ET LES
1" avril 1899.
Il y a quelques mois, à Saint-Malo, dans la vieille ville qui Ta vu naître, et où il a voulu dormir son dernier sommeil, des voix éloquentes ont célébré la mémoire de René. Il a été loué comme il eût souhaité de l'être. Les deux écrivains qui, parmi nous, ont peut-être le plus complètement hérité de sa mélancolie hautaine, de sa fièvre d'action, de son inquiétude morale, ont parlé de lui en termes qui ont dû ravir d'allégresse son ombre impatiente de gloire. Dans des pages d'une superbe poésie, M. de Vogué nous a dit quel poète fut « l'aïeul qu'il admire et qu'il aime le plus » ; et la robuste, la pénétrante dialectique de M. Brunetière a su mettre en un puissant relief tout ce qui, sous la splendeur des formes littéraires, se cache de pensée forte et encore actuelle dans l'œuvre de l'apologiste
chrétien. Encore une fois, ce sont là les oraisons funèbres qu'il aurait aimées.
A vrai dire, il était homme à préférer celle qu'il avait pris soin de composer lui-même ; et peut-être plus encore qu'à M. de Vogué et à M. Brunetière eût-il été reconnaissant à Térudit consciencieux et modeste qui vient de lui payer sa dette d'admiration en nous donnant les premiers volumes d'une précieuse édition de ses Mémoires d' Outre-Tombe *. « Ces Mémoires^ avait dit Chateaubriand, ont été l'objet de ma prédilection ; saint Bonaventure obtint du ciel la permission de continuer les siens après sa mort; je n'espère pas une telle faveur, mais je désirerais ressusciter à l'heure des fantômes pour corriger au moins les épreuves. » Lé ciel a bien fait les choses : il n'a pas ressuscité Chateaubriand; mais il lui à donné comme éditeur M. Edmond Biré.
Nul, en effet, n'était mieux qualifié pour éditer les Mémoires d' Outre-Tombe, Il y a sans doute des historiens plus impartiaux, il n'y en a pas de mieux informé que l'auteur de la Légende des Girondins et des études sur Victor Hugo et sur Honoré de Halzac; personne mieux que lui ne connaît dans
1. Mémoires d'Outre-Tomàe, nouvelle édition avec Introduction, des Notes et des Appendices, par Edmond Biré, t. I, II et III, Garnier frères; in-18.
ses « dessous » l'histoire politique et littéraire de la fin du xviii'' siècle et du xix° : livres rares, éditions introuvables, Mémoires, Correspondances, articles de revues ou de vieux journaux, il a tout lu, tout exploré, tout noté. Je me l'imagine, — M. Biré habite la province, — vivant dans une vaste « librairie », surchargée de livres de toute espèce et de toute dimension, encombrée dé cartons, de catalogues et de répertoires, mais le tout si ingénieusement et si méthodiquement classé qu'on y peut circuler à Taise et s'y reconnaître presque facilement. On rêverait une Bibliographie du XIX^ siècle composée en collaboration par M. Edmond Biré et par M. de Spœlberch de Lovenjoul.
Admirablement instruit de tout ce qui concerne la vie et l'œuvre des principaux auteurs de notre siècle, M. Biré a surtout consacré les multiples ressources de son érudition à deux catégories d'écrivains : ceux qu'il aime et ceux qu'il n'aime pas. Heureusement pour lui. Chateaubriand est parmi les premiers. Ceux qui ont lu les études séparées que M. Biré a publiées sur l'auteur des Martyrs^ notamment tel article du Correspondant sur les Mémoires d' Outre-Tombe^ ont dû bien souvent souhaiter que ces gerbes éparses fussent réunies en un seul faisceau, et surtout qu'un travail d'ensemble reliât entre elles tant d'observations judicieuses et d'instructives recherches. M. Biré vient de réaliser ce dernier vœu, et de telle sorte qu'on ne pourra plus parler de Chateaubriand sans
avoir recours à lui. Il n'y a plus aujourd'hui qu'une seule édition des Sermons de Bossuet : c'est celle de l'abbé Lebarq; il ny aura plus, d'ici longtemps tout au moins, qu'une seule édition des Mémoires d'Outre-Tombe : ce sera celle de M. Edmond Biré.
L'un des principaux mérites du nouvel éditeur est d'avoir rendu au monument son architecture primitive. Il a rétabli la division en parties et en livres que le poète avait adoptée pour tous ses grands ouvrages, et qui, jusqu'en 1846, — on nous en donne des preuves péremptoires, — se retrouvait dans le manuscrit. De ce que cette division ne figurait pas jusqu'à présent dans les éditions des Mémoires, devons-nous d'ailleurs conclure qu'elle avait disparu du manuscrit, — ou de la copie peut-être, — qui, après la mort de l'écrivain, fut remis à Emile de Girardin? M. Biré me parait s'y résigner un peu aisément. « Il faut bien croire, écrit-il, en présence de l'édition de 1849-1850 et des éditions suivantes, qui en sont la reproduction pure et simple, que le manuscrit de Chateaubriand, dans son dernier état, ne renfermait plus « cette division en livres et en parties », dont l'auteur luimême parle en tant d'endroits. » Et sans doute, l'on peut admettre que ces suppressions regrettables aient la même origine que les « retouches malheureuses » que Chateaubriand, dans les dernières années de sa vie, a fait subir au style des Mémoires. J'ai pourtant peine à croire qu'un artiste comme lui ait pu commettre une aussi étrange
faute de goût; j'aimerais mieux les mettre au compte (l'Emile de Girardin et des premiers éditeurs des Mémoires, qui semblent bien n'avoir fait que réimprimer le texte fourni par la Presse; et, en attendant qu'un jour peut-être la découverte du manuscrit définitif permette d'élucider pleinement la question, je félicite M. Biré d'avoir restitué aux Mémoires leur physionomie primitive et véritable. Ils ne sont plus maintenant c< divisés, découpés en une infinité de petits chapitres, comme si le feuilleton continuait encore son œuvre », mais, bien au contraire, les différentes parties s'en distribuent avec une lumineuse netteté : des Prologues, des finales d'une somptueuse mélancolie ou d'une glorieuse éloquence s'en détachent avec éclat; on avait affaire autrefois, — c'est un admirateur, un disciple ici qui parle, M. de Marcellus, — à « une série de fragments sans plan, presque sans symétrie, tracés de verve, suivant le caprice du jour » : on se retrouve en face d'une admirable œuvre d'art; et, grâce à M. Biré, les Mémoires nous apparaissent enfin comme une triomphante épopée dont Chateaubriand est à la fois le héros et le poète.
Ce n'est pas le seul service qu'il nous ait rendu. Il a joint à son édition une introduction, des notes et des appendices qui en augmentent singulièrement l'intérêt et le prix, et en font, d'autre part, un très bon instrument de travail. Aucun texte, sauf celui des Mémoires de Saint-Simon, n'a plus besoin d'un commentaire perpétuel que celui des Mémoires d'Outre-Tombe : tant de figures y sont
évoquées, tant de portraits dessinés ou simplement esquissés, tant de faits brièvement racontés ou rappelés par de rapides allusions, qu'à chaque instant, en les lisant, on est tenté de réclamer des explications ou des moyens de contrôle. Le commentaire, avant tout historique, de M. Biré nous donne de grandes satisfactions à cet égard : peutêtre l'aurait-on souhaité parfois moins strictement biographique ; peut-être aussi trouvera-t-on que les préférences politiques de l'éditeur s'y étalent çà et là avec quelque complaisance ; mais on aimera mieux louer encore le piquant de son esprit, son style alerte et vif, sa conscience d'érudit, de critique et de biographe. On lui saura gré surtout d'avoir, en des appendices très nourris, élucidé bien des points obscurs de la vie de Chateaubriand *, réuni bien des documents intéressants, rassemblé enfin quelques-unes des principales pièces de la correspondance si curieuse, et malheureusement encore éparse, du grand écrivain : M. Biré semble d'ores et déjà tout désigné pour recueillir, pour publier et pour annoter un jour l'ensemble de cette correspondance, l'une de celles que notre siècle pourra le mieux opposer à celle de Voltaire luimême.
1. Sur quelques points pourtant, on aurait voulu que le travail de vérification et de contrôle eût été poussé un peu plus avant. Par exemple, en de curieux articles de la Revue d'histoire littéraire de la France^ recueillis depuis dans ses Études antiques (Paris, Colin, 1903), M. Joseph Bédier a montré que le fameux voyage de Chateaubriand en Amérique comportait une large part de fiction : M. Biré aurait pu au moins soulever la question.
Enfin, M. Biré a fait de son édition un essai d'édition critique : je dis un essai, et Ton verra bientôt pourquoi. Commencés en 1809*, au retour du voyage en Orient, les Mémoires d'Outre-Tombe ont été à plusieurs reprises revus, retouchés, remaniés, — et assez souvent gâtés — par l'auteur. Nul doute que, si l'on possédait encore soit les manuscrits originaux, soit les copies plus ou moins fragmentaires qui en ont été faites, on ne pût, en reproduisant les variantes ou les corrections successives du texte ^, nous donner une édition des Mémoires aussi et peut-être plus instructive encore que les éditions des Pensées de Pascal publiées par M. Michaut, et plus récemment, par M. Brunschvicg "^
1. Toutes les éditions, et celle même de M. Biré, donnent la date de 1811. Mais la date de 1809 est fournie par le « manuscrit de 1826 », dont il sera parlé un peu plus loin, et qui, jusqu'à plus ample informé, m'inspire plus de confiance que celui qui a été livré à Emile de Girardin, et qui a peut-être été mal lu par les typographes de la Presse.
2. Voir là-dessus les Appendices qui suivent, surtout le premier.
3. Mais Pascal ne se corrige que pour s'améliorer : Chateaubriand, lui, n'étant plus ici conseillé par Joubert et par Fonlanes, a eu rarement des corrections heureuses. Au contraire, si (Quelqu'un publiait jamais une édition critique du Génie du Chris liants me, on serait frappé d'y voir combien, sous la salutaire influence de ses amis, d'année en année, et d'édition en édition, le goût de l'écrivain s'épure, sa pensée se précise et s'affine, son œuvre, en un mot, se perfectionne et se classicise. Et comme l'on y verrait bien d'autres choses encore, il faut souhaiter que ce dernier travail, le plus urgent, trouve sans trop tarder, avec un libraire, un metteur en œuvre intelligent : rien n'est indifl'érent dans l'histoire, même littéraire, d'une œuvre qui marque une date aussi importante dans l'évolution des idées et des mœurs. Je connais, en ce qui concerne le texte seul, non les Préfaces et les « épisodes », six éditions dilTérentcs du Génie: la première, celle de 1802; — la seconde, celle dei803; — V Abrégé à l'usage de la jeunesse, en 1804; — la quatrième,
?]vi(lemment un tel travail, à supposer qu'on en puisse jamais réunir tous les éléments, serait aujourd'hui plus que prématuré. Mais on peut, dès maintenant, en jeter les premières bases et en faire pressentir l'intérêt; et c'est de quoi M. Biré s'est très justement avisé. En 1826, — toute la première partie des Mémoires était alors terminée, — Mme Récamier, en amie prévoyante, avec l'aide de Charles Lenormant, avait copié sur le manuscrit primitif les trois premiers livres : cette copie, assez différente du texte de 1848, a été publiée en 1874 sous le titre de Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateaubriand: manuscrit de i826- M. Biré en a extrait un certain nombre de variantes, — non pas toutes, malheureusement, — qu'il donne le plus souvent au bas des pages. D'autre part, en 1834, — sept volumes des Mémoires étaient alors achevés, — des lectures en furent faites à l'Abbaye-au- Bois, des fragments communiqués aux journaux et revues ; un volume fut même publié, ayant pour titre : Lectures des Mémoires de Af. de Chateaubriand ou Recueil d'articles publiés sur ces Mémoires avec des fragments originaux ; M. Biré a retrouvé ce volume devenu, paraît-il, très rare, et il a eu l'heu-
en 1804 également; — la cinquième, celle de 1809; — et enfin, l'édition définitive de 1828. On notera d'ailleurs que l'édition princeps de 1802 n'est en réalité que la troisième, et qu'elle a été précédée de deux éditions « manquées >», imprimées l'une à Londres et l'autre à Paris, mais qui, hélas! sont devenues aussi introuvables que le manuscrit du Génie du Christianisme lui-même. — Voir sur toute cette question les chapitres qui suivent.
reuse idée d'en détacher quelques leçons nouvelles, qu'il fait suivre de la mention un peu ambitieuse peut être : Manuscrit de 1834>
Sont-ce là cependant les seules ressources dont actuellement nous puissions disposer pour établir le texte critique des Mémoires d'Outre-Tombe ? Puisque M. Biré nous invite lui-même à nous poser la question, il me permettra bien de lui signaler quelques points sur lesquels on serait heureux de le voir compléter un jour son enquête. On souhaiterait d'abord que tous ceux qui ont conservé des fragments autographes ou des copies de certaines parties des Mémoires ouvrissent largement leurs portes et leurs cartons au savant éditeur : je crois qu'ils sont par le monde plus nombreux qu'on ne pense. Faugère, l'éditeur de Pascal, avait plusieurs feuillets d'un manuscrit autographe des Mémoires exactement conformé, nous dit-on, à la copie partielle qui fut publiée en 1874. M. Léon Séché nous apprend que Jules Simon se vit dérober en 1873 tout un cahier, également autographe, de certaines portions de l'ouvrage. Je sais quelqu'un qui possède, en plusieurs gros volumes, une copie des derniers livres, œuvre probable d'un secrétaire, avec des corrections de la main même de Chateaubriand*. Et il serait bien extraordinaire que la famille du grand écrivain n'eût pas gardé par devers elle une copie
1. Voir une description de ce manuscrit possédé par M. Champion, libraire, dans Léon Séché, les Manuscrits des Mémoires (TOutre-Tombe [Revue bleue du 10 mars 1890), et dans G. Ber-
trin, la Sincérité religieuse de Chateaubriand (Paris, LecolTre,
1900, p. 347). — Voir plus loin l'Appendice I.
(le certaines parties au moins d'une œuvre que son auteur avait vue avec tant de déplaisir tomber entre les mains du directeur de la Presse.
Mais nous n'en sommes pas réduits à compter uniquement sur la générosité accueillante et la confiance des particuliers. Nos bibliothèques publiques, elles aussi, peuvent fournir leur contribution de variantes, ou même de fragments inédits. D'après le Catalogue général des Manuscrits des bibliothèques publiques de France, la Bibliothèque de Fougères posséderait un assez long fragment du livre II des Mémoires : on aimerait savoir si le texte en diffère de celui qu'a reproduit M. Biré. Enfin, et surtout, il existe à la Bibliothèque Nationale des fragments manuscrits de Chateaubriand recueillis par un de ses secrétaires. Ed. L'Agneau, et cédés par lui, en 1845, à un certain Edouard Bricon. Celui-ci, se proposant sans doute de les publier, en avait fait une excellente copie, qui se trouve aujourd'hui également au département des manuscrits. Il y a dans ces fragments plusieurs lettres autographes adressées à l'auteur d'Atala, — il y en a une de Lamennais *; —
1. Voici celte lettre qu'on ne sera sans doute pas fâché de trouver ici. Elle n'est pas complètement datée.
« Mon illustre ami,
« J'achève à l'instant même de lire la Vie de Rancé, que je n'avais pu me procurer plus tôt. Je me hâte de vous remercier du souvenir que vous m'y accordez, et de tout le plaisir que m'a fait l'ouvrage. Ce n'est pas seulement l'histoire d'un homme, c'est la peinture d'un siècle, d'une grande et brillante société qui ne renaîtra point. Il est vrai qu'en échange nous avons l'austérité (le la Bourse, et la sagesse, et le patriotisme, et l'éloquence de
mais ce sont surtout des rognures des Mémoires (T Outre-Tombe, et l'on pourrait, je crois, en extraire d'intéressantes, de curieuses variantes. Les fragments de Chateaubriand ne sont pas en général écrits de sa main ; mais, au milieu du manuscrit, on a rassemblé quelques pages, — une espèce de confession amoureuse, — où il est facile de reconnaître sa grande écriture tourmentée et hautaine. Voici ce Discours sur les passions de Vamour d'un nouveau genre. On devinera aisément les raisons qui ont dû empêcher Chateaubriand de le faire figurer dans ses Mémoires : elles sont apparemment du même ordre que celles qui l'ont empêché d'avoir recours à un secrétaire :
[Avant d'entrer dans la société, j'errais autour d'elle. Maintenant que j'en suis sorti, je suis également h l'écart; vieux voyageur sans asile, je vois le soir chacun rentrer chez soi, fermer la porte; je vois le jeune amoureux se glisser dans les ténèbres; et moi, assis sur la borne, je compte les étoiles, ne me fie à aucune, et j'attends l'aurore qui n'a rien à me conter de nouveau et dont la jeunesse est une insulte à mes cheveux.
nos députés, sans compter les cellules que leur philanthropie nous prépare pour y faire pénitence et nous y réformer sur l'incomparable modèle de leurs vertus.
« Parmi tant de choses que l'on voudrait garder dans sa mémoire, vous avez des pages ravissantes de fraîcheur et de grâce, qu'on relit, qu'on relit encore, et qui paraissent toujours plus belles. Pourquoi nous dire : ce seront les dernières? Le génie ne vieillit point. Continuez d'enchanter et nous, et ceux qui viendront après nous. Il y a des chants d'automne comme il y a des chants de printemps, et ceux-là ne sont ni les moins touchants, ni les moins mélodieux.
« Respect, dévouement et admiration.
* F. Lamennais. •»
« Ce 18 mai [1844J.
Quand je m'éveille avant l'aurore, je me rappelle ces temps où je me levais pour écrire à la femme que j'avais quittée quelques heures auparavant. A peine y voyais-je assez pour tracer mes lettres à la lueur de Taube. Je disais à la personne aimée toutes les délices que j'avais goûtées, toutes celles que j'espérais encore; je lui traçais le plan de notre journée, le lieu où je devais la retrouver sur quelque promenade déserte, etc.
Maintenant, quand je vois paraître le crépuscule et que, de la natte de ma couche, je promène mes regards sur les arbres de la forêt à travers ma fenêtre rustique, je me demande pourquoi le jour se lève pour moi, ce que j'ai à faire, quelle joie m'est possible, et je me vois errant seul de nouveau comme la journée précédente, gravissant les rochers sans but, sans plaisir, sans former un projet, sans avoir une seule pensée, ou bien assis dans une bruyère, regardant paître quelques moutons ou s'abattre quelques corbeaux sur une terre labourée. La nuit revient sans m'amener une compagne; je m'endors avec des rêves pesants, ou je veille avec d'importuns souvenirs pour dire encore au jour renaissant : « Soleil, pourquoi te lèves-tu! »]
^ Il faut remonter haut pour trouver l'origine de mon supplice; il faut retourner' à cette aurore de ma jeunesse où je me créai un fantôme ^ de femme pour l'adorer. Je m'épousais avec cette créature imaginaire ^ ; puis vinrent les amours réelles qui n'atteignirent ^ jamais à cette félicité imaginaire dont la pensée était dans mon âme. J'ai su ce que c'était que de vivre pour une seule idée et avec une
\. Ici commence dans le manuscrit (n° 12 454) le fragment écrit de la main de Chateaubriand (p. 23). Au début de la page, on lit au crayon : « Le premier feuillet manque. » Ce feuillet a heureusement été reproduit dans la copie (n" 12 435), et c'est d'après cette copie que j'ai pu donner la page entre crochets qu'on vient de lire.