Ici, un mot barré illisible
8. C'est ici la lecture de la copie. Mais dans le manuscrit, à la place de « comment », il y a un mot qui m'a paru différent, et que je n'ai pu lire.
LES « MÉMOIRES d'oUTRE-TOMBE ». 19
drais-je? Tu me promettrais ta vénération, ton amitié, ton respect; et chacun de ces mots me percerait le cœur. Réduit à cacher ma double défaite S à dévorer des larmes qui feraient rire ceux qui les apercevraient dans mes yeux 2, à renfermer dans mon sein mes plaintes, à mourir de jalousie, je me représenterais tes plaisirs; je me dirais: A présent, à cette heure où elle me [parlait] ', elle meurt de volupté dans les bras d'un autre ; elle lui redit ces mots tendres * qu'elle m'a dits avec bien plus de vérité et avec cette ardeur de la passion qu'elle n'a pu jamais sentir avec moi. Alors, tous les tourments de l'enfer entreraient dans mon âme, et je ne pourrais les apaiser que par des crimes.
Et pourtant, quoi de plus injuste? Si tu m'avais donné quelques moments de bonheur, me les devais-tu? Étais-tu obligée de me donner toute ta jeunesse? N'était-il pas tout simple que tu cherchasses ^ les harmonies de ton dge, et ces rapports d'âge et de beauté qui appartiennent à ta nature? Te devais-je autre chose que la plus vive reconnaissance pour t'ùtre un moment arrêtée auprès du vieux voyageur? Tout cela est juste et vrai; mais ne compte pas sur ma vertu : si tu étais à moi ^, pour te quitter, il me faudrait ta mort ou la mienne. Je te pardonnerais ton bonheur avec un ange; avec un homme, jamais!
N'espère pas me tromper, l'amitié a bien plus d'illusions que l'amour, et elles sont bien plus durables '^, î.'amitié se fait des idoles, et les voit toujours telles qu'elle les a créées * : elle vit du cœur et de l'âme; la fidélité lui est
1. La copie lit « défaite ». Je n'ai pu lire le mot donné par le manuscrit.
2. Le texte exact du manuscrit est : « à [taire des plaintes] renfermer... ». Les mots entre crochets ont été barrés.
3. •« Parlait » a été conjecturé par la copie. Le mot n'est pas dans le manuscrit.