TUBINGUE
L’université de Tubingue, longtemps fréquentée surtout par les théologiens, semble en ce moment attirer chaque jour plus d’élèves en médecine, et elle a par conséquent subi une transformation correspondante. On y a construit récemment un institut physiologique; un institut spécial est destiné à l’anatomie; l’institut pathologique est à peine installé. On peut considérer l’université de Tubingue comme le type des petites universités prospères de l’Allemagne. Elle est encore remarquable en ce quelle possède, au nombre de ses sept facultés, une faculté spéciale des sciences naturelles (Naturwissenschafiliche Facullàt).
On compte à Tubingue trois collections d’anatomie :
i° Collection d’anatomie pathologique à l’institut pathologique 2;
2° Collection d'anatomie humaine et monstruosités à l’« Anatomie » ou institut anatomique 3 ;
3° Collection d’anatomie comparée dans les vieux bâtiments de l’ Université, récemment réparés, où sont également les collections
1 Zoolocjische Sammlung ( Deutsch . akad. Jahrbuch).
2 Patolocjisch-analomisches Institut (Deutsch. akad. Jahrbuch).
3 Anat omis chcs Institut (Deutsch, akad. Jahrbuch).
de zoologie réunies au même service 1 et la riche collection de paléontologie.
Ces trois collections sont entièrement distinctes et placées , comme cela arrive souvent, dans des établissements éloignés les uns des autres.
L’institut pathologique occupe un bâtiment spécial, qui s’élève près de l’hôpital dans les jardins de l’université; il a été construit en 1872 et est actuellement sous la direction du professeur von Schuppel. A cause de la date recente de sa fondation, cet institut mérite une attention particulière. Il est décoré intérieurement avec une certaine élégance. Dans le vestibule s’ouvre une garde-rôle pour les étudiants, qui déposent là leurs effets. Le bâtiment renferme des cabinets de travail pour le professeur et son assistant. La salle d’autopsie est au premier étage, avec un système de chariots et de trucs pour apporter et enlever les cadavres. La collection, dont l’agencement est tout récent, est très soignée. Le mobilier est des plus simples, mais le contenu des vitrines est élégamment disposé. On a cherché partout l’uniformité, qui paraît toujours être, dans une collection, la condition principale d’un coup d’œil agréable.
Extérieurement , les vitrines sont peintes en bois ; intérieurement , elles sont d’un blanc éclatant. Elles sont toutefois trop hautes et trop profondes. Beaucoup de pièces molles. Les objets , dans certaines vitrines, sont parfois disposés en deux rangs sur des tablettes larges alternant avec des tablettes plus étroites qui n’occupent que la moitié de la profondeur de la vitrine. Cette disposition est essentiellement mauvaise, et les inconvénients en deviennent d’autant plus manifestes que la collection s’enrichit davantage.
Il y a des meubles. On peut regarder l’existence de ceux-ci comme indispensable dans une collection d’anatomie; mais il faut compter que le dessous de ces meubles demeure à peu près perdu : on n’y peut mettre que de gros objets, et le mieux sera toujours cle l’occuper par des tiroirs. Un certain nombre d’ossements et de pièces diverses, tels que calculs biliaires, urinaires, etc. . sont librement placés dans des boîtes de carton. De celles-ci, les unes sont quadrilatères et noires, rappelant celles où étaient autrefois dis-
i Zooloyische Sammhmy ( Deutsch. akad. Jahrbuch).
posées les petites télés de mammifères dans la galerie du Muséum; les autres sont hexagonales et il y en a de deux dimensions. Ces boîtes, fort bien construites, sont recouvertes de papier noir glacé ou bleu très foncé. L’effet, avec les deux couleurs, est le même. L’agencement de ces boîtes hexagonales est assez plaisant à l’œil, mais il ne permet pas la disposition en séries, qui est le grand avantage des boîtes rectangulaires, surtout quand leurs proportions sont calculées pour se combiner. De petits objets similaires, disposés dans des tubes, sont parfois réunis dans la même boîte. (Voyez plus loin.) — La nature même de la collection, essentiellement consacrée à la pathologie, me dispense de m’y étendre davantage.
Salle de microscopie. — -Les tables, de la largeur commune, sont disposées sur deux rangs : le second rang est surélevé au moyen d’une grande marche occupant la moitié de la salle. La place de chaque élève mesure un peu plus d’un mètre. Chacun reçoit un microscope (l’institut en possède trente-deux) et un petit matériel de travail fort élémentaire : une serviette changée tous les quinze jours, des verres, des aiguilles montées, un flacon de glycérine, un autre d’acide acétique. Cette installation se retrouve à peu près la même dans la plupart des universités.
On désigne à Tubingue sous le nom à' Anatomie un bâtiment placé à mi-côte de la hauteur qui domine le quartier où se trouve l’université. Il est exclusivement consacré à l’étude de l’anatomie de l’homme et dirigé actuellement par le professeur J.-W. Henke, auteur d’un traité d’anatomie topographique bien connu. L’Anatomie, bâtie en 1 835 , est aujourd’hui insuffisante, et il est question de la remplacer par une construction nouvelle qui s’élèvera dans le voisinage même de l’ancienne. Comme à l’institut pathologique, on trouve à l’Anatomie des salles de dissection, un amphithéâtre où les élèves ont, comme partout en Allemagne, un pupitre devant eux, sur lequel ils prennent leurs notes avec moins de fatigue que sur leurs genoux.
L’amphithéâtre, muni d’une table tournante, est, comme la plupart des amphithéâtres d’anatomie, à gradins étroits et très élevés; il est éclairé par une immense baie qui donne autant de lumière
que si l’on était à ciel ouvert. Sous ce rapport, cet amphithéâtre est un des mieux partagés que nous connaissions. La collection est à l’étage supérieur; elle comprend des pièces sèches ou dans l’alcool qui ne présentent rien de notable. Quelques-unes sont dans des vases en forme de coupe avec pied, que l’on rencontre fréquemment en Allemagne et qui nous semblent foit peu pratiques. Il faut signaler parmi les pièces molles une riche collection de monstres humains et en particulier beaucoup de monstres doubles. L’ordre et la disposition des pièces humides laissent beaucoup à désirer. L’éclairage de la salle est d’ailleurs peu satisfaisant. Le fond des vitrines est bleuté. Elles sont trop profondes, et les pièces y sont par suite souvent disposées sur plusieurs rangs, ce qui devra toujours être évité : la collection du collège des chirurgiens de Londres, sous ce rapport, est un modèle. Les pièces sèches sont placées dans des meubles à fond noir, ce qui est d’un très mauvais effet pour ces sortes de préparations.
Beaucoup de pièces osseuses sont dans des boites de caiton carrées, dont le fond est rouge sombre, ou noir, ou bleuté, sans aucune uniformité.
Parmi les objets dignes d’intérêt : une boîte contenant des modèles de globules du sang de l’homme et des batraciens grossis cinq mille fois en diamètre. A noter encore : une collection de vues stéréoscopiques faites sur les pièces corrodées du Dr Danstcher, dlnspruck1. Cette collection, placée dans de riches étuis, a été offerte à l’université de Tubingue quand elle a fêté, il y a deux ans, son quatre centième anniversaire. Ces vues stéréoscopiques accompagnent un exemplaire magnifiquement relié de photographies à plus grande échelle des mêmes pièces : Photogi'aphischer Allas nach Corrosionpraeparaten des Innsbrücker anatomischen Muséums (Inspruck, 1877) , que l’auteur a fait précéder de quelques pages de texte où il expose ses procédés.
La place étant tout à fait insuffisante, on a dû laisser sur le palier de l’escalier un certain nombre de grandes pièces molles dans des auges fermées, comme 011 en trouve dans presque toutes les universités pour servir aux démonstrations. Ce sont, pour la plupart, des coupes macroscopiques du tronc ou des membres ayant servi à l’ouvrage du professeur Henke. Ces pièces
Chez Frédéric Bopp , photographe. Inspruck.
baignent entièrement dans l’alcool. Quelques-unes des auges sont en zinc; mais ce métal a une influence fâcheuse sur la conservation des pièces, qui s’y recouvrent d’une sorte d’enduit gras. On doit en fabriquer d’autres i.
L’Anatomie possède, comme l’institut pathologique, une salle pour les études microscopiques, qui n’offre aucune disposition notable.
Cette collection occupe le second étage d’un vieux bâtiment nouvellement restauré, dont la collection zoologique remplit le premier étage. Le rez-de-chaussée et deux sous-sols abritent la collection paléontologique. La collection anatomique et la collection zoologique dépendent du professeur Eimer. La première est à coup sûr remarquable pour une petite ville comme Tubingue. Le milieu de la salle, aussi bien que les cotés, sont occupés par des vitrines. Elles sont moins hautes que celles de l’institut pathologique, et, comme presque toujours, trop profondes. Le fond est bleuté, mais il semble qu’on tende à substituer à cette couleur, au moins pour certaines vitrines, le rouge brun employé ailleurs. En effet , dans la restauration récente des bâtiments , le mur de la salle a été peint de cette nuance, sur laquelle ressortent admirablement les squelettes. Le fond de quelques vitrines pleines de bocaux est également peint de cette couleur brune; mais l’avantage n’est plus ici le même, et le blanc semble préférable pour les préparations molles.
Beaucoup de squelettes sont placés sur les vitrines. Les grands squelettes de mammifères sont sur le parquet , sans que rien les garantisse; mais on n’oubliera pas que la collection (comme cela
1 II est possible qu’en combinant l’emploi du chlorure de zinc et de l’alcool on obvie complètement à cet inconvénient. C’est au moins ce qui paraît résulter d’une observation qui nous est personnelle. Le laboratoire d’anatomie comparée du Muséum se sert de grandes auges où des pièces ainsi traitées par le chlorure de zinc et l’alcool, ne plongeant pas entièrement dans celui-ci et simplement recouvertes de linges, se sont très bien conservées pendant un temps qui a dépassé parfois dix ans. J’ai retrouvé dans ces auges, en 1 879 , le Fourmilier dont j’avais fait l’étude en 1867 et 1868; les chairs étaient restées souples; les matières à injection ne s’étaient pas dissoutes, et l’on put encore faire, au bout de ce temps, avec l’animal, un certain nombre de préparations sèches très convenables qui figurent dans la galerie du Muséum,
est le cas ordinaire en Allemagne) n’est pas publique, bien qu’on y laisse entrer ceux qui désirent la voir, le dimanche de 1 1 heuies à 2 heures et le jeudi de 2 à 4 heures. Les pièces molles sont placées dans des bocaux cylindriques, sur des tablettes en retrait les unes des autres; les étiquettes sont fixées sur les bocaux, selon un usage très général en Allemagne. Les pièces molles sont d ailleurs et de beaucoup les moins nombreuses, avec quelques pièces sèches, estomacs soufflés, etc. . . La collection se compose essentiellement de squelettes, en général bien préparés. On remarque : Éléphant jeune, Balénoptère, Globiceps, Narwal, Crocodile de grande taille, Chameau , etc ... ; quelques beaux squelettes de poissons, en particulier: Diodon, Balistes, etc. . . Les oiseaux sont placés obliquement et alignés, comme dans les collections de zoologie, sur des tablettes en retrait les unes des autres, disposition à laquelle on devra toujours préférer des vitrines peu profondes. Les squelettes qui se présentent le moins bien sont ceux de serpents : la plupart sont de petite taille, rectilignes et soutenus en l’air à une certaine distance du plateau. A cette disposition, on doit préférer celle qui est adoptée pour ces squelettes au muséum de Bouen : l’animal, placé directement sur le plateau, est replié contre lui-même un nombre plus ou moins grand de fois. Tous les squelettes, y compris ceux qui ne sont point abrités dans les vitrines, sont montés sur des plateaux noirs où le nom de l’animal est peint en blanc, ce qui est d un assez mauvais effet. Certains squelettes (Pangolins, embryons, etc.) sont dans l’alcool.
Aucun squelette sec n’est verni. Aucune pièce n’est défendue par un abri spécial à l’intérieur des vitrines. Il n’existe pas, à proprement parler, de collections d’os séparés. Des squelettes réduits en pièces sont placés sans ordre dans des boîtes carrées, bleutées, avec le fond en papier brun rougeâtre, glacé, rappelant la nuance du fond des vitrines.
Pour les tètes désarticulées des très petits animaux, chaque os est dans un très petit, tube bouché avec soin , et tous ces tubes sont placés ensemble dans la même boîte de carton. Cette disposition pour de tels objets paraît excellente et devra être imitée. La salle de préparation est petite, et un seul homme est attaché aux soins de la collection.
Collection microscopique. — Du service de l’anatomie comparée
et de la zoologie dépend également une collection microscopique placée dans le cabinet du professeur. Les préparations, d’ailleurs peu nombreuses, reposent à plat dans les tiroirs. L’ordre adopté est l’ordre zoologique.
Budget. — Le professeur Eimer, pour les achats, l’entretien et le personnel de sa collection, m’a dit ne disposer que cle 800 marks. 11 n’a pas d’assistants et regrette la dispersion des universités allemandes, dont quelques-unes sont dans de véritables villages , tandis qu’à une petite distance se trouvent parfois de grandes villes, comme Stuttgard , riches en collections et en moyens d’étucles.
Institut physiologique. — L’institut physiologique forme un bâtiment spécial, où le professeur, M. le Dr Vierordt, a son logement Cet institut ne présente rien de particulier. Le bestiaire est isolé au milieu d’un herbage. 11 se compose d’un petit bâtiment à large toit avec quatre portes donnant dans quatre réduits. Trois sont occupés par des lapins; le quatrième sert de magasin à fourrage. Ces réduits sont bitumés, à parquet incliné. Ils paraissent être rarement nettoyés. Les animaux, pour se cacher, ont des terriers artificiels, recouverts de planches qu’on peut lever au moyen d’anneaux.
MUMCH.
J’ai publié, il y a un certain nombre d’années déjà, une étude sur les collections de Munich l. Ce qui suit est donc en partie le rappel de mes anciennes observations, en même temps que j’aurai à indiquer les changements survenus depuis la publication du travail auquel je fais allusion.
Munich possède quatre collections d’anatomie, groupées aujourd’hui autrement quelles ne l’étaient il y a quatorze ans:
i° Collection zoologico-zootomique 2 de l’académie, sous la di-
1 Les collections d’anatomie comparée de Munich , dans tes Actes du muséum de Rouen ( 1 864).
2 Zoolocjisch-zootomische Samrnlung , faisant partie du General Conservatorium der xvissenschajllichen Sammlungen des Staates. Dans te Deutsches ahademisclies Jahrbuch , cetle collection est rangée au nombre des instituts et des collections de l’Etat, etc., qui, sans être des attributs immédiats de l’université, servent à l’enseignement.
rection de M. de Siebold, et distincte de la collection de paléontologie sous la direction de M. Ziltel , qui appartient aussi à l’académie;
2° Collection d’anatomie comparée, autrefois placée à l’institut physiologique1 et actuellement dans les bâtiments de l’académie ;
3° Collection de l’institut anatomique 2, formée par M. de Bischoff, et aujourd’hui sous la direction deM. Rüclinger.
4° Collection de l’institut pathologique.
1° COLLECTION ZOOLOGICO-ZOOTOMIQUE DE L’ACADEMIE3.
Cette collection comprend la zoologie et une collection de squelettes entièrement distincte. Celle-ci est dans des salles spéciales, et, pendant que la collection zoologique est ouverte au public, cette collection squelettologique ne l’est jamais; elle a été déplacée depuis i864 : elle occupe aujourd’hui deux salles, mais la première attire évidemment tous les soins.
A. Première salle. — Elle comprend les squelettes entiers. Trois côtés de la salle sont garnis de vitrines. Entre elles et le côté des fenêtres sont des meubles, de la hauteur d’un homme, vitrés sur les quatre faces, mais non en dessus, ce qui fait un mauvais effet. Quelques grands squelettes (ceux d’Eléphant, de Girafe, de Chameau) sont sur le parquet; mais les squelettes même de la taille de ceux de Dugong et de Lamantin sont abrités. Les vitrines sont peu profondes; un squelette d’Autruche y trouve juste sa place. « Le fond et les planches 4, tout l’intérieur des vitrines en un mot est peint à la colle d’une couleur brun cramoisi foncé. Cette nuance nous paraît préférable à la couleur noire employée au même usage dans les galeries de Vienne5 en Autriche et dans
1 Physiologisches Institut uncl physioloyische Sammlung ( Deutsck. akacl. Jahrbuch).
2 Anatomische Sammlung in anatomischer Anstalt (Deutsck. akacl. Jahrbuch ).
3 Zoologisch-zootomische Sammlung. «Conservator Dr von Siebold. I Adjunkt Dr Kriegsbaumer; II Adjunkt Dr Gemminger; I Preparator Dr Kuhn; II Preparator Dr WilL»
4 Les parties guillemetées sont extraites presque textuellement de mon étude de 1 86 A -
5 Voyez Hyrtl, Das vergleichcnd-anatomische Muséum an der Wiener medicinischer Facultât (Wien, i865, page 1 4 3 , note i)..
d’autres que nous avons visitées. Cette nuance fait ressortir à merveille la blancheur remarquable des squelettes. M. de Siebold a depuis longtemps rigoureusement banni l’emploi des vernis, qui a pour effet de jaunir à la longue et aussi de rendre extrêmement cassants les os délicats des petits vertébrés. Mais ce qui est surtout intéressant, c’est la perfection de ces squelettes. La plupart sont dus à la patience d’un préparateur aussi modeste qu’habile, M. Will, qui n’a pas ruiné le musée en outillage. *< J’ai tout fait avec « ce scalpel, nous disait-il en nous montrant un vieil instrument, « depuis un squelette de Girafe jusqu’à des squelettes d’Épinoche. » Tous les squelettes, quand cela a été possible, ont été montés sur des fds de fer passés dans les os longs des membres, et même dans un des métatarsiens chez les animaux digitigrades. Les deux armatures antérieures, passant sous les omoplates, vont rejoindre, vers la deuxième vertèbre dorsale , l’armature rachidienne. Les deux armatures des membres postérieurs, chez les quadrupèdes, chez les oiseaux, passent parla tête du fémur, traversent le fond des cavités cotyloïdes, et se joignent dans l’excavation du bassin. Ces fers passés dans les membres suffisent toujours amplement à soutenir le squelette, quelles qu’en soient les dimensions; nous n’avons guère vu qu’une Girafe soutenue en outre, dans la région delà deuxième vertèbre dorsale, sur une tige de fer de la grosseur du doigt. Les oiseaux sont montés de même, sans appareil visible; et nous n’exceptons pas les Echassiers, les Spatules, les Flamants, les Avocettes. L’armature rachidienne, recourbée en boucle, est engagée dans le trou occipital et retient la tête, qui n’est pas autrement attachée. Cet artilice est suffisant pour empêcher tout mouvement.
« L’attitude de la plupart des squelettes est la station normale ou physiologique. 11 y a toutefois à cette règle d’assez nombreuses exceptions. Nous les regardons comme fâcheuses. Un des premiers soins dans une collection squelettologique doit être, en effet, de conserver l’attitude physiologique des animaux. Il ne faut s’écarter de cette règle que le moins possible, soit qu’il s’agisse de donner aux os une position qui permette de mieux étudier certains détails, soit qu’on veuille ramener le squelette à une espèce d’attitude théorique. L’attitude théorique d’un poisson pleuronecte, par exemple , est celle qu’on lui donne en replaçant les névrapophyses et les hémapophyses dans le plan vertical. Ce sont là de vraies pré-
paradons d’anatomie comparée. En peut-on dire autant de ces squelettes de chauves-souris étalées comme celles qui sont clouées sur les portes des campagnes? Sans doute on voit de la sorte un peu mieux le sternum et d’autres détails, et il y aurait même tout autant de raison de préparer ainsi des oiseaux, ce qu’on ne fait pas : de telles pièces sont bonnes au même titre que des os détachés, mais, en principe, les squelettes de chéiroptères devront toujours être montés dans l’attitude quadrupède, qui est leur attitude normale, sinon habituelle, parce que c’est le seul moyen de montrer et de faire valoir les analogies anatomiques des bras et des mains chez ces animaux. C’est ainsi que Blainville les a figurés dans son Ostéographie et qu’on en voit au reste dans la collection qui nous occupe. L’Orang-outang, Y homme des bois de la collection du stathouder de Hollande pouvait être pendu par le sinciput droit sur ses pieds, si mal faits cependant pour appuyer par la plante sur le sol : Blainville , quand il fit monter des squelettes de singes anthropoïdes les plaça invariablement dans l’attitude quadrupède qui caractérise leur démarche l.
« Mais ce qui est surtout digne d’admiration clans la collection ostéologique des bâtiments de l’académie de Munich, c’est la minutieuse recherche, le rigorisme scientifique qui a présidé à la confection des squelettes les plus délicats. Aucun os, si petit qu’il soit, n’a échappé, et tous sont entièrement nettoyés. Nous pouvons citer comme difficultés vaincues : les dernières vertèbres de la queue d’un Calotes crisialelus Kuîl.; les os de l’oreille conservés en place de YAmeiva vulgciris Licht. , du Plaiydactylas guttatus Cuv. ; les côtes d’un Draco volans , ou encore les membres rudimentaires de toute une série d’ophidiens, tels que Seps chalcides Bon., Tortrix scytale Oppel., Acontias meleagris Cuv ., Eryx jacalus Daud. . . Les os des membres, chez quelques-uns cle ces reptiles, ne sont pas de la grosseur de nos plus fines aiguilles, et, à la difficulté de leurs dimensions, ils joignent encore celle d’être perdus au milieu des chairs.
«Pour les squelettes très délicats, et en particulier pour les poissons, voici comment on procède. L’animal est conservé dans l’alcool tant qu’on n’y travaille pas, mais la préparation est faite
1 Toutefois un squelette de gorille pourra toujours très bien figurer à côté d’un squelette d’homme, étant monté de même. Un très bon spécimen de ce genre existe dans la collection de Goettingue. (Voyez plus loin.)
sous l’eau, dans une cuvette de verre placée sur un fond noir. L’animal est divisé ordinairement en trois morceaux : la tête, le thorax, la queue. Ces trois parties sont plus tard réunies par de la gomme et des chevilles de bois. Jamais on n’emploie de métal à cet usage. Le squelette achevé est soutenu dans l’attitude qu’on veut lui donner par deux fds de laiton très fins. Certaines têtes de poissons sont aussi articulées avec des fils métalliques l. On remarque parmi les préparations rares ou intéressantes de cette galerie : squelettes de Chirogaleas olivaceus Lin., Stenops gracilis III., Cklamydophorus truncaius 111., Dasypus setosus Lin. , Siren lacerlina Lin.; un squelette de Pelecas crislatus avec ses innombrables arêtes replacées après coup (il a été impossible de faire autrement), une Anguilla jluviaiilis avec toutes les pièces osseuses des nageoires dorsale et ventrale, des Gaslerosteus aculeatus avec les plaques de leurs cuirasses conservées en place, un squelette de Turbot recouvert de sa peau avec les boucles osseuses qui la garnissent, un Accipenser sturio (jeune) préparé de même etmontrant à la fois le squelette profond et le dermatosquelette, un Osiracion dont une moitié de la carapace enlevée laisse également voir le squelette interne en place. Ces squelettes, à peu d’exceptions près, sont sur des plateaux noirs. Les plus rares, et aussi parfois les plus délicats, sont sous des cages de verre, toujours proportionnées à leurs dimensions 2. Les angles de ces cages sont peints en noir, comme le plateau. Celui-ci est toujours parfaitement verni et poli. On y place les pièces qui ont dû être détachées du squelette et qu’il a paru important de conserver, comme l’appareil hyoïdien des poissons 3, des hyoïdes de reptiles, des otolithes de poissons, les membranes terminales avec les ongles des pattes de l’ornithorynque, etc.
« L’ordre zoologique n’est suivi que dans la mesure de la convenance, ce qui n’a aucun inconvénient pour une collection d’ana-
1 Le lit d’argent, dans ce cas, doit toujours être préféré.
2 U nous avait paru que dans l’ancienne galerie, où l’cclairage était meilleur, les objets souffraient moins de cette addition d’un nouveau verre. En principe, elle doit toujours être évitée.
3 11 en est de même dans la collection de Vienne : «Bei allen Skeleten ist das Zungenbein-Kiemengerüsle aus dem Kopfe herausgenommen und mit besonderem Schutz aufgestellt, zur genaueren Besichtigung dieses compiicirten Apparates, dessen Verbleiben im Kopfe ilin der Untersuchung voliends entzogen Iiaben würde. » (Hyrtl, loc. cit., page 1 4 3 , note î.)
tomie. Il importe peu , en définitive, que des squelettes soient rangés dans un ordre biotaxique absolument rigoureux. Il suffit de les réunir en groupes aussi naturels qu’on le peut faire. Agir autrement, c’est s’exposer à des pertes de place énormes par la présence de grands animaux au milieu de petits , mais c est s exposer surtout à un autre inconvénient plus grave : celui ciéioignei du regard les objets les plus précieux , les plus rares ou les mieux préparés, quand la rigueur de la classification exigera qu’ils soient placés ou très haut ou très bas. Il nous parait que, dans une collection bien entendue, on doit toujours avoir soin de mettre en bonne vue et en grande lumière les pièces les plus délicates, les plus belles, surtout les plus intéressantes.
«L’étiquetage manque d’uniformité; les étiquettes sont petites, toutes écrites à la main , et ne portent que le nom zoologique de
fanimal. « ,
Nous avons dit que la collection n’était pas publique. L accès
des vitrines est seulement réservé aux travailleurs et aux hommes spéciaux. Le même préparateur qui fait les squelettes est seul à les soigner et à tout entretenir dans une propreté parfaite.
Chose à noter : M. de Siebold lui-même ne se sert jamais pour ses cours de cette collection. Jamais les pièces ne sortent de leurs vitrines sous aucun prétexte. Il y a pour l’enseignement une collection spéciale dont nous parlerons plus bas.
B. Deuxième salle. — Cette salle est beaucoup moins soignée et semble une sorte de débarras. On y voit cependant au milieu un beau squelette de Cachalot jeune, encore épiphysé. Les vitrines occupent trois côtés de la salle; quelques meubles renferment une collection de têtes osseuses et de squelettes dissociés. Le fond des vitrines est bleuté; les têtes sont placées la plupart dans des boîtes de carton également bleutées et d’un aspect en général assez peu plaisant. Dans les meubles sont des séries de têtes d’oiseaux très bien préparées et disposées dans de grandes boites.
2° COLLECTION D’ANATOMIE COMPAREE b
Nous avons dit que la collection de l’académie ne servait jamais
1 Vergleichend-anatomische Ans tait. «Conservator D von Siebold.» Ce sei vice paraît fort peu fréquenté des élèves. Il y a une salle de dissection avec quelques tables n’ offrant rien de particulier.
aux leçons. On a transporté pour cet objet à l’académie, où se font les cours d’histoire naturelle, une collection qui existait précédemment à l’institut physiologique1. Elle est reléguée dans d’anciennes vitrines, placées elles-mêmes dans une sorte de couloir. Elle se ressent beaucoup des transports que subissent les pièces et ne présente aucun intérêt. Nous y noterons cependant l’existence de plusieurs embryons de cétacés Phocœna , Narwal, etc. et un très petit embryon de Balœnopiera rostralci avec son œil relativement énorme.
Cette collection, commencée par M. deBischofF, est aujourd’hui dirigée par M. Rüdinger, longtemps son assistant et actuellement son successeur désigné. Elle occupe le premier étage de l’institut anatomique, spécialement destiné à l’enseignement de l’anatomie humaine 3. Cette collection comprenait autrefois l’anatomie pathologique, qui a été transportée à l’institut pathologique. Il en sera parlé plus loin. Dans sa nouvelle distribution comme dans l’ancienne4, elle occupe trois salles, ayant chacune leur destination écrite sur la porte. Ces désignations montrent bien l’évolution même qu’a subie la collection en passant des mains de M. de BischolT dans celles de son successeur, attiré vers un autre ordre de travaux.
lre Salle. — Ostéologie, anatomie topographique.
Cette salle, comme les suivantes, comprend à la fois des vitrines et des meubles; les vitrines sont peu profondes. Elles sont tapissées de papier gris-bleu foncé, dont l’effet est beaucoup moins satisfaisant que la teinte rouge-brun. Au milieu des vitrines, on en voit une, garnie de rideaux intérieurs, où sont les cerveaux d’un certain nombre de personnages connus, anciens professeurs, etc., et entre autres celui de Tiedemann, celui de Liebig, conservés dans l’alcool. Ces pièces humides sont le complément d’une collection de cires placée dans la salle suivante.
1 Voyez notre étude de i864, p. i4.
2 Anatomische Anstalt.
3 On attend la création prochaine d’une chaire d’embryologie et d’histologie , pour laquelle le gouvernement bavarois demande des fonds aux Chambres.
4 Voyez notre étude de i864.
Dans les autres vitrines, on remarque:
i° Une collection considérable de crânes, parmi lesquels tiois cents d’anciens Égyptiens;
2° Une série de moulages à la cire des sinus maxillaires montrant la différence de volume qu’ils offrent chez l’homme et chez la femme. Pour obtenir ces pièces, les os sont plongés un temps
suffisant dans la cire chaude, puis corrodés;
3° Des modèles agrandis de l’ostéologie du pied et de la main , 4° Des séries montrant le développement de certains os chez l’homme, où le même os est répété dix et douze fois avec une grande régularité de proportions depuis l’apparition (macroscopique) de l’organe jusqu’à la naissance. Ces séries sont élégamment disposées sur des fonds de velours noir. Les parties répondant à certaines cavités en formation, telles que celles des sinus, sont peintes, afin d’en laisser mieux suivre le développement. Le velours noir a toutefois l’inconvénient de prendre la poussière. Au reste, ces préparations avaient été spécialement faites pour la photographie.
Sur les meubles sont des coupes du corps humain pratiquées au moyen delà congélation. Ces coupes, en long, en travers, etc., sont conservées dans l’alcool, soit dans des vases plats et à pied pour les plus délicates; soit, pour celles du tronc, dans des caisses élégantes en bois de chêne, avec un couvercle vitré, et munies à l’intérieur d’un revêtement de métal anglais ( Britanniamelall ). Celui-ci conserve son poli, sinon tout son brillant. Le couvercle est retenu par de gros crochets de cuivre qui le pressent et font une fermeture suffisamment hermétique. Ces caisses sont construites par Riedinger (Mechanikfabrik , Augsbourg). Le prix, qui varie avec la grandeur de la caisse, est toujours assez élevé. Parmi les coupes placées dans des vases, on remarque celles qui montrent les rapports des parties du bassin chez le fœtus et des parties de l’orbite chez l’adulte. Elles sont généralement fixées sur des plaques de cire de diverses nuances avec des piquants de hérisson; mais ces plaques ont toujours le grave inconvénient de se décolorer plus ou moins. Des cadres verticaux contiennent des coupes microscopiques dans le baume : œsophage et trachée à diverses hauteurs, troncs de jeunes embryons, etc. M. Rüdinger nous a montré en outre, dans son laboratoire, d’autres coupes semblables disposées pour être vues à plat : les préparations sont sur une vitre horizon-
taie recouvrant une glace inclinée à 45 degrés. Quand celle-ci est tournée du côté du jour, les préparations se trouvent éclairées en dessous l.
2e Salle. — Anatomie normale.
Cette salle comprend des pièces sèches, des pièces humides, des corrosions de M. Rüclinger qui ont figuré à l'Exposition de 1867 à Paris, pièces en somme peu instructives et qui ont le grave inconvénient de se détériorer parla chaleur. Là sont aussi des moulages de cellules mastoïdiennes en connexion avec la caisse du tympan , obtenus , comme ceux des sinus maxillaires , par corrosion. Sur quelques pièces humides on a tiré un excellent parti « de la méthode des imbibitions partielles » : pour montrer un nerf déterminé au milieu de toute une pièce disséquée, on le colore en l'imbibant de carmin insoluble dans l’alcool.
Pour les organes mous et creux, tels que le cœur, on a mis à profit le durcissement par l'acide chromique. L’organe est fortement injecté avec la solution dans laquelle on le plonge (acide chromique 1 p. 0/0). Les vaisseaux sont liés de manière que l’organe reste gonflé, et quand il est fixé, on pratique des coupes qui montrent tous les détails des cavités; on conserve ensuite la pièce dans l'alcool.
3e Salle. — Embryologie et pièces de cire.
Dans les vitrines sont des pièces humides se rapportant à l’embryogénie de l’homme et des mammifères , ainsi qu’une collection de monstres. Sur les meubles sont des modèles de cire se rapportant à l’anatomie de l’homme et de la femme gravide, au développement de l'homme et des animaux, à l'ovulation, à l’anatomie du fœtus, aux circulations primitives, au développement de l'ovule dans les végétaux et dans les animaux, à l'anatomie de l’Am-
phioxus, aux métamorphoses des Echinodermes, etc. Beaucoup de ces cires sont du Dr Ziegler de Fribourg-en-Brisgau; d’autres sont duDr Weisker de Leipzig. Toute une série de pièces se rapportant à l’ovologie du lapin sont uniques.
1 Dans le cabinet du professeur, un meuble renferme une très belle collection de préparations microscopiques uniquement relatives à l’anatomie de l’homme. Les coupes ont été généralement faites sur des pièces traitées par l’acide chromique à 1 p. 0/0, et paraissent plutôt propres à l’étude des rapports des tissus qu’à celle des éléments mêmes.
On remarque enfin une collection cle moules de cerveaux humains en cire. Celte collection, commencée par M. de Bischofï, n’a donné, que nous sachions, aucun résultat comparatif digne d’être signalé, malgré la conviction de l’honorable professeur, exprimée autrefois devant nous, quelle conduira tôt ou tard à d’importantes vérifications. « Ces modèles proviennent de personnes dont on a connu les aptitudes et le degré d’intelligence. Le modèle du cerveau de Tiedemann , beau-père de M. de Bischoff, est la; le modèle du cerveau du père de M. de Bischoff également, et ceux de plusieurs professeurs d’université. Ces moulages sont obtenus par un procédé bon à faire connaître : après avoir extrait avec soin le cerveau, on moule a la cire la cavité cerebrale ; sur l’épreuve ainsi obtenue on sculpte à lebauchoir les circonvolutions d’après le cerveau lui-même. Ce procédé évite les déformations qui se font toujours dans l’encéphale extrait du crâne. C’est la seule manière qui ait paru à M. de Bischoff vraiment satisfaisante; il est certain que l’on arrive ainsi à constater des différences considérables entre des cerveaux qu’on aurait pu croire identiques. On fait de meme pour les animaux, poui les grands singes en particulier. Quand M. de Bischoff n a pas eu le cerveau , il a sculpté les circonvolutions d’après les dessins inédits de Tiedemann ou les figures de Gratiolet et d’autres. »
L’étiquetage dans les trois salles laisse beaucoup à désirer. Ce sont parfois de très petites étiquettes en écriture cursive sur papier
brunâtre.
Cette collection occupe l’étage supérieur de l’institut pathologique, dont le directeur est le Dr L. von Buhl. Les salles sont vastes, sans vitrines du côté des fenêtres, munies de meubles dans le milieu. Les vitrines sont de couleur vieux bois; les montures sont en saillie, ce qui donne une certaine élégance à l’ensemble mais perd beaucoup de place et attire trop le regard aux dépens du contenu des vitrines. Celles-ci, trop élevées, ne descendent pas jusqu’au sol : à 75 centimètres du parquet environ une tablette de 4o à 5o centimètres court tout autour de la salle devant les vitrines. Leur intérieur et celui des meubles est peint en rouge brun. Cette dernière nuance ne m’a pas paru trop nuire aux pièces molles, qui sont là mieux peut-être que sur fond clair.
Les vitrines sont peu profondes, comme il convient, et certains meubles ont une forme qui paraît avantageuse. Les deux vitres, inclinées de chaque côté, sont séparées à la partie supérieure par une tablette sur laquelle on dépose des objets qui ne demandent point à être abrités.
Belle collection de monstres humains.
Laboi'atoù'e d’histologie. — L’institut possède un laboratoire d’histologie, dirigé également par M. le professeur von Buhl. Les tables sont disposées sur trois gradins. Elles sont relativement étroites. Sur chaque table, un système permet de faire rouler un chariot portant un microscope, rappelant ce que Quecket avait installé, croyons-nous, le premier, dans son amphithéâtre du sous-sol du collège des chirurgiens de Londres.
On donne à chaque élève du linge, qui est renouvelé, et un microscope pour deux. Vingt-cinq élèves peuvent facilement travailler dans ce laboratoire. En avant des tables existe une petite rigole où coule constamment de l’eau. Les élèves y placent leurs bandes de verre et leurs verres minces, qui se trouvent ainsi nettoyés. N’ayant visité ce laboratoire que pendant les vacances, je ne saurais dire si ce système est vraiment pratique.
Dans la salle se trouve une collection d’étude, composée de fragments de tumeurs, etc. fixés ou durcis par les procédés ordinaires et conservés dans l’alcool.