MUSÉE ZOOLOGIQUE
Une particularité intéressante m’engage à dire ici un mot du musée zoologique 3, placé sous la direction de M. le professeui W. Peters. Ce musée, très beau , est situé, comme celui d’anatomie , dans des salies dont la disposition est peu favorable; mais il est tenu avec un soin extrême. La collection offre un certain nombre de squelettes mêlés aux animaux en peau, surtout parmi les mammifères. Près des singes anthropomorphes figure leur crâne. Parmi les ruminants, beaucoup ont également leur crâne osseux sur le plateau qui les porte; de même, un jeune Lamantin. On remarquera d’ailleurs qu’on voit également un certain nombre de mammifères conservés dans l’alcool mêlés aux animaux en
peau.
Dans la salle des poissons, il y a également plusieurs squelettes, la plupart fort beaux, entre autres celui d’une très petite Baudroie. Beaucoup de ces squelettes sont abrités sous des cages de verre. Mais ici les squelettes ne sont plus mêles aux bocaux. Ils sont tous réunis. Les plus parfaits sont dus au docteur Hilgendorf, qui a été professeur au Japon, d’où il a rapporte un certain nombre de ces
pièces.
Cet institut a subi depuis vingt ans des agrandissements notables. On y a ajouté deux ailes, un etage supérieur, etc. Celui-ci est occupé par une collection anatomique disposée dans des vitrines latérales et médianes : le fond est peint de couleur brune, a peu près celle du bois lui-même. Cette collection paraît très riche , mais elle n’a pas l’air d’être rangée : les bocaux sont placés en bloc
1 Dus zoolocjische Muséum ( Deutsch . cikad. Jahrb 3 Palhologisches Institut [Deutsch. akad. Jahrb.).
dans les vitrines, quelquefois simplement sur le parquet. Ou trouve là aussi un grand nombre de crânes et de calottes crâniennes servant ou ayant servi aux études actuelles de M. Virchow.
Le reste de l’institut ne présente point de particularité bien notable; le système des salles nombreuses est appliqué ici comme à peu près partout en Allemagne. Toutefois la salle des morts offre un certain intérêt : une cheminée dans laquelle un foyer de plusieurs becs de gaz brûle constamment, y entretient un courant d’air pur. Les cadavres sont tous recouverts avec des draps imprégnés d’acide phénique, et tous les jours sans exception les voûtes, les murailles, le parquet, sont abondamment aspergés d’eau.
L’institut possède un bestiaire complètement organisé. Il comprend d’abord un chenil avec une quinzaine de cages environ pour des chiens, puis une cour au milieu de laquelle est un bassin muni d’un grillage pour les grenouilles et un pavillon pour les lapins et les cochons d’Inde. Ces animaux y sont en partie enfermés dans les loges appliquées contre le mur et en partie libres dans deux fosses que l’on fait communiquer l’une avec l’autre au moyen de planches inclinées. Dans ces fosses , le fumier est enlevé une seule fois par an. On se contente d’ajouter toujours de nouvelle paille fraîche.
Une pièce du sous-sol de l’institut contient aussi deux rangs de loges pour mettre des lapins en expérience.
Cet institut, le plus luxueux que paraisse posséder aujourd’hui l’Allemagne, a extérieurement presque l’apparence d’un palais dans la Dorotheenstrasse , avec ses vingt-huit à trente fenêtres de façade au premier étage.
Cet étage est occupé tout entier par le logement du professeur, par les salles pour ses recherches et celles de ses assistants, qui sont au nombre de quatre. Certaines salles servent aux études physiques, d’autres aux travaux chimiques. L’histologie a également une installation spéciale sous la direction du docteur Fritsch1. Chaque élève a un microscope (il y en a vingt) et la moitié d’un
1 Les autres assistants sont, je crois, MM. H, Munk, H. Kroneker et Satkowski, tous trois professeurs extraordinaires, ainsi que M. Fritsch ( Deutsch . Uni versitcits-Kalender , 1879-1880).
tiroir avec une petite boite renfermant les divers réactifs essentiels. Il y a des microtomes de toute dimension, y compris le grand dont s’est servi M. Fritsch pour ses recherches et avec lequel on pratique des coupes de cerveau entier. Là est également une collection où les animaux en fragments sont conservés, mais surtout dans l’alcool, quelques-uns après avoir été fixés par l’acide chromique.
L’amphithéâtre est très grand et très beau; la table du professeur, longue et machinée pour les expériences de toutes sortes, est même munie d’une petite machine rotatoire à eau que M. le professeur du Bois-Reymond m’a déclarée inférieure aux machines Schmidt.
Près de l’amphithéâtre est une salle de démonstration dans laquelle les élèves répètent ou voient répéter les expériences de la leçon. C’est le pendant des salles d’étude des instituts anatomiques.
L’institut possède un aquarium; dans une des vasques, c’est de feau de mer qui se renouvelle constamment. Elle est injectée avec de l’air pulvérisé; elle est reprise par un trop-plein, tombe à l’étage inférieur dans un filtre, et de là dans un réservoir, où elle est pompée jour et nuit au moyen d’une machine à gaz du système Rôsike. Les autres vasques de l’aquarium sont pour les animaux d’eau douce. Toutes sont chauffées en hiver par un système de circulation d’eau indépendant.
Une seconde machine à vapeur ordinaire de la force de six chevaux fournit au laboratoire la force motrice nécessaire; toutefois elle m’a semblé avoir pour fonction ordinaire de donner la lumière électrique. Enfin dans le sous-sol se trouve aussi une essoreuse, comme à l’institut de Leipzig, dont les principales dispositions paraissent avoir inspiré M. du Bois-Reymond dans 1 installation de son institut.