acceptai sur-le-champ, curieux que j'étais de vw par moi- môme si l'on ne m'avait pas trop vanté l'habileté de M. Crockett.
Je passe sous silence les détails de notre voyage, qui s'opéra dans un light-wagon, conduit par un mulâtre qui ne cessa de siffler depuis notre départ de Philadelphie jusqu'à notre arrivée à Mac-Com-Dam.
Dès le matin, n^n nemrod américain et moi, suivis du mulûtreDolly, nous entrions en chasse. Deux jtlis terriers folâtraient en quêtant devant nous. Tout-àcoup l'un d'eux donna de la voix, l'autre lui répondit, et après quelques pas faits dans les broussailles, ils kvèi*ent un opossum, qui d'un bond s'élança sur la
ClUSdËS ET PÉCHB». 404
branche d'un hêtre, et de là sur la dmc de Tarbre. M. Crockelt mit en joue; je le laissai faire, prêt à tirer moi-même s*il manquait ranimai ; mais, à mon grand étonoement, je vis le sarigue tomber sans que la moin* are détonation eût frappé mes oreilles.
J'allais interroger M. Crockelt, lorsqu'avec sa main il me iit«fgne de ne pas parler. Les chiens venaient de lever un autre opossum qui se livrait au même manège que le premier. A mon tour, je me disposais à faire feu, lorsqtie mon^camarade, qui avait épaulé son ftisil avant moi, Tabattit de nouveau sans bruit ; au môme momeftt, le gibier tombait à mes pieds, en ricochant dff branche en branche jusque sur le sol.
Celte fois ']p n'y tins plus. Rien ne pouvait m'expîiquer cournsent M. Crockelt forçait ainsi les opossums à tomber devant lui, sans coup férir, rien qu'en faisant le gesle dn leur.tircr dessus.
— Vous êt<»s donc sorcier, mon cher Monsieur? lui dis-j€.
— Moi? allons donc f vousn'y pensez pas; — et, sans ajouter un mot de plus, M. Crockelt me tendit Tarme qu'il tenait à ta main. Celait un fusil à vent ; le mystère était résolu, je coimaissais le mot de l'énigme.
Shakspeare a écrit quelque part rhémistichc suivant qui, — je le crois vraiment depuis que j'ai eu entre les mains un opossum qui fut tué devant moi, — se rapportait à ce sarigue :
Thereby hang a tail! j; y a là une queue), a dit le barde d* Avon. Certes, jau;t*js cet appendice de Fourrier n'eut son pareil sou^ L ciiiolle du ciel. Celte queue, longue de quinze pouucs, noire et dépourvue
102^ CIA^IEi ET PÊimiâki
de poiàs., sort à l'opossum pou? grimpée sur lès at'bî*» et se tcttif suspend à une bratiche» lorsqu'il QwA,ie au passage la proie dont il fait sa nm^rriture. Rien ifesfr plus curieux que de voir un opossum se balancer amsi^ soit pour, s*amuser, soit lour doraiir, comme si; afin de garder ou d'abandonrier celte positioït, il n'avait besoin d'autre cliose que de dire :' Je veux, oii cdame convient. La force decello attache Baturdle est a grande, qiii*on peut tuer rajiriiira(l<sanj& qu'il; d<^'ape de la branche d'arbre où il s'était suspendu. Lui eûton môme coupé la tête avec une po^née de chevrotines, il n'en resterait pas moins lié jusqu'à ee que les oiseaux de prcie eussent, dévoré sa carcasse abandonnée. Bien plus, lui eût*on coupé la queue à l'extrémité de l'épine dorsale, celte queue sans pareille de* , meurerait eu place comme le bâton oublié d'un bergi^ d'Arcadie.
Un ministre de la religion mélbodisfe qui, suivant le précepte des apôtres, allait de ville en village et de bourg en hameau, pour exhorter ses frères en Jésus- Christ à songer à l'éternité, prononçant certain soir un discours diffus et interminable, et voulant donner plus do force à la démonstration qu'il faisait dans le but d'engag.r ses auditeurs à persévérer dans la pi'atiquc du bien, il compara le véritable clu*étien h un opossum suspendu par la queue ausommcl d'un sapin a^'ité par une tempéle violente : « Oui, mes frères, disait-il, telle est votre inwge : le vent, dont la violence peut vous arracher A l'arbre de l'Evangile, snr la foive «luquel vous comptez pour être sauvés, est foi*^ié. p(^r le couçQiu's du smiUQn corroiuiia du* luouJo^
CHASSIS ET vtcms* 109
des pa<^fuons et du d ablc. Ne lîL*b^ poïsd ! lemSi bon, comme fait l'opossum pendant Torage ! Si le» jMetls de devant de vos passioivs abandonnent leur suppoK» tenez feruio avec les pieds de derrière de votre conscience; eiiGUy si ce point d'appui vous inanqtïe au^î^ il vous reste une deniière prise qui sera voire ancni de salut, et au rtoycn de laquelle vousf irêl re* joindre au ciel? les samts, qui ont persévéré jtfcsijtt'à la fin. »
Comme gibier, le sarigue est par quelques personnes considéré comme mets exquis. Ou dirait, h le manger, que Ton nio»*d sur un n:orceau de porc tendre, au goût quelque peu sauvage. Pour faire c»ire? l'opossum, les Indiens le suspeudein, par saf longud queue, à un bâton à rai<le duquel ils 1^ retofirhefit dans tous les sens. Quoiqu'il soit Impossible de trotrverlacbairde ce sarigue une chose inHuairgeable. je dors avotier que lorsque j'y goûtai pour lapremière fois, il me fut impossible de plus rien manger après, tellement j'avais été écœuré par l'odeur de cette viande musquée. Mais la seconde fois que mes dents se trouvèrent en contact avec la viande d'opossum, je fus Uioins délicat. I. faut dire que le plat avait clé préparé par les nègres, excillents cuisiniers en général, surtout quand ils font la cuisine pour leur propre compte. Et \oiii «onnuent ils pio ètlout pour préparer à point un opossum gras et duiUi. Dans une marmite profonde, sur un lit <le patates doncos, on éleiul le gihier, (jue Ton recouvre dos nuMUi'S tubercules ; on saupoudre le tout de poivre do Cayenne, en ajouiant, pour angniruier la sauce, uuc ou deuiL cuillerées de sauiduux bien fiais : un
40i . citiSBES BT rtcni.
laisse le tout tnijoter pendant cinq heures, et alors ou sert chaud.
Je dois dire ici qne le mets est délicieux, et que je ne connais rien de plus succulent au monde. C*est pourquoi je couseiUcrai à tous nos Ëpicures modernes d*aner y goûter par eux-mêmes Certes, un tel repas vaut bien le voyage» et je suis certain que tous reviendraient des Etats-Unis en chantant, commentes noirs des plantatious du Sud :
Pour Tatre un bon repas Comme il ne s'en fait guère, Fi ut manger, quelln chécel Un*possum gros et gras !
Djing ! bing ! bou ! boum ! bang ba I Kt puis boire à plein verre Du i hum et du tafi.i !
Djing! boun djangl bing ba!
lah! lah!hih!
Pshou! r»bou!
vm
Ea Coyote.
Parmi les animaux les pins rapaces et les plus dangereux de l'Amérique du Nord, le lonp (conimunénient appelé coyote dans quelques Etats du Sud) est celui dont les c!iasseurs redoutent la rencontre à régal de celle d'une panthère ou d'un ours gris. Les loups, bien plus nombreux aux Etats-Unis qu'en Europe , sont peut-être plus horribles à voir qu'ils ne le sont sur le vieux continent. Partout, le long des sentiers du désert, comme dans les endroits habités, aux environs des fennes et des villages, dans les prairies ou dans les bois, le loup, la goule de la race animale, s'offre aux yeux du voyageur la gueule pleine de bave, les yeux flamboyants, et faisant entendre un grognement, signe ordinaire de lâcheté mêlée d'audace.
Il cJit lies ditfioilc de prendre les coyotes au piège; maison les force souvent avec des chevaux et des ctùcus.Lcur pelage est d'une couleur rougcfilre, terne,
mélangée de poils gris et blancs. Telle est lenr conlenr ordinaire: mais, comme chez les autres animaux, il y a des variétés. Leur queue touffue, noire au bout, est à peu près longue comme le l iers de leur corps. Ils ressemblent aux chiens qu'on voit dans les wigwams des Indiens et qui descendent certainement de cette espèce. On les trouve dans les régions situées entre le Mississipi et Tocéan Pacifique, et au sud du Mexique. Ils chassent en troupes comme les chacals, et [poursuivent les daffns, les bisons ou autres animaux dont ils espèrent se rendre roa)t]*es. Ils n'osent pas al laquer les bisons en troupes, mais ils les suivent en bandes nombreuses en attendant qu'un Irahiard se détache, un jeune veau, par exemple, ou un vieux mule: ils se jettent alors sur lui. et le mettent en pièces. Ils' suivent des groupes' de chasseurs ou der voj'ugemrs, prciment possession* des camps abandonnés et décorent les débris qu'ils tiouvent. Ils s'introduisent qnel- (}^efois dans le camp pendant la nuit, et s'empai*cnt des morceaux sur lesquels comptaient les émitfrants. pour leur déjeuner du lendemain. Ces vols exaspèrent parfois cc'UX' q4>ii enrsont victimes et ceux-ci devenant moiitô avares de Icnr po:idre et de leur p)ooib, les poni«suivent jusqu*à ee qu'ils en aient couché p|usieui*9 sur le gazon.
Cette espèce de loups est la. plus nombreuse detontes celles des carnassiei'S «le 4' Améiiqne du Nord ; c'est pour cela môme que les coyotes souffrent souvent de la faim. Aloi*s, mais seulement alors, ils mangent des fruits, des racines et des légumes, enfni tout ca< qui peut lesemi^clker de mourâ*' d*iuauitioa«
GBASS» ET PÊCHES. Wï-
Is e^jote ignore t(MU sentimetit de sympatt)ie, et par celte même raison, il n'en inspire aucune. Voici pourtant une anecdote qui prouve que le voleur quadrupède des boisv est susceptible d*une certaine sensibilité, celle des nerfs du moins, si ce n'est celle du ccBur. Cette histoire m'a éié racontée sou3 la lente, à la veillée, pendant nos chasses au milieur des Indiens Pawneesu
Pendant la pren^iëre époque de la colonisation du Kentuc^y, lescoyoles étaient si nombreux dans laparii© sud da cet Ëtab, qa^ les t^bitanls n'osaient pas sortir de kurs demeures s'ils n'étaient ai*n>é» jusqu'aux dents. Les enfants- et les tonnes étaj«ent sévèrement consignée à la maison. Les. co^'otes dont te^ pays était "infesta aj,^rleH(ai^fit à cette race dont le pelage est giri& foncé, eC qui abonde dans les districts du nord, au centre des ibréls épaisses et des montagnes inexplorées der la rivière Verte.
Le viHage d<^ Henderson^ situé sm' la rive gauchede rOhie, prô^do son coi»fluent avec la rivière^ VertOy éi^it le€af|taAnement le plustudtité par ces déprédateurs h quatre pattes.
Les cochons, les veaux» les brebis des planteurs payaient un larga^ trihut à ces voraces animaux. Maintes fois, au coeur de l'hiver, lorsque ta neige couvrait le sol, quand les tionpcnux restaient î\ TétalHe, lesiioyotes aîfamés attaquaient les hommes, et phis d'un fenrier attardé, rentrant le soir chez lui, s'élai^^ vu entouré par un tronpean dévorant, des morsures duquel il avait eu grand' peine à se défendre. Pariai les. AV42iUures> les plus horrijt^ilautes que j!aio
40S uii:<..»âBS ET PÊCHES.
j.nnîaisa[îi'raf»nnter, il n'en est pas qui m'ait impres-. sionnédavantageqùc celle dont Richard, le vieux nègre joueur de violon, fui le héros, et que je vais raconter.
Richard était ce qu'on appelle en bon anglais a good old good for nothing darkie (un bon vieux bon à rien de nègre). Tout le canton reconnaissait qu'il n'avait pai d'autre mérite que celui de racler du violon, et ce mérite, qui n'en est pas un à nos yeux, élait cependant prisé à un liant degré par toute la gent de couleur, et même par la race blanche qui vivait dans un espace de quarante milles à la ronde. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucune fête ne pouvait avoir lieu sans que Richard le violonneur n'y fût invité.
Les mariages, les baptêmes, les soirées prolongées jusqu'au jour , que l'on nomme breaks down aux ' Étals-Unis, ne pouvaient avoir lieu sans l'aide de son violon, et quelque-rreux que fût le ménétrier nègre, quelque pele*^ que fut sa tête, aussi noire que la bouteille à rencrCf'iUchard n'en élait pas moins le bienvenu partout où il se présentait, son instrument enveloppé d'un vieux-muuclioir en loques sous le bras et un bâton noueux à la main.
Le vieux Richard élait « la propriété » de Tun des Hendcrson, membre de la famille qui donne son nom à ce comté et à ce village du Kentucky. Son maître avait de rafPeclion pour lui, à cause de son naturel obéissant et original, et fesclave, au lieu de travailler la terre, élait libre de faire ce que bon lui semblait. Personne i\c trouvait à redire à cette tolérance, car Richard, que son maître disait être « un mal néces- &aii*e », avait par dessus tout le talent de maintenir
CBASSBS ET PÉCVES. 409
8CS n^g^e8 en belle humeur au moyen de son violon.
Richard, qui comprenait toute Timporlance de ses hautes fonctions, ne connaissait que son devoir, et était de la plus grande ponctualité chaque fois que ceux qui rhonoraienl de leur confinnce lui faisaitm savoir qu'on avait besoin de ses services. Sur ce chapitre-là, un rien l'irritait, une contrariété un dérangement quelconque le rendaient féroce. En dépit de la timidité proverbiale reconnue aux enfants du génie, le vieux Richard tenait de la hyène toutes les fois que, pendant une des fêtes nègres présidées par lui, quelque chose on quelqu^un manquait à l'étiquette et aux convenances. Quant à lui, jamais il ne s'était oublié en quoi que ce fût, et depuis qu'il avait été appelé à remplir les hautes fonctions dont il s'acquittait si bien, oncqucs il i:e lui était arrivé de se faire attendre. Et cependant un jour. .. Pauvre Richard ! le récit qui va suivre prouvera que ce ne fut pas sa faute. '*'
Une noce de gens de couleur devait a\ . ^' **•" ^^ une plantation située à six milles de celle .sur laquelle demeurait le violonneur. Pour que la fôle fût complète, le vieux Richard avait été convié, et on l'avait noiumé unanimement grand maître des cérémonies. C'était pendant l'Iilver; le froid était excessif, et la neige, tombée depuis trois jours sans presque cesser, couvrait le sol à plusieurs pieds de hauteur.
Tandis que tous les nègres de M. Henderson,'avec la gracieuse permission <le leur maître, s'étaient halés de se rendre où le plaisir les appelait, l'Apollon esclave avait présidé aux soins de sa toilette avec une prédilection toute pariicuUëre. Du iiuge blanc, im col de
ifO OUSSBS BT récKS.
chemise auf^si démesurément long par dermil ^i1 était élevé par derrière, de telle sorle que la tête de Rirhard ress<Mnblait à un hloe de cliarhon dans une feuille de papier blanc, un habit bleu à boutons d*or, aux bas^ qacs longues à loucher les talons de ses boites, — dé*froque de son maître — une cravate de soie rouge frangée par les bouts , un gilet vert orné d'une pièce orange à la partie où était jadis placée la poche de la montre , des bottes qui avaient autrefois vu leurs beaux jours, un chapeau de forme calabraise ; tel était le costume élégant et fashionable à l'excès de Dkk, ihe old Uarkie FUldler — qui, vêtu de ces Lardes, se cro\ait aushi lu au qu'Adoiîis.
Apirs avoir jeté un dernier coup dœil au morceau de miroir retenu par trois clous à la muraitit df sa chambre, et s'être lancé à lui-môme un sourire qui exprimait une salisfaclion toute personnelle» RicUord prii &on \iolon sous le bras cl se mil en route.
L'>.Umc brillait au-dessus de sa tête, les étoiles sointiliaient au ciel, |)areilles, suivant l'expression piMo^ resque du violonneur, « à des clous dorés ticl^s aa plafond du firniament |»ar un audacieux tapissier, a Nul bruit ne se Taisait entendre, si ce n'est le eraque-r ment de la neige à mesui'e que Richard appuyait se9 pieds, appesantis jKir TAge, sur sa ci*oûte glacée. Lq dit min qu'il avait à parcourir était fort étroit; ses méandres tortueux traversaient une forêt épaisse que la hache n'avait point entamée, et dont les profondeHi*9 étaient encore aussi incoinmes qu'à l'époque oè les Iili dieiis étaii nt seuls en possession du territoire Ce seu-i lia* lie pou\ail êirç m\i que par un voj agew; àpèed ;
CBiSSfiS BT PÊCRES. 111
meune rcptcfrayi^ par une voitupe n'mi&^i à 0asieurs milles à la ronde.
La solitude profonde et silencieuse de ce ebeniin devait iiifailliblemenl produire son oflct, celui de la crainte ou tout an moins de rapprélicnsion, sur un être appartenant à la race linmaine ; mais dcins ce momeiU le vieillard était plonj^é dans des réflexions telles que rien ne pouvait lui faire oublier ranxiélé qu'il éprouvait de ne pas arriver à temps au reudez-vous où il éta t attendu. Il doublait le pas en songeant aux y^ux coiM'rmicés qu'allaient jeter sur lui les nt^gres et les iit^gri'sscs dont son al>scnce retardait les joies et la danse, et il regrettait le temps qu'il (ivait perdu ^ polir otitre mesure les bputnns de métal de son liabit, à étirer les deux pointes spleudides 4^^ soii coi de che* Btise.
Tout en pensant aux reproches qui le menaçaient, le vieux liirk jeta les yeux à l'horizon, et la lune resplendissante au-dessus de sa tête lui piouva ({u'il était encore plus en retard qu'il ne l'avait cru Ses i\vnx jambes se mirent alors à se mouvoir comme les roues d'une locouiotive, de manière à sp tenir ^ouJQjurs eu lèle de cei laines pmhres noires qui seniblaicul suivre tous ses pas dans le sentier de la forOt.
C'étaient des coyotes, d'horribles coyotes qui projetaient ces ombres, et qui, de temps à autre, laissaient écltapjier un jappement d'impatience et de eouypitise ; mais le vieux Ditk n'y prenait pas garde.
Toutefois, il fut bientôt forcé de donner toute son attention à ce qui sp passait autour de lui. Il étûit parr yçiiu à la UioUié du H^cnms, ^\ i itaveri les Oi}\ es des
m CBASSBS BT PÈCHES.
arbres il apercevait déjà la clairière qu'il devait tra* verser pour arriver à Tendroit où on Faltcndait. Les cris de rage des carnassiers redoublaient depuis un quart d*heure, et le bruit de leurs pattes, qui faisaient craquer la neige, inspirait au malheureux vieillard une horreur que rien ne saurait décrire. Le nombre de ces animaux paraissait augmenter à mesure qu'il avançait : on au- )«ait véritablement dit une fourmilière gi*ossie par un micwscope gigantesque.
Les loups, dans tous les pays du monde, y regardent à deux fois avant de s'élancer sur un homme ; ils étudient le terrain et attendent l'occasion propice. C'est ce qui se passait, fort heureusement pour le vieux Dick, qui comprenait de plus en plu^ l'étendue du danger et doublait la rapidité de sa course, à mesure que ceux qui le poursuivaient devenaient plus hardis, frôlaient ses jambes en grinçant des dents et cherchaient joyeusement è se devancer les uns les autres. Dick connaissait fort bien les habitudes de ses ennemis, aussi se garda-t-il de courir : c'eût été donner le signal d'une attaque générale, car les coyotes ne s'élancent que sur ceux qui ont peur.
La seule chance de salut qui lui restât, c'était de prolonger cette croisière dangereuse jusqu'à lalisière de la forêt. Là, suivant son espoir, les coyotes, qui n'osent pas s'aventurer sur un plateau sans abri, le quitteraient et le laisse^aient continuer librement sa route. Il se rappelait aussi qu'au milieu de la clairière s'élevait une cabane abandonnée, et la pensée d'atteindre ce refuge lui rendit une partie de son courage.
Llaudace des coyotesaugmeatait à chaqueinstaot, cl
cnk^p t\ FÉCIIB9.. 141
le malheureox /lègre ne pouvait regarder antoor âe,liii sans voir des yeux brillants qui remuaient dans toutes les directions comme les phosphorescentes lueurs des mouches de. feu pendant la saison d*été Les uns après les autres, les quadrupèdes essayaient leurs dents contre les jambes maigres du vieux Dick, qui, ayant perdu son bâton, eut recours à son violon pour éloigner ses ennemis. Au preniier coup qui porta, les cordes produisirent un son répercuté au môme instant par rame du violon, et ce bruit éollen ,eu^ le pouvoir immédiat de faire sauter au loin les coyotes, surpris par cette , musique insolite.
Dirk, observateur par nature et par nécessité, se mit alors à lâcler son violon avec les doigts : aussitôt les aninj^x carnivores manifestèrent de nouvelles marques d'étonnement , comme si une charge de plomb avait cinglé leur peau. Cette heureuse diversion, répétée à plusieurs reprises, amena Dick sur la lisière du bois ; aussitôt, profilant d'une oppurtujMlé favorable, il s'élança ^n avant, grattant toujours les cordes du violon et se dirigeant vers la cabane de la cl^7 rière.
Les coyotes s'arrêtèrent un instant, la queue serr^ . entre les jambes, regardant leur proie fuir devant eux; mais bientôt leur instinct dévorant reprit le dessins» et, |>oussant un jappement unanime, ils s'élancèrent ous à la poursuite du malheureux nègre. Si le hasard avait fait que ces carnivores eussent atteint |e vieux Dick dans ce moment de rage, c'eût été en vain qu'il eÂt en recours à son violon. En courant il avait détruit, k^ci^^, etJe|(^yQtes ne ^elussei^poûit arri^^iir
Ili eiiA^scs ET récncs.
l't^rontcr. cût-îl joiii^ coinuio jadis Orplî(?c ou fcmmo de in»s jours \c c( lèhre Pi»j;anini.
Par Ihï lirnr, le vii'illitnl alh'ii^uil la cnlmno an n:onu'iil où Josanocs élaiiMitsursus l;iIo5is. D'iiikî iiinin, rciulue doublciiie.it vi;:cM:iru'-e |»nr riunuiucuce du danjçèr, il r«*i>oussa la porle de la huile pmreelrice et en assura la rernielure an nu»yen d*un ais qui se trouva à sa poi-lée. Puis il se liissa, non sans de notuliivnx a(Tr(»cs fiilts à ses nippes, sur le stunniel du loi! :i jour, dont les poutres élaienl seules resiées appu>«Vs sur les llo'S de bois qui b\':le\ aient aux quatre coins des imnailles.
Le vieux Diek se trouvait romparalivrnicnl Imrs de danger, niais les co>oies nuniifestaienl une fjreur r,ui redoublait à chaque niinnieet menaçait deden*nir 1errihl»'. Plusieurs d'entre eux avaient péiic^lré dans la cabane, cl conjointe nient avec ceux qui étaii m restés au deh(»rs, ils s'élançaient aux jambes du ménétrier, que des mouvements rapides, des coups de pied nn.'ltiplcs garantissaient à peine de nombreuses morsures.
Le vieux Dick, malgré ses angoisses, n'avait point oublié son violon, qui lui avait sauvé la \ie au nnlicu de l-> l'oréi ; saisissant son archet d'une main ferme, il tira de rinstrumenl un accord strident qui domina les glapissements étourdissants des coyotes et les lit cesser comme par enchantement. Le silence continua dèslors, U*étanl interrompu que par les sons histériques quo BI*oduisail le violon, sons les doigts agiles par la peur du vieux ménétrier nègre.
GcUc mu;ii<iuo peu Uoi-moaicusc ne pouvait salisfuiro
CHASSES ET fÊCïïBS. 415
lonjrfrmp^ les cnrnivorcs affamés, çl ar.x offorfs qu'ils renoiivr|(»renl bU^nlôl pour alteindrc Itur proie, le vieux Dick comprit que le bniil ne siinisail pas pour cmiiantei* les loups : ils s'tMançaienI plus furieux (|uo jamais contre la nunaille, et clicphaienl à resralailer. Il se cnil penlu, surtout lorsqu'à un (Umi-uiMre de ses janiluîs flageolartes, il aperçut la têle énorme tVim coyote dont les yeux grands ouverts paraissaient jeter feu cl nainnic.
— Dieu me vienne en aidel s'écria-t-il, je suis un IjORinuî n-angé !
El sans savoir môme ce qu'il faisait, il laissa <Trcr sur son violon ses doigls, agiles jiar un mouvement nerveux, et se mit à jouer le fameux air nalional : Yankee Dood^e : c'était le chant d'un cygne célébrant son Requiem à riuure de sa mort.
Mais soudain, ô miracle de riiarmonic, le calme se fil autour du ménélricr nègre : Orphée n'élait point une fable; les animaux obéissaient à cet enchantement nouveau, et lorsque Dick, revenu de sa terreur, put comprendre ce qui se passait autour de lui, il vit qu'il était entouré de spectateurs cent fois plus attentirs aux charmes de la musique que ceux qui avaient jamais auparavant admiré son talent d'exécutant. Cela était tellement vrai, qu'aussitôt que son archet cessait de se mouvoir, les coyotes sautaienl eu avant pour renou* vcler la bataille.
Drck savait maintenant quels étaient ses moyens de salut : il s^agissait déjouer du violon jusqu'à ce qjiff le secours lui arrivât. Bientôt, cédant à i'entrahiemont de Tart, le miuéirier parviat à oublier le danger qu^il
co! r:^t, ^r s'abandonna à toutes les fantaisies de sou il. ^ina ! m ; il donna à son auditoire de quadrupèdes l'a concert dans lequel il se surpassa. Jamais il n* avait joué avec plus de goût , â*âme et d'expression. Aussi oublia-t-il, dans l'enivrement de son triomphe, la noce et sa brillante illumination, le punch au whisky et le souper fumant sur ia^ table qui l'attendaient non loia delà.
Mais, hélas I toute médaille a son revers da/is ce monde, tous les jours de plaisirs ont leur lendemftia d*angoisses. A mesure que la nuit avançait, le vieux nègre sentait le froid pénétrer ses membres engourdis. C'est en vain qu'il tentait de se reposer : si l'archet abandonnait les cordes du violon, les coyotes s'élançaient contre les parois de la cabane; si, au contraire, il con*tinuait à s'égarer dans les méandres de l'harmonie, ces dilettanti d'une espèce nouvelle s'asseyaient sur leur train de derrière, leur queue touffue allongée sur la neige, les oreilles dressées, la langue pendante hors de leurs mâchoires entr'ouvertes, et ils suivaient, par un mouvement mesuré de la tête et du corps, tous ies rhylhmes exprimés par le violon du vieux Dick.
Pendant que cette. scène fantastique, éclairée par les rayons de la lune, se passait sur la savane, les nègres, qui attendaient leur camarade pour commencer la fête, s'impatientaient fort et ne savaient que penser du retard de leur musicien, ordinairement très exact. Enfin, de guerre lasse, six d'entre eux sortirent de l'habitation pour aller à la découverte, et arrivés près de la hutte sur le haut de laquelle Dick était perché^ ils aperçurent une trentaim de coyotes dân3 b position auei'ai déci-ite, Lç
CliSSBS BT PÊGIIBS. 447
Tieux ménétrier contiiraait toujours son concert forcé, les yeux fixés sur ses mortels ennemis.
Au moment où les six nègres poussèrent un cri slaïultané, la bande entière des carnivores pensa qu*ii était temps de fuir. En un clin â*œil ils eurent tous disparu, elle ménétrier, gelé et morfondu, tomba évanoui dans les bras de ses sauveurs. Ses che* veux crépus, qui malgré son grand ftge étaient encore noirs au moment où il avait fait sa toilette, avaient blanchi dans fespace de deux heures.
L'AllIffalor.
Je descendais nn malin le flcnvcMississipî, deNatcliez à Baton-Rouge, h bord de Tune de ces maisons floliantcs que Ton appelle steamboats Nous longions le rivage du cM& de la rivière Rouge, lorsque mes yeux, qui suivaient les méandres du fleuve, tombèrent sur le premier alligator que j*eusse jamais vu. L*ani« mal, fort propre, contre Thabitude de ses pareils, courait sur un banc de sable, au soleil, comme pour faire sécher sur ses écailles rugueuses Tcau qui venait d'emporter la boue du fleuve.
Je poussai un cri de surprise qui réveilla de son apathie un honanj étcuilii sur un des bancs cloués lo long du bastingage du balcau à vapeur.
— Qu'est-ce doîic? fil-il.
— Un «^rofOiliie! répondis-je.
— Non l c'est un alligaior. — Bah! la bcll^ affaire ; mais dans toutes les flaques d'eau, lagunes ou
420 CHASSES BT PÊCHES.
bayons qni croupissent aux environs de la Nouvelle- . Orli^ans, conime aussi sur les bords de la rivi^re Rouge ou du fleuve Arkansas, vous verrez des alligators en bandes qui, accroupis sur Téchine de quelque chicot (1) flottant à la surface des eaux, chaujQTent leurs écailles fangeuses aux rayons du soleil.
J^écoutais de mes deux oreilles mon interlocuteur, qni continua ainsi son discours :
— Ici, Ton aperçoit de jeunes caïmans cramponnés sur le dos de leurs mères, d'autres qui se battent entre . eux, poussant des beuglements que l'on pourrait comparer à ceux d'un troupeau de bœufs. Le fleuve Rouge et la rivière des Arkansas ont été pendant longtemps peuplés de myriades d'alligators. Sur les bords de ces deux éburants, ils étaient pî nombreux qu'ils couvraient le sol; 'mais depuis qiie la navigation y est établie, depuis que lès bateaux à vapeurs eAVàyent même les Ipoièscns et les oiseaux par leur bruit insolite, le nombre de ces animaux est prodigieusement diminué. U y a en'^butre une c^use qni à hâté, aussi bien qup. la cî'- Yilîéatlbtt, la disparition des alligators, c'est la mode américaine qui existait, il y a peu de temps encore, de lïe porter que dés chaussures de cuir tf alligator et de ne faire des selles qu'avec là dépouille de cet ovipare. Cette branche de commerce occupait il y a cinquante ans pliis de trois mille personnes Bientôt on s'est aperçu que la peau de l'alligator était bien plus pénétrable à la pluie et à l'humidité que celle du bœuf et du
{\) Arbre déraciné qui descend le faîte en bas, dans Içs cour^ d'eau, el contre lequel les bateaux à vapeur ^ônt' si souvetal f^ire naufrage aux ËiaUi-Uuis«
CRASSES ET rÊGHES. 4S4
I1èval,*ét la^'ôfcàsse a cessé. Le seDlin^rite àc ces cuirs élâit' leur souplesse et la facilité qu'avait le corroyeur à les gauffrer et à les couvrir de figures lunêiTaçablës.'Âvec les procédés actuels, tous les cuirs éont devenus propres à cet usage.
— Vous me paraissez (r^s au fait dé tout ce qui a i*aj[)pbrt aux alligators/ dis-je ^'ihon Américain, et je 'éiiis persuadé que vous avez fait une étude spéciale de leurs mœurs. Vous êtes chasseur/ sans doute?
— Ouil me répondit-il, et j*ai passé clés journées entières à étudier la vie de ces ' horribles reptiles, le ine pikîki^ à voir tes alligators se reposer ou sur dès troncs d'arbres au milieu de bayous, Ou sur tes berges 'd'iihe lagune ou d*une rivière/ Souvent' iussi, à i'é- "pôque où les femelles font ièurs nids, je die" suis surpris à demeurer accroupi' stir une berge, caché sous le fédillage touffu d'un raisinier, dans le but d'examiner les moyens employés 'p(ar ces reptiles pour déposer en sûreté les fruits de leurs amours. Les nids des alligators se trouvent habituellement' sur les bords ^de Teau/au niiiiéu dés roseaux ou des ronces. Figurez-vous un amas de branches et ide feuillage superj^sés et façonnés en forme 'de navette. La femelle pond, dans ce trodtafi^eux/de cinquante^ soixante œufs gros comme ceux d'une dinde, qu'elle a soin de recouvrir de mêmes matériaux. Seulement, au-dessus de ce nid, elle apporte de la terre qu'elle pétrit, et au moyen de laquelle elle forme un cône si solide qu'on peut le piétiner sans parvenir à l*écraser. LMncubation dure de trente à quarante jours, pendant lesquels la femelle ne Quitte" s6n iild^liué']^ur'*Âller chercher '^a'^hourriture.
4ÎÎ cnA3i-Es rp rÉCïïES.
A cet le t'^poqirc il est lrt*s-(lnn}f creux de se t retirer «nr son p.MSsngc. Li'sœiifstralli^'alo; éiio'^ciil tous à la fois le niême jvur» et à |hmî1i' les jeunes caïmans, vifs cl s<^inilla!i:s vuuime des Iczards, sonl-ils sortis de leur coquilîe, uitloyéset luslrés par leur niere, qui les le» lie avec, sa laii^'ue ràjiouse, quMle les nicneLans les mares Jes [fins ('loignées de l'œil de riiouune ; n»ais ià pourtant, nialirn'; la vigilance nialernellc, ils devieuncut la proie d'oiser«:ix pôctieursde toutes sortes
— Voilà vraiment «les deîails fort intéressants, dis-jc à mon narrateur. Mais de quoi se nourrit un alligalort de poisson oi.i de chair? Est-ce le jour ou la nuit qu*il se met en chasse?
— Les alligators ne rôdent que la nuit pour chercher It.irs aliments, qui consistent gt^néralement en tortues, { renouilles, oiseaux et jeunes codions-péccaris (égarés ou surpris au* moment où ils vienncnl s'ahreuver dans les eaux où vit Talligator. J*ai maintes fois remarque que les allures de cet amphihie sont assez vives dans un courant profond; mais une fois à terre, ses courtes jamhes, pareilles à celles d*un chien basset, se refusent à soutenir sa longue queue et la masse de son corps. Il se traîne, il rampe plutôt qu'il ne maix»lie, et sa queue trace dans la vase un loi g sillon qui resscmhle à celui de la charrue dans un guérel. L'alligatcw, dans son clémenl, au ndlieu «l'un lleuve ou d*uii lac, ne craint pas la poursuite du ehasscur. Au hesoin, il plonj:cel nageenire deux e^iux, de manière à échapper à la mort qui le ujenace. Mais dès qu'il est sorti sur le rivage, à qiudiue dislaice des bords, ausi^ilôt qu'un bruit maccoutuuic su fait ciileu*
ctAssBs rr tteau. 413
drê, on qu'un ôlrc qui lui est inconntî, homme on animal, dirige ses pas de son rôle, loin de chercher à se défendre et »\ atlaquer, il se bloltil et reste aplali sur le sol, ne perdant pas de vue l'objet de sa erainto, niais conservant la plus grande ininiobililô. Si Tcnncnii s'approche, alors il paraît reprendre un certain courage, il s*eni1e comme la grenouille de votre lH)n La Fontaine, souifle et fait sortir de sa gueule des sons pareils à ceux d'un ibis bf*un, ou d'un soufflet do forge. Â le voir ainsi, long de cinq ou six pieds, d6« couvrir une double mâchoire hérissée de dents aiguës, j'ai souvent frissonné de tout mon corps, j'ai maintes fois hésité à livrer combat ; mais peu h peu je me ras* surais, car je savais que pour vaincre je n'avais qu*à éviter les atteintes de la queue de l'alligator, dont un seul coup eût suffi pour me briser les jambes. Cet appendice est à la fois sa défense et son attaque. Les nègres sont les seuls, ajouta mon chasseur d'alligators, qui redoutent la dent de ces animaux (1). Je ne sais à quoi cela tient, si c'est à l'odeur musquée de la race de Cham ou à toute autre cause inexplicable et inexpliquée, mais la chair d'un homme de couleur est toujours préférable pour l'animal amphibie. J'ai
(t) L'alli^tor n'est redoutable pour l'homme blanc qu'au printemps, à répO(]iie de s<îs amours. Les mâles se livrent alors entre eux des combats terribles, et leur audace» envers r homme s'accroît en raison du paix)\ysme <!o leurs passions. Cent aussi l'éiioquo où la pi oie est plus rare, les animaux et les oiseaux moins numhreux iUms la partie i»U(l des États- Cnis , et alors, de même que la laim fait sortir le loup du bois, do ntèmu Tappctit do i'alli^tor le fait ioi tir uc ses babiludei.
4S4 CHASSES BT PÊCHES.
souvent été témoin des frayeurs éprouvées par les esclaves de la Louisiane, du Missouri, de la Floride, de TArkansas et autres Etats, dans les eaux desquels vivent les alligators, lorsqu'ils se trouvent en présence de leur ennemi. Il en est peu qui montrent du courage ; aussi, il n'est sorte d'embûches qu'ils ne tendent, de piégés qu'ils ne dressent pour s'emparer de ces animaux et les détruire. L'engin le plus souvent mis en usaige est une sorte dé grappin fabriqué au moyen de quatre morceaux de bois branchus, auxquels lé chasseur nègre ûxe inecordelohgue d'environ trenté'mètres, dont l'autre extrémité est attachée à un arbre du rivage. Oiv hameçon énïer est fixé entre les branches de la machiné, et Ils f àihorcent avec un morceau de viând.e dé pécçarî. Le tout est suspendu à un pied de hauteur au-dessus de la surface de la lagune ou da fleuve. Une fois cet engin préparé, le nègre prend soit une planche de sapin, soit une écaille de tortue, soit encore une assiette de faïence, et au moyen d'un marteau de bois il frappe en cadence bientôt Ton aperçoit la tête de l'aitigator sortir de Teâu. Il s'avance graduellement vers la proie qui l'attire, Texamine avec une sorte' de défiance, mais peu à peu devenant plus hardi, ou plutôt se laissant emporter par sa gloutonnerie, il se précipite sur Tappât, tire avec force et se trouve pris. »
Ce récit, plein de charme pour un chasseur aussi enthousiaste et aussi intrépide que moi, avait excité mon imagination Je causai longtemps avec le frapper américain que le hasard m'avait fait rencontrer, et, avant de rentrer à Bâton-Rouge, il était convenu que nous passerions ensemble une semaine à' parcourir les
CHASSER ET PÈCHES. i%t^
envîpoftsf de cette ville. Dès le lendemain, nous avions fait, M. Salters (c'était le nom du chasseur) et moi, nos préparatifs de départ, et le soir mênae nous étions en route. Le soleil allait disparaître à Thorizon, à la fin dTmie magnifique journée d'automne ; les rayons doraient les eaux fangeuses d'un bayou voisin du Mississipi, au milieu duquel se jouaient un banc de pois^ sons de toutes grosseurs. Ce bayou, entouré d'unç verdure luxuriante, paraissait promettre à mon compagnon de chasse et à moi un sport animé. De tous côtés, nos chiens faisaient partir des poules d'eau, des canards, des oies sauvages qui tombaient sous nos coups de fusil répétés. Soudain, un de nos chiens se mit à hurler, et, serrant la queue entre les jambes, il recula lentement en regardant à quelques pas devant lui. Son maître m'àpp»»la, et, avec le canon de son fusil, il me niontra, accroupi dans la boue, un alligator, énorme dont les yeux glauques suivaient tous nos inouyenients. A l'instant, et sans nous consulter, nous déchargeâmes tous deux sur l'animal nos quatre coups de fusil ; il était mort, et lorsque nous eiimes amené sûr la berge ce gibier d'un nouveau genre, j'oubliai canards, oies et autres fretins, et je restai en extase devant cet amphibie dont la gueule béante laissait ' échapper une bave visqueuse et fortement imprégnée d'Une odeur de musc. Un nègre, qui nous servait de pérte-carnîer, chargea Taninial sur ses épaules et le transporta jusqu'à notre canot.
Je vois encore sous mes yeux, comme si j'y étais, eette scène fantastique, et le monstre bailotaut sur le dos du uoir, qui oe paraissait pas àtre fort à sôu aise,
lîd «rA5SE5 ET PtCBEf •
qnoiqnc rallîp:ntor ne fût plus dangcrcot pour Inî. A ccllolioiirc, Toviparc onipaillé est enrorc suspenilu au filafond tie la sucrerie d'un rîche planteur du Missouri, à qui mon camarade et moi nous en avons l'ait don.
Le lendemain, an moment où nous longions, M. SaltL^rs cl moi, une des lajzunes de la rivit're Rouge, vers laquelle nous avions dirigi'î noire excursion, nous fumes tcnioinsd'uncomhalîUHilrance entre un alligator femelle cl un aigle de la grosse espèce, qi:i ofïrail à nos yeux de chasseur le plus admirable lai leau Barye ou Mène, ces sculptems ciMèl)res, eussent trouvé là pour s'inspn*er un modèle sans pareil. Qu'on se figure le caïman entouré de ses pclils, au-dessus duquel déploxail la vaste envergure de ses ailes un aigle colossal, long d'environ quatorze pieds de la penne extrC'me d'une aile à l'autre. Les serres ouvertes, le b» c acéré, le roi des oiseaux planait au-dessus de son ennemi, dont la gueule héanle aticn<Iail pour se refermer qu'elle eût pu saisir une portion quelconque de l'oiseau. Un erépilemenl félirilc se faisait entendre, produit par le mouvement des ailes de l'aigle et par le sifflenicnt de la langue de failigator. L'oiseau et le replil«^s'ol>servaienl des yeux, l'un prêt à fondre sur l'autre. Le reptile jetait du feu par les yeux, et les petits caïmans, ignorant le danger réel, mais ciïra\és j>ar le bruit qui se faisait autour d*eux, se rangeaient sous le. ventre de la mère, laissaient à peine passer l'extrémité de leur tête à la surface do l'eau. J'étais à quarante pas de ce groupe avec mon ami, armé comme lui d'un fusil à double canon. L*instout était solennol, Toccasioa unique. Aucua de nous
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n'o«!nîl remuer les lèvres> mais nous nous entendions (les \tux.
Toul-îi-ronp. ec «îi-nmc nqualîqnc et nrrien à la fois fat tcriitiiu'; par une donltie explosiun. L'ai^k; rla t frap|M'' A Taileron, et, se rcicvaiil avec poine, il allait lonktK'i* i\ nne petite (lisi.ince (!n rixa^e on Inentô; mon caniaraileet niui, nous nul lions tin à son agonie, tandis qne l'allijzator. délivré {\ii celte lionrsnite, s'élnl^iiait avec sa pro^éniiurc dans les méandres hérissés de joncs du marécage.
Dv'jniis celle excursion avec M. Sallcr^î» il m'est souvent arrixé de me pionioner sur les l)ords des hayons de la Loui.siane, et d'y reneonlnr de^ alligators par cetslaines , sai«s avon* souvent d'anlro arme (ju'nn bâton (l), et si par liasard je jKirlais un fusil avec ni« i cl qne, |>ar dé^œuvreinenl. je lisse l'eu sur un de ces annn.iux, tous les autres plongeaient à t'insianl, |)onr ivjiarullrc à qnehjnes minutes d*inlervalle, aus:fi [eu effrayés qu'avant l*expIosron.
Les nègres djs Etais du sud de TUnion américaine,
(I) Aniubon as>uro qu'à coups do !)âlon on ptut ass. mmer un (liligiUOi* J avoue, eit loulc huiuililé, que je <*ai jamais o»e e^ï^ayer un «luel de ce geine. Lts l)ouvicrr et le.-N iituK tiers» aiité. icani» >e luKSiiUeiil (pieKpictuis. pouv raccuuicn la roule tp/Hi oui a piucourU', à l averscr. «ivir lis houpeaux qui s conUuiaeni, les la;;unc» cl le* riNi^Mcs tù vjM'fU le> alligiilurs. Uiuenii'nt, p»)ur protégerleur bélail el eux-n;èine:i, toniils obligés d a viur recours a un coup (ie canibine : i.n ion;; bûion eur stiilil m r«nnni.l g:ouiuh o^e uionire un ImimiI ou un ciuvîil, ol lo heiaU, uuilgré son cdioi, se Ire toujours foîl bien du clua^ur U y a [>cu d'c;içepUouâ à ccUa iCj^c ^éuéiolu*
4S8 CRASSES BT P^OBS.
race très facétieuse en générai, s*amasent sonvent à «nfler des vessies de tîochon, et à les jeter ainsi au milieu d'un bayou peuplé d'alligators. Rien n'est plus amusant que les efforts et les tentatives infructueuses de ces monstres aquatiques pour saisir le corps léger qui fuit devant eux et parait éviter tout contact. On les voit se livrer à une lutte d'adresse et d'agilité qui est maintes fois prolongée, et finit par lasser leur voracité.
Au lieu de vessies, on jette quelquefois des^bouteilles bien boucbées qui surnagent, et qui, saisies par l'alligator et broyées entre ses tbrmidables mâchoires, déchirent sa gueule de telle sorte que l'eau est teinte de son sang.
J'ai vu des nègres s'emparer des caïmans au lasso, de li^ même manière qu'un taureau ou qu'un cheval sauvage. On m'a raconté qu'au moyen de la pile électiiqtie, on faisait souvent sauter comme une mine, des alligators déjà pris par un hameçon accroché à l'extrémité d'un fil de fer et terminé par un appât muni dans l'intérieur d'une machine infernale autour de laquelle le fil de fer conducteur était enroulé. Je n'ai point vu cette explosion fantastique, mais je suis persuadé que le récit en est vrai, car j'ajoute une foi pleine et entière au chasseur qui m'a narré le fait.
La nombreuse fabrication des machines mues par k vapeur a, depuis quelques années, ravivé l'ardeur du chasseur américain pour la chasse aux alligators. On a découvert que la graisse huileuse de ce reptile est préférable à l'huile de baleine pour graisser les rouages, et Je pourrais eiter à New7York, comme
cumn HT «iicns. is^
daQsplasfears grandes villes des KtâASf^QoM, i^«i(mrs maisoas de commerce qui ont ^uté à U nometiciati(r« des huiles vendues dans leur magasin celle appeléd par eux : alMgator's oil.
fenàhut la saison torride de Tété, lors^neles laguaes et les bayous sont desséchés, leç alligators se réfugient dans les rivières, et souvent les pécheurs qui relèvent leurs filets le matin, trouvent au Ueu d*ttn pmsson un caïman pris dans les muUes.
Dès que la froide saison se fait ressentir, les alligators abandonnent les eaux, et, comme les marmottes, se blottissent sous une racine d*arbre, dans un trou profond. Souvent encore ils s'enterrent dans la vase, où ils se laissent aller à une torpeur ressemblant fort à une inanimation complète.
Les nègres employés pour la chasse des alligators élèvent une log cabin dans les parages les plus giboyeux, et souvent dans sa journée un seul d'entre eux peut tuer à coups de hache une douzaine de caïmans. On les dépèce sur-le-champ, et, les faisant bouillir dans une grande cuv^ pleine d'eau, on extrait ainsi toute l'huile que contient leur chair.
Çn célèlMre voy^eur auj^lais, Wat,erton, raconte, dans un ouvrage peu connu du public, la ma^iière donjt il s'empara d'un alligator qui avait été pris ji rhfm^eçpç par d^ nègres. #
(Jes pauvres noirs n'osaiept pas approcher, et prppQ** salent de terminer l'^oniefle Twn^l ep l«i envOTfu^^ une grêle de flècheç ou qudques balles ; ipals le but di^ dn^wettT wtitfftiiste étwt de ^IfiWïWQr fl^ sj?» 8W«»
430 CBÂ8SES BT I^CBl^.
sans trop Tendommager. Il songea à loi enfoncer dans la gueule le mât de son canot en guise de baïonnette.
En conséquence, il ordonna à ses ni^res de tirer le monstre à la surface de l'eau. C'était une bête énorme, dont les mâchoires, crépitant l'une sur l'autre, paraissaient offrir un assez grand danger. Sans écouter ces justes craintes, M. Walerton donna de nouveau l'ordre de tirer l'alligator sur le rivage, et voici comment il raconte lui-même la fin de celte aventure :
a L'alligator se trouvait à cinq moires de moi ; je vis aisément qu'il n'était pas très à son aise, et, sans plus faire de façon, je jetai le mât que j'avais à la main et je sautai sur le dos de l'animal. Je glissai d'abord sur ses écailles humides, mais je parvins bientôt à me placer dans une position assez confortable. Saisissant alors ses pieds de devant, et, les ramenant sur le dos, je m'en servis comme d'une bride. L'énorme caïman revenu peu à peu de sa stupéfaction, et, comprenant que ma compagnie n'était pas tout à fait celle d'un ami, se démenait comme un beau diable, faisant voler le sable avec sa queue. Heureusement, placé comme je rélais prôs de la tête, je me trouvais hors de son atteinte, mais j'éprouvais une extrême difficulté à me maintenir en équilibre C'était vraiment un vSpeclacle extraordinaire pour les spectateurs désintéressés. Mes lïègres hurlaient de joie, et, n'ayant jamais vu pareil trait d'audace, ils manifestaient ainsi leur étonnemenî. Je leur commandai alors de tirer encore davantage l'alligator sur le sable, car je crî^ignais, au cas où la corde viendrait à se rompre, de tomber dans l'eau avec
CHA8SKS Kt fianû. iti
ma monture. Là eût été le vrai danger, car Je n'étais point, comme Arion, monté sur un dauphin :
Delphini imidens vaâa cœruîa êuleai Àrion.
» On nous tira donc à environ vingt pas de Teau, et là je mis fin à l'agonie de mon alligator. C'est la pre« mière et la dernière fois que je suis monté à cheval sur un caïman. »
Jamais, je dois le dire, je n'ai été témoin d'une scène aussi émouvante pendant mes chasses aux Etats-Unis, mais j'ai souvent entendu raconter à des trappers émérites, qu'ils avaient assisté à des actes d'audace semblables à celui de Waterton ; ce qui fait que je ne me permets point d'appeler cette anecdote une gasconnade.
ii*«iini tgwîm.
La yie *&' un «hass^r indien est éhaque jour aeei« dentée par des traits d*audace qui, pour être fidèlement traduiis, demanderaient la plume d'un habile Gooper. Les différentes tribus de ces enfants du désert cmt cbaçime leurs héros illustrés par le courage do&t ila ODt foit preuve de diverses manières : les uns par leur instinct à découvrir l'endroit par où leur ennemi a passé, et les autres par le nombre d'anfanaux sauvages quMls ùùt tués. Un grand chasseur occupe ime haate position, un rang élevé parmi les Indiens : c^est, asx yewt de ces peuplades, un titre qui équivaut à celui ëe prince en Europe, et les exploits qui lui ont val« eelte dignité sont pour lui ce qu'est pour n<ms, hommes civilisés, une brochette composée des décorations de Ions les^ royaumes et empires de l'univers-
Sous la zone où vivent les tribus des Osages, au 38^ âagrt de latitude» sur le^ 10* de longitude^ le eh«s«
seur rencontre souvent sur son chemin Tours gris {grizzly'beàr)i l'aninral le plus redoutable des forêts de TAmérique du Nord, que la douleur d'«ine blessure trouve insensible, dont les mœurs n'offrent point de doLnée certaine, et dont la force est telle qu'il peut broyer comme un grain de sable l'ennemi qui tombe entre ses pattes. Les guerriers indiens, quelle que soit la tribu à laquelle ils appartiennent dans les parages où se trouve l'ours gris, n'apprécient rien au delà des griffes de cet animal, pour en parer leur cou musculeux en guise de collier. Cet ornement, joint à la plume d'un aigle tué à la volée, que le Peau-Rouge plante au milieu de la touffe de ses cheveux relevés au-dessus^ de la tête et liés de manière à ressembler à un casque, lui donne un air d*audace qui lui acquiert une place au premier rang.
Le feu allumé à l'abri d'un rocher autour duquel les Indiens se rassemblent à la veillée du soir, n'est pas plus pétillant que ne l'est l'esprit déployé par cette race d'hommes primitifs dans la narration de leurs exploits. A les écouter, on voit les heures s'é» couler avec Bapidité, et l'instant du repos arrive toujours trop vite. Bien souvent, dans ces récits animés, un vieux ^achem, qui ne profè^re pas deux mots dé Suite dans le courant de la journée, retrouve tout d'un coup la parole ; il babille comme une femme, en s'animant par degrés, tout en racontant les événements qui ont agité sa vie accidentée. Aucune histoire de chasse ne peut être comparée à la rencontre du èhef avec un ours gris. La mort ,d*un ennemi frappé au milieu d'un combat est dénuée d'intérêt,
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si on la raconte après cette émouvante aventure. * Nous Européens, accoutumés à ces chasses monotones dont îa plus dangereuse est celle d'un sanglier excité par un coup de feu, et décousant avec ses boutoirs tout ce qui se trouve devant lui, arbres, hommes et chiens, nous ajoutons à peine foi à ces attaques périlleuses, à ces émotions qui font battre le cœur à briser la poitrine, et dans notre septicisme nous sommes toujours tentés de traiter de mensonge un fait raconté qui sort du ter^e-à-terre de notre expérience àâ chasseurs.
J'ai écouté souvent, à l'ombre de la tente des Peaux- ' Rouges, le récit de ces hommes qui, entourés d'une magnitude immense, vivant au milieu de ces forêts grandioses, auprès desquelles les plus hauts arbres de l'Europe sont autant de pygmées, n'ont nul besoin d'agrandir les ombres dû tableau pour en faire ressortir les beautés. La réalité est trop sublime et trop terrible pour être exagérée. Par cette raison même que rindien-n'a point profité de la civilisation, il n'en a point éprouvé la souillure. A mes yeux, la forfanterie et l'exagération font preuve de faiblesse, et ces deux marques de dégénération n'ont point encore pénétré au milieu des prairies de T Amérique du Nord.
En général le chasseur, qu'il soit de race blanche ou rougè, possède par instinct les dons extraordinaires de la vue et du toucher, de l'ouïé et de l'odorat, que la pratique développe-chaque jour de plus en plus.
Un malheureux aveugle, sourd et muet, sait trouver, par le toucher sa nourriture, ses vêtement3; ilpar-r
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vient ainsi à deviner cent qui s'intéreswnt à lui, car &e^i sur ce Èen\ sens que tout son instinct est constamment ditigé : le chasseur des déserts h pour lui la vue, rendue si perçante par la pratique, que la plus lé^re trace laissée sur les feùîUeâ, Técorce des arbres on raémeimr la terre, offre à ses yeux des marques très- Sensibles et par conséquent fort visibles, marques qni^ pour tout autre, seraient auàsi fugitives que la trace laissée par le vd d'un oiseau dans l'espace.
C'est cette science qui dirige rihdien dans ses * chasses à l'homme et aux bêtes ; c'est cette divination extraordinaire qui, parvenue à son plus haut degré, force lé visage {Iftle à proclamer un Peau*Rouge le chasseur émérite des déserts américains ; car le premier de tous les chasseurs e»t celui qui sait suivre la trace la moins perceptible, et qui ne laisse pas d'empreinte sur les lieux où se posent ^s pieds.
Le chasseur qui attaque l'Ours gris ne peut être guidé que par la vue, et cet instinct est bien plus certain que le flair d'un chien d'arrêt L'empreinte des pattes d'un Ours sur les feuilles, les brisées qu'il fait aux arbres, stm gtte enfin, sont bien plus vite trouvés que l'animal lui-même, et le diasseur ex()érimenté qui suit sa |)iste peut décrire à l'avance sans jamais se tromper le sexe, le poids et l'âge de l'animal. C'est pour cela qu'il abandonne souvent telle piste parce que c'est celle d'un animal de petite taiHe ; telle autre, parce que c'est ciBlle d'une ourse qui a des petits; celle-ci, parce que l'animal est trop gras et que sa chair doit être mauvaise ; et enfin celle-là, parce que la bête ne tant pas la pcme d'être forcée. C'est là, à mon avis, le
MASnS ET FÉCMM. t3V
savoir qni âistingoelet^raichasseiifda^AiSseorde fantaisie. Le premier n*a pas besoin d'aide poiir.iifCteifMlfe le gibier, tandis que le second ne peut agir qa'aa nooyen d*on (^bien bien dressé.
Les moyens emplbyés en Amérique pour détruire les ours gris sont peut-être aussi nombreux que les ours eux-mêmes. Aucun de ces animaux né peut être attaqué par un procédé uniforme, et c'est là sans doute ce qui fait qu'ils sont si dangereux et si difficites à tuer. Ce qui a réussi une fois à un chasseur peut .le livrer, dans ube seconde redcontre, aux étreintes de l'ours, et Dieu sait si cette énorme bête, dobt la force est telle, qu'elle peut soukyer un cboTal et l'emporter au iom pour le dévorerv n'aurait pas beau jeu d*un homme seul ! Je renvoie ceux de mes lecteurs qni voudraient avoir une idée de ce combat dispropftrtionné, an groupe de M. Fréiiiiet qui avait été placé il y a quelques années à l'exposition de peinture et de sculpture du Palais Royal.
Les ours gris, cmûme les lions et les tigres, se retirent en général, pendant la journée, dans des grottes où, en hive»*, ils se livrent à uh sommeil profond, qui est -pour ainsi dire doublé à proportion de l'intensKé éà froid. C'est dans ces caves qu'ils font élection de domicile à la fin de l'automne, ils ne les quittent que lorsque les neiges sont fondues et que le printemps a fait pousser Tberbe des prairies. Il arrive quelquefois qu'an de ees antres est habité par deux ours, mais le cas est rare, car l'humeur insoeiable de ces quflTdru* pèdes est proverbiale dans les Etats-Unis : ils préfèrent Vivre seuls» Le chasseur arrive devMt le repaire de
^3B^ CHASSIS BT rtens.
Toors, guidé soit par son iDStinet naturel, soit par Thabitude qu'il a acquise des différentes passes d'une forêt. Une fois l'animal découvert, il s'agit d'aller Tattaquer dans sa grotte, sans hésitation, sans arrièrecrainte, et voici comment on opère.
Un mot encore : je vois d'ici mes lecteurs*frissonner à l'idée de s'aventurer seuls au milieu des fissures d*un rocher, où le moindre faux pas et le plus léger tremblement peuvent les livrer aux étreintes d'un ours gigantesque. Qu'on se le dise ! cette frayeur est peu rationnelle, il ne s'agit que de s'y habituer. Combien d'hommes, dans les forêts de l'Amérique du Nord, qui risquent cette hasardeuse entreprise dans le seul but de s'amuser, ou de se procurer les moyens de faire un bon repas I
La première chose que fait le chasseur qui veut aller attaquer le lion dans sa tannïère, c'est d'examiner d'abord les parois de la grotte où il veut pénétrer. Il se rend compte de la solitude de l'animal ou de sa sociabilité. Dans ce dernier cas, si l'ours avait un compagnon, il les laissera tous les deux tranquiles. LFndieu reconnaît aussi la taille et l'âge de l'animal, répoque où il est rentré chez, lui, et cette perspicace divination est un des plus étonnants mystères des connaissances naturelles des Indiens. Le premier chasseur européen à qui l'homme des bois demanderait si telle grotte qu'il lui désignerait est ou n'e^l pas habitée, ne saurait répondre afârmativement ou négativement, tandis qu'un vrai trapper lui dirait : « D'après les marques que l'animal a laissées tout autour de cet orifice, je suis sûr qq'il n'est point sorti
GlUSilS BT PÊCIBS. 439
âepîiis plus de trois mois. Voyez : Therbe n*est point courbée, la terre n'offre aucune empreinte. Je suis persuadé que Tours est dans sa tanière, car les formes de ses pattes vont dans la direction intérieure. L'animal est seul, puisque les marques sont régulières et semblables en tous points ; il est fort gros, et je le reconnais par la largeur de ses pattes ; il est très-gras, et j*en suis assuré parce que ses pattes de derrière ne rejoignent pas les empreintes de celles de devant, comme cela est toujours le cas cbez un ours maigre. >
Telles sont les remarques judicieuses que le cbasseur vous fait faire, et si mystérieuses qu'elles soient alors qu'on- ne les comprend pas, dès qu'elles vous sont expliquées on voit avec quelle habileté la nature a enseigné ses enfants.
Pourquoi, demandera-t-on, l'ours gris est-il si redoutable à une compagnie de chasseurs qui le rencontre au milieu d'un bois, tandis que lorsqu'il est dans sa tanière il paraît être si peu à craindre, qu'un hk>mme seul peut l'attaquer et le mettre à mort? Je répondrai que le chasseur va au*-dévant de l'animal dans l'obscurité, à l'époque où il est engourdi par le froid, et que par conséquent il le surprend avec facilité. Voilà trois choses indispensables à observer pour arriver au succès de l'entreprise, et, si, ce n'étaient ces avantages, ni la rapidité du eoup d'oeil, ni le sangfroid, ui l'adresse, ne pourraient protéger on seul moment l'audacieux qui ose déranger l'ours gris dans sa demeure.
Une fois que le trappa* sait à quoi s'en tenir sur l'habitant de la grotte, il se munit d'une chandelle
UO GRAMlft IT
faite de dire eonmone mAlée à de la graisse, et éM la mèehe est très-épaisse, de manière à prèduire une infante flamme. Armé seiilement de sa earatriiM (car un couteau ne ^rt à rien, aut lutte a?ee Fanimtfl étant impossible), I* Indien éclaire sa marche aree sa cbandelle et s'avance sans sairoir de qi^ côtéToors gris va s'élancer an-derant de son agresseur. Bientdl il fiche celte brillante lumière dans mi des interstices du rodier et se couche à plat rentre, de manière à ûé* rober sa vue et à être prêt à tirer ranimai dès qu'il sa boiltrera.
Entende^-votts ce grognement terrââe?^'est Vom qui s'évdlle ; le voilà ipii ^e dresse : il secoue sa foorrare feutrée, pareille à cette d'un chien ée T^ra- Neuve, et, bâillant comme tout être arraché à soa sommeil,, il feit quelques pas en avant. Le trapper demeure immobile* et, sa carabine prête à faire feo, il attend arec anxiété qne Tours soit en vue et à portée. Qaelle émotion agite toutes les fibres de cet au<kicieax pour qui la retraite n'est plus possible et dont ki vîe dépaid de la justesse de son coup d'oeil et de la sédie^ Fesse delà pfmdre arec laquelle son arme a été cbai^« gée! Que sa balle dévie d'une ligikc, c'est un homme mort I L'ours ordinaire a certainement la vie dore et bii^ii souvent on en a vu qui, blessés à n'en pas éehap» per. ont soutenu le combat pendant des benres entières; l'ours gris est, lui, bien plus terrible encore: l'épiaisseur de son poil, la force de ses os,, sembleit mettre son cœur à l'abri des balles, et sa cerveUe est encaissée dans un crâne dont les parois sont aussi dures que le granit. Une ballei attoguani roors-gris
H Biaieoâa froid, s'y «pkUrait corame^trwe plaquo de Cer ; c'est doue aa niUeu de rœil que rindien âoil finpper raDÎmid, car c'^t là le seol ebeoûa par lequel la balle pénétrera dans la tète et paralysera la forée de oette bête g%anlesqae.
Regardez!., l'ours, arrÎTé devant la ohaqdeUc, a le?é sa p«tte énorme, leomu» s'il voulait réteindre; au nfane jaaMyit l'Indien ^fiôtlèa, et au iBilieadei'dbsou^ rtté àms laquelle la soèoe ^e j'ai chenue è décrire mnt de reioadjier, r4inn'eniesd qu'un buirali fantas* tique, cbant de victoire d'un vainqueur beuranx. La trapper « tné l'ours gris 1
Pendant mou séjour au milieu des Indiens Cber<dbe8, du wigwan de la Crték-tAver, l'un d'eux racontait devant noi, le doir k la veillée, qu'il espérait fiiire te lendemain «me fort belle cbasse, car il avait découveii le ffiatin même la tanière d'un ours gi«e qu'il voulak aller tuer tout seul. Xe demandai à raccompagner povr assister à ee combat singulier d'un genre tout nom^ean pour moi. Natmrellement tous les bommes dn caqq» nous suivirent, ^ nous avions à peine Isit un nulle à travers mt fourré de eotonniers «t de lianes, torsqael'bidiennottsassura^u'ila^vait trouvé iestraees del'anwial.Nows parvtomes ain&i, m» ses pas, devant un arhoe gigantesque, dont la ciroonlérence avait au moias trei4e mètres. C'était nn érable de la plus rea^ peefcaUe vétuMé, dans le tr^ac duquel l'Indien aaao^ rait que l'ours avait fait éleeUon de domicâe, et di il se ^a^osml à aller le tmabler dans son repos. Jamais, j'oa^ \»4Êm% je n'Ai rien v» de phia admirable ^pie net ^1 ^idiipoftantMiwH àeAmnter isn dÉS.ftai§ teii»
443 CttAStiSft ET PÉCHU.
rlbles dangers qu'il y ait an monde. Uoe joie qnt tenait de la fàroeité éclatait dans ses yeux. Rejetant la cou» verture sous laquelle ses larges épaules étaient abri* tées, il leva ses bras en l'air, brandissant un terrible bowie'knifCj et nous recommanda, par le regard, d'observer le plus profond silence.
J'imitai les Indiens qui étaient venus, comme moi, pour assister à cette chasse, unique dans son genre, e^ je m*éiançai sur un jeune arbre qui fléchissait sous mon poids, me rappelant que les ours grin^pent sur les gros troncs aussi facilement que les écureuils. Et dès qu'il nous eutvus en sûreté, Flndien chasseur pénétra dans la tanière de l'ours.
Bientôt un grognement guttural se fit entendre et aussitôt après, l'Indien s'élança hors du tronc de l'arbre, s'écriant que l'ours avait vécu. Chacun de nous quitta son poste aérien, et deux Cherokees, pénétrant par l'issue étroite de l'érable, attachèrent les deux pattes de derrière de l'animal à une corde faite de lianesi et, avec le concours de tous les chasseurs^ parvinrent à faire sortir à reculons le cadavre d'une énorme bète, qui pesait plus de deux cents kilogrammes. Au moyen de la même corde, l'ours gris fut pendu à dix pieds au« dessus du sol^ et chacun reprit le chemin du camp de la Creek. Tout le long de la route,, les Peaux-Rouges faisaient de nombreuses Wisées; et dès que nous fûmes arrivés, quatre Indiennes, s'orienfanl sur ces indices de chasseurs, partirent afin d'aller dépecer l'animal et en rapporter la viande et la fourrure. Je ne crois pas devoir ins^er ici sur le , festin copieux que . nous i^oQira la. chair de maître Martin; mais je saisit <
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cette occasion pour justifier, une fois encore, notre cher maître Alexandre Dumas du reproche de hâbleur qui a été dans le temps dirigé contre lui au sujet des beefsteaks d*ours qu'il assurait avoir mangés. Aux Etats- Unis, les cuissots d'ours se vendent au marché, comme à Paris les gigots de chevreuil. C'est un mets ordinaire, dqnt la saveur rappelle celle des viandes de boeuf et de porc mêlées ensemble, avec cela de plus qu'elle est nu peu sauvage. Qu'on se le dise I
Voici une anecdote de chasse à l'ours dont j'ai été moi-même l'un des principaux héros pendant mon séjour aux Etals-Unis. La scène se passait sur le versant des montagnes Allegannys. Je revenais, en compagnie de deux amis, d'une chasse aux oiseaux de passage, qui s'ébattaient sur la surface d'un beau lac. La neige couvrait le rivage sur le bord duquel nous avions attaché notre barque. Un bois de cèdres s'élevait devant nous, et notre guide nous fit remarquer, au pied de l'un de ces arbres séculaires, un amas de feuilles, do mousses et de branches d'arbres, au milieu duquel une ouverture était pratiquée. Il était persuadé que c'était la tanière d'un ours gris.
A l'aide d'une hache qu'il portait à bsl ceinture, notre guide abattit un jeune cèdre dont il effila l'extrénuté ; se postant ensuite à l'orifice de la tanière, cet épicu d'une main et sa hache de l'autre, il se mit à fourgonner dans l'intérieur de ce monceau de bois mort. A peine avait-il commencé ce jeu, qu'un ours s'élança par l'orifice, mais le guide lui asséna sur le front un coup de sa hache si terrible, que l'animal rugissant se retira au plus profond de sa tanière,
444 cjiAstis vt pécm.
L'épieH fut de aouveau introduit dâfis FeoTerture, et ie fMirgoflQeiuettt reeemmeufa. Comme tout bruit avait cessé, îft proposai d^etivoyer, à tout kasard, une balle dans Tintérieur. La balle partit en stfiaot et qadk|«fês secondes après, un ourson, à peine gros comme un renard, s'élança au dehors en faisant des boi4ds précipités; puis il se jet» k la aa^ daiis ie lac. Un ie jnes eamarades et moi nous déchargeâmes nos fusils sur lui ; je fus le plus heureux des deux : ma baUe avait atteint l'animal, qui cessa tout mouvement et lut ramené Vers la rive à Taide du bateau..
Rendant ce temps-là, le troisième chasseur faisant leu ^core dans le fond de l'autre. Rien ae bougeait plup. Un silence profond régnait dans le trou obscur. Nous nous décidâmes à arracher les branches et la mousse, pQur mettre à découvert la caverne des ours Au fond de la tanière gisait, morte, la femelle, dpnt ie crâi^avait étéouvert par lahache de notre gmde. Une seule balle avait mis fin à ses jours : c'était la juienii^. On la jretrouva dans le corps en le dépouillant de sa peaui et epmme j'étais \fi seul 4out le fusU fût du calibre n® 16, mes camarades se virent obygés deûOBvenirquej'^aisle roideia chasse. Le guide seul, partaj^eait avec moi les Imnneurs de la victoire.
lie Caribou,
Pendant le mois de janvier de Thiver de 1845, qui fut aux Elals-Unis Tun des plus froids que Ton eût jamais éprouvés, j'étais assis, le soir, au coin du foyer de la vaste salle à manger d'un fermier de l'Etat de de New-Brunswick. M. Thomas Howard, mon hôle, était un des plus intrépides chasseurs du comté, el, grâce à la recommandation de mon ami M. William Porter, le spirituel rédacteur en chef du journal des chasses de New-York, Tlie Spirit of the Times, j'avais été reçu par ce Nemrod américain avec une hospitalité vraiment écossaise. La neige tombait au dehors en épais flocons, et fouettait les fenêtres de l'appartement où nous nous trouvions, M. Howard et moi, auprès d'une table sur laquelle un domestique avait placé une bouteille de viu de Xérès.
— Remplissez votre verre et le mien, Bénédief, me dit M. Howard, je veux boire à la France, votre cher
146 CBASSBi BT viens.
pays, et à tous les chasseurs qui, comme Tons, sont animés du feu sacré. Je n*ai pas oublié, mon intrépide ami, que je vous ai promis de vous faire tuer un caribou (1) avant votre retour à New-York. Vous savez que cet animal court avec une rapidité incroyable, et que, pour Taborder à distance, il faut le suivre à la piste avec des souliers de neige, ces grandes raquettes que vous voyez là pendues à la muraille.
Et H. Howard me montrait deux immenses patins de forme ovale, façonnés comme les raquettes avec lesquelles on joue au volant en France. Cest la chaussure dont se servent les Indiens pour ne pas enfbncer dans la neige.
— Vous aurez, reprit-il, assez de mal à vous servir* de ces raquettes la première fois que vous les mettrez à vos pieds ; mais je suis sûr qu'après avoir fait tout au plus quinze pas, vous surmonterez bientôt cette difficulté. Vous savez, continua M. Howard, que mon ami rindien Monaï m'a promis de venir ici aussitôt que le temps serait favorable pour chasser le caribou ; et comme rien n*est plus propice pour entreprendre cette chasse que la neige qui couvre aujourd'hui le sol, je suis persuadé que nous le verrons bientôt arriver
{^)lê caribou est le plus grand cerf de TÂmérique du Nord. C'est un animal dont la forme ressemble beaucoup à celle du renne de la Laponie, mais dont les moeurs sont tout à fait différentes. Le caribou est, sans contredit, aussi dangereux que le bisen, et quoiqu'on dise qu'il n'attaaue I>oint rhomme, il ne faut pas trop se fier à la timidité qu on s'accorde à lui attribuer. Comme gibier, le caribou est un délicieux manger, aussi délicat que le chevreuil, aussi ja- * teux que le lièvre.
CHÂSSES IT PÉCHB8. U7
peut-être ce soir. Le camp de la tribu à laquelle il appartient n'est qu'à cinq milles de ma maison, et un Indien, mon cher ami, ne manque jamais à la parole donnée.
Il achevait à peine ces mots, que les aboiements prolongés des chiens annoncèrent l'arrivée d'un étranger. Un moment après, un sifflement aigu comme celui d'une locomotive résonna au dehors, et les chiens, changeant de voix, firent entendre des cris de joie qui prouvaient que celui qui entrait dans la cour de la ferme leur était intimement connu. •
— Voilà Monaï! s'écria M. Howard : quand on parle ivL loup, moucher, vous f.avez. . . Mes chiens connaissent l'Indien, et lui font fête.
En effet, la porte s'ouvrait sans que personne eût frappé, contrairement à l'usage de la civilisation, et l'Indien Monaï entra dans la salle à manger. C'était un homme de moyenne taille, fortement constitué; sa figure était belle et expressive, quoiqu'une profonde mélancolie fût empreinte dans son regard, et ses yeux brillaient comme des escarboucles. Après avoir jeté un rapide coup d'œil autour de la salle, Monaï s'avança silencieusement vers la cheminée.
Ses vêtements consistaient en une blouse de peau de buffle, ornée de broderies faites avec des piquants de porc-épic, et d'une frange taillée dans la peau ellemême. Ses jambes étaient recouvertes d'un caleçon de peau formant guêtre sur les mollets et se boutonnant, du genou jusqu'à la cheville, par des ojives de cuir om^ de franges semblables à celles de la blouse. Deux petits mocassins faits de peau de peccari chaussaient les
44g CHASSES BT PÉGHBS.
pieds de Monaï, qui étaient aussi menus que ceux d'une senorita espagnole.
A un large ceinturon était suspendue une poche façonnée de la dépouille d*une loutre et ornée de des* sins semblables à ceux qui tatouaient le costume entier de cet enfant des forêts. Monaï prit dans un coin de la salle une escabelle de bois qui servait ordinairement de siège à une petite fille, le seul enfant de M. Howard, l'approcha du feu, s'assit, et tirant de sa poche un étui pareil à ceux dont nous nous servons en Europe pour porter nos cigarres, il me l'offrit, sans parler, avec une grâce toute charmante. Pendiint que j'admirais ce présent de Tlndien, il remplissait tran- . quillement sa pipe de tabac, l'allumait au foyer incandescent, et après avoir lancé quelques bouffées, il me la fit passer, m'engageant du regard à m'en servir à mon tour.
J'aime peu la pipe, je l'avoue : le tabac fumé dans ces calumets me donne des nausées ; aussi j'allais refuser, lorsque M. Howard me dit :
N'ayez pas peur, mon hôte, ce tabac ne peut point vous faire de mal; essayez et vous verrez que Monaï n'a point envie de vous empoisonner.
En effet, je trouvai le tabac de Monaï si délicieux, que je fus assez indiscret pour charger de nouveau la pipe lorsque j'eus fini de fumer la première.
Pendant ce temps-là, M. Howard, remplissant un verre avec du vin de Xéi*ès, le présenta à Monaï.
— Mon frère, lui dit-il, reslera-t-il avec nous ceUe nuitt
CIASSES BT PÈCHES. 449
Monaî, avant de répondre, avala le Xérës jusqu'à la dernière goutte.
— L'Indien va demain à la chasse, répondit-il. Le temps est favorable pour attaquer le caribou ; la neige a neuf pouces et demi d'épaisseur. Mon frère blanc viendra-t-il avec moi? J'ai apporté deux paires de raquettes neuves, l'une pour lui, l'autre pour moi.
— Dans quelle direction chasserons-nous, Monaïî
— Au nord, là où nous sommes allés l'an dernier : les caribous sont nombreux, car les Indiens n'ont point encore visité la forêt.
— Eh bien ! Mona'p, si tu veux me laisser emmener mon ami que voici, dit M. Howard, en me désignant au Peau-Rouge, j'irai avec toi.
Monaï, à ces mots, jeta sur moi un regard rapide, et après un moment de silence, il m'adressa directement la parole :
— Le visage pâle, mon frère, sait-il se servir de raquettes ?
A vrai dire, je n'osais assurer Monaï de mon habileté à marcher aisément avec une chaussure aussi nouvelle pour moi. J'allais répondre non, lorsque M. Howard, qui comprit mon hésitation, dit à Monaï :
— Je me charge de mon frère le visage pâle ; s'il ne peut nous suivre à la chasse, il restera au camp et préparera notre nourriture.
Quoique l'Indien ne parût pas apprécier beaucoup cet arrangement, il fit un signe d'assentiment, et nous commençâmes à convenir de tout ce qu'il fallait faire pour être prêt à partir le lendemain au point du jour,
AM CHASSIS BT PÉCBgft.
Nous avions vingt-deux lieaes à parooorir» afin d'arriver au rendez-vous de chasse. M. Howard s*occupa sur-le-champ de préparer les carabines, la poudre, les balles, les vêtements et les provisions de bouche. Je Taidai dans tous ces préparatifs, qui nous avaient forcés de quitter l'appartement Jou nous étions assis avant l'arrivée de l'Indien ; et lorsque nous revînmes, une demi-heure après, notre ouïe fut désagréablement surprise en entendant un ronflement sonore qui faisait retentir les échos de la salle à manger : c'était Monaï, qui, étendu sur le tapis, devant le feu, avait jugé prudent de se préparer par le sommeil aux fatigues de notre chasse du lendemain.
—Cet original, me ditM. Howard, préfère ce morceau de tapis au meilleur lit de la maison. Nous n'avons qu'à lui laisser ce qui est nécessaire pour entretenir le feu, et il sera content comme un roi. Venez, mon ami, allons nous coucher. Demain matin, si vous êtes réveillé par un Peau-Rouge, n'ayez pas peur, ce sera Monaï qui peut-être viendra vous tirer par les pieds, suivant son usage.
A trois heures et demie du matin, la lumière d'une lampe frappant mes paupières mi-closes me réveilla en sursaut : je croyais voir Monaï devant moi, lorsque la voix de M. Howard me tira de l'incertitude où m'avait mise la vue d'un homme costumé en véritable Indien.
— Debout I deJ)out! mon cher, s'écria- t-il; tout est prêt, le café se refroidit, et si vous ne vous hfttez, Monaï, qui est déjà à table, ne nous laissera ni une côtelette, ni une tronche de jambon à manger. Voici on
CttAISEâ Et FÊCHEI. 151
costume semblable au mien; habillez-vous et descendez.
Une foi le déjeuner expédié, lorsque notre estomac eut été réchauffé par un verre de whiskey, nous nous élanç&mes tous trois dans un light sleiçh. traîneau américain d'une forme particulière, et noire cheval nous conduisit en sept heures à un village situé à une lieue du rendez-vous de chasse.
Dans une auberge, à renseigne de Timmortel Washington, méchante taverne qui n'avait de confortable que le bar-room, ou plutôt la tabagie de la maison, nous trouvâmes des lits durs comme des billards, mais sur lesquels nous dormîmes sans trop faire les difficiles. Le lendemain, à la pointe du jour, nous nous disposâmes à partir. Au moment où j'allais terminer ma toilette, en chaussant mes mocassins, M. Howard arrêta mon bras, en disant :
— Attention, mon ami, voici votre première leçon : passez d'abord ces chaussettes de laine; maintenant, entortillez-vous les pieds de ces deux morceaux de feutre, et puis vous mettrez vos mocassins par-dessus; et enfin, laissez-moi vous attacher aux pieds les redoutables raquettes. A présent, Bénédict, écartez les jambes pour marcher; car si vous avanciez comme & l'ordinaire, votre nouvelle chaussure ayant trois pieds de longueur, vous seriez sûr de choir.
Et, sans ajouter un mot, il prit son fusil et suivit Monai, qui était à cinquante pas devant nous.
J'avais à peine remué trois fois les pieds, que je m'enchevêtrai dans mes raquettes, et je me laissai
tomber sur le nez. Sans sourciller, je me relevai ; et après deux ou trois chutes semblables, qui heureusement, eu égard à l'épaisseur de la neige, n'avaient point été dangereuses, je savais me servir de mes raquettes.
Après deux heures de marche au milieu d'une épaisse forêt de cèdres et de pins, nous arrivâmes sur les bords d'une source d'eau chaude, où nous prîmes quelques instants de repos; puis nous nous remîmes en route. J'observai que Monaï, qui nous servait de guide, s'avançant avec précaution, examinait les empreintes sur la neige et les brisées aux branches d'arbres. A la fin, il s'arrêta devant un tronc d'arbre renversé, et, se courbant sur un des côtés, il enfonça son bras dans la neige.
— Il y a des cerfs près d'ici, me dit Howard; voici devant nous les fumées encore toutes fraîches. Ces animaux ne peuvent point concourir sur une neige aussi épaisse; nous allons les rencontrer à peu de distance dans une basse-cour {\).
Maintenant, mou cher, observez le plus grand silence , et si un cerf venait à partir à votre portée, je vous en supplie, ne tirez pas; car, quoique nous soyons encore à près de trois milles du parc aux caribous, ces animaux ont l'ouïe si une, qu'ils pourraient nous entendre et disparaître avant notre arrivée, — Ici, Jackl
(l) C'est ainsi qu'on appelle un terrain déblayé parles cerfs, qui piétinent la neige dans un endroit qui forme un hhi i, sous un grand cèdre ou devant un rocher.
CfiÀSSES BT PÊCHES. 4 $3
derrière I ajoata M. Howard en parlant à un magnique chien courant. Regardez, me dit-il, le voilà qui a trouvé la piste.
Plus nous avancions, plus les empreintes étaient marquées; Jack fut mis en laisse; Monaï marchait en avant, et nous le suivions en silence. Jack fourrait son nez dans toutes les fumées des cerfs ; il écumait et les yeux lui sortaient de la tète, mais il ne donnait pas de la voix. Tout d'un coup, Monaï se jeta par terre; M. Howard l'imita : moi seul je me tenais debout, lorsque je reçus sur les tibias un coup de la crosse du fusil de mon ami qui me força à me placer au même niveau que lui. J'allais lui demander ce que cela voulait dire, quand, en relevant la tête, j'aperçus à deux cents pas devant nous mi cerf et six biches couchés sur la neige, et probablement endormis. Malgré la défense de M. Howard, j'avais mis en joue ma carabine; j'allais tirer, lorsqu'un autre coup de crosse me rappela le conseil que j'avais reçu. M. Howard se releva bientôt, et, se glissant d'arbre en arbre, de buisson en buisson, il chercha à s'approcher le plus près possible de la barde, pendant que Monaï et moi nous restions immobiles spectateurs de cette scène émouvante que tout chasseur appréciera comme elle le mérite.
Tout d'un coup, la barde entière se leva, le cou tendu et les yeux animés, cherchant à distinguer l'ennemi que rinstinct lui faisait pressentir. L'odorat des cerfs semblait être en défaut et ne leur apporter que les senteurs de la forêt de cèdres, lorsque le mâle de la harde s'avança du côté de M. Howard, suivi de ses biches, et parvint ainsi jusqu'à dix pas de l'arbre derrière lequel
4S4 4:tiA88BS fiT ptciiis.
M. Howard était cacbé. Au même Instant, on monetoir rouge, déployé par mon hôte, frappa la voe de ranimai. Au lieu de s'arrêter, le noble cerf, relevant sa -tète, surmontée du plus admirable bois que j*eusse jamais vu, s'avança encore; et il allait presque toucher le mouchoir de la pointe de son museau, lorsque Jack, s'élançant sur lui, l'attrapa par le cou et lui fit une large blessure. Inutile de dire que le cerf et ses biches détalèrent devant nous avec la rapidité de l'éclair, poursuivis par Jack, M. Howard et Monaï, qui m'eor^t bientôt devancé, glissant sur la neige, au moyen de leurs raquettes, aussi rapidement que les patineurs de Hollande sur les canaux du Zuyderzée.
Bientôt je les eus perdus de vue, quoique je fisse de mon mieux pour suivre leurs traces. J'arrivai enfin à un endroit où l'aspect du terrain m'indiquait qu'on combat avait eu lieu, car la neige était couverte de larges taches de sang. Au loin, devant moi, j'entendais les voix de M. Howard et de Mond retentissant dans la forêt. Je suivis encore le sentier creusé dans la neige par mes camarades de chasse, et je parvins au bout de quelques minutes à une pente douce conduisant vers une vallée au milieu de laquelle s'ét^idait un lac aussi rond que le grand bassin des Tuileries. Jamais mes yeux n'avaient été frappés par un plus admirable spectacle. Le vent avait balayé la neige qui recouvrait le lac glacé, et les rayons du soleil mûroitaient sur cette surface polie comme sur une glace de Venise aux facettes multiples. M. Howard et Monaî, que je retrouvai à la lisière du bois, me montrèrent le cerf, blessé, poursuivi à distance par Jack, et
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foyant autour du lac avec la rapidité d'une flèche.
— N'est-ce point là un magnifique coup d'oeil t me dit M. Howai*d lorsque le cerf passa à quarante pas de nous, et ne serait^on pas tenté de loger une balle dans les flancs de cet animal? Venez, venez, ajoutat-il en reprenant sa course, il nous faut arriver à la culée du lac, où se dirige notre gibier. Regardez, mon ami, il s'affaisse, Jack lui saute à la gorge 1 Le voilà qui se relève! —Brave chien I Tayaut I tayaut I susl sus ! — Ah I voyez ! le cerf se relève, emportant avec lui Jack, dont les crocs ont pénétré trop avant dans les chairs. — On dbait une souris à cheval sur un chat I — Hurrah I hurrah I
Et tout en parlant ainsi, M. Howard tombait comme la foudre sur le cerf harassé se débattant avec les dernières forces d'un mourant, et tirant de son étui un très-grand couteau de chasse américain qui pendait à sa ceinture, il le plongeait sans sourciller dans la poitrine de l'animal.
Lorsque j'arrivai, tout haletant, à cet hallali d'un g^ure nouveau pour moi, M. Howard caressait Jack, qui, sans trop se soucier des flatteries de son maître, lappait à pleines goi^ées le sang qui s'échappait de la blessure béante.
— Bon chien! disait M. Howard, brave Jack! les meilleurs chiens courants d'Angleterre n'auraient pas mieux travaillé que lui ; et d'ailleurs, au lieu de glisser sur la neige comme lui, ils y enfoncent trop profondément ; et puis, aucun d'eux n'est capable de saisir un cerf par le cou sans le lâcher! — Monaï, dit-il, s'adressant à l'Indien, qui regardait ce tableau avec l'impas-
456 CHASSES BT PÉCHBS.
sîbililé d'une statue, voyons, tu vas dépecer cet animal avant qu'il ne soit gelé; coupe les meilleurs morceaux, et laisse le reste aux coyotes. Nous avons assez de venaison pour nos provisions de chasse. Venez avec moi, Bénédict, je vais creuser un trou dans la glace, et essayer de vous faire pêcher quelques truites, afin que nous ayons à notre dîner de la chair et du poisson. Je ne crois pas que vous puissiez trouver mieux à Paris, chez Véry ou aux Frères Provençaux.
Aussitôt dit, aussitôt fait : la hache rencontra bientôt l'eau limpide du lac, qui rejaillit en perles brillantes sur nos habits de cuir. Monaï amorça deux lignes de fond avec un morceau de poumon de cerf; et pendant que je les tenais des deux mains, M. Howard alla préparer le feu pour faire cuire notre repas.
Une à une, je péchai quatre truites magnifiques, et je prenais goût à ce sport nouveau pour moi, lorsque M. Howard me héla, me disant de venir le rejoindre et d'apporter le produit de ma pêche.
Les truites furent livrées à Monaï, qui leur ôta les écailles, les vida, et les fendant de la tête à la queue, les embrocha à une branche de bois sur laquelle quatre autres branches placées en croix les tenaient ouvertes en forme d'éventail. Sur un brasier ardent, au-dessus duquel rôtissaient plusieurs tranches de venaison, nous plaçâmes les truites, ainsi préparées, au-dessous desquelles nous étendîmes sur deux pierres quelques tranches de pain qui devaient servir de rôties à la graisse de ce poisson succulent. Le repas était prêt : j'appelais rindien pour y prendre part avec nous, lorsque M. Howard me dit :
— Ne perdez pas votre temps à inviter Monaï, qui ne prend sa nourriture qu!une fois par jour, et ne boit jamais autre chose que de i*eau. Nous qui ne sommes pas accoutumés à cette sobriété, nous allons procéder.
Et, s'asseyant sur un tronc d*arbre renversé, il attaqua à belles dents le menu qui fumait devant nous.
Je dois Favouer ici, à part l'appétit qui assaisonne toute nourriture, les deer steaks et les truites étaient dignes de la table du plus difficile gourmet ; et c'est à peine si Jack put trouver quelques bribes de notre dîner pour assouvir sa faim : heureusement qu'il ne détestait pas la chair crue, et que Monaï lui tailla une ou deux portions qui le récompensèrent au delà de ses désirs. Une pipe de tabac indien termina le festin, et nous nous étendîmes sur le sol, eu attendant que Monaï eût achevé de dépecer le cerf.
Nous nous livrions ainsi, M. Howard et moi, aux douceurs du repos depuis trois quarts d'heure, lorsque iloc&ï s'avança vers nous, tirant par une courroie un traîneau sur lequel il avait placé toute la venaison. Non-seulement l'Indien avait dépouillé l'animal, et enveloppé dans sa « nappe » tous les morceaux qu'il avait choisis pour nous, mais encore, dans l'espace d'une heure, il avait construit le traîneau qui devait les trans* porter; et ce véhicule grossier était si solide, qu'il y avait amarré cent cinquante livres de viande.
Nous continuâmes notre route, et quand nous parvînmes dans la région où nous devions trouver les caribous, le soleil allait disparaître derrière l'horizon.
lie pays au milieu duquel nous nous trouvions était
4S8 CRÀ'^SES ET piCHBS.
couvert de bois : devant nous s'élevait une haute montagne, et dans la vallée qui s'ouvrait sous nos pas, coulait, sur un lit de. rochers, un torrent dont les eaux bouillonnaient comme celles d*un courant d'eau thermale.
Partout, sur la neige, les fomées étaient visibles, et M. Howard me dit, en me montrant une large empreinte sur le tapis glacé au-dessus duquel nous marchions :
— Gomme c'est la première fois que vous voyez une trace de caribou, observez qu'elle ressemble à celle du pied d'un boeuf, aussi large et aussi pesante; et quand vous apercevrez cet animal gigantesque, je vous promets un plaisir qui vous paiera de toutes vos fatigues.
Nous parvînmes, aprës une série de marches et de contre-marches, ou plutôt de glissades sur la neige, devant une cabane qui servait depuis plusieurs années de rendez-vous de chasse à M. Howard et à Monaî. C'était une hutte de forme carrée, faite de troncs d'arbres superposés les uns sur les autres, et soutenus dans cette position horizontale par des pieux plantés, en dedans et en dehors^ dans la terre. Le toit, formé aussi de troncs d'arbres inclinés, était recouvert, comme les autres parois de la hutte, de boue délayée et d'écorces d'arbres qui remplaçaient la tuile. Cette log cabin, quoique inhabitée, était en fort bon état, et la couverture de neige qui l'enveloppait rendait cet abri fort confortable. Monaï eut bientôt déblayé Feutrée de ce logis agreste, nettoyé l'intérieur et allumé, dans une cheminée informe, dont to foyer était fait avec des
CHASSES ET vtcnU. 459
pierres brutes que le marteau d'un ouvrier n^avait jamais touchées, un feu pétillant qui ranima nos membres engourdis et fatigués. Pendant que Flndien s'oc- (mpait ainsi, M. Howard et moi nous coupions du bois pour la proYision, et des branches de cèdre qui, disposées sur le sol, allaient devenir les matelas sur lesquels nous devions passer la nuit. Sur cette litière improvisée nous étendîmes nos couvertures de laine, et je puis assurer mes lecteurs que notre couche n'était point trop mauvaise.
Le crépuscule avait fait place aux ténèbres ; Monaï alluma une torche de résine, et la plaça dans un des angles de la cabane : notre souper fut dévoré en quelques instants, et bientôt après, les pieds devant le feu, et la tête enveloppée dans nos couvertures, nous ronflions tous les trois à qui mieux mieux.
Deux heures avant l'aube du matin, je fus réveillé par Monaï, qui s'occupait des préparatifs de notre chasse. La porte de la log cabin était ouverte, et de mon lit de cèdres j'apercevais un ciel sans nuage et rétoile du matin qui brillait à l'horizon. L'air était fort vif; mais comme aucun vent ne soufflait, le froid était très-supportable. D'unseulbond> jeme levai, et grâce k l'eau d'une source que j'avais vue sourdre au pied d'un pin gigantesque, à quelques pas de la hutte, je sortis bientôt de l'engourdissement que l'on éprouve toujours lorsqu'on couche tout habillé. Je me sentais si dispos, que sans y songer je me mis à chanter à pleine voix :
Amis, la matinée est belle !
Mais à peine avais-je terminé ce prenaîer vers, que M. Howard, se précipitant hors de la hutte, me cria d'une voix terrible :
— Taisez-vous donc, malheureux! Silence! ou vous allez faire fuir le gibier à deux lieues de distance. Les caribous ont Toreille aussi fine que des lièvres de votre pays, et leur instinct est bien plus grand que celui d'un renard.
Monaï, de son côté, murmurait dans sa langue, une malédiction à mon endroit, que M. Howard put seul comprendre.
Le déjeuner fut bon et copieux ; aussi notre force était doublée, et nous nous hâtâmes de chausser nos raquettes. Les rayons du soleil dardaient à Thorizon, au milieu du brouillard humide du matin, qu'ils dissipaient graduellement. Nous partîmes tous trois, observant le plus profond silence ; et je crois, à dire vrai, que l'on n'entendait que le battement de mon cœur, tant j'étais ému à l'idée que j'allais bientôt rencontrer cet animal merveilleux, le roi des forêts de l'Amérique du Nord. L'aspect du paysage au milieu duquel nous nous avancions était d'un grandiose admirable; Timraobilité de la nature n'était troublée que par les sauts des écureuils et le vol des pies et des corneilles. A chaque pas, nous rencontrions la piste des caribous ; mais, sans nous arrêter, M. Howard et moi nous suivions Monaï, à qui nous avions abandonué la direction de la chasse.
Nous arrivâmes bientôt au pied d'une montagne élevée; et là seulement, Monaï, se tournant vers
nous, nous apprit à mi-voix que nous approchions du lieu fréquenté par les caribous, qui se plaisaient à paître au soleil. L'Indien nous recommanda de nouveau d'observer un profond silence, et nous avançâmes à sa suite. A quelques pas de là, nous trouvâmes une fumée quiparaissait toute fraîche. Monaï nous assura qu'un animal avait dû passer par là, il y avait à peine deux heures; et, prenant une direction en dessous du vent qui soufflait depuis quelques instants^ il nous conduisit à une « basse-cour » où les caribous avaient dû s'abriter pendant la nuit, car on voyait, tout autour de quelques cèdres rabougris, un espace où la neige était foulée comme dans l'endroit où nous avions rencontré la veille la harde des cerfs. M. Howard, enfonçant sa main dans la neige, prétendit qu'elle était encore chaudCy et que le caribou qui s'était arrêté là ne devait pas être trèséloigné.
Notre premier soin fut alors de renouveler les capsules de nos fusils, puis M. Howard attacha son chien Jack à une corde, afin de le tenir en laisse. Les fumées du gibier que nous poursuivions se dispersaient dans toutes les directions autour de nous, et, à moins d'avoir une parfaite connaissance des mœurs des caribous, il eût été difficile de choisir la trace véritable.
Ce fut Monaï qui nous tira d'embarras. Après quelques minutes d'un examen minutieux, l'Indien nous fit signe de le suivre, et nous avançâmes avec la plus grande précaution. En jetant les yeux sur les empreintes qui se trouvaient devant moi, je remarquai que partout où la neige avait été foulée par les pieds des animaux, elle avait une teinte bleuâtre, et qu'elle
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était friable comme de la farine : il était donc certain que nous étions près d'atteindre les caribous.
Monaï s'arrêta tout d'un coup, et, s'agenouiilant avec agilité, il délia les cordes qui tenaient les raquettes attachées à ses pieds, dans le but de faire le moins de bruit possible en marchant.
M. Howard, se retournant vers moi, me fit signe de m'approcber de lui, et il me dit alors dans le tuyau de Toreille :
— Mon cher ami, j'ai une dernière recommandation à vous faire : ne me quittez pas du regard; suivez-moi à deux pas de distance, et surtout ne faites pas de bruit. Les caribous sont tout près d'ici.
Simultanément, chacun de nous attacha ses raquettes sur son dos; Monaï, appuyant son pied droit sur la neige, l'enfonça doucement ; puis il fit de même pour le pied gauche. M. Howard mettait ses pieds dans les mêmes trous, et j'imitai scrupuleusement mes deux compagnons de chasse.
Celui qui se serait trouvé devant nous, et nous aurait vus de face, nous aurait pris pour un seul homme, tant nos mouvements étaient semblables.
Certainement notre situation n'était rien moins qu'agréable, car nous enfoncions dans la neige jusqu'à la ceinture; mais l'ardeur du sport nous empêchait de faire attention à ces détails. Monaï, qui ouvrait la marche, et dont les yeux d'aigle plongeaient dans l'épaisseur des voûtes sombres de la forêt, se précipita tout â*un coup à plat ventre; et il resta si longtemps dans cette position, que nous avions aussi prisse à son
CflASSES ET rÉCSU* 4$3
exemple, cpie je me crus autorisé à lever foelqifê peu la tête, afin de voir ce qui se passait.
L'Indien, qui paraissait tout observer, me j^a un regard menaçant, et M. Howard m*octroya un coup de pied qui me prévint désagréablement que J'étais en faute.
La forêt, sur la lisière de laquelte nous étions «arrivés, était bordée par une étendue de terrain dénudée (te toute végétation, et Monaï, qui avait aperçu un caribou, faisait en sorte d'atteindre, sans être vu, le tronc d'un cèdre rameux qui devait l'abriter, et derrière lequel il lui serait possible d'ajuster l'animal. A le voir se traîner sur le ventre, on l'aurait pris pour un escargot ; et nous cherçbâmes à imiter chacune de ses contorsions de la manière la plus sympathique.
Enfin, à mon tour, j'aperçus les caribous. Il y avait là, devant nous, une barde de vingt animaux, les uns arrachant à belles dents l'écorce des arbres, et les autres faisant leur toilette du matin eu lissant leur poil avec leur langue et en se peignant avec leurs andouillers . Tous, à l'exception toutefois de la plus grosse bête de la harde, ne paraissaient point se douter de l'approche de leurs ennemis. Ce caribou mâle avait l'air inquiet ; il tenait sa tête élevée, jetait de tous côtés un regard soupçonneux, agitait ses oreilles, ouvrait ses narines, et humait l'air avec force. Mcmaï ne le perdut point de vue ; il avançait seulement lorsque le caribou détournait la tête, et nous imitions en tout point chacun de ses mouvements. Tout chasseur qui lira ce récit fidèle comprendra combien mon eœur palpitait d'émotion pendant ces quelqi^ minutes qui me p^aissaient
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Enfin, nous parvînmes tous trois derrière l'arbre. M. Howard, remuant à peine les lèvres, me fit comprendre que je devais ajuster un caribou qui était le plus avancé de la barde de mon côté; lui allait tirer le gros animal qui était devant nous, à une distance de quatre-vingt-dix pas : quant à Monaï, il réservait son coup de carabine pour venir à notre aide.
Nous fîmes feu simultanément, et, sans y songer, je m'étais levé pour voir l'effet de mon adresse ; mais Monaï, me saisissant d'une main de fer, me jeta brusquement sur la neige. Lorsque je relevai la tête, j'a- .perçus devant moi l'animal sur lequel M. Howard avait déchargé son arme, piétinant la neige, et cherchant à découvrir, la rage dans le regard, où se tenaient cachés ses ennemis. Tout en regardant son bois immense, et en admirant la grosseur et la force du caribou, je vins à songer au danger que nous courions.
En même temps, Monaï, appuyant sa carabine sur une des branches de notre arbre protecteur, ajustait le caribou avec lenteur, et lâchait la détente : hélas ! la capsule seule avait éclaté, et le caribou, à qui ce dernier indice avait découvert la place de notre embuscade, s'élançait vers nous, bramant avec une énergie effrayante. Nous défendre contre cet animal dangereux, ou essayer de l'éviter en fuyant, était chose impossible pour nous, qui étions ensevelis jusqu'à mîveutre dans la neige. Je m'attendais à voir les andouillers du caribou me chatouiller les côtes, lorsque le brave chien de M. Howard s'élança et saisit la béte par les lèvres. Pendant ce temps, Monaï et M. Howard faisaient tous leurs efforts pour nguster
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leurs raquettes à leurs pieds ; quant à moi , moins habile qu'eux, j*avais les mains comme paralysées par rémotion du danger et la nouveauté de cette chasse. Heureusement pour nous , Jack n'avait pas lâché ranimai, qu'il embarrassait plutôt qu'il ne retenait ; aussi en secouant sa tête monstrueuse, le caribou martelait le chien sur la neige et contre les branches d'arbre. On aurait dit qu'il cherchait à briser les os de Jac^ ; mais celui-ci , malgré la douleur , ne lâchait point prise.
Tandis que cette escarmouche avait lieu entre les deux bêtes, qui par leur taille, me rappelaient la fable du lion et du moucheron , Monaï chercha à couper le jarret du caribou. L'indien avait été aperçu par ranimai, qui, se tournant avec la rapidité d'un éclair, s'élança sur lui , et l'aurait tué sur la place , si son bois n'avait pas frappé dans le vide. Monaï s'était jeté à plat ventre, et les pieds du caribou l'avaient seulement blessé à l'épaule. Pendant ce temps-là, M. Howard avait rechargé sa carabine; mais la poudre était humide , et ne voulut point prendre feu.
Grâce à ses efiforls multipliés , le caribou avait fait lâcher prise à Jack , et il s'élança contre Monaï. Celuici, pendant que le chien enfonçait de nouveau ses crocs dans le coude l'animal, soutint le choc, et, saisissant le caribou par son bois , parvint à le jeter sur la neige. Au même instant, M. Howard s'élança, le couteau à la main, et le plongea jusqu'à la garde dans la poitrine de la bête colossale.
Dans un effort suprême, le noble animal lança Monaï par dessus sa tête, puis, retombant sur le sol, il ren-
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dit le dernier soupir en bramant à fendre Tâne.
Je Tai d^à avoué, une terreur invincible avait enchaîné mes mains et mes pieds depuis le commence-, ment de la lutte : je n'avais pas même eu le sang^ froid nécessaire pour attacher mes raquettes et ch«^ ger de nouveau ma carabine ; toutefois je ne consens à être tourné en ridicule que par ceux de mes frères en saint Hubert qui se seraient trouvés une fois dans leur vie à moitié ensevelis dans la neige , et ayant devmit eux un caribou en furie, et dont les endouillers les auraient menacés d*une mort certaine.
Enfin , ils nous fut possible d'approcher le roi éd la forêt , qui gisait à nos pieds. La balle de H. Howard Tavait altehit à IVpaule , et il n'aurait pu en aucun cas échapper à la mort.
— Eh ! eh [ s'écria M. Howard, en interpellant llonaî, qui était encore étendu sur le dos, est*tu blessé, Peau-Rouge T
— Le caribou est fort, répondit l'Lfidien, mais l'homme est plus fort que lui : Âmi , applique sur ia plaie un peu de cette réjine de pin, et je serai guéri.
Obéissant à cette injonction, M. Howard étendit sur un mouchoir plié en quatre ce remède d'un nouveau genre, et ayant étanché le sang qui coulait, il fit adhérer l'emplâtre à la peau.
— Qu'est devenu votre caribou ? me dit -il, tout en pansant l'Indien ; l'avez-vous touché ?
— Oui, certes! je gage ma carabine contre la plus mauvaise rouillarde que l'animal est bien malade.
— Voyez ! Jack a flairé la voie , et le voilà parti. Hâtez-vous, chaussez vos raquettes, et partez: le
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sang was Cidera comme pourrai le faire le sillon d'un tratoeau. Si vous arrivez à portée de ranimai, ne tirez qu'à coup sûr. Quant à moi, je vous suivrai bientét , mai j'ai à voir si Monaï n'est pas trop dau-^ gereusement blessé* Il me faut aussi sécher ma cara* bine ; mais soyez tranquille, je ne tarderai pas trop longtemps. Partez I partez !
Je m'élançai avec ardeur, en suivant les indices sanglants sur les(]|fels le chien avait pris la pi8te. Plus j'avançais, plus je voyais que le caribou avait ralenti sa course et qu'il était tombé maintes fois sur le sol. Mon amour-propre était intéressé à mettre à bas mon caribou avant que M. Howard et Monaï ne m'eussent rejoint; je volais sur la neige, lorsque tout à coup j'arrivai au bord d'un torrent d'eau vive sur qui la gelée n*avait point eu de prise. Là, je perdis toute trace du caribou ; mais les pattes de Jack m'indiquaient le chemin à suivre, et bientôt j'entendis distinctement les aboiements répétés de ce brave chien.
Plus j'avançais, plus le courant devenait rapide, et ses ondes, serrées entre deux roches élevées, dispa-r raissaient tout à coup dans un abîme qui formait une cascade de cent pieds de haut. Au delà du bouillon* nemfmt de cette cataracte pittoresque, le ruisseau était congelé : le long des bords, l'eau en rejaillissaïit, s'était transformée en couches de glace, et, à l'extrémité des branches de pin qui croissaient sur los rochers, clapotaient, comme les chandelles de bois de l'en» seigne d'un épicier, des stalactites glacées dont l'as* pect était vraiment fantastique. Au-dessous de lacas-
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cade, i*eau jaillissait en gerbe écumante et formait an brouillard épais qui se métamorphosait aussitôt en gouttelettes en retombant sur la surface liquide. Les rayons du soleil perçant Tobscurité, donnaient à chaque détail de cette merveille de la nature une teinte dorée et scintillante. Bien plus, la glace qui entourait la cascade était si transparente» que l'œil pouvait apercevoir le sable doré du fond de Teau et distinguer la rapidité du courant. ^
 dix pieds en amont du demi-cercle formé par la cascade, sur un rocher isolé qui s'élevait au milieu des eaux, le caribou que j'avais blessé avait cherché un refuge,. Tout auteur de lui, le courant était si rapide, que si le pied lui avait glissé, il eût été entraîné et serait tombé par-dessus la cascade. Jack, mon fidèle chien, n'avait pas cru prudent d'aller attaquer ranimai blessé dans son retranchement dangereux ; cependant, mon arrivée et l'excitation dans laquelle il se trouvïdt l'auraient peut-être engagea braver le danger: je le mis en laisse, et l'attachai au pied d'un arbre.
Le caribou avait véritablement choisi un refuge inabordable, où aucun être vivant n'aurait pu l'attaquer ; de chaque côté de l'endroit où il se trouvait s'élevaient des palissades perpendiculaires entre lesquelles le ruisseau se frayait un passage, et, devant lui, le précipice béant semblait attendre une victime.
Lorsque j'eus assez admiré ce spectacle romantique, bien fait pour émouvoir un Européen, je m'approchai aussi près que le terrain anfractucux me le permettait. Aussitôt que le caribou m'aperçut, il leva la tête, ornée d'un bois admirable, la secoua avec rage, et
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parnt me défier au combat. Ainsi placé, il présentait à ma vue sa poitrine, aussi large que celle d*uQ bœuf. Je le dis sans fausse honte, je me sentais très à Taise en me voyant ainsi séparé de mon redoutable ennemi par des obstacles infranchissables; car je n'hésite pas à croire que, s'il avait été en son pouvoir de franchir la distance qui nous séparait, il se fût précipité sur moi avec une rage désespérée. En outre, comme mes lecteurs l'ont vu dans le cours de mon récit, je n'étais pas assez habile patineur pour éviter sa poursuite à l'aide des raquettes maudites, qui arrêtaient plus qu'elles n'accéléraient ma marche.
Il s'agissait donc de mettre un terme prompt aux velléités d'attaque du caribou et à la crainte qu'il m'inspirait : j'armai ma carabine, et, après avoir visé avec précision, je lâchai la détente. Ma balle l'atteignit entre les deux yeux : le caribou était mort. Dans un dernier effort, il bondit en avant, .et, tombant dans le vide, il disparut dans le courant, qui l'entraîna pardessus la cascade.
Un moment après, je voyais le corps énorme de mon caribou revenir au-dessus de l'eau et tourbillonner au milieu des glaçons qui environnaient les rebords de l'abîme.
— Bien touché 1 s'écria M.Howard, qui était arrivé à temps pour voir le résultat de mon coup de carabine ; dépêchons-nous de descendre et d'aller * arrimer » notre gibier.
Après avoir fait un assez long circuit, nous arrivâmes dans la vallée, au pied delà cascade; mais, à notre grand élounemeut, l'animal avait disparu.
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— En avaât! en avant ! exclama encore mmi hMe : voyez! le chien nons sert de guide ; il s*est mis en quête le long du ruisseau.
Cinq minutes après, nous apercevions le caribou doucement entraîné par le courant, et Jack, qui s*élait jeté à la nage, faisant des effbrts inouïs pour amener à terre sa proie, qu*il tenait mordue par une oreille. M. Howard, sans perdre un moment, courut en aval, et, au moyen de sa hache, il abattit le tronc d'un arbre qui s'élevait le long du bord, de màuière à le faire tomber en travers du ruisseau. Ce fut au moyen de cet obstacle que nous nous emparâmes de mon caribou.
— Il se fait tard, mon ami, me dit M. Howard; et, comme il nous est impossible d'emporter notre gibier ce soir, il s'agit de faire en f^orte que les loups ne le mangent pas. A l'œuvre ! enlevons-lui les entrailles, et pendons-le à cette haute branche, hors de portée des animaux carnassiers.
Ce qui fut dit fut fait ; et, laissant le caribou à l'abn de toute atteinte, nous reprîmes le chemin de la log cabbi, éclairés par une magnifique lune et par la lueur des étoiles, brillantes comme des diamants.
Monaï nous avait devancés : à l'aide d'un traîneau façonné pareillement à celui de la veille, il avait traîné le caribou tué par M. Howard, et le crâne de l'animal, orné de son bois, parait le haut de la porte de notre hutte, trophée glorieux d'une chasse magnifique.
I^e-C^leo de prairie.
Si jamais république inoffensive exista dans le monde, certes c'est celle des marmottes américaines, — prairie dogs. — Là, chaque individu vit à sa guise, simplement, sans songer à mal, sans penser à frustrer son voisin, à le déposséder, à le tromper, à vivre à ses dépens.
Là, point de gouvernement, partant peu de complots. Il-n*y a pas même de président, pas de consuls, de préfets, voire même de commissaires de police ou de sergents de ville. A quoi bon? si la marmotte de la prairie, petit quadrupède de la famille des rongeurs, est vive, étourdie, qqelquefois môme pétulante, par contre, c'est un animal social et sociable, qui ne trouble jamais l'ordre public. C'est, en un mot, le modèle des êtres créés.
J'avais souvent souhaité, pendant mon séjour aux Etats-Unis, visiter un de ces terriers gigantesques, écumoire animée, grouillante et bourdonnante. L'occasion ne se présenta qu'un soir après une de nos
4tS CHASSAS ET PÀCfiiSS.
chasses lointaines avec les Peaux-Rouges. L*im des compagnons de Rahm-o-j-or (1), qui s'était quelque peu écarté de notre troupe, rencontra, dans une petite vallée, sur le versant d'un coteau exposé au soleil, un « village de chiens de prairie », et le soir à la veillée il nous fit part de sa découverte.
De bonne heure, le lendemain, tous mes amis et moi, nous montâmes à cheval dans le but d'aller visiter ce curieux phalanstère. Tout ce que j'avais entendu raconter sur ces quadrupèdes, me faisait approcher de leur vaste terrier avec un intérêt doublé par la curiosité du chasseur.
Avant d'arriver sur le fatte de la colline au versant de laquelle demeuraient les marmottes, nous descendîmes de cheval, et, laissant nos montures attachées à une rangée d'arbres, nous nous avançâmes avec précaution du côté du village.
Je ne sais si l'instinct des chiens de prairie avait été alarmé par le bruit de nos pas, mais à notre approche, les sentinelles donnèrent l'alarme et décampèrent vers les premiers orifices pour y chercher un abri avec les autres camarades. Ceux-ci, qui se tenaient prudemment assis sur leur train de derrière à l'entrée de leurs terriers, jetèrent aux échos un jappement particulier, et, après s'être livrés à un entrechat fantastique, disparurent chacun dans leur antre respectif.
Le village des chiens de prairie qui s'oflfrait à nos
(4) Chef d'une tribu de Pawnees au milieu de laquelle je me trouvais eu 4847.
yeux couvrait un espace d'une vingtaine d'acres de terrain. Partout le sol était percillé, miné et couvert de cônes durcis qui attestaient le travail souterrain du bizarre animal. Nous sondâmes plusieurs de ces trous avec la baguette de nos fusils; mais leur profondeur nous empêcha d'accrocher avec nos tire-bourres, même un seul individu de la tribu républicaine.
Nous n'avions donc qu'un parti à prendre pour voir les marmottes à notre aise, celui de nous cacher et d'attendre que la peur eût été remplacée par la confiance. La nature favorisait tout à fait nos projets : elle avait fait croître aux limites du village, dans le creux de la vallée, une rangée de cèdres nains, dont les branches touffues devaient nous abriter à tous les yeux et nous permettre de voir sans être aperçus.
Nous nous retirâmes donc à petit bruit, et chacun ayant choisi sa place, nous demeurâmes ainsi immobiles, observant le plus profond silence, les yeux fixés sur le village, dont les portes et les fenêtres, quoique grandes ouvertes , ne paraissaient point être fréquentées.
Peu à peu, nous aperçûmes quelques vieux routiers, qui se hasardaient et passaient doucement le bout de leur nez à l'entrée d'un trou, puis disparaissaient à l'instant ; d'autres faisaient un bond rapide en dehors, mais ils se précipitaient d'un orifice à l'autre.
Enfin, quelques marmottes, rassurées par la tranquillité atmosphérique, persuadées que le danger était passé, se glissèrent hors de leurs tanières ; elle traversaient à la hâte un espace assez éloigné du trou d'où elles étaient sorties, pour entrer dans une fissure
474 CBASSBS ET VÉCUES.
située à une grande distance. On aurait dit qu'elles allaient chez un ami ou un parent lui raconter la frayeur qu'elles avaient éprouvée, parler avec lui des causes de cette panique, en un mot, échanger des impressions et comparer leurs observations mutuelles sur la vision qui venait de passer devant leurs yeux.
D'autres marmottes, plus audacieuses, se réunissaient en petits groupes dans les rues, et dans ces rassemblements on s'occupait sans nul douie de l'outrage commis par l'envahissement de la ville-république ; on pérorait, on discutait les moyens de défense. Tantôt un orateur s'élançait sur le sommet d'ime naotte de terre qui dominait l'assemblée, et du haut de cette tribune il expliquait ses vues, ses projets, ses principes de stratégie. Tantôt, saisi d'une crainte insolite, tout le rassemblement se précipitait dans les orifices béants, et disparaissait pour aller plus loin, sortir en nombre et recommencer les mêmes jeux. Rien n'était plus curieux à observer que la forfanterie de ces marmottes, qui semblaient vouloir défier le tonnerre, et qui fuyaient au moindre souffle de la brise, à la plus imperceptible commotion de l'air.
Lorsque nous eûmes considéré à loisir les chiens de prairie, je proposai à mes camarades de mettre un terme à cet affût inutilement prolongé. Il fut convenu entre nous que chacun allait viser une marmotte dans une direction opposée, et que lorsque j'aurais fait claquer ma langue contre mon palais, chacun tirerait à la fois.
Ce qui fut dit fut fait : une décharge simultanée eut lieu, et quand la fumée se fut entièrement dissipé^» il
ne restait plus an seul chien de prairie devant nous, si ce n'est six morts, qui gigotaient à l'orifice de leurs terriers.
On assure que les chiens de prairie ne sont pas les seuls habitants de ces couloirs souterrains, et qu'ils ont pour commensaux, pour hôtes des serpents à sonnettes et des hibous. Ces « coucous » parasites de la gent quadrupède vivent aux dépens des marmottes, qui leur servent à la fois de nourriture et de maçons. Ce sont les fermiers généraux de la république, qui vivent aux dépens des faibles et s'imposent bon gré malgré à tous ceux qui les craignent.
Nous voulûmes nous assurer du fait, mais toutes nos recherches furent inutiles; nous ne vîmes pas la queue d'un hibou, nous n'entendîmes pas la crécelle d'aucun serpent à sonnettes. Cette république de la prairiedesPawnees était plus heureuse que les autres, ' elle avait réussi à mettre hors de chez elle les traitants incommodes qui ruinent ses pareilles.
On m'a assuré que les hiboux, qui d'ordinaire se tiennent dans les terriers des marmottes américaines, appartiennent à une race toute particulière; ils ont les yeux plus brillants, plus lucides, le vol plus rapide et les pattes plus élevées que celles des hiboux communs. Le grand jour ne les effraye pas comme leurs congénères. Les naturalistes américains prétendent que, la plupart du temps, les hiboux ne s'insinuent dans les terriers creusés par les chiens de prairie qu6^ lorsque ceux-ci les ont abandonnés à cause de la mort d'un des leurs.
U paraîtrait que la marmotte américaine pousse la sensibilité si loin, qu'aussitôt que l'un de ces quadru-
pMes est mort, toute la communauté abandonne la place. D'autres m'ont assuré que le hibou était un protecteur, une sentinelle, un précepteur même pour les jeunes marmottes, à qui il apprenait à crier... même avant qu'on ne les écorcbât.
A l'égard du dangereux serpent à sonnettes , son rôle est plus tranché, plus habilement dessiné que celui de l'oiseau de proie. Dans l'économie domestique de ces intéressants phalanstères, c'est un vrai sycophante qui envahit audacieusement l'asile de l'honnête et crédule marmotte. Maintes fois, à ses heures de loisir, il croque un des petits de ses hôtes, et Ton peut facilement inférer qu'il se permet en secret des dédommagements en dehors de ceux accordés aux parasites souffre-douleurs.
Quelques semaines plus tard, en retournant à Saint- Louis, nous rencontrâmes un soir, près du camp, un terrier immense de chiens de prairies, creusé dans un vallon formé par deux collines de rochers calcaires, non loin d'une source qui coulait au milieu des rochers, et alimentait un ruisseau argenté, par lequel le vallon était baigné dans toute sa longueur. Le bruit de nos chevaux avait effrayé tous les animaux qui hantaient le village souterrain; seuls, deux énormes hiboux, perchés sur une motte de terre, avaient voulu savoir quel était l'ennemi qui faisait invasion sur leur territoire. Fiers et hardis comme des coqs de combat, ils semblaient défief le danger : leurs paupières, larges ouvertes, découvraient detix yeux qui brillaient comme du phosphore. Leur crâne étaient surmonté de deux longues plumes pareilles à des cornes, ce qui don-
imrt1i'c*''or8eé»rifflà«î«ak'totit à'fl«l'ftiifttteli(Pf; Où les ^ûrait'piilsrYôlomîéfs poùf* ' leà giîMIënS (l*ùûé' DéCTûfièile âévastéè. Les dëtiâlilbôai atredài^éfti ioSti^' Tende jusqu'à pôt(8èd« fusU; pùiÉ^toùl'à'cotip, sflls' quil ûousïûl possible d*expTî(lt!li!rcômriient cett s*éteît' faft, ils- dlipatttf^eût dans le»' endraffles dtf ' la 'terre/' ainsi qùfë le fait Bertram au titLf^baiëSLtïëWHÙbè^Û le-BUaVlé: Un de'mescatnà^adesdèf'cbÀs^ét'^ssùr^ftmême qu'il avait aperçu une flamme jaillir'à'Iè^^raè^ o& chàqitiè hibou s'était enfoncé mysfflHèUi^én^ : mais ceci n*est pas de l'histoire :
Le pays où noUs avions étabïï 'notre can^]^ém\^fâtt' sét était pittoresqne^èôl découpé për dés "îMi^éï^ & boiâ, forthés'd'arbi^es de toute espfè<ie, de p&S, de ctiênes, de bouleaux, debèdres, de cerisiers saûvaé^sî atï milieu dek^ùel^ dominaient Tégiahtièr d'Ajhériqtie et i'âiiï/épitié. Des groù^pes de noisetiers ef de 'sumiiK «Aâofiïlétiâlèidt cette riche variété. Noua h*avl<yhà' dtfù'c* éprouvé aucune difficulté d'alhimer nôtre feu du soir; L'^Vmé^tihëi'è était fraîche , et mes atbis s'étàSent étendue, suiviiKtl'uéage, sur dé^tits dé fetii^s inerte^;* Itftôtfeét le corps "bien èdMoppés dattS unelsOftWerturé ' de lainët les't)ieds tournés côtitrè le fo^er. }*itAh été' abàeiit toùte^ la 'soirée, dans le btrtd4%ér un cerf à l'aflfût : lorsque je rentrai, je scfiigëàf ^à^tabh" tour 'à' trouver la litière qui devait ïnlé'sèWriiiaé^fedùétié'/
knpM d'un vieux' chChë; dâhéleferetor d^ihi^d^' diei*; le vent avait àitfassë We^g^titfé'' qn^Më ûf feuilles, et rien ne me fut plus facile que ll^(éten<â^ ma couverture et d'y entasser ioûs ceé débris. Je re-> viti^ àâieti; adtiou]^âti4\!iettn^ptttee était Té^érv^ret/
If
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sans plus de façon, je préparai mon lit. «Tout à coap un bruit insolite se fait entendre au milieu des feuilles entassées; j'examine ma litière et je recule d'épouvante en voyant que j'avais apporté un horrible serpent à sonnettes, qui, le eorps enroulé et la tête droite, dardait devant moi sa langue fourchue. M'emparer d'un long morceau de bois, dont la pointe brûlait au fbyer, et assommer le crotale, toat cela fut Taflîure d'un instant.
J'allais examiner la litière afin de m'assurer si le reptile était seul. Quels ne furent pas mon horreur et mon dégoût! une demi douzaine de jeunes serpents, pelotonnés ensemble, se trouvant atteints par mon bâton, sortirent du tas de feuilles en bondissant et prirent la fuite dans toutes les directions. Mes camarades, réveillés par mes cris, s'étaient levés instantanément et m'aidèrent à les poursuivre; mais les jeunes crotales avalent mis tant de diligence et d'agilité à disparaître, « que nous ne pûmes en détruire que deux.
Cet incident nous tint naturellement éveillés une partie de la nuit : les crécelles des • serpents à sonnettes nous tintaient aux oreilles, et notre répulsion à tous pour ces redoutables reptiles était telle, que quoique, suivant toute apparence, notre présence les eût fait fuir, nous nous sentions aussi mal à Taise que si nous en étions encore entourés. La fatigue et le sommeil finirent par avoir raison de notre imagination. Nous nous endormîmes et ne nous réveillâmes qu'au grand jour.
Devant nous s'élevait, sur le versant de la colline, le phalanstère des chiens de prairie, et, comme nos
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eheyaux Paient couchés, comme notre feu était éteint et qu'aacoa mouvement humain ne troublait la tranquillité, delà nature nos yeux furent frappésd'un spec* tacle tout à fiait fantastique.
Uy avait là, devant nous, plus de mille marmottes (un de mes amis en compta jusqu'à huit cent cinquantetrois), une centaine de hibous et autant de serpents à sonnettes, qui prenaient leurs ébats, sautant d*un terrier à Tautre, voltigeant et planant, rampant et sifflant. Notre sang se figeait dans nos veines, et cependant nous étions enchaînés sur place.
Enfin, il fallait s'arracher à ce dangereux voisinage. Nous nous levâmes, et tout disparut à Texception des serpents qui, de temps à autre, soulevaient leurs tètes au-dessus des orifices et se glissaient au dehors. Une heure après le lever du soleil, nous avions atteint les bords du Blississipi, nous n'avions plus de danger à redouter et nous nous sentions sous l'égide de la civilisation américaine.
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''IjMI* IMjlP^OIMI.
• ,Jitt,^e jU*xm¥di9, miSAlj pendaut rautQBine,.wi Batîii,iaymit le jour, snrieshitttteBrsqai domiiiettt la yllle de HarlfoMt, dans le Kentucky, ichassant deyant moi les « cofabiBS > (tes^meirleftat les vieebkis) \oKqae tout d'an coup, à la sortie dHm'bois , jeiifapofÇus.qaeTJiorizon s'jDbscurcîsss^; et, ^rès avoir attentivement examiné quelle cause pouvait iamener ce changement dansTatmosphère , je découvris que ce que je^ prenais pour des anages était teiut .siiaplement plusieurs basides «énomes de pigeons. Ces oiseaux volaient hors de portée, je ti*avais donc aucune chance de faire uae trouée dons «les. rangs, aussi je «oHçus'Pidée 4e compter comlneir de bandes passe^ louent aii-jdessus de ma tête daûsTespace d'une heure. Je m'assis éeiie Irançttillement et, lirant de mapoehe un crayon et idu papier , je commençai à prendre mes 00(09. Peu à pen les^ndes se succédaient avec tant
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de rapidité, qae je n'avais plus, pour pouvoir les compter , d'autre moyen que de tracer des jambages multipliés. Dans l'espace de trente-cinq minutes, deux cent vingt bandes de pigeons (1) avaient passé devant
(4) Le pigeon de passage de TÂmériquedu Nord appartient à une espèce particulière que Ton rencontre dans tous les Etats du nord des Etats-Unis, aussi bien que dans le haut et le bas Canada. Un grand nombre de C3s oiseaux passent l'hiver Jusqu'au soiiantièroe degré de latitude et vivent de baies de genévriers, d'épiniers et de vers. La beauté du plumage de ces oiseaux est vraiment remarquable : c'est un mélange miroitant d*azur, d'or, de pourpre et de vert, qui n'a vraiment pas d'égal dans la création. La tète du mâle est d'un bleu cendré, la poitrine d'une couleur noisette teintée de rous:(>, le cou diapré de vert, d*or et d'écarlate, les ailes bleues, parsemées de ^ taches noires et bistres, le ventre blanc comme la neige. ' I,a queue, fort longue et cunéiforme, est traversée par une bande d'un noir brillant, et les pattes sont ron^s comme celles de la perdrix bartavelle. La fe*melld du pigeon américain n'a point de couleurs éclatantes, ses plumes sont d'un gris cendré mêlé de noir et de marron foncé. Les seules grÂces qu'elle tienne de la nature sont celles de ses formes qui sont sveltes et effilées, et la limpidité dd ses yeux conteur de feu.
Les migrations de ces pigeons voyageurs ont été attribuées par différents naturalistes au besoin impérieux de fiiir la rigueur du froid des climats brumeux au nord et de chercner une température plus douce. Telle n'en est pourtant point la cause, qui n'est amenée que par l'abondance ou la disette des fruits dont ces palombes se nourrissent exclusivemenL Ce n'est qu*après avoir épuisé toutes les ressources du territoire sur lequel ils s'abattent, que les pigeons reprennent leur vol et changent de canton. Plusieurs habitants du Kentucky et de FlUinois m'ont assuré qu'après avoir séjourné pendant trois ou quatre ans dans les bois de ces deux Etats, les pigeons voyageurs avaient disparu un matin, parce qu'ils ne trouvaient plus de glands pour se nourrir. Ce ne fui qu'en 1845 qu'ils revinrent en