‹ Chateaubriand: Essai Médico-PsychologiqueChapitre 4 sur 27 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Dans fous les arts, l'artiste ne peint que son âme. »

(A. France, Le crime de Sylvestre Bonnard.)

Tout a été dit sur Chateaubriand, ou presque, et l’on pourrait garnir une bibliothèque de tous les livres qu'il a suscités : c’est assez dire l'importance qu'a eue et que possède encore un tel homme sur la pensée française : non seulement par ses écrits — dont certains portent trop la marque de son temps pour éveiller en nous autre chose qu'un intérêt historique — mais encore par son existence : existence orageuse et polymorphe, qui est son chef-d'œuvre, et pour laquelle il s’est donné peut-être plus de mal que pour ses livres. Aussi me bornerai-je strictement au point de vue médico-psychologique, qui est le centre même de cette œuvre et de cette vie.

« Que l’on sauve mes restes d'une sacrilège autopsie, que l'on s’épargne le soin de chercher dans mon cerveau glacé et dans mon cœur éteint le mystère de mon être », a dit Chateaubriand dans l’avant-propos des Mémoires d'outre-

tombe. Loin de vouloir commettre une œuvre sacrilège, je voudrais au contraire trouver dans cette étude des raisons d'aimer et de faire aimer Chateaubriand. Quel passionnant problème que d'essayer de mettre en lumière le lien qui umii l'homme à l'œuvre. Quels éléments préexistants en Iui Pont fait justement écrire cette œuvre et non pas une autre ? Je ne peux pas mieux m'expliquer qu'en disant, avec le Docteur Voivenel : « On nous reproche, à nous, médecins, de trop nous attacher au tempérament ou à la constitution quand nous nous mêlons de critique littéraire. Nous estimons au contraire qu'il ne saurait y avoir de critique vraiment complète sans cette connaissance. Le génie est construit de chair, il doit être ausculté. » ),

(1) La chasteté perverse.

Page 1