‹ ChateaubriandChapitre 6 sur 38 · LES NATCHEZ · texte numérisé non relu

LES NATCHEZ

cales, et respiré ce que Féoelon appelle si bien C aimable simplicité du monde naissant. Là, en effet , non-seulement les croyances et les superstitions, mais les sentiments les plus ordinaires de la vie et les usages domestiques se revêtent naturellement de poésie : là, il semble que l'homme , prenant pour la première fois possession du monde et de lui-même, y porte une vivacité et une candeur d'impression que plus tard il ne retrouvera plus : c'est le charme d'un premier amour. Alors la poésie est partout, on la respire dans l'air, elle embellit toute chose : au lieu d'être le don divin de quelques prédestinés, elle semble le langage ordinaire de tous. Mais la jeunesse du monde, comme celle de l'homme, s'envole pour ne revenir jamais, et avec elle tous ces charmes de grâce printanière.

Après avoir une fois cependant trempé ses lèvres à ces sources vives de la poésie primitive, où ira-t il désormais, ce fils du siècle de Voltaire, pour retrouver cette simplicité antique, pour retourner à ces premiers jours de l'humanité? Il court au nouveau monde. Voilà ce

aG LA JEUNESSE ET LA POÉSIE.

. qu il va chercher au milieu de ces tribus saunages, qui semblent retenues dans une enfance éternelle. Il y poursuit l'antiquité, dont il espère réveiller la poésie dans les savanes ou sur les rives du Meschacebé : il y veut rencontrer des scènes bibliques pareilles à celles de Rébecca à la fontaine, ou des tableaux homériques comme celui de Nausicaa lavant aux bords du fleuve les vêtements de son père, le puissant roi des Phéaciens, ou encore celui d'Ulysse partageant sous le toit d'Eumée le lit de feuillage des porchers. On surprend dans /étala, mais bien plus encore dans les Xalchez, le dessein de raconter ainsi dans l'antique forme épique les aventures de ces enfants du désert. Le poète, séduit par son imagination, se flatte même de redire dans la langue figurée des vieux âges les luttes récentes de la France au Canada et dans la Louisiane. Cet essaides Natchez est l'erreur d'un merveilleux talent. Sans doute on ne saurait assez admirer l'incomparable richesse d'images que l'auteur y déploie. Mais, quoi qu'il fasse, cela sent toujours trop le pastiche : on reconnaît Homère sous le costume de

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