‹ Chateaubriand et l'hystérieChapitre 10 sur 24 · WÜRZBURG · texte numérisé non relu

WÜRZBURG

Würzburg est un exemple frappant des accroissements constants que les établissements scientifiques d’Allemagne n’ont cessé d’offrir dans ces vingt dernières années. Lorsque je suivais les cours de cette université, un seul institut abritait à la fois l’anatomie, l’histologie, la physiologie, l’anatomie pathologique. Aujourd’hui à côté du vieil établissement se dresse un bâtiment plus vaste et spécialement destiné à la pathologie, Y institut pathologique. L’année prochaine, on va commencer les travaux d’un nouvel institut pour l’anatomie et la physiologie, à leur tour trop à l’étroit dans le local qu’elles partageaient autrefois avec la pathologie. Enfin l’emplacement est déjà désigné pour un institut zoologique et zootomique, aujourd’hui relégué dans les bâtiments de l’uni-

versité, à l’autre extrémité de la ville, et qui viendra ainsi se joindre à tous ces établissements spéciaux (on achève en ce moment même un institut physique nouveau) qui s’élèvent, dune façon si commode pour l’étude, les uns près des autres derrière

le grand hôpital Julius. o ,

Trois collections ont dû fixer notre attention a Wurzburg : i a première, sous la direction du professeur E. Rindfleisch, pour l’anatomie pathologique, à l’institut pathologique; 2» la seconde consacrée à l’anatomie normale et à l’anatomie comparée, sous la direction du professeur Kôlliker, à l’institut anatomique; a troisième à l’institut zoologico-zootomique, dans les bâtiments de

l’université.

Collection très riche , surtout composée de pièces molles.

La plupart des bocaux ne sont pas fermés hermétiquement. Le fond des vitrines est bleuté dans une salle, et de couleur bleu foncé dans l’autre. Cette nuance n’a aucun avantage sur le bleuie simple et semble même un contresens , Elisant paraître par contraste les os plus jaunes. Le centre des deux salles est occupe par de longues vitrines doubles, sans cloison, sur les tablettes desquelles sont disposées des préparations molles. Cet agencement, même pour des préparations généralement faites pour être vues d’un seul côté, n’est pas désagréable à l’œil. Dans certains cas même, ces sortes de vitrines doubles, sans cloison, peu profondes, peuvent être d’une grande ressource pour une collection.

Le laboratoire annexé à la collection possède ; 1° un appareil à macération; 2° un appareil à dégraissement.

L 'appareil à macération consiste en une caisse à fermeture hydraulique dans laquelle un courant d’eau chaude est entretenu. Celle-ci s’échauffe en passant dans un serpentin disposé dans un récipient au-dessous duquel brûle un bec de gaz. L’eau entre par le bas dans la cuve où macère la pièce, et s’échappe par le haut, de manière à entraîner les graisses.

1 Patholocjisches Institut ( Deatsch . akcul Jahrbuck ).

U appareil à dégraisser ne fonctionnait pas. Il se compose d’un grand récipient à fermeture hydraulique et à soupape. L’agent employé est la vapeur de benzine.

Laboratoire d’histologie. — Le laboratoire d’histologie de l’institut pathologique est, comme celui de l’institut pathologique à Munich, surtout un laboratoire d’enseignement pour la pratique microscopique. Il n’est ouvert au reste que pendant une durée de deux heures, à certains jours. Il occupe une grande salle largement éclairée par des fenêtres de deux côtés 1. Les tables sont pour deux élèves. Il y en a quarante-deux. Les sièges sont de très bonnes chaises. Chaque élève a son microscope et un linge; et il y a sur chaque table (pour deux élèves par conséquent) une petite boîte en cartonnage avec quelques réactifs, glycérine, acide acétique, etc.

Devant les tables, au milieu de la salle, se trouve la chaire du professeur, et sur une des murailles latérales un immense tableau blanc pour des projections.

Cette collection n’offre rien de remarquable. Elle comprend deux salles, une pour l’anatomie humaine, l’autre pour l’anatomie comparée. Les vitrines sont peintes intérieurement de couleur chamois, ce qui n’est d’aucun avantage. Beaucoup de pièces sèches sont montées sur des planchettes noires, ce qui est également une combinaison peu favorable. Dans la première salle se trouve une caisse à conserver les préparations, à peu près aussi grande que celles du laboratoire d’anatomie comparée du Muséum , doublée entièrement de cuivre étamé et à fermeture hydraulique. Pour celle-ci, on emploie la glycérine ou du moins l’eau glycérinée.

La deuxième salle est garnie de meubles très hauts, mesurant environ im,4o. Des meubles semblables existent également dans la collection pathologique; ils ne me paraissent présenter aucun avantage particulier. Dans les vitrines, un certain nombre de bocaux ou

1 Parmi les laboratoires d’histologie que j’ai visités, je n’en ai vu aucun complètement vitré sur la devanture comme ceux de Paris, au Collège de France et au Muséum.

2 Anatomische Anstcdt und Institut für vergleichende Anatomie t Histologie und Embryologie ( Deutsch . akad. Jahrb .).

plutôt de bouteilles contenant des animaux inférieurs sont rangés zoologiquement avec les étiquettes portées sur des pieds, .toutefois cette salle est surtout consacrée à la squelettologie. Des squelettes, même de dimension moyenne, comme ceux de chiens, sont sur le parquet sans aucune défense. A la vérité , la salle n est pas publique. Je remarque dans les vitrines un squelette de Roussette en position quadrupède. Enfin des os séparés sont placés dans des boites sans uniformité, quelques-unes de couleur vert de Scheele et dun très mauvais effet.

Le laboratoire d’histologie dépendant de l'institut anatomique n’offre rien de particulier. Le régime est à peu près le même que dans les autres laboratoires que nous avons déjà signalés, et qui sont avant tout des laboratoires d’enseignement. Les élèves travaillent sur de petites tables qui paraissent même manquer de la stabilité nécessaire. On leur fournit des microscopes.

Le laboratoire d’anatomie et d’histologie n’a pas de bestiaire. Les animaux utiles aux études de développement qu on y poursuit en ce moment même sont placés dans de mauvaises cages empilées les unes au-dessus des autres, derrière le bâtiment.

L’institut anatomique comprend aussi le service de la physiologie (professeur M. A. Frick), dont l’installation intérieure est sans intérêt. Nous n’en dirions rien, si Ion ne venait piecisement d’élever pour ce laboratoire un bestiaire nouveau qui peut être considéré comme un modèle parmi tous ceux que nous avons visités. Il est séparé du laboratoire par un herbage et destiné à remplacer le chenil actuel , sorte de hangar où les chiens sont enfermés dans de vieilles cages. Il n’est pas encore complètement occupé. C’est une maison à un étage. Les salles sont partout dallées et inclinées pour faciliter l’écoulement des urines. Les fenêtres sont munies d’un grillage pour empêcher les oiseaux, tels que pigeons, etc., de s’échapper. Au rez-de-chaussée, deux salles sont destinées aux chiens , qui continueront toutefois probablement d’être maintenus en cage. L’étage est destine aux lapins et comprend également deux pièces : dans la première, on laisse sécher le fourrage; la seconde est divisée en deux parcs. D’un côté sont les mâles; de l’autre les femelles, un seul mâle et les jeunes. Les animaux, tous d’une espèce rousse et de grande taille, paraissent se trouver très bien. Une barrière à claire-voie et percée seulement de deux chattières isole le râtelier. Contre la muraille sont dis-

posées des cabanes indépendantes souvrant chacune par une chattière, et dont le couvercle mobile peut être soulevé pour surveiller ce qui s’y passe, l’âge des portées, etc.

Au milieu de l’herbage qui sépare le laboratoire du nouveau bestiaire se trouve un bassin de 5 à 6 mètres où l’on garde les grenouilles. Il est entouré, à 5o centimètres environ de ses bords, d’une cloison de zinc haute de 8o centimètres à peu près et que les animaux ne peuvent franchir. Ils se nourrissent et se reproduisent dans ce bassin, où on les pêche pour les besoins du laboratoire et où ils nous ont paru atteindre une fort belle taille.

3° INSTITUT ZQOLOGICO-ZOOTOMIQUE.

A Würzburg comme à Tubingue, le service de la zoologie et de l’anatomie comparée est concentré dans les mains du même professeur. L’institut zoologique et zootomique est placé au deuxième étage des anciens bâtiments de l’université. II est dirigé par M. le professeur Semper, aidé d’un assistant et d’un préparateur. L’assistant reçoit 870 marks, le préparateur i,3oo, auxquels s’ajoutent quelques petits bénéfices. On remarquera que le prépa teur est plus payé que l’assistant, qui est toujours un homme de passage, appelé tôt ou tard à devenir professeur quelque part. Pour les frais de la collection et des recherches (entretien, achat de bocaux , esprit-de-vin , animaux vivants et leur nourriture, etc. ) , le budget de l’institut est de 1,000 marks.

La collection 11’offre rien de remarquable; elle est très peu riche, installée dans des locaux très défectueux. Les animaux en peau sont séparés des pièces anatomiques proprement dites, squelettes ou pièces molles. Un certain nombre de squelettes sont faits avec une grande perfection. Ils sont préparés au moyen de la solution chaude de potasse, même des squelettes de poissons. Le point important est de donner à la solution le degré de concentration convenable, ce qui se reconnaît simplement au doigt, quand elle devient légèrement onctueuse. Le temps qu’on la laisse agir diffère selon la grosseur des animaux. En tout cas, les ligaments ne doivent pas être atteints.

Pour les pièces humides, M. Semper paraît s’applaudir beaucoup de l’emploi de bocaux de forme rectangulaire. ( Voy. ci-dessus, p. 21.) La surface où s’applique le couvercle doit être dépolie, et, pour le bouchage, la paraffine es! très supérieure au mastic.

Les laboratoires de l'institut sont insuffisants ou plutôt n existent pas. C’est clans la galerie, qui n’est d’ailleurs jamais ouverte au public, que le professeur poursuit en ce moment même des expériences sur l’influence de la lumière.

Au lieu de verres de montre, M. Semper se sert, pour mettre les coupes microscopiques qui doivent être observées dans un ordre déterminé, de plateaux de porcelaine avec quarante cupules, qui sont fabriqués ou au moins monopolisés par le professeur Graaf à Aschaffenburg.

Je dois encore signaler ici un mode de préparation très intéressant qu’a bien voulu me communiquer M. Semper en me montrant des objets que j’ai dû prendre d’abord pour des moules admirables obtenus avec une pâte blanche non cassante; il m’a fait voir ainsi des anoclontes où l’on distinguait les plus petits détails des branchies. Pour obtenir ces pièces, voici comment on procédé. L animal vivant est placé dans une solution très faible d acide chromique, à laquelle on ajoute quelques gouttes d’acide acétique. Cette solution est, pour ainsi dire, seulement destinée à tuer 1 animal; les petits animaux, les mollusques, y sont laissés deux heures; de plus gros, huit heures. L’animal est ensuite porté dans l’alcool faible, pour être durci. On remplace cet alcool par de l’alcool de plus en plus fort; le but est une déshydratation complète, et, pour l’atteindre, il faut arriver jusqu’à l’alcool absolu. De là la pièce est portée dans l’essence de térébenthine, où on la maintient encore quelque temps. On n’a plus alors qu’à la laisser sécher. On obtient l’animal même, dont les organes n’ont été en rien déformés, et qui est constitué par une pâte souple. Les plus petits details, tels que les nerfs d’un escargot disséqué, sont conservés avec leur volume, et l’état des parties intérieures est tel, que les coupes microscopiques donnent la notion exacte de leurs rapports.

L’institut zoologique et zootomique n’a aucun bestiaire spécial. Les animaux vivants, nombreux, qui servent aux études de M. Semper et de son assistant, sont dispersés où l’on peut. Une portion d’appartement est convertie en grandes cages pour des perruches ondulées qui ne cessent de pondre et de couver toute l’année. Dans les caves sont les aquariums, placés au-dessus d’une sorte de long évier : de cette façon, les pertes par les joints des appareils sont sans importance. L’eau est de l’eau de rivière filtrée. Les anodontes y vivent très bien, et une série de ces ani-

maux, rangés à l’étroit dans un plat creux sous un courant d’eau vive, se reproduisent et ont permis de suivre tout leur développement.

L’institut zoologique et zootomique publie un recueil scientifique spécial dans lequel ont paru d’importants travaux.

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