VI AVANT-PROPOS
OU de rinintelligence, que de témoignages éloquents et spontanés de l'admiration univg:*selle! Si jamais écrivain a, du premier coup, séduit, et ravi, et conquis Topinion, — les journaux et les correspondances du temps en font foi, — c'est bien lui, l'auteur ô^Atala, de /lené et du Génie du Christianisme, Du jour au lendemain, il est entré dans la gloire. A trente-quatre ans, il apparaît déjà à tous comme l'héritier présomptif d'un Rousseau et d'un Voltaire; et la situation que l'un dut à son intervention dans l'affaire Calas, et l'autre à la publication presque simultanée du Contrat, de VHélo'ise et de VÉmile, il est, lui, Chateaubriand, dès 1802, et après un seul ouvrage, visiblement en passe de Tobtenir. On parle couramment de son (( génie »; on rapproche son nom de celui d'Homère; peintres et poètes s'inspirent de lui; on lui emprunte ses idées; on démarque son style; Delille le met en vers, et bientôt les professeurs de rhétorique euxmêmes vont le consacrer (( classique », et lui faire l'honneur de (( morceaux choisis ». Si le « roi Voltaire » avait été témoin de ces triomphes, il aurait eu le droit d'en être jaloux.
Et cette royauté presque sans précédents devait durer près d'un demi-siècle. De 1802 à 1848, il est hors de doute que le plus grand nom, le plus inconte^é, et le plus unanimement respecté de la littérature française est celui de Chateaubriand. Il faudrait bien des pages pour recueillir tous les témoignages publics delà vénération et de l'enthousiasme qu'il excite. Critiques, historiens, romanciers, dramaturges et poètes, — quelques-uns se sont dédommagés depuis, — tous alors proclament sa supériorité et reconnaissent sa maîtrise. Il n'est pas un maître, il est le Maître...
Il n'a pourtant pas à se plaindre de nouy, écrivait en 1834 un juge difficile : il n'a pourtant pas à se plaindre de nous