F° 62. Encore d'une écriture de femme
CONCLUSION. — l'avenir. — DIFFICULTÉ DE LE COMPRENDRE * .
C'est surtout M. Alexis de Tocqueville qui a dit cela avec une raison élevée et une pressante éloquence. Je suis toujours prêt à me rendre à Tautorité du talent quand la noblesse du caractère le soutient, mais me serait-il permis de présenter quelques doutes au jeune et déjà illustre neveu de mon frère? En admettant qu'il y ait au ciel un maître qui nous voit, n'est-ce pas d'abord faire une concession que l'esprit philosophique du siècle repousse? n'est-ce pas écraser un peu nos anciennes faiblesses? et puis, cette concession étant faite, j'oserais demander encore si Dieu juge à la façon des hommes? N'a-t-il pas lieu de s'admirer dans l'intelligence concentrée en quelques esprits immenses autant que dans les petits lots de cette intelligence distribuée également entre tous? Un type humain supérieur offert sans cesse à la vue n'est-il pas un sujet permanent d'orgueil et d'admiration? La synthèse de la société est aussi merveilleuse que l'analyse de cette société. Qu'il n'y ait plus de grandes existences individuelles, je m'en réjouis pour la grandeur générale de l'espèce; cependant, je l'avoue à ma confusion, j'aimerais autant passer naa vie avec Aristote et Alexandre qu'avec le citoyen des États- Unis le plus satisfait.
On pensera sans doute que ces pages, même fragmentaires, valaient la peine d'être sauvées de l'oubli.
1. F" 60. Encore d'une écriture féminine, à ce qu'il semble. Le manuscrit lui-même indique l'endroit où cette page devait trouver place. On lit en effet en tête du fragment (je complète la citation) : « Lignes devant fdîre suivre à celles-ci : « On dit qu'une cité dont les membres auront une égale répartition de bien et d'éducation présentera aux regards de la Divinité un spectacle au-dessus du spectacle de la cité de nos pères. » {Mémoires, anciennes éditions, t. XI, p. 467 ; édition Biré, t. VI, p. 456-457.)
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