‹ ChateaubriandChapitre 29 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lei Etudes historiques. — Traduction du Paradis Perdu. — Essai sur la Littérature anglaise.

La carrière politique de Chateaubriand s'arrête en i83o. Quelle fut sa douleur, quand il vit emporter par une tempête de trois jours cette monarchie légitime, à laquelle il avait voué tous les efforts et toutes les espérances de sa vie! Quel trouble, en pensant à la part imprudente qu'il avait prise à cette ruine de sa propre cause, et en se voyant, au lendemain de la révolution, porté en triomphe sur les bras de la jeunesse qui l'avait faite! Qu'il expiait cruellement en ce jour sa popularité!

Quelle fut cependant sa conduite en cette circonstance? On le sait. Fidèle à lui-même et à l'honneur de sa vie, il refusa de servir le nouveau gouvernement. Tandis que tout se précipitait vers le parti victorieux, le vieil athlète se retirait sous sa tente, mais pour revenir bientôt à la brèche et attaquer cette monarchie de Juillet, qu'il ne voulait pas reconnaître. Car il n'accepte pas le fait accompli. En dépit de la fortune, le droit ne reste-t-il pas intact? Son roi est le roi de l'exil T. Aussi, quoique fatigué par l'âge et par le malheur, il ressaisit d'une main fiévreuse, pour combattre le nouveau règne, la plume étincelante et outrageuse avec laquelle, au début de sa vie politique, il écrivait son pamphlet contre Bonaparte. Contre ce gouvernement détesté, il ameute tous les principes, tous les souvenirs, toutes les colères. L'origine illégitime de ce pouvoir en corrompt à ses yeux tous les actes. Il est cruel envers lui, injuste, implacable. 11

1 « Dévoué aux premières adversités de la monarchie, je me suis « consacré à ses dernières infortunes : le malheur me trouvera tou- .< jours pour second. » (Mémoires d'outre-tombe, t. VIII, p. 99.)

ne lui tient compte ni des circonstances qui l'ont fatalement amené, ni de ses intentions, ni de ses bienfaits réels, ni de ses efforts pour concilier l'ordre et la liberté et pour pratiquer loyalement ce régime constitutionnel, dont il avait lui-même ardemment poursuivi la réalité. Sans partager sa passion, honorons cette indomptable fidélité au malheur. Cela console de tant de scandaleuses défections, dont les révolutions n'offrent que trop souvent l'affligeant exemple. Jusqu'à sa mort, Chateaubriand restera attaché à la royauté déchue, dont il n'a pas partagé les fautes, mais dont il veut partager l'infortune. Quoique pauvre et accablé d'infirmités, on le verra pieusement courir à l'appel de son vieux roi à Prague ' , ou

1 Ou ne peut relire, sans être remué jusqu'au fond du cœur, ces lignes émues, où le courtisan de la disgrâce nous raconte sa dernière visite à Charles X, qui achevait dans la morne tristesse du château de Ruschtirad sa vie si pleine de traverses. « La dernière fois, dit-il> « que je vis les proscrits de Rambouillet, ce fut à Ruschtirad en « Bohème. Charles X était couché ; il avait la fièvre. On me fit entrer « de nuit dans sa chambre : une petite lampe brûlait sur la che- «■ minée. Je n'entendais dans le silence des ténèbres que la respira- « tion élevée du treute-cinquième successeur de Hugues Capet. Mon « vieux roi ! votre sommeil était pénible : le temps et l'adversité, «■ lourds cauchemars, étaient assis sur votre poitrine. Un jeune <• homme s'approcherait du lit d'une jeune fille avec moins d'amour

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