‹ Chateaubriand et l'hystérieChapitre 7 sur 24 · MONTANT · texte numérisé non relu

MONTANT

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Le retour réel à l’État des droits d’inscription payés par les élèves dans les facultés, à plus forte raison l’absence singulière de toute rémunération dans d’autres établissements d’enseignement supérieur, ont pour résultat de détacher le professeur de son enseignement. On s’étonne de voir les professeurs allemands faire six, huit leçons par semaine et souvent plus, mais ils ont à cela un intérêt pécuniaire direct. C’est là le secret de ce lien qu’il serait à désirer voir se former en France entre les professeurs et les élèves

et qui ne peut exister qu’à cette condition. Sans doute, on trouve en France nombre de professeurs dévoués qui multiplient leur enseignement, mais pour combien d’autres le professorat est-il simplement une fonction d’État plus ou moins convenablement rétribuée !

Cependant, même dans ce système défectueux, il semble qu’une plus grande latitude pourrait être laissée par le Gouvernement à ceux qu’il a investis de sa confiance. Nous parlons d une plus grande latitude pour l’emploi des fonds, pour la nomination aux situations secondaires (aides-naturalistes, préparateurs, garçons de laboratoire, etc.). Si quelques abus se produisaient dans ce système (et aucun n’en est exempt), le résultat général serait du moins, selon nous, une somme beaucoup plus grande de travail scientifique et d’enseignement. Il suffit, pour en avoir la preuve, de comparer au jeu de plusieurs de nos anciennes institutions ce que rend l’École des hautes études , où le maître jouit d’une indépendance et d’une liberté relatives.

On a remarqué avec raison (ju’en Allemagne l’universite n est pas une collection de chaires, «auxquelles on doit régulièrement pourvoir, mais plutôt une réunion de savants qui se partagent un peu comme ils l’entendent le travail de l’enseignement : c’est là une tradition qui a été inaugurée à Goettingue, Le professeur n’est pas nommé à une professure, mais appelé ( berufen ) à l’université '. »

En France, aucun établissement, même le Collège de France n’est un « collège de professeurs » ; et c’est à notre sens un des principaux vices de notre organisation. On peut ajouter que c’est celui de tous auquel il serait le plus facile de remédier, puisqu’une

1 Montargis et Seignobos, L’université de Goettingue, dans la Société pour l’étude des questions d’enseignement supérieur . Etudes de 1878.

simple mesure législative, ne touchant à aucun intérêt ni à aucune situation de personnes, suffirait pour introduire cette réforme dans nos grands établissements, où la perpétuité des chaires a pour conséquence des créations incessantes de chaires nouvelles et amène forcément un état de choses dont il faudra bien se préoccuper dans un avenir prochain. Partout où l’enseignement est normal, comme dans une faculté de médecine ou une faculté des sciences, il est bien certain que les branches principales de la science devront avoir leur enseignement assuré et que certaines chaires devront se perpétuer; mais la même nécessité n’existe plus pour les sciences connexes qui se transforment avec le temps, elle n’existe à aucun titre pour les établissements dont l’enseignement doit être à chaque époque l’expression même des progrès en cours d’accomplissement dans les connaissances humaines. Tour à tour chaque science prend là une importance dominante ou disparaît. Or, en Allemagne, l’organisation universitaire se prête d’elle-même merveilleusement à cette évolution inévitable, tandis que chez nous la perpétuité des professures y est une entrave sérieuse. Sans doute, l’inévitable loi du temps finit par imposer d’utiles modifications, mais qui s’accomplissent alors par voie détournée et comme subrepticement; c’est ainsi que la chaire d’anthropologie du Muséum, si bien en harmonie avec les tendances scientifiques actuelles, n’est rien autre que l’ancienne chaire d’anatomie de l’homme, transformée jusque dans son titre. Mais ces changements heureux ne sauraient suffire à ouvrir toutes les voies nouvelles à l’enseignement, et l’on pourrait citer telles branches de la biologie qui ne sont peut être point cultivées en France pour cette seule raison qu’elles n’ont aucune place dans le cadre des titres officiels des professures. Certes, nous savons qu’en présence d’un mérite éclatant l’Administration n’hésitera pas à proposer au pouvoir législatif l’ouverture d’un crédit nouveau, mais l’inconvénient est précisément alors de créer pour un homme un enseignement qui lui survivra, qu’on ne pourra plus supprimer après en avoir proclamé l’urgence indépendamment de tout nom de personne. Les choses iraient beaucoup mieux si nos grands établissements étaient avant tout des collèges de professeurs , si la matière de l’enseignement restait subordonnée au choix du professeur, non le choix du professeur à la matière de l’enseignement.

Nulle part en Allemagne l’anatomie comparée n’est enseignée par un professeur spécial. Dans certaines universités, comme à Breslau (M. liasse), à Berlin (M. Beicbert), cet enseignement incombe au professeur d’anatomie humaine. Ailleurs, comme à Tubingue (M. Eimer) , Giessen (M. Eckhart), Leipzig (M. Leuckart), il rentre dans les attributions du professeur de zoologie. Ceci paraît être la règle, tandis que l’anatomie générale, au contraire, reste plus intimement liée à l’enseignement de 1 anatomie humaine ou même de la physiologie L mais surtout à celui de la pathologie. L’institut pathologique de l’hôpital de la Charité de Berlin (M. Virchow) a été le point de départ de ce grand mouvement; et, aujourd’hui, c’est dans les instituts pathologiques seuls qu’on trouve des salles spécialement disposées pour l’enseignement microscopique; nous citerons Munich (M. Buhl), Wiirzburg (M. Rindfleisch), Leipzig (M. Cohnheim). De même, l’embryogénie incombe à Leipzig au professeur d’anatomie (M. His), tandis qu à Munich, après avoir été longtemps jointe de même à la chaire d’anatomie avec M. Bischoff, elle en est distraite depuis que M. Rüdinger lui a succédé, et elle va former avec l’histologie le domaine d’un professeur nouveau qu’il est question d appeler.

Comme on le voit, il n’y a aucune règle fixe pour la division de l’enseignement. Tout dépend des hommes. L’institution universitaire allemande se prête a la marche generale de 1 esprit humain avec la même élasticité qu’aux changements d aptitudes du personnel enseignant. Chaque professeur garde en somme sa pleine liberté, et l’idée d’un règlement quelconque pour délimiter des attributions de chaire plongerait à coup sûr nos voisins dans le plus sérieux étonnement. Un spectacle fort instructif des facultés allemandes est cette confusion constante qu’on y trouve des enseignements anatomique, physiologique et pathologique. Si les instituts physiologiques possèdent des laboratoires pour les recherches histologiques, les grands instituts anatomiques, comme celui de Berlin , ont à leur tour des laboratoires de physique et de chimie complètement montés. De même les instituts

1 Nous avons trouvé des laboratoires pour les recherches histologiques à l’institut physiologique de Breslau (M. Heidenhain) et à celui de Berlin (M. du Bois- Reymond). 11 en est de même dans un autre laboratoire de physiologie célèbre, celui de M. Donders à Utrecht, et de même également, si nous ne nous trompons, dans le laboratoire de physiologie de M. Paul Bert à la Sorbonne.

pathologiques offriront des salles exclusivement réservées aux recherches physiologiques , munies d’appareils coûteux qui n’existent pas, tant s’en faut, dans bien des laboratoires de physiologie même les mieux installés. On peut citer le laboratoire de M. Cohnheim à Leipzig, avec une salle spéciale exclusivement réservée à un grand kymographion et avec un mécanicien employé à l’année pour le montage des appareils dans cet institut consacré pourtant aux études pathologiques.

De même, une très grande liberté d’action est laissée au professeur sur son personnel. En France, ce personnel est nommé administrativement et , par suite, indépendant dans une certaine mesure. En voulant prévenir quelques abus, on a créé parfois les situations les plus inextricables et les plus fausses, dont l’intérêt scientifique souffre peut-être encore plus que des faveurs intempestives qu’on a voulu éviter. Rien de tel , avons-nous besoin de le dire, n’existe en Allemagne, où tout le personnel d’un service est à l’entière discrétion du professeur. En général , ce personne! se divise, soit dans le laboratoire, soit pour le soin des collections, en deux catégories : i° le personnel véritablement scientifique, très mobile de sa nature, passant d’une université à l’autre, composé d’aspirants professeurs pour la plupart; 2° le personnel qu’on pourrait appeler manouvrier, spécialement attar ché à l’institut, n’ayant pas de grades universitaires ou les ayant quelquefois obtenus comme récompense de longs et modestes services. Ces employés, quand ils sont occupés au soin des collections, prennent le nom de conservateurs ; ils répondent à nos préparateurs. On verra par le tableau donné plus haut que leur traitement est souvent supérieur à celui des assistants; mais il ne faut pas oublier que ceux-ci touchent, pour les leçons qu’ils donnent, des rétributions payées par les élèves. C’est là encore une force vive que le système universitaire allemand sait mettre enjeu et qui est perdue chez nous avec nos assistants, nos aides-naturalistes, nos préparateurs fonctionnaires.

Souvent les garçons de laboratoire exercent un métier. A l’institut impérial et royal de Prague, par exemple, le chauffeur est serrurier de son état, un des garçons est menuisier. Quand il y a dans les laboratoires des mécaniciens, on les autorise à faire, sous la surveillance du professeur, le commerce des instruments dont ils ont la spécialité.

Dans cette organisation si différente de ia nôtre, on conçoit que je n’aie trouvé aucune comparaison rigoureuse à faire avec le service dont je suis chargé au Muséum. En Allemagne, pour les raisons que nous avons indiquées, la répartition des services se modifie incessamment. L’annuaire académique allemand ( Deut sches Akademisches Jahrbuch ) publié en 187b n est déjà plus tout à fait au courant, comme nous avons pu nous en assurer. Aussi les chaires en Allemagne n’ont pas d’histoire. En France, elles en ont une, et l’on a trop souvent voulu régler au nom du passé les attributions des professeurs venus plus tard, alors que la face de la science avait changé. Pour cette raison, il ne nous a pas paru sans intérêt d’étudier les solutions diverses données en Allemagne au problème des rapports de l’anatomie comparée avec les autres sciences biologiques, du moins dans 1 enseignement, et de rechercher les avantages ou les inconvénients des diverses combinaisons adoptées.

Au Muséum, l’enseignement par le même professeur de «1 anatomie des animaux», comme on a dit d’abord, et de « 1 anatomie humaine», est la combinaison ancienne : celle du siècle dernier. Le décret du 10 juin 1793 sépara les deux choses : Portai restait chargé de l’anatomie humaine; l’enseignement de l’anatomie comparée était confié à Mertrud, bientôt suppléé par Cuvier. Celui-ci en même temps y rattachait les études paléontologiques, créant ainsi une tradition qui n’a été rompue que depuis peu. Pour Cuvier, l’anatomie comparée était une sorte d’anatomie purement descriptive des espèces animales. Geoffroy Saint-Hilaire l’envisagea au point de vue évolutif. Hunter, peut-être le premier, et après lui de Blain ville, Johannes Muller, virent à leur tour dans l’anatomie comparée la base, l’assise même de la physiologie : c’est dans cet esprit que M. Milne Edwards a conçu le monumental ouvrage auquel il travaille depuis trente ans. Aujourd’hui il semble que certains esprits ne voient en elle qu une annexe de la zoologie, dans laquelle ils auraient la prétention de l’absorber. Cette conception a certainement pour point de départ les beaux travaux monographiques publiés par Johannès Muller et M. Milne Edwards eux-mêmes, par MM. de Quatrefages, Koelliker,

de Lacnze-Duthiers , etc.; mais elle nous semble toutefois reposer sur une notion inexacte des éludes propres à l'anatomie et des procédés qu’elle emploie. Bien que s’appliquant aux memes objets, l’anatomie comparée et la zoologie sont deux sciences justement aussi distinctes que la chimie et la physique, qui étudient aussi les mêmes corps bruts, mais à deux points de vue différents. L’anatomie a pour objet la connaissance de l’organisation des animaux, de leur mécanique, si l’on veut de leurs moyens d’être. La zoologie a plutôt pour essence l’étude des rapports des animaux avec le monde extérieur. Leroy, Buffon, les Huber, M. Darwin, M. Weismann dans ses derniers travaux, nous semblent la personnification même de la zoologie. Il est bien certain qu’aujourd’hui la plupart des zoologistes donnent une attention considérable à l’organisation intérieure des êtres qu’ils étudient : on a même cherché h affirmer par un nom nouveau cette tendance nouvelle en la décorant du nom de z oologie scientifique. De là à concevoir une collection qui offrirait, en même temps que l’ordre systématique du règne animal, le tableau complet de l’organisation de chaque groupe, il n’y a qu’un pas. Dans une des collections que nous avons visitées, cette conception a été de tous points réalisée. Dans d’autres, l’union de l’anatomie et de la zoologie est plus ou moins complète. Nous avons trouvé toutes les combinaisons possibles : nous pouvons juger ce qu’elles valent.

Dans la petite collection nationale tchèque de Prague (M. H. Frick), les pièces anatomiques sont partout méthodiquement rapprochées des animaux en peau ou conservés dans l’alcool auxquels elles se rapportent. L’anatomiste trouve ainsi chaque être dans sa forme à côté des détails de son organisation; nous ignorons si les zoologistes seraient également satisfaits de voir interrompues de la sorte par des pièces anatomiques les admirables séries des grandes collections comme celles des musées de Leyde, de Paris ou de Londres. Il faut bien noter que cette collection de Prague, appartenant à une société particulière, est loin d’avoir l’extension des collections nationales européennes ni même de beaucoup de collections universitaires allemandes.

Cet exemple de la petite collection tchèque de Prague est unique. Partout ailleurs où la zoologie et l’anatomie sont confondues dans une collection commune, l’anatomie est sacrifiée, souvent réduite aux seuls squelettes, presque toujours isolée,

quelquefois complètement délaissée. A l’institut zoologique et zootomique de Leipzig (M. Leuckarl) , les squelettes sont a part, dans la même salle que les mammifères en peau; de meme les squelettes doiseaux. Quant aux pièces molles, elles sont toutes reléguées sans distinction (mammifères, mollusques, poissons, etc.) dans une vitrine unique. Les principes qui ont guidé dans l’organisation du musée tchèque de Prague ne sont donc plus ici du tout observés : nous n’avons plus qu’une collection zoologique à laquelle sont jointes un certain nombre de pièces anatomiques dont l’importance reste tout à fait secondaire.

A l’institut zoologico-zootomique de Würzburg (M. Semper), on retrouve ce qui existe à Leipzig, mais encore atténué : un certain nombre de pièces molles et des squelettes sont simplement mêlés aux pièces zoologiques sans ordre intentionnel apparent.

Enfin, la collection zoologico-zootomique de Munich (M. cle Siebold) offre un effacement encore plus complet de l’anatomie, représentée seulement par des squelettes, c’est-à-dire d’une manière plus qu’insuffisante; et même, ces squelettes sont relégués dans des salles spéciales. La collection de Francfort, celle de Leyde, plus riche encore, présentent une distribution analogue, avec cette différence que les salles des squelettes sont publiques, tandis quà Munich elles ne le sont pas.

Pour nous résumer, on ne trouve que dans une seule collection . et fort secondaire — le groupement rigoureux des pièces ana¬

tomiques près des espèces auxquelles elles se rapportent. On ne saurait formuler aucune objection sérieuse contre cette manière de comprendre une collection zoologique; mais on peut affirmei d’autre part que, dans ce cas, l’anatomie sera toujours sacrifiée, même quand les tendances des directeurs de ces collections sembleraient les porter, comme MM. de Siebold, Leuckart, Semper, plutôt du côté des études anatomiques. La raison en est simple. On peut appliquer aisément les principes de la zoologie scientifique aux animaux inférieurs dont l’organisation est peu compliquée et s’offre souvent tout entière aux yeux quand on ouvre l’animai, ou même se voit par transparence à travers ses téguments. Mais il n’én est plus ainsi des vertébrés, dont les parties beaucoup plus compliquées exigent toujours un nombre consideiable de pie paradons pour être bien mises en lumière. 11 est évident, en effet, que si le système dont nous parlons pouvait être défendu.

c’est à la condition qu’on l’appliquera dans toute sa rigueur, comme à Prague. Il faudra mêler aux pièces zoologiques (animaux en peau, dans l’alcool, etc.), non pas seulement les squelettes, mais les préparations de toute sorte, sèches ou humides, injections, corrosions, etc., car elles sont souvent encore plus caractéristiques pour un groupe donné de vertébrés que les particularités du squelette. Si l’on admet que les divisions des mammifères reposent sur la présence, l’absence ou la forme du placenta, cet organe devra figurer parmi les pièces indispensables d’une collection ainsi conçue. On ne saurait non plus négliger les particularités de certains systèmes anatomiques dans tel ou tel groupe : les réseaux admirables des loris et des édentés, l’estomac des ruminants, les organes génitaux des didelphes, le système des vaisseaux cardiaques chez les ovipares, l’appareil respiratoire et natatoire des poissons, etc. Ajoutons qu’en comprenant ainsi une collection zoologique, il n’y aurait aucune raison plausible de n’y point intercaler également toutes les espèces fossiles à leur place systématique.

En réalité, la biologie est une. Seule, l’extension qu’elle a prise explique les divisions introduites dans l’enseignement de ses branches diverses. C’est une nécessité dont il faut tenir compte sans en exagérer les effets. Au Muséum, l’anatomie comparée n’a pas été sans souffrir un peu, depuis quelques années, d’une part trop grande faite à l’étude des formes animales éteintes, comme elle souffrirait plus encore de se fondre dans la zoologie. Si les collections d’anatomie comparée du collège des chirurgiens de Londres et de l’université de Berlin, qui l’une et l’autre renferment naturellement et nécessairement des fossiles , sont aujourd’hui aussi riches, c’est que de tout temps, ou au moins de bonne heure, elles eurent une existence indépendante : telle l’eut également la galerie d’anatomie comparée du Muséum.

Il nous semble donc évident, d’après tout ce qui précède, que la complète indépendance cl’une collection d’anatomie comparée apparaît comme la condition même de sa richesse et de son importance. Et en effet, où donc trouveraient place dans une collection rangée comme celle de Prague les séries véritablement comparatives que Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, de Blainville ont laissées dans la galerie du Muséum pour attester leurs travaux : séries de têtes désarticulées en vertèbres, séries d’hyoïdes, de

phanères, etc.? De meme, d’autres séries pourront montrer les modifications successives d’un appareil ou d’un organe avec i âge, avec l’époque de l’année (testicule des oiseaux, bois des cervidés) , celles qui sont en rapport, dans un groupe plus ou moins étendu, avec des adaptations fonctionnelles diverses. On n’en finirait pas d’énumérer les séries de ce genre qu une collection d anatomie compa rée digne de ce nom doit renfermer à côté des préparations de systèmes anatomiques entiers: dentaire, artériel , veineux, musculaire, osseux, etc. Nous n’avons guère vu de ces pièces véritablement comparatives qu’à l’institut anatomique impérial et royal de Prague. (M. Toldt ) . Forcément elles font défaut partout ou la collection d’anatomie tend à se fondre dans celles de zoologie. Au contraire, elles deviendront facilement, si Ion veut, la partie la plus attrayante et en même temps la plus instructive d une collection d’anatomie. Et celle-ci, par contre, ne saurait souffrir aucun préjudice des pièces squelettiques ou autres quon jugerait à piopos

de mêler aux séries zoologiques.

Sous ce rapport, le Musée zoologique de Berlin peut être cité. Placé dans le même bâtiment, à deux pas de la collection anatomique sans contredit la plus riche de toute 1 Allemagne, il offre un exemple intéressant de la mesure dans laquelle les pièces anatomiques peuvent servir à eclairer la classification. Un certain nombre de squelettes sont meles aux animaux en peau ou dans l’alcool. Le crâne osseux de beaucoup de mammifères est sur le plateau même qui les porte. Ces préparations viennent ici compléter la collection zoologique, comme on complète ailleurs des collections ornithologiques et entomologiques avec des nids ou d’autres ouvrages de l’instinct des animaux, avec les représentations de faire géographique occupée par chaque espece , en un mot avec tout ce qui touche à son histoire.

L’existence distincte d’une collection anatomique étant reconnue nécessaire, nous avions à nous préoccuper de l’installation même provisoire de la collection du Muséum confiée à nos soins et surtout de l’installation définitive qu’il conviendra de lui donner dans les nouveaux bâtiments qui s’élèvent sur l’emplacement de l’ancien Cabinet du Roi. Nous avions à étudier les problèmes mul-

tiples que soulève l’arrangement d’une grande collection anatomique et à formuler d’avance, d’après ce qui existe ailleurs, les principes qui doivent guider en pareil cas.

Et d’abord la question de l’extérieur des bâtiments importe peu. On a fait, dans ces derniers temps, en Allemagne comme en France, des dépenses considérables pour loger les instituts et les collections. A Munich, à Würzburg, à Prague, surtout à Leipzig et à Berlin, on s’est abandonné à un luxe architectural chaque jour plus grand, qui semble même atteindre, pour l’institut physiologique de M. du Bois-Reymond, à Berlin, avec ses vingt-huit élégantes fenêtres de façade sur la Dorotkeen-Strasse , une importance tout à fait démesurée1.

En France aussi, l’enseignement supérieur se laisse trop aller, selon nous, depuis quelques années, au goût des belles constructions, tout au moins inutile quand il s’agit d’établissements scientifiques. Les architectes sont dans leur rôle en saisissant toute occasion qui se présente d’affirmer leurs talents; aussi n’est-ce pas à eux qu’il faut s’en prendre. Seulement on peut se demander si notre enseignement supérieur n’a pas de plus pressants besoins et si les demeures somptueuses qu’on lui érige n’abritent point des indigences regrettables dans les moyens donnés au travail. L’observatoire de Paris, avec sa sévère simplicité, est sous ce rapport un modèle admirable, construit exclusivement en vue de la fonction qu’il est appelé à remplir, sans ornements inutiles. Parmi les constructions modernes, on peut citer comme exemple le bâtiment où se loge à l’aise l’immense collection zoologique de Leyde : il n’a pas même de façade sur la rue.

Nous admettons que la place réservée à l’anatomie comparée est suffisante et que l’éclairage est parfait : la disposition en galeries avec quelques petites salles annexes semble avoir des avantages sur la disposition en grandes salles distinctes. Ces petites salles permet-

1 Le budget ordinaire prussien pour 1877-1878, sur l’augmentation de 23,996 marks pour l’université de Berlin, porte : «Pour l’institut physiologique, en suite de son agrandissement, de son augmentation de crédit pour six mois à partir d’octobre 1877, i7,55o marks.» D’autre part, on trouve au budget extraordinaire pour la même année 1877-1878, ch. xiii, titre IV : «Construction de bâtiments pour l’institut physiologique et l’institut physique, 6e crédit : 5oo,ooo marks» (lebudgetde 1876-1877, titres XXIV à XXVI, paraît avoir porté pour le même objet 89,000 marks). . . titre VI : «Aménagement instrumental de l’institut physiologique, ier crédit : 20,000 marks.»

Iront d’isoler des séries spéciales: cires, pièces d’un interet historique, monstres, etc - qu’il est toujours assez difficile de faire

rentrer dans l’ensemble de la collection. Toutefois, dans l’installation prochaine de la galerie d’anatomie comparée, la remarquable collection de squelettes de grands cétacés que possède le Muséum exigera une très vaste salle pour les recevoir. Saul ces squelettes et ceux des grands quadrupèdes atteignant ou dépassant la taille du cheval et du bœuf, toutes les pièces anatomiques devront être abritées par des vitrines. Il est superflu de dire qu’aucun squelette, quelles qu’en soient les dimensions, ne devra rester exposé aux intempéries , même sous un abri , comme cela existe actuellement 1 . Il est facile de constater avec quelle rapidité les squelettes se détériorent dans ces conditions. L’altération est déjà très sensible après un petit nombre d’années sur ceux des grands quadrupèdes : elle a une gravité exceptionnelle quand elle porte sur des squelettes de cétacés qui deviennent chaque jour de plus en plus rares, comme

certaines baleines. .

Il ne paraît y avoir, au contraire, aucun inconvénient a laisser

ces squelettes de grands animaux au milieu des salles, à la condition qu’ils soient hors d’atteinte de la main des visiteurs. Au musée d’anatomie comparée de Berlin , l’espace ainsi occupé est entouré de meubles à hauteur d’appui. Cette disposition sera avantageusement modifiée en relevant à la hauteur des meubles la partie centrale du parquet sur laquelle on placera ces grandes

pièces osseuses.

Vitrines. — Meubles. — Dans un grand nombre de collections allemandes2, on a adopté le principe des vitrines placées perpendiculairement aux fenêtres. Ailleurs, à Giessen3, à Munich \ comme à Leyde5, le principe des vitrines latérales appliquées aux murs domine. Dans d’autres collections, les deux systèmes sont plus ou moins heureusement combinés. Le système des vitrines perpen-

» Dans ta cour dite «de ta Baleine». Un grand cétacé est exposé de même au

jardin zoologique d’Anvers. . . ,

2 Collection zoologique de Berlin, institut zoologique de Leipzig, musee de

Francfort, etc.

3 Collection d’anatomie.

4 Collection zoologico-zootomique.

5 Collection zoologique.

diculaires, malgré l’autorité de M. Leuckart qui va l’appliquer clans le nouvel institut zoologique de Leipzig, nous paraît devoir être absolument rejeté. S’il épargne la place occupée, il a le grave inconvénient d’encombrer en quelque sorte les salles : il n’est commode ni pour le public circulant ni pour le visiteur studieux, auquel beaucoup plus de choses échappent que dans les galeries où les vitrines sont en alignement. Enfin les vitrines perpendiculaires ont le désavantage de ne laisser guère de place pour les meubles, toujours indispensables dans une collection anatomique.

Les vitrines ne doivent avoir ni une grande hauteur ni une grande profondeur. On peut regarder comme profondeur maximum nécessaire celle qui permettra d’y mettre un squelette d’autruche. Toutes les pièces qui n’y trouveraient pas place avec ces dimensions resteront sans inconvénient au milieu des salles, sauf celles qui seraient d’une rareté extraordinaire. Les vitrines ne doivent pas être trop élevées, parce qu’alors les objets qui en occupent le haut ne sont plus en vue. Pour la même raison, le bas recevra toujours de gros objets. Si la vitrine ne doit contenir que de petits objets, le mieux serait de ne pas la faire descendre dans ce cas jusqu’au parquet. Si l’élévation, des salles le permet, on ne doit point hésiter à superposer les galeries comme au collège des chirurgiens de Londres, au musée Orfila et au musée d’histoire naturelle de Rouen, remarquable à tant d’égards par ses heureuses dispositions1. Le musée municipal de Rouen, installé par F. A. Pouchet, continue aujourd’hui d’être dirigé dans le même esprit par M. le docteur Pennetier. Tous deux ont su faire d’une collection à tout prendre fort exiguë (particulièrement en ce qui touche l’anatomie comparée) un véritable modèle qu’on peut s’efforcer d’imiter même sur un théâtre beaucoup plus grand.

Extérieurement, les vitrines doivent être aussi simples et leurs châssis aussi réduits que possible. Une monture en fer est peutêtre préférable au bois (bien que nous n’en ayons point trouvé d’exemple), pourvu qu’elle se prête à l’application des bourrelels ou de garnitures quelconques destinées à empêcher la poussière

1 Une application moins heureuse du système des galeries superposées se retrouve à Zurich (collection de l’hôpital), à Breslau (institut anatomique), à Berlin (collection anatomico-zoologique). Dans ces établissements, les galeries supérieures sont reléguées au-dessus des fenêtres, et l’éclairage y est par suite absolument défectueux.

de pénétrer jusqu’aux préparations. L’ancienne disposition de la collection des bâtiments de l’académie, à Munich, où les vitrines s’étendaient dans toute la longueur d’une salle, sans cloison entre elles \ aurait l’avantage d’augmenter la place : elle est surtout commode pour les squelettes de grands animaux. Mais il faut en tous cas qu’un système de crémaillères distinct, répondant à chaque vitrine, permette de toujours installer, au besoin , une cloison ou cela sera nécessaire pour marquer les divisions utiles dans la

collection.

Une question très importante est celle de la couleur qu il convient de donner au fond des vitrines et des meubles. Sous ce rapport, toutes les combinaisons imaginables se sont offertes a nous. Nous avons noté les nuances et les couleurs suivantes : noir -, rouge brun 3, chamois 4, bleu foncé 5, bleu clair ou blanc bleuté 6, blanc7. Notre impression a été que les piècesmolles dans l’alcool, mais surtout des pièces sèches, doivent être placées sur un fond clair ou blanc. A Rouen , la couleur blanche est obtenue au moyen d’un papier glacé qu’on trouve en rouleau dans le commerce et qui a l’avantage de ne pas laisser prise à la poussière. Les tablettes sont recouvertes du même papier, et, pourvu qu’il soit bien colle, l’effet général est des plus satisfaisants. Le fond blanc ou clair est indispensable pour les pièces sèches; les pièces molles dans 1 alcool nous ont paru ressortir presque aussi bien sur fond sombre, pourvu que l’éclairage soit intense. Le fond sombre est indispensable pour les pièces squelettiques. Parmi les nuances que nous avons énumérées, le bleu foncé doit être tout d’abord écarté, comme tendant par contraste simultané a rendre encoie plus jaunes les os , qui sont déjà jaunâtres par eux-mêmes. Le brun rouge semble en faveur : à Munich il a ete adopte depuis plusieuis années par M. de Siebold pour la magnifique collection de squelettes des bâtiments de l’académie, et il vient de 1 être dans la collection de l’institut pathologique récemment construit. M. Ei-

1 Voy. G. Pouçhet, Les collections d’anatomie comparée de Munich , clans les

Actes du muséum de Rouen, t. II, i 86S.

2 Institut anatomique de Breslau.

3 Collection zoologico-zootomique et institut pathologique, a Munich.

4 Institut anatomique, à Würzburg.

6 Institut pathologique, à Würzburg.

0 Collection de l’hôpital, à Zurich; théâtre anatomique de Giessen.

7 Institut pathologico-anatomique , à Tubingue.

mer cherche à introduire cette nuance dans sa collection de Tubingue, et M. Hasse se propose de l’adopter à Breslau dans le nouvel institut anatomique qui doit s’élever bientôt. Cette couleur paraît être au reste celle qu’indique la théorie, tendant par contraste à bleuter les os eux-mêmes un peu jaunes, c’est-à-dire à les làire paraître plus blancs.

Dans la collection actuelle1 de Breslau, le noir est employé, mais on en a tiré mauvais parti. Les vitrines et des sortes de rayons sont entièrement peints en noir et vernis , ce qui donne à l’ensemble un aspect fort sombre que le ton clair des pièces osseuses ne parvient en aucune façon à dissiper. A Bouen, les vitrines sont extérieurement peintes en blanc, les tablettes sont éga lement blanches; seul le fond de la vitrine sur lequel doivent se détacher les squelettes est peint en noir mat à la colle; les plateaux sur lesquels sont montées les pièces osseuses sont noirs, vernis avec grand soin, de manière à ne pas laisser prise à la poussière; les étiquettes sont jaunes (nuance de l’acide picriquej.Ce noir mat du fond a sur le brun rouge l’avantage de s’harmoniser mieux avec la couleur des plateaux; les tablettes blanches, les étiquettes jaunes corrigent dans une mesure suffisante le sombre aspect des plateaux et du fond; la couleur vive des étiquettes clairsemées n’est pas sans contribuer peut-être à faire paraître les os plus blancs par contraste de ton.

Pour les pièces molles, on commence à employer, dans plusieurs collections allemandes , des bocaux rectangulaires fabriqués par la maison Warmbrunn et Kwillitz de Berlin. Outre l’avantage d’éviter la déformation optique que subissent les pièces dans les bocaux cylindriques, ils ont encore celui d’épargner l’alcool, spécialement pour les pièces, toujours nombreuses, disposées sur des plaques. Une question assez délicate en ce qui touche les pièces molles contenues dans des bocaux est de savoir s’il convient de les placer simplement sur des rayons, à la portée directe du public, comme au collège des chirurgiens de Londres, comme à Breslau 2, à Gœttingue 3, ou s’il est préférable de les renfermer dans des vitrines, comme le faisait déjà Aibinus4 et comme

1 Collection zoologico-zootomique.

2 Institut anatomique.

3 Collection d’anatomie pathologique de l’hôpital.

4 Yoy. la gravure en tête de : Suppellex analomica B. S. Albini (8°, 1775)^

elles le sont encore dans la plupart des collections, en particulier dans celle de Leyde, où se retrouvent nombre d’anciennes pièces du cabinet du célèbre anatomiste. En général, il est toujours fâcheux d’exposer une pièce anatomique sous double verre, ce qui est forcément le cas pour celles qui sont dans des bocaux : l’éclairage doit être excellent. Aussi l’autre système sera-t-il préféré chaque fois que cela est possible ; il n’est en tout cas applicable que là où les travailleurs seuls ont accès. Dans une grande collection, quand il existe des galeries superposées, comme celles-ci restent toujours fermées au public, il sera aisé de les réserver pour ces sortes de préparations, qui pourront dès lors être laissées sans inconvénient sur de simples tablettes.

Dans une galerie d’anatomie comparée, les meubles sont indispensables. On devra toujours en établir dans les embrasures des fenêtres, dans le milieu des salles, partout où cela sera possible sans nuire à la circulation et à l’effet général. Ces meubles seront à hauteur d’appui. La vitre supérieure ou les deux vitres (pour les meubles doubles) devront toujours être inclinées; quand il y aura deux vitres, elles seront avantageusement séparées par une tablette assez large pour recevoir soit des objets isolés, soit au besoin une petite vitrine pour des objets précieux à voir des deux côtés.

Quant à la partie inférieure de ces meubles, il laut en faire, si l’éclairage est suffisant, une vitrine pour des pièces massives et de grande dimension, ou, dans le cas contraire, l’occuper par des tiroirs. Ces derniers sont toujours indispensables pour une foule d’objets d’étude : têtes de petits animaux, os séparés, etc., qui, placés dans les vitrines et dans les meubles, comme nous l’avons vu dans maintes collections allemandes, n’attirent pas suffisamment l’attention du public ou bien ont un fâcheux air de désordre. Les petites têtes osseuses, les os détachés de petite dimension devront toujours être renfermés dans des tubes de verre bouchés.

11 peut être bon de ne pas laisser certaines pièces exposées aux yeux du public, soit à cause de leur nature même, soit parce qu’elles se détériorent sous l’action de la lumière. Dans le premier cas, les pièces seront dérobées à la vue par un rideau intérieur. Une vitrine ainsi voilée existe à Munich dans la collection de l’institut anatomique, qui n’est cependant pas publique. Cette vitrine renferme les cerveaux, conservés dans l’alcool, d’un certain

nombre de personnages académiques, parmi lesquels Tiedmann et Liebig. Pour les objets qu’il faut simplement préserver de la lumière, le rideau sera extérieur: cette disposition est adoptée au Muséum pour la collection des batraciens. De même, les meubles pourront être recouverts de lames de carton fixes ou mobiles que le visiteur soulève ou déplace, comme cela existe dans la collection paléontologique de Zurich et dans la collection minéralogique des bâtiments de l’académie à Munich.

Etiquettes. — Catalogues. — Dans la plupart des collections que nous avons visitées, l’étiquetage est défectueux, ou bien, quand il ne laisse rien à désirer, comme à l’institut pathologique de Breslau, c’est un étiquetage exclusivement scientifique, en plusieurs lignes d’écriture courante sur de grandes étiquettes collées aux bocaux. On remarquera que l’essence même des pièces pathologiques est d’être individuelles; elles peuvent exiger pour leur détermination de longs détails. Il n’en est pas de même des pièces purement anatomiques. Pour celles-ci l’étiquette, à notre avis, ne doit en général porter qu’une brève indication : les longs renseignements qui peuvent être utiles trouveront mieux leur place au catalogue. Il n’est pas non plus nécessaire cjue Y étiquette de galerie soit fixée à l’objet même, du moment que celui-ci porte un numéro de renvoi au catalogue. A Rouen, beaucoup d’étiquettes sont ainsi mobiles, placées devant l’objet. Ce système a encore l’avantage de signaler les pièces qui seraient momentanément enlevées. Ces étiquettes sont jaunes, tantôt verticales et tantôt obliques, selon les cas et les objets, toujours proportionnées à la grandeur des pièces. Enfin, elles sont, autant que possible, imprimées. L’étiquette imprimée, quand le prix n’en est pas trop élevé, sera toujours préférée, comme plus lisible et plus durable. Il y aurait avantage à installer au Muséum, comme cela existe à la manufacture de Sèvres, une imprimerie dont le service serait combiné pour l’établissement tout entier. Un seul homme y suffirait certainement, et le nombre des types pourrait être fort restreint.

Toute collection doit être cataloguée. Cela va de soi. Un cïitalogue est l’organe fondamental de la collection, dont il constitue en quelque sorte les archives. A Giessen, M. Eckhart possède encore le catalogue manuscrit de Sœmmering, dont les numéros se voient reproduits sur beaucoup de préparations. Ruysch semble

avoir donné le premier l’exemple de publier un catalogue raisonné et illustré \ et cet exemple a été plusieurs fois suivi. On peut citer au siècle dernier les catalogues de Vater2, celui de Daubenton pour le Cabinet du Roi inséré dans l’œuvre de Buffon 3, celui de Sandifort 4 qu’on trouve encore à Leyde, dans la collection, sur une table. Plus récemment, les catalogues de Walter 5, d’Hodgkin6, de Barkow7,, d’Ehrmann8, la belle série des catalogues de la collection du collège des chirurgiens tJ, qui sont aussi laissés à la disposition du public dans les salles, et enfin, de nos jours, le catalogue que publie M. Houel pour le musée Dupuytren10. Ce sont là des exemples qu’il serait bon d’imiter. Nous n’avons rien trouvé de semblable dans les collections que nous avons visitées en Allemagne.

Si ces catalogues imprimés rendent les plus grands services, ils ne sauraient en tout cas remplacer le catalogue manuscrit , dont ils ne doivent être que la reproduction ou le développement. Ils

1 F.. Ruyschii Thésaurus anotomicus primas cum fleuris- æneis (4°, Amsterdam, 1701 ; en latin et en hollandais).

2 A. Vateri Muséum analomicum proprium in quo omnis generis nitidissima prœparaia anatomica mira arte et stupenda indus tria magnoque labore ab autore ejus confecta (4°, Helmstadii, 1750).

3 Histoire naturelle générale et particulière , avec la description du Cabinet du Roi ,

par M. de Buffon et M. Daubenton (t. III, et suiv., 1749 . ).

4 Muséum anatomicum Academiæ Lugduno-Bataviæ descriptum (fol. Leyde, vol. I, 1793).

5 J. G. Walter, Muséum anatomicum per X et quod excurrit, lustra maximo studio conqestum indefessoque labore perfectum (4°, Berolini, i8o5).

6 T. Hodgkin, A Catalogue oj the préparations in the anathomical muséum of Guys hospital (1 vol. in-8°, 1829).

7 H. L. Barkow, Comparative Morphologie des Menschen und dcr menschenâhn lichen Thiere. 2icr Theil od'er das anthropotomisch-zootomisches Muséum der kônigliclien Universiiàt zu Breslau.

8 C. H. Ehrmann , Musée anatomique de la faculté de médecine de Strasbourg ou Catalogue méthodique de son cabinet d’anatomie physiologique , comparée et pathologique , avec indication des ouvrages, mémoires et observations oit se trouve consignée l’histoire des maladies qui se rapportent aux différentes préparations que renferme cette collection (8°, Strasbourg, 1837).

9 Catalogue of the Hunterian collection in the muséum of the R. college of Surgeons in London; Descript. and illustrated Catalog. of the physiolog. sériés of comparative anatomy in the muséum of the R. college of Surgeons in London (4°, i83o- 1 853 ).

10 Houel, Catalogue des pièces du musée Dupuytren , publié sous les auspices de la faculté de médecine de Paris (8°, vol. I à IV, 1877-1879).

ne sauraient, en effet, se prêter comme celui-ci aux extensions progressives et aux suppressions nécessaires qu’amène le temps dans toute collection. Ce catalogue manuscrit est, par excellence, le document authentique : il est en même temps l’inventaire de la collection.

Il y a longtemps, alors que nous étions aide-naturaliste, nous avions commencé un catalogue de la galerie d’anatomie. Mais le travail en fut bientôt suspendu par le professeur M. Serres, qui fit même effacer, par nous ne savons quel scrupule, les numéros déjà placés sur plus de 5oo pièces. L’expérience de douze années écoulées ne nous a point appris qu’il fallût procéder autrement que nous n’avions fait alors. Chaque pièce porte un numéro indélébile écrit en caractères d’une dimension proportionnée aux dimensions de l’objet. Quand l’estampage ou le burinage ne sont pas possibles, la peinture au vermillon ou l’encre de Chine (pour les très petits objets) , recouvertes d’un vernis, présentent une inaltérabilité suffisante. Il n’est pas nécessaire que ces numéros soient en vue : pour les pièces fixées à un support, ils pourront être inscrits sur celui-ci; pour les pièces humides, M. Semper a fait à Würzburg divers essais, introduisant dans le bocal les indications nécessaires gravées sur une lamelle de verre ou écrites à l’encre de Chine et ensuite recouvertes de paraffine. Cet excès de précaution paraît inutile : le numéro inscrit sur le bocal, même sur le couvercle quand celui-ci est scellé, sera toujours suffisant.

Ces numéros (que l’étiquette pourra reproduire) sont imposés successivement à toute pièce faisant partie de la galerie, sans égard à sa nature ou à sa place. Ils forment une série unique

depuis 1 jusqu’à . Pour distinguer ce chiffre de toute autre

indication, on le fera précéder d’un signe ou d’une lettre, A ou toute autre, qu’on modifierait au besoin pour une seconde série de chiffres commencée dans des conditions nouvelles, avec un professeur nouveau, etc. Ce numéro correspond à un registre au tographe : nous entendons par là qu’il ne sera jamais une copie; il doit être écrit par celui-là même qui a le soin de la collection ou par ses représentants immédiats. Sur ce registre seront consignés l’indication de la nature de la pièce, l’état où elle se trouve actuellement, tout ce qu’on sait d’elle (quand cela offre quelque intérêt), son origine, les figures ou les descriptions qu’en ont données les auteurs, les remarques mêmes que telle ou telle personne

compétente aura faites sur elle, les époques successives ou la pièce aura été modifiée, réparée, enfin réformée. La mention rigoureuse de la place occupée par la préparation dans la collection n’est pas nécessaire. L’ordre systématique quelconque que l’on aura adopté suffit toujours a la faire retrouvei.

Public. — Doit-on donner au public le libre accès des collections, et en particulier d’une collection d’anatomie comparée? 11 est impossible, quand on veut répondre a cette question, de ne pas tenir compte des usages nationaux. Dans plusieurs petites univcisités allemandes, la coutume existait autrefois de laisser, un jour par an, tout le monde entrer à la bibliothèque : c’était une fete. Commerçants, paysans, servantes, se précipitaient; chacun pouvait prendre et regarder les livres à sa fantaisie. L usage existe encore, seulement les visiteurs étrangers n’ont plus que le droit de désigner à un custode le livre qu’ils veulent regarder, et ils l’examinent sous sa surveillance. Pour un jour, 1 université se départit de sa majesté et laisse approcher les profanes1. C’est le régime du privilège, celui qui ouvrait aussi autrefois au public parisien le Cabinet du Roi et quelques autres collections privées. Un sentiment tout nouveau , né de la Révolution avec les premiers musées nationaux, a voulu qu’ils soient largement accessibles au peuple. C’était affaire d’éducation nationale. On escompta la part d’influence que pourrait avoir sur les esprits, même le moins cultivés, le contact des œuvres d’art ou des choses de la Nature.

Mais, depuis cette époque, le caractère des collections d’histoire naturelle en particulier s’est beaucoup modifié. La recherche de la curiosité a fait place à l’esprit scientifique, et nos galeries modernes du Muséum n’ont plus rien de commun avec l’ancien Cabinet du Roi; l’on peut se poser aujourd’hui la question de savoir s’il y a plus de raisons de laisser pénétrer le public dans nos collections systématiques modernes que de lui laisser feuilleter un heibier ou examiner les livres d’une bibliothèque? Nulle part, aucune collection d’anatomie pathologique n’est ouverte au public; il en est de même en Allemagne de beaucoup de collections d’anatomie comparée. A Munich, les salles réservées aux squelettes (admirablement préparés) dans le musee zoologico-zootomique, bien que

1 A Gœttmguc, il y a même un jour public par semaine.

colui-ci appartienne à l’Etat, restent toujours fermées au publie, dans l’intérêt de la conservation des pièces.

Il n’y a aucun mal , et il y a des avantages à ce qu’une galerie d’anatomie comparée soit ouverte quelques heures par semaine à tous; mais elle ne saurait l'être, selon nous, tous les jours sans les plus graves inconvénients. Il faut bien se garder, en exagérant l'influence morale que peut avoir sur la masse populaire le spectacle des objets naturels, de tomber dans un système préjudiciable à la collection elle-même. Il ne faut pas non plus se leurrer en invoquant certaines habitudes de générosité nationale qui ne sont en délinitive que duperie, puisqu’elles ne sont pas payées de retour.

En France, à Paris, il est tout à fait suffisant pour l’éducation populaire qu’une galerie soit publique pendant certaines heures du dimanche et des jours fériés. On atteindra ainsi le but social dont chacun se doit préoccuper : de prévenir certaines timidités prolétaires en engageant à franchir le seuil ceux qui n’osent solliciter une carte, frapper à une porte, même pénétrer sous un vestibule.

Mais s’il est bon de convier par tous les moyens certain public à la fréquentation des galeries d’histoire naturelle, il ne faut pas oublier que ce public-là, pendant la semaine, est retenu à l’atelier. Les visiteurs des autres jours que le dimanche sont tous des oisifs, des étrangers, des gens aisés auxquels il serait, selon nous, d’une démocratie bien entendue d’appliquer le système en usage dans toutes les expositions nationales et qu’on retrouve d’ailleurs dans la plupart des collections européennes : au musée de Kensington comme à l’institut zoologique de Leipzig et à la collection nationale tchèque de Prague, publique deux fois par semaine, mais où l’on paye le reste du temps un droit assez élevé ( i florin). A Paris, ce système est appliqué, si nous ne nous trompons, au Conservatoire des arts et métiers, et nul ne s’en plaint. Il n’y a aucune raison de ne point faire de même au Muséum. Il faut bien se dire que cet impôt perçu en semaine frappe exclusivement des visiteurs qui ont largement les moyens de l’acquitter. Si l’Etat accomplit une de ses fonctions en prenant à sa charge le surcroît d’entretien que nécessite la circulation du public du dimanche, il n’en est plus du tout de même des frais résultant de la présence des visiteurs de semaine, étrangers pour la plupart et qui 11e sau-

raient se plaindre d’un régime presque partout en vigueur chez eux1. Le grand inconvénient de l’accès du public dans les galeries est l’entretien des parquets et la poussière qui en résulte et dont on ne se préserve jamais tout à fait, bien que les vitrines, avonsnous dit, doivent fermer hermétiquement. Or, dans une collection anatomique, la cause principale et presque unique de la détérioration des pièces, surtout des pièces seches, est 1 epoussetage . il est donc naturel de chercher à le rendre aussi rare que possible. Il doit de plus être fait par le personnel même ou au moins sous la surveillance du personnel qui a l’habitude de la préparation et du maniement des pièces anatomiques aussi bien que la connaissance de leur valeur. 11 semblera peut-être singulier d avoir à formuler ces principes élémentaires du bon entretien de toute collection. Cela n’est pourtant pas inutile, et c’est pour avoir négligé des prescriptions aussi simples que la galerie d anatomie comparée du Muséum doit en partie l’état peu satisfaisant ou elle est aujourd’hui.

Une autre cause encore a peut-être contribué pour sa part, si faible qu’elle soit, à amener cet état fâcheux. Le but de toute collection est de conserver, et de préserver de la destruction, des matériaux detude, des pièces rares, des objets uniques; on les expose à la vue de la manière la plus favorable, précisément pour éviter de les déplacer, de les manipuler et de les casser. Pour cela aussi, on n’en laisse que rarement le libre accès dans les vitrines et les meubles aux personnes tout à fait compétentes. Or, cest un principe, dans toutes les collections d’Allemagne que nous avons visitées, qu’aucune pièce ne soit distraite de sa place, même pour les leçons du professeur de qui dépend la collection ; ou bien alors des précautions extraordinaires sont prises pour prévenir les détériorations. Dans le nouvel institut zoologique qu’on élève à Leipzig, M. Leuckart fait disposer un ascenseur destiné à remonter et à descendre sur une table, de la galerie à l’amphithéâtre, les pièces devant servir aux leçons, animaux en peau, bocaux, la plupart moins fragiles que des préparations anatomiques. On n’a pas moins cru devoir prendre toute précaution pour les sous-

1 II est bien entendu que nous parlons ici d’un droit d entrée régulièrement acquitté, sans rien de commun avec les impôts vexatoires perçus dans certaines collections pour les cannes et parapluies, et ailleurs sous la forme odieuse de pourboires.

traire aux inconvénients d’un transport à la main fait par des employés subalternes ignorants de la valeur des choses. On remarquera au reste que les préparations montrées à un public placé sur les bancs d’un amphithéâtre seront toujours beaucoup mieux vues par lui à leur place dans les galeries. Il suffira toujours de quelques pièces sommaires pour fixer les points importants d’une démonstration : encore faudra-t-il qu’elles aient un certain volume, afin d’être bien vues à distance.

Assez souvent en Allemagne, à côté de la collection proprement dite, on trouve une collection spéciale pour les besoins de l’enseignement. C’est ainsi qu’à Munich, près de la belle collection zoologique dirigée par M. de Sieboldt, existe une autre collection sommaire qui seule sert au cours de celui-ci. A l’institut anatomique deBreslau, une collection particulière est de même réservée aux leçons et aux études des élèves. Le prosecteur qui en a le soin est astreint à tenir cette collection en état : il doit refaire luimême les préparations à mesure quelles se détériorent. Pour l’anatomie comparée, une telle collection n’aura jamais besoin d’être bien nombreuse, si le professeur dans ses leçons cherche à instruire quelques « élèves apprentis hommes de science », plutôt qu’à satisfaire la curiosité d’un auditoire désœuvré. Le véritable étudiant saura toujours trouver dans la collection les objets importants sur lesquels son attention a été appelée; disons mieux, il les connaîtra d’avance. C’est plutôt le laboratoire qui doit fournir aux exigences des leçons , avec les pièces en double ou de peu de valeur qui s’y trouvent ou les pièces en cours de préparation qui n’ont pas encore leur place dans la galerie.

Telles sont, Monsieur le Ministre, les considérations principales sur l’arrangement et la conservation d’une galerie d’anatomie auxquelles m’a conduit l’étude des collections que j’ai visitées en Allemagne. Il n’est pas douteux qu’en cherchant à appliquer ces principes à la galerie d’anatomie comparée du Muséum elle ne justifie un jour, par son bon état, sa belle ordonnance dans les locaux plus favorables quelle doit occuper, le rang que lui assignent ses origines et sa richesse. Il ne suffit pas qu’elle soit des premières : elle peut, elle doit être la première d’Europe, digne du pays quia été le berceau de l’anatomie comparée avec Vicq-d’Azyr, et de l’anatomie générale avec Bichat.

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