‹ Chateaubriand: études littérairesChapitre 2 sur 154 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

« Le jugement de la postérité sur Chateaubriand est encore à prononcer, » écrivait il y a quelques années M. Brunetière. Et le mot n'a pas cessé d'être juste, et l'on peut craindre qu'il ne le soit longtemps encore. Cela tient à des raisons assez diverses. On voudrait ici tâcher d'en indiquer quelques-unes.

La première, et non la moindre, paraît être ce que j'appellerais volontiers la longue réussite de sa royauté littéraire. Certes, Chateaubriand, comme tout homme de lettres, a connu les différentes formes et les habituels effets de l'injustice : l'envie, le parti pris et la sottise ne l'ont assurément pas plus épargné qu'un autre. C'est Ginguené, un compatriote, un ancien ami, déclarant au lendemain de la publication du Génie du Christianisme, que la critique vient trop tard et que le livre est déjà oublié; c'est Marie- Joseph Chénier, dans son Tableau de 1810, enterrant d'un mot dédaigneux le Génie du Christianisme, et donnant d'Atala l'analyse caricaturale que Von sait; c'est le persiflage d'Hoffmann dans les Débats lors de l'apparition des Martyrs; c'est le silence prude it et puis le jugement dérisoire de l'Académie sur le Génie dans l'affaire des prix décennaux. Mais, à doté de ces représailles de la médiocrité

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