Peltier imprime : la maladie
Les fils des rois, les guerriers les plus renommés au siège de Troie connaissaient les vertus des plantes. Patrocle, le plus doux des hommes, excellait à panser les blessures, et Achille était célèbre dans la science de Chiron. Quelquefois de belles princesses malheureuses fermaient les plaies des jeunes héros, dont elles étaient devenues les esclaves. On croyait que la médecine était descendue du ciel, et Ton disait qu'Apollon Tavait inventée lorsqu'il était pasteur chez Admète. Esculape est peut-être le seul dieu de la fable, dont la raison pardonne les autels.
Par une suite de ces mêmes idées qui attribuent quelque chose de divin à la médecine, les peuples chrétiens la remirent d'abord entre les mains des solitaires. On supposa que ceux qui guérissaient les âmes pouvaient aussi guérir les corps, et que Termite qui cueillait les baumes mystiques de la montagne de Sion, connaissait aussi le dictame qui apaise les douleurs des mortels. Des vierges se consacrèrent à cet art qui donne une seconde fois la vie. On eût dit que, pour payer ce tribut de douleurs maternelles auxquelles leur virginité les avait dérobées, les femmes se vouaient à une autre sorte de maternité bien plus longue et bien plus douloureuse.
Considérée sous tous les rapports, la classe des médecins ne saurait être trop respectée. C'est chez elle qu'on rencontre le véritable savoir et la véritable philosophie. Dans quelque lieu que vous soyez jeté, vous n'êtes pas seul, s'il s'y trouve un médecin. Les médecins ont fait des prodiges d'humanité. Ce sont les seuls hommes, avec les prêtres, qui se soient jamais sacrifiés dans les pestes publiques. Et quels philosophes ont plus honoré l'humanito qu'Hippocrate et Gallien? Cessons de ravaler une science admirable qui tient aux sentiments les plus nobles et les plus généreux; chantée par Homère et Virgile, elle réclame tout ce qu'il y a de beau en souvenirs. Les études auxquelles elle oblige sont immenses; elle nous donne une merveilleuse idée de nous-mêmes, puisque pour connaître seulement notre édifice matériel, il faut connaître toute la nature, llippocrate, par une expression sublime, appelle notre corps Veffiyie de l'homme : on pourrait aussi le comparer à un palais, dont, après la fuite de l'âme, le médecin parcourt les galeries solitaires, comme on visite
les temples abandonnés que jadis une divinité remplissait de sa présence.
Toutefois, je n'ignore pas qu'on à fait un reproche très grave aux médecins : on les a accusés d'athéisme; mais ce reproche me semble démenti par toute l'histoire. L'art qui demande le plus de raison et de sensibilité n'est point tombé dans le plus absurde et le plus froid des systèmes. Si le spectacle des douleurs humaines, trop souvent non méritées, a fait juger à la plupart des hommes qu'il devait y avoir un monde meilleur après celui-ci, les médecins n'ont-ils pas sans Cesse sous les yeux cette grande preuve de notre immortalité? Enfin, dans tous les temps et dans tous les pays, les méde.cins les plus fameux ont été remarquables par leur piété. Hippocrate et Gallien, dans les siècles antiques, Niewentyt, Hervey, Boerhave, Haller, dans les siècles modernes, en sont la preuve. On soutient que l'anatomie et l'habitude de ne voir que les opérations de la matière jettent les médecins dans l'incrédulité; mais il me paraît que ce spectacle devrait plutôt produire l'effet contraire. On sait que la merveilleuse structure des parties du corps humain a toujours été mise au nombre des causes finales les plus frappantes.
Platon*, Aristote 2, Gicéron^, et une foule d'auteurs modernes* ont écrit, a ce sujet, des choses admirables. S'il s'est donc trouvé un Lamétrie qui n'a vu dans l'homme que la matière, il s'est aussi rencontré un Gallien qui y a découvert la Divinité.
Cet excellent homme, saisi tout h coup d'admiration, au milieu d'une analyse anatomique, laisse, pour ainsi dire, échapper le scalpel, et levant les bras vers le ciel, il s'écrie («) : « toi qui nous as faits! en composant un dis-