‹ Chateaubriand inéditChapitre 1 sur 6 · CHATEAUBRIAND ET LA BOURDONNAVE · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND ET LA BOURDONNAVE

Les Bibliophiles qui ont bien voulu déjà me prêter ici leur attention se souviennent peut-être de la lettre par laquelle Chateaubriand, le 1 1 novembre 1820. sollicitait un électeur du département d'Indre-et-Loire en faveurdu comte François-Régis de La Bourdonnave.

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l ne autre lettre ( io novembre), publiée par M. Louis Thomas( 1 ), montre Chateaubriand recommandant son ami au suffrage d'un électeur inscrit sur la liste d'un

autre collège départemental, celui de Maine-et-Loire, devant Lequel La Bourdonnaye étail aussi candidat. Ces preuves de dévoûmenl m 'ayant donné l'idée de préciser l'histoire des relations entre les deux hommes d'Etat, j'ai demandé à M. le comte de La Bourdonnaye, arrière-petit-fils de l'ancien ministre de Charles X. s'il possédait quelques documents inédits susceptibles de Favoriser ce travail, e1 il m'a répondu très obligeamment en m envoyant copie de quatre lettres de Chateaubriand à son aïeul, conservées dans ses archives de famille. Je produirai ces lettres, puis je dirai quelques mots des témoignages que Chateaubriand a portés sur leur destinataire dans les Mémoires d'outretombe et dans la Guerre d'Espagne.

Au moment où Chateaubriand s'occupait des élections de novembre 1820, il venait d'être nommé ministre de France près la cour de Prusse. J'ai dit ailleurs quelles préoccupations passionnées sur la politique intérieure et sur ses intérêts personnels il avait emportées à Berlin (2). mais d'abord ces sentiments percent peu dans sa correspondance : une dépêche politique au baron Pasquier(3), une lettre à Mme Kécamier (i3 janvier) nous livrent ses premières impressions (/j) : la lettre du même jour à La Bourdonnaye complète ces documents, elle est simple et gracieuse, telle que pou-

(1) Correspondant)' générale de Chateaubriand, t. II, p. 80.

(2) Chateaubriand à Berlin, article publié dans Le Gaulois littéraire du dimanche, 10 août 191 >. .

(3) Le baron Pasquier était alors ministre des Affaires étran-

(7|) Correspondance générale, t. II, p. io5-io8.

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vait la dicter une amitié qu'aucun nuage n'a troublée.

Berlin le i3 Jier 1821.

J'ai été désolé, mon noble et illustre ami, d'être parti de Paris sans avoir eu le plaisir de vous embrasser et de causer une dernière fois avec vous. Me voilà déjà aussi étranger au pays et à la politique que vous bonorez par votre caractère et vos talents que si j'étois né en Huronie. Tout va si vite en France que je rabacherois (sic) sans doute si je vous parlois des affaires de quinze jours. Je ne puis seulement que vous prier de vous rappeller (sic) mes dernières paroles, elles m'étoient dictées par l'estime et l'attachement que je vous ai voués pour la vie.

Écrivez moi, si vous avez un moment, et croyez que je sens plus que personne au monde ce que vous êtes et ce que vous valez.

Mille choses à Donnadieu et à tous nos amis. Nos affaires sont peu connues dans ce pays.

Une année se passe, et M. de Villèle devenu premier ministre nommeChaleaubriand ambassadeur à Londres. Plus tard, Villèle a déploré les divisions que fomentait alors « le caractère personnel de M. de La Bourdonna ye » (1) et blâmé l'attitude du nouvel ambassadeur : « A peine nommé il se fait le représentant des royalistes exigeants, qui menacent de leur hostilité si l'on ne satisfait pas leurs prétentions; mieux encore, pour quelques-uns, pour M. de La Bourdonnaye par exemple si on ne les place de manière à ce qu'ils puissent exercer leur mauvais vouloir avec plus de danger pour le ministère, avec plus de force et de sécurité pour euxmêmes » (2).

Que demandait donc La Bourdonnaye par l'entre-

(1) Villèle, Mémoires, t. III, p. 6.

(2) Ibid., p. 4.

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mise de Chateaubriand? « La pairie sur la tête de son

til> iû âgé di' moins de seize ans ^une promesse de pairie, évidemment), et pour lui-même le poste de «ministre clans les Pays-Bas» (i). Le « mardi soir 5 février ». après une visite de La Bourdonnaye, il plaide auprès de Villèle celle double cause et fait valoir l'intérêt qu'il v a pour le Ministère à s'assurer l'appui d'un député influent el de ses amis. « A ces conditions il (La Bourdonnaye) promet d'être loyalement en paix avec le ministère et de le servir, si besoin est. Mais il veut une explication immédiate, car il veut prendre

(i) Tout le passage est à citer (Correspondance générale, t. II, p. 3o3, lettre à Villèle, 5 février 1822): « Il persiste à demander: i° La pairie sur la tète de son fils (il y a des exemples de cela dans la Chambre des pairs. Le Ministre de la Marine actuel esl pair et son père ne l'est pas. Cazes est pair et son père ne l'est pas, etc.); 20 II abandonne l'idée de l'ambassade de Vienne el se contentera d'être minisire dans les Pays-Bas. » — Le texte de la première demande est assez obscur. Toutefois aux mots « la pairie sur la tète de son fils »je ne vois pas d'autre sens possible que celui d'une promesse de conférer la pairie au jeune La Bourdonnaye dès qui! aura 1 âge légal, puisque la suite de la phrase prouve que La Bourdonnave père ne se souciait pas alors d'être pair. Mais quelle forme pouvait revêtir celte promesse pour être sûre, pour être valable à longue échéance, neuf ans plus tard au moins puisque l'article 28 de la Charte portait que « les pairs ont entrée dans la Chambre à vingt-cinq ans el voix délibérative à trente ans seulement », et puisque le jeune La Bourdonna ve n'avait pas encore achevé sa seizième année? — Le comte François-Régis de La Bourdonnaye finit par entrer à la Chambre des pairs, le 27 janvier i83o, deux mois et demi après avoir donné sa démission de Ministre de l'Intérieur dans le cabinet Polignac, six mois avant la révolution qui mit iin à sa carrière politique. — Charles-Adolphe, son unique fils, ne s'occupa jamais de la politique générale ou locale; né à Angers le 10 juin [806 (Révérend, Titres, anoblissements et pairies de la Restauration, t. I\ , p. 111), il mourut, comme son père, au château du Mésangeau, commune «le Drain, arrondissement de Cholet (Maine-et-Loire) le 22 mai 18^2, âgé de trente-cinq ans onze mois ' Registres de 1 étal civil de Drain, décès).

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parti dans la discussion de la loi sur les journaux (i). Si l'on est ennemi, il parlera contre cette loi qu'il n'aime pas. Si l'on est ami, il gardera le silence et attendra patiemment l'avenir » (2). Villèle jugea qu'il ne pouvait céder à une mise en demeure qui contenait une menace. Nous n'avons point sa réponse, écrite le mercredi 6, mais nous savons par ailleurs qu'elle était vive, et nous présumons qu'elle ne donnait guère d'espoir (3). Chateaubriand, qui voyait l'orage monter dans l'esprit de La Bourdonnaye, le pria de passer chez lui au plus vite.

Jeudi matin 7 fév. 1822.

Mon cher Comle, j'ai bien mal à la gorge et ne puis ni parler ni sortir. Ce matin ou ce soir, avant ou après voire séance à la Chambre, vous me trouverez chez moi si vous me faites le plaisir de venir me chercher.

Vous connaissez ma vieille admiration pour vous et tout mon dévouement.

La Bourdonnaye accourut, et sa visite provoqua tout aussitôt une réplique de l'Ambassadeur au Ministre, nouveau plaidoyer plus pressant encore. Satisfaire La Bourdonnaye, c'est arrêter les divisions entre les Royalistes. « Il faut le conquérir. L'idée que vous avez cédé à une menace ne peut venir à personne : comme royaliste vous appelez et vous servez un roya-

(1) La discussion s'ouvrit le jeudi 7 février devant la Chambre des Députés.

(a) Correspondance générale, t. II, p. 3o3.

(3) Cf. Correspondance générale, t. II, p. ùoI\, lettre à Villèle: « Jeudi 7, 3 beures ...La Bourdonnave est revenu, mon cher ami. Je lui ai dit en l'adoucissant ce que vous disioz dans votre billet. »

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liste, comme homme d'Etat vous vous emparez d'un talent et nous vous soumettez à une nécessité. » Enfin, si L'obstacle \ ient du Trône, Villèle est assez fort « pour emporter ce point d'assaut »(i). Villèle fut-il ébranlé ? Peut-être. Il semble dans une seconde réponse avoir laissé quelque espoir, si l'on en juge par ce billet de Chateaubriand à La Bourdonnaye :

Mon noble ami, il j a conseil aujourd'hui vendredi. J'ai L'espoir assez fondé que votre affaire y sera arrangée. Vccordez moi donc le silence jusqu'à demain ou lundi. Vous devez bien ce léger sacrifice à ma fidèle amitié et à mon admiration pour vous.

\ endredi 8 fév. 10 h. 1/2.

Cependant, le lendemain matin 9, n'ayant reçu aucune nouvelle du Conseil des ministres, Chateaubriand reprit la plume en faveur de son ami dans un billet très ardent pour son protégé et très amical pour le Ministre : « ... Vous etes-vous occupé hier dans le Conseil de La Bourdonnaye, et ai-je quelque chose à lui dire ce matin? » (2). Mais Villèle — ou le Roi — était resté inflexible, et Chateaubriand partit le 2 avril sans avoir rien obtenu et probablement sans espoir : le nom de La Bourdonnaye n'est pas prononcé dans un billet qu'au moment du départ il écrit en laveur de Berlin de Veaux et de quelques autres, il ne l'est pas davantage dans la lettre du a3 avril où, de Londres, la même liste est recommandée; il ne reparaît que dans une lettre du 3o avril où l'ambassadeur, après avoir rappelé la liste des amis en quête déplaces, ajoute

rrespondance générale, t. 11. p. 3o4-3o5. (a) Ibid., 1. II. p. 3oo.

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mélancoliquemenl : « Arrangez La Bourdonnaye, si vous pouvez » (i).

Villèle u ' « arrangea » ni La Bourdonnaye ni les autres, au grand déplaisir de leur patron (2), mais il déclare dans ses Mémoires que ce qu'il n'a pas fait pour ceux que Chateaubriand recommandait, il l'a fait pour Chateaubriand Lui-même en l'appelant au Ministère malgré la a répugnance » du Pioi (3).

Chateaubriand ministre, pas plus que Chateaubriand ambassadeur, ne réussil à servir ses amis : d'ailleurs. s'il faul l'en croire (el c'esl un épisode sur lequel je reviendrai plus loin), La Bourdonnaye lui aurait témoigné au moment de son entrée au ministère une défiance peu encourageante. On sait aussi que la carrière du Ministre ne se prolongea guère et qu'il fut chassé brutalement, le Roi ayant, un matin (6 juin 182 4), exigé son renvoi immédiat, sans que Villèle ait osé défendre sa cause. Renvoyer Chateaubriand, c'était confirmer ou ramener dans l'opposition bon nombre d'ultras, parmi lesquels La Bourdonnaye; c'était aussi, en la personne de Chateaubriand, faire d'un « ami sincère » un « ennemi irréconciliable » (4), et qui ne

(1) Correspondance générale, t. 111, pp. 2, 4o, 5g. Cf. aussi p. 2o5 (lettre du 5 octobre 1822, recommandations à Villèle au moment où Chateaubriand part de Paris pour Vérone): « Hyde do Neuville vous parlera de La Bourdonnaye et de Bouville. »

(2) Cf. ces lignes de Chateaubriand dons une lettre du 6 juin [822 .1 Mme de Duras (Correspondance générale, t. III, p. i i3) : « ... Je n'ai qu'une crainte, qu'une seule crainte: une division dans le côté droit. Delalot doit être très mécontent. Bertin de Veaux, qui l'inspire el lui donne les idées qu'il n'a pas, est aussi très peu satisfait ; La Bourdon nave, Donnadieu, Bouville sont emportés ou hargneux; mon ami Laisné a une ambition rentrée et un amour propre rentré. Voilà les éléments du mal. »

(3) Villèle, Mémoires, t. III, p. 6.

(4) Mémoires d'Outre-Tombe, édition Biré. t. I\ . p. 334-

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tarda pas à en donner la preuve. «Peu de temps après, dit ViÙèle, <>n vil Mr de La Bourdonnaye dans le journal VAristarque et M' de Chateaubriand dans les Débats prendre le premier rang parmi les pins ardents démoli--nus des Bourbons » | i ). Dan- le Journal des Débats la polémique de Chateaubriand, commencée le 21 juin i8'.>,i. se prolongea jusqu'au 18 décembre 1826. A celle dernière date elle étail ralentie depuis plusieurs mois, car Chateaubriand, pressé par ses besoins d'argent, avail traité avec le libraire Ladvocat pour l'édition de ses Œuvres complètes, et y donnait tous ses soins. C'est alors que La Bourdonnaye essaya de se l'adjoindre dans la rédaction de VAristarque, probablement à l'occasion du célèbre projet de loi sur la police de la presse déposé le 29 décembre 1826 par M. de Peyronnet, ministre de la Justice, projet aussi odieux à Chateaubriand qu'à La Bourdonnaye. Mais Chateaubriand se sentail retenu par ses engagements avec Ladvocal et sans doute aussi par les liens d'amitié qui rattachaient au Journal des Débats, liens d'autant plus étroits qu'il venait d'envoyer à ce journal une lettre dans laquelle il protestait contre le malencontreux projet de loi (lettre du 3 janvier 1N27 publiée dans le numéro du (\ janvier). Il ne crut donc pas pouvoir accepter l'offre de La Bourdonnaye et répondit parla lettre suivante où, après avoir dit ses excuses et ses regrets, il termine par un appel à l'union et par de délicats compliments.

Paris ce 5 Janvier 1827.

Je ne crois pas, mon illustre ami, que depuis mon arrangement avec le libraire Ladvocat, j'aie eu le temps d'écrire plus di' trois <>u quatre articles pour la presse périodique. Je suis dans la rime néces ité de barbouiller du papier dans

(1) Villèle, Mémoires, t. III, p. 6-7.

mes vieux jours pour nourrir ma femme malade. Les opinions constitutionnelles de l'Aristarque sont les miennes, c'est un excellent journal auquel je m'associerais volontiers si je pouvois pendant la publication de mes œuvres m'associer sérieusement à quelque chose. Si je pouvois ressusciter le Conservateur cela serai! surtout notre affaire mais ce n'est pas possible. Il v a bien des choses dont je gémis comme vous: nous ne sommes pas quatre soldats ensemble; nous tirons au hazard (sic) et bientôt les uns sur les autres. Je suis vieux ; je m'en vais : c'est vous, mon illustre ami. qui pourrez rendre encore les services les plus importants à notre malheureux pays.

Mon attachement pour vous est inaltérable et mon admiration sincère.

CHATEAl BRI \M>.

Je vous fais mon compliment sur votre fils: c'esl un de vos beaux ouvrages (i).

Ou aura remarqué dans quelques lignes le ton découragé de Chateaubriand. Ce n'est là qu'une pose qui lui esl familière : ne venait-il pas, sous l'aiguillon de la loi Peyronnet, d'écrire au Journal des Débats sa lettre du 3 janvier, prélude de sa célèbre « Opinion sur le projet de loi relatif a la Police de la Presse »?(a). Ajoutons que s il avait consenti à écrire dans l'Aristarque il aurait eu ù se hàler, car le dernier numéro de ce journal est celui du 8 janvier : le propriétaire et rédacteur en chef, se sentant visé par un

(i) La Bourdonnave, dans la lettre ou il sollicitait la collaboration de Chateaubriand, avait cherché sans doute à le Qatter et à l'attirer en lui parlant des « beaux ouvrages » dont l'écrivain établissait alors l'édition complète. — Quant au compliment sur le fils de La Bourdonnaye, je suppose (faute de mieux) qu'il répond à un'' phrase où le père annonçait que le jeune homme allait atteindre sa majorité dans le courant de l'année nouvelle. Cf. plus haut. p. 8, note i vers la lin.

(2) Œuvres complètes, édition Garnier, t. Vil. p. 3û6-4oa, et p. 433-487.

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passage d'un article du Moniteur du 6 janvier, renon cait au métier de journaliste parce qu'il voulait combattre la Loi Peyronnet à la tribune de la Chambre et la combattre très librement sans pouvoir être accusé de plaider une cause où son intérêt personnel fût en jeu(i).

J'en aurais fini avec ces fragments de correspondance s il n \ avait intérêt à les rapprocher îles témoignages portés ailleurs par Chateaubriand sur La Bourdonnaye.

A lire les lettres de Chateaubriand, l'amitié qui l'unissait au député de Maine-et-Loire était solide el profonde. Mais la politique esl un terrible artisan de discorde. Sans entrer dans le détail des luttes auxquelles La Bourdonnaye fut mêlé, il semble que cet homme d Etal se soit distingué par une intelligence très ouverte cl par un incontestable talent de parole. mais aussi par un esprit prompt à critiquer, déliant des succès d'autrui, malaisé à maintenir dans une majorité parlementaire : c'était un homme d'opposition plutôt qu'un homme «le gouvernement. L'arrivée de Chateaubriand au pouvoir comme Ministre des Affaires étrangères, de ce Chateaubriand qui était pourtant un ultra, lui fut déplaisante : il craignit que l'entrée de son ami au Conseil ne devint une force trop grande pour un ministère qui n'avait pas ses sympathies (2); il l'alla dire à Chateaubriand, démarche sincère, mais peu adroite, qui ne fui pas oubliée. Sept, ans plus tard

(1) Cf. VA ristarque, n" du <S janvier iS-t-j et l'article (reproduit dans ce numéro) du Moniteur au ~ janvier où le Ministère présentait une apologie du projet de loi Peyronnet.

(2) Cf. dans I l ristarqae du \ octobre 182/i l'article signé Urbain Guilbert, et surtout l'article anonyme de la page 3 (rédigé doute par La Bourdonnaye).

(8 août 1829), La Bourdonnaye entrai! dans le ministère Poliçrnac comme ministre de l'Intérieur. Peu

après. Chateaubriand donnait sa démission de l'ambassade de Rome pour ne s'associer en aucune façon à la politique de Polignac : du même coup il se trouvait en opposition avec La Bourdonna) e : el bien que celui-ci se fut retiré dès le [8 novembre, l'effet produit sur Chateaubriand subsista. De là certain passage des Mémoires d" Outre-tombe, dans le livre \l\ écrit en août-septembre i83o en un temps où l'auteur, plein d'amertume, et proche encore des événements qui venaient de briser sa vie politique, ne pouvait juger avec impartialité: La Bourdonnaye y est criblé de traits acérés, sans mesure el sans goût, el sa démarche de 1822 auprès du nouveau ministre des Affaires étrangères lui est cruellement reprochée: c'est là un portrait que l'on voudrait pouvoir rayer des Mémoires, tant il est peu honorable pour Chateaubriand, tant il est une trahison faite à l'amitié (i). Mais en i838, dans la Guerre d'Espagne, à propos de la discussion des crédits que demandait le gouvernement en vue de la guerre, Chateaubriand s'esl montré plus juste el plus sérieux: au lieu d appuyer lourdement sur quelques défauts de caractère et de donner libre cours à une rancune personnelle, il a reconnu à M. de La Bourdonnaye le talent de la parole et une « vaste capacité » : il l'a loué de s'être retiré habilement du ministère au bout de trois mois, après s y être signalé par « une bonne ordonnance relative à l'Ecole des Chartes » : et il a conclu par cette phrase où l'éloge l'emporte vrai nient sur la critique : « Né pour occuper dans I opposition la première place, M. de La Bourdonnaye est dans un autre

(1) Mémoires d'Où Ire-Tombe, édition Biré, t. \ . p. :>55

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genre ce qu'étail M. de Villèle, un de ces hommes de la Restauration supérieurs aux trois quarts des hommes d'aujourd'hui » ( i). lei Chateaubriand a parlé en historien, el If respect <lù à une aneienne amitié est resté sauf.

i:\ MARGE DE L'AMBASSADE DE LONDRES (]822)

i . — Le Travellers'Club.

J'ai montré Chateaubriand se rendant à Londres sans avoir rien obtenu pour La Bourdonnaye et ses autres amis. Son ambassade de Londres ayant été exposée par M. le comte d'Anlioche avec l'ampleur et la compétence que réclamait ce beau sujet (2), il me reste seulement à produire sur des points accessoires quelques témoignages inédits.

A Londres, les premières impressions de Chateaubriand furent tristes. Il dit sa plainte à Mme de Duras, à Mine Récamier, à Joubcrt : les souvenirs de l'émigration, les embarras de l'emménagement, l'atmosphère humide chargée de brumes et de charbon lui sont un poids très lourd (3). Cependant il ne tarde pas, comme c'était son devoir, à fréquenter la société politique et mondaine, qui ne demandait d'ailleurs qu'à faire grand accueil à un homme précédé el servi par une si haute réputation. Arrivé le 5 avril, il a eu le 10 sa première

(1) Guerre d'Espagne, \1.11 (Œuvres complètes, édition Garnir!, t. XII, p. 1 W).

(2) Comte d'Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, Pari . Pei 1 in, [91 :>.. in-8°.

(3) Cf. (Correspondance générale, t. III, pp. 6, 9, 10.

CHATEAUBRIAND INEDIT l "y

entrevue avec lord Londonderry, ministre des Affaires

étrangères (i). Ce même jour, un des cercles de Londres, le Travellers' Club, décidait que désormais les invitations à venir au cercle ne seraient faites que par son Comité, cl ce Comité chargeait son secrétaire d'en adresser une à Chateaubriand qui répondit par le billet suivanl :

Le Vicomte de Chateaubriand est très sensible à l'honneur que veut bien lui faire le Comité du « Travellers'Club ». Il s'empresse d'offrir tous ses remerciments au Comité et eu particulier à Monsieur Charles Beloe. Il le prie d'agréer l'assurance de sa considération très distinguée. le 112 avril 1822 (2).

Les registres du Travellers' Club ne mentionnent poinl le nom de Chateaubriand, et nous ne savons quel usage l'ambassadeur lit de l'invitation (3).

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