‹ Chateaubriand inéditChapitre 6 sur 6 · Un conclave à l'horizon · texte numérisé non relu

Un conclave à l'horizon

Deux événements historiques dominent l'année 1828 : la mort de Pic \ II. suivie de l'élection de Léon XII. et la guerre d'Espagne. Chateaubriand, nous l'avons vu, se déclare «accablé» par celle-ci. qui lui met « l'Europe et la France sur les bras •>. Au surplus, c'est sa guerre, il l'a jugée utile au relèvement de son pays, elle est l'objet de presque toutes ses lettres, et il n'eue rien pour la taire réussir : on comprend sans peine qu'en de telles circonstances bien fâcheux sera celui qui lui parlera des affaires de la Papauté (n: loin derrière lui d'ailleurs es! 1»' temps où. secrétaire d'ambassade à Home, la tête pleine du charme romain et du succès obtenu dans la \ il le éternelle par le Génie du christianisme, il exprimait en termes débordants son enthousiasme pour Pie VII qui lisait le Génie et appelait l'auteur « son cher Chateaubriand » (2). Il ne faut donc pas s'attendre de sa part à des sentiments très émus et très élevés lorsque le duc de Laval, ambassadeur de Louis XVIII près le Saint-Siège, vient de lui apprendre que Pie MI était gravement malade à

(1) Cf. dans les Mémoire* d'Outre-Tombe, t. Y. p. 171-1- . un Fragment d'une lettre à Mme Récamier ; « ... Lorsque le duc de Laval m'écrivait aussi ses souci- mit son conclave, loul préoccupé de la guerre d'Espagne que j'étais, je disais en recevant ses dépêches: Eh! bon Diea, il s'agit bien de cela! » (Rome, a4 mars 1829, pendant le conclave qui allait élire Pie \ lit).

(2) Lettre de Chateaubriand à Mme Baciocchi, i*"1- juillet i8o3, publiée dans L' Amateur d'autographes, n° de décembre 191 3. Cf. les lettres adressées dans le même temps à Joubert, Fontane<. Migneret, Cliènedollé (Correspondance générale, t. I. p. 1 10 et suiv.).

'|-' CHATEAUBRIAND IMIUI

la suite d'une chute où il s'était fracturé Le col du féinur. et que les gouvernements devaient se préparer en > ne du conclave (1).

G'étail Le 18 juillet. Ecrivant à titre privé au comte «le Serre, notre ambassadeur à Naples, Chateaubriand lui avail résumé brillamment L'affaire d'Espagne, dont la résistance de Cadix retardait la solution, cl il lui avait dit les obstacles de toutes sortes auxquels s'était heurtée la diplomatie française. « .l'en riais là de ma Lettre, monsieur le comte, ajoute le ministre, quand un courrier de Home m'apporte la nouvelle de l'accident arrivé au pape, et qui sera peut-être s uivi de la morl de ee saint religieux. L'Autriche va se mettre en mouvement : elle nous a déjà proposé de nous entendre avec elle pour L'élection d'un souverain pontife : cela veut dire qu'elle ne serait pas sûre de triompher >aus nous. Je crois que nous ne pourrons rien à celle affaire, et (pie L'intérêt italien, qui nous est plutôtfavorable, L'emportera. Nous ferons partir nos cardinaux, si nous avons le temps. Dans le cas où l'Autriche voudrait occuper militairement les Légations, nous ferons des représentations. Mais je ne crois pas à cette occupation, el j"\ croirais bien moins encore si une dépêche télégraphique nous annonçait La reddition deCadix » (2).

( les lignes sont déjà L'esquisse de la réponse que Chateaubriand fera le même jour au Awc de Laval, réponse encore inédite, curieuse par son caractère confidentiel qui permet au ministre de parler à cœur ouvert, mais où vraiment Pape, cardinaux et Papauté,

Sur Adrien de Montmorency, i\uv de Laval, ambassadeur ;i Rome de 1821 à [828, cf. Edmond Biré dans les noies ou appendices de son édition des Mémoires (COutre-Toriihe, t. II. p. 27S. 1. III, p. 56o, t. IV, p. 3gi.

(2) Correspondance générale, t. I\ . p. 333.

GHATEA1 BRI \M> [NBDIT ^3

sont traités avec une désinvolture un peu choquante qui rabaisse la question au rang de la politique pure e1 relègue au second plan les intérêts religieux. Quelques notes suffiront à expliquer divers détails de cette longue lettre.

Paris ce 18 juillet iN'.l.

Votre lettre du 8, Monsieur le Dur, ne m'est pas plutôt (sic) parvenue que je me suis empressé de prendre lesordres du Koi. Le Cardinal de la F are et le cardinal de Clermont- Tonnerrc vont se tenir prêts à partir: les infirmités du Cardinal de Bausset ne lui permettront pas de se rendre à Rome(i).

Si d'un côté il seroit assez bon, dans les intérêts de la France, que l'élection du nouveau pape n'eûl lieu qu'après l'arrivée des cardinaux françois, de l'autre une élection prompte auroil l'avantage de prévenir les intrigues de l'Autriche et d'empêcher l'occupation militaire des Légations, si toutefois on y a pensé sérieusement. J'en doute fort : et nos succès en Espagne rendent celle occupation moins probable encore. La cour de A ienne nous a proposé de s'entendre avec nous pour former un parti des couronnes dans le Conclave; ce qui veut dire cpie le Pce de Metternich a besoin de nos voix pour faire élire le cardinal qu'il a en vue. Vous devez bien vous défendre de favoriser un choix autrichien, et il est

(i) Anne-Louis-Henri de La Fare, né en 1762, archevêque de Sens depuis [817, créé cardinal en mai 1823, prit part aux conclaves de i8a3 el [82g el mourut vers la fin de celte dernière année. ^.nne-Antoi ne- Jules de Clermont-Tonnerre, né en

i-'i(|. archevêquede Toulouse depuis 1H20, cardinal eu décembre 1822, prit aussi part aux conclaves de i8a3 el [829, et. mourut en i83o ; il était l'oncle du Marquis de Clermont-Tonnerre, alors ministre de la Marine. — Louis-François de Bausset ( 1 7 '|Ni^i'i 1, ancien évêque d'Alais, auteur de l'Histoire de Fénelon et del' Histoire de Bossuet, membre de l'Académie française, était cardinal depuis 18 17. — Chateaubriand ne parle pas ici, ni dans la suite (Je la lettre, du quatrième cardinal français, Joseph Fesch (1763-1839), oncle de Napoléon et archevêque de Lvon, qui depuis 181 5 résidait a Homo.

\ \ Cil \ l î: U BRI \M> INÉDIT

clair que la France, ne pouvant pas faire passer un cardinal François, doil appuyer le parti italien qui, en dernier résultat, est le parti François. Consalvi n'aura personne pour lui, parce qu'on ne porte jamais l'homme qui a exercé le pouvoir; et puis il est trop lié pour nous avec la famille Bonaparte (i). Le Cardinal Spina est ouvertemenl déclaré contre la maison d'Autriche; cela feroit bien notre affaire, mais il paroil n'avoir aucune chance, et ses mœurs, dit-on, font un autre obstacle à son exaltation (2). Le Cardinal Castiglioni est anti-autrichien sans bruit, attaché secrètement à la France, et peut être ce choix seroit il un des plus heureux pour nous (3). Si nous considérions la chose sous un rapport plus élevé, il faudroit prêter notre appui au cardinal le plus capable d'être un grand prince. Mais où sont-ils les grands princes par le temps qui court? Au défaut d'un Léon X, ayez un autre Pie VII, si vous pouvez : que voire Pape aime, la France et les beaux-arts; qu'il soit homme d'esprit et de bonnes mœurs, et nous nous en arrangerons. Autrefois l'élection d'un Pape remuait le monde; aujourd'hui le bruit d'un conclave ne [tassera [pas] l'enceinte des ruines de Home.

M. Desmousseaux, parent du Maréchal Macdonald, et M. Mural, tils du Préfet de Lille, vous portent les lettres: l'un va servir sous vos ordres en qualité' de 3""" Secrétaire de légation, et l'autre comme attaché ; je les recommande à vos bontés (4). Je vous prie aussi d'envoyer porter sur le champ à Naples à M. de Serre le paquet que je lui adresse. Ce pa-

(1) Le célèbre Consalvi (1767-1824), cardinal et secrétaire d'Etat depuis f8oo, conserva la direction des affaires jusqu'à la morl de Pie VIL

(a) Spina, né en 1 — ."> ( "> . axait conduit la première partie des ili'>n< du Concordat à Paris, avec l'abbé Bernier du côté français; ii fut Créé cardinal en ]8oi.

(3) C'est le cardinal Castiglioni, né en 1761, cardinal depuis [816, qui deviendra pape en [829 sous le nom de Pic VIII.

(Z|) M. Desmousseaux île Givré, attachéà l'ambassade de Lonbateaubriand en 1822, successivement 3e puis \>e- secrétaire à Rome, donna sa démission à l'avènement du ministère Polignac, rentra dans la diplomatie en r83o, et fut député d'Eure-et-Loir de 1887 à 1 848. Cf. Edmond Biré, édition des Mémoires <1'0 11 Ire -Tombe, t. V, p. 179, note 1.

quel ne doit être confié qu'à un de vos secrétaires ou à un courier (sic) françois dont vous soyez extrêmement sur. Il doit être remis à M. de Serre lui-même par le porteur et ne pas traîner dans les bureaux.

J'attends à chaque moment un courier (sic) de vous pour m 'annoncer la mort du Pape, et alors je ferai partir les deux cardinaux avec ordre d'aller jour et nuit, quoiqu'ils soient bien vieux et bien malingres, mais il esl possible que le vénérable Pontife prolonge encore sa triste vie, dans un monde où il a tant souffert.

Croyez, Monsieur le Duc, à mon ancien et sincère dévouement.

Je n'ai pas besoin, Monsieur le Duc, de vous dire que cette lettre est pour vous seul et toute confidentielle. Vous devez accueillir avec obligeance tout ce que vous proposera l'Autriche pour faire en commun le choix d'un pape. Mais si l'on proposoit alors un cardinal ennemi de la France, sous le prétexte que c'est un prélat de religion et de vertu, vous, vous proposeriez de votre côté un prélat qui auroit les mêmes qualités et de plus un penchant pour la France ; et là commenceroit une honorable division; car l'ambassadeur d'Autriche n'auroit pas plus de raisons pour rejeter votre cardinal que vous n'en auriez pour repousser le sien. Tenant chacun à ros choix et cherchant à vous entraîner l'un l'autre, vous vous trouveriez séparés poliment et sans querelle, en ayant l'air de vous entendre.

Je ne vous parle pas de l'archiduc Piodolphe (i): il n'est pas probable que l'Autriche le mette sur les rangs: on ne montre pas si ouvertement le fond de sa pensée, quand on n'est pas sûr de réussir (a).

(i) Reinier (Rodolphe-Jean-Joseph), archiduc d'Autriche et livre de François II. né à Vienne en 1788, cardinal en iv

(2) Je publie celte lettre d'après une copie, très soignée cl très digne de foi, due à M. de Barenton et conservée dans ses papiers. L'original a été entre les mains de l'abbé Pailhès, comme en témoigne une lettre d'envoi de M. de Barenton; mais il a dû être perdu, car je ne I <ti point retrouvé parmi les autographes qui, après la morl de l'abbé Pailhès. ont fait retour à Mme \ ictor Egeer née de Barenton.

CHATEAl lfUIAM) 1MDI I

L'accident qui avait motivé la lettre du duc de Laval était survenu le (i juillet. Pie A 11 vécut encore quelques semaines, el Chateaubriand eut le temps de lui envoyer au nom de Louis Wlll un lit mécanique pour soulager ses souffrances el l'aider à se soulever; il mourut le ao août, six jours après être entré dans sa 82' année. De l'interrègne, ilu conclave et de l'élection du cardinal délia Genga, qui prit, le nom de Léon XII, Chateaubriand paraît s'être peu occupé, car il eu parle à peine dans les lettres de celle période (1): la guerre d'Espagne reste sa grande affaire, et c'est à elle que se rapporte la lettre inédite que je dois maintenant publier et commenter.

4. — Lu guerre d'Espagne : Chateaubriand et le général GuilleminoL

La guerre d'Espagne avait été entreprise par la France à la suite des délibérations du congrès de Vérone avec l'appui moral el diplomatique des grandes puissances de l'Europe (l'Angleterre exceptée) pour vaincre la révolution suscitée par les Corlès et rétablir Ferdinand \II dans la plénitude de sa liberté royale. La France comptait d'ailleurs y trouver son avantage personnel. « L'occasion, a dit Chateaubriand, se présentait d'en finir une fois pour toutes, de savoir si les Bourbons avaient OU non une année, de terminer la Restauration cl de nous replacera noire rang militaire en Europe(a) ». Qu'on ne s'étonne donc pas si, pen-

(1) Cf. Correspondance générale, t. 1\, pp. 335, oTxS, 385; 1. V, p. '1 et 7. .le cite If 1. V d'après une bonne feuille: en août 1 9 1 '1 six feuilles étaient tirées; les événements n'ont pas encore permis de continuer la publication.

Correspondance générale, t. IV, p. 334 (lettre au comte de Serre, 18 juillet i8a3).

C11A l'EAUBRIAND INEDIT

dant une guerre que -s'- instances onl contribué à faire déclarer, le ministre des Affaires étrangères s'intéresse vivement à la conduite des opérations! Celles-ci sonl dirigées parle duc d'Angoulême, commandant en chef, et par le général Guilleminot, son major-général, officier loyal et intelligent qui, après d'excellents ser- \ ices sou- l'Empire, avait en dernier lieu montré d'éminentes qualités d'organisation comme Directeur du Dépôl de la guerre. Chateaubriand, plein de sympathie pour Guilleminot, lui adresse de nombreuses lettres, des «rêveries militaires ». dit-il moitié sérieux, moitié plaisant, et comme pour s'excuser; il en a publié quelques-unes dans \a Guerre d'Espagne (ï); des autre-, qui sont à retrouver, une seule esl entre mes mains, datée du 19 juillet, au lendemain du jour où Chateaubriand écrivait au duc de Laval sur les affaires de Rome. A celle date, voici quelle est la situation.

Les opérations, ouvertes par le passage de la Bidassoa (7 avril), n'ont été d'abord qu'une course facile jusqu'à Madrid, où le duc d'Angoulême est entré le a4 niai. Les Cortès avaient emmené Ferdinand VII à Séville dès le mois de mars; aux premiers jours de juin elles remmènent à Cadix. Le duc d'Angoulême a envoyé derrière elles un corps d'armée conduit par le général Bordesoulle, auquel il a donné le commandement supérieur du royaume de Sé\ille: et Bordesoulle, de concert avec l'amiral Hamelin, chef de notre escadre devant Cadix, a établi le blocus de celte place. Il y a encore d'autres centres de résistance, dans les Calices.

(1) Ce sont les lettres des a3 mais, ia cl a5 juin, 3i août, 5 septembre. Elles sont réimprimées dans la Correspondance générale au tome IV, p. 1O6-168, 270,-280, 299-800, 38g- 3g6-399- C'est dans la lettre du 3i août (p. 390) qu'il emploie l'expression de « rêveries militaires ».

'|s CHATEAUBRIAND INEDIT

en Catalogne, et dans la province de Grenade on Ballesteros tient en échec le général Molitor. Quant au duc d'Angoulême et à Guilleminot, restés à Madrid, ils n'en partiront que le 28 juillet pour presser eux-mêmes le siège de Cadix. — Cela dit, on peul comprendre aisément la lettre de Chateaubriand.

Paris ce 19 juillet 1828.

Je reçois voire lettre du i3, Général ; je \ois avec plaisir que vous avez reçu les miennes du i, (i et 8 juillet (1).

Tranquillisez vous sur la llolte angloisc. Nous ne verrez que deux frégates qui viendront mouiller auprès de notre escadre, sous prétexte d'être aux ordres de Sir W Court (2), et de le transporter à Gibraltar, s"il veut y aller. Je ne crois pas que l'Angleterre veule (sic) délivrer le Roi et nous l'enlever: la prolongation de la -urne l'ait mieux son affaire. Cependant L'esprit de l'Angleterre est fort changé sur la guene d'Espagne, et l'opinion nous est de jour en jour plus favorable.

Vous n'aurez point de Bombardes (3). Nous n'en avons

(1) Ce sont là des lettres à retrouver, cl non les seules probablement, car la lettre du 12 juin commence par ces mots: « Je suis facile, général, de vous importuner de mes lettres », et dans la Correspondance générale comme dans la Guerre <l'F.spa<ine on ne trouve aucune lettre adressée à Guilleminot entre celle du :>.') mars et celle du i 2 juin.

(u) Seul d'entre les membres du corps diplomatique, Sir William A' Court, ambassadeur du roi d'Angleterre en Espagne, avait suivi lis Cortès et le Roi à Séville ; resté '■> Séville après leur départ pour Cadix, il y attendait les ordres tic son gouvernement, pr< t à descendre le Guadalquivir pour essayer de pénétrer dans Cadix ou pi. m «■ rendre à Gibraltar.

Les Bombardes, ici. sont des bâtiments de guerre. Ce mot, aujourd'hui hors d'usage, a eu deux sens. Dan- les débuts de l'artillerie, il désignai) u bouche à feu qui disparut au

. Ensuite il désigna de petits navires armés de canons, iliotes a bombes. Dans la marine de la Restauration, la bombarde (d'ailleurs, semble- t-il, assez peu employée) est un bâtiment d'importance inférieure à celle de la prame, mais su-

CHATEAUBRIAND INEDIT l\C)

point, et il faudroit, dit-on, trois mois au moins pour en faire! Mais, vous aurez des projectiles, et j'espère que notre nouvel ambassadeur en Portugal pourra vous envoyer, ou même vous acheter, de petits bàtimens, des chaloupes canonnières : je lui ai donné Tordre de vous seconder de tous ses efforts (i).

Je pense comme vous que Ballesteros seroit une immense conquête ; et vous ferez très bien de le détacher à tous (sic) prix, du parti des Cortès. J'insiste toujours pour jeter trois mois de vos dépenses dans Cadix: 3o ou !\o millions, ce n'est pas trop pour en finir.

Je vous écris (sic) hier (2) pour vous dire que le Gal Bordesoulle avoit pris de travers l'extrait de ma lettre, que vous aviez cru devoir lui envoyer (3). J'ai peur qu"il n'ait pas été plus content des autres. Ne nous divisons pas; vivons en paix, si nous voulons réussir.

Vousconnoissez, Général, la sincérité démon dévouement.

Le Président du Conseil m'avoit demandé mes idées sur la suite de la guerre. Je lui ai donné la note ci-jointe. Elle doit être pour vous seul. J'espère que nous n'en serons pas réduits là, que nous aurons le Roi, mais enfin quand on est à la tête des affaires, il faut tout prévoir (7j).

périeure à celle de la chaloupe canonnière. Cf. Jal, Glossaire nautique, Paris, 1848, et surtout Clerc-Rampal, Cours d'archéologie navale, professé en 1900-1906 (avec planches), et Destrem et Clerc-Rampal, Catalogue raisonné du Musée de Marine, Paris, 1909, p. i32-i33 et p. 260.

(1) « Notre nouvel ambassadeur en Portugal » était Hyde de Neuville, grand ami de Chateaubriand; il venait de partir (i5 juillet) pour rejoindre son poste par terre en s'arrêta nt à Madrid; cf. Correspondance générale, t. IV, p. 3iï-3l2.

(2) Encore une lettre à retrouver.

(3) Il s'agit probablement ici de la lettre du 20 juin; cf. Correspondance générale, t. IV , p. 3oo.

(A) D'après une « fiche d'un catalogue d'autographes communiquée par M. le vicomte Spoelberch de Lovenjoul ». et sous le titre « Au général *** », M. Louis Thomas a publié ce premier paragraphe de Post-Scriptum dans la Correspondance générale, t. IV, p. 334-

50 CHATEAUBRIAND INÉDN

Jo viens de voir un espagnol qui a des relations à Cadix. M existe dans cette ville un corps de contrebandiers composé de \ à ô mille hommes ; gens excellents pour un coup de main, et tort entreprenants. Ils sont bien organisés; oui des chefs a[u]xquels ils obéissent, (<es chefs sont aisés à gagner avec de l'argent, el mon espagnol m'assure que [tour une somme île ôo mille piastres, ils enlèveraient le lloi et la famille Royale. Ce renseignement peut être utile (i).

On n'eut point recours aux contrebandiers, — et ce lut plus honorable : nos succès avant fini par réduire à l'impuissance presque toutes les défenses extérieures de la place, les Cortès s avouèrent vaincues, et le i ''' octobre elles ouvrirent les portes de Cadix à Ferdinand VII; ce même jour le Roi et sa famille, traversant la haie de Cadix, abordèrent au Port Sainle-iMarie où les attendait le duc d'Angoulême ; la guerre élail finie.

M. de Viel-Castel dans son Histoire de la Restauration I tome XII) semble avoir jugé la guerre d'Espagne avec impartialité. De ses conclusions je ne retiens ici qu'une seule : il montre l'opposition libérale découragée par des victoires qui fortifiaient le parti royaliste, et celui-ci désormais assez fort pour imposer sesconditionsaM.de \ illèle après l'avoir entraîné à une guerre dont personnellement il ne voulail pas. Parmi ces conditions se trouvait la dissolution de la Chambre des Députés, événement auquel se rattache le billet qui terminera ce- ('Indes sur l'année iS->,'i.

5. — Un dîner chez M. el, Mme de Oastclbajac. Le billet qui me reste à publier n'est qu'une réponse

(i) Original autographe. Collection de Mme Victor Egger. Pas de suscription ; mais l'attribution n'est pas douteuse quand un rapproche le texte de celui des antres lettres à (iuilleminot. l'ourla même raison. (îuilleniinol me parait être aussi le destinataire de la lettre du 6 novembre [8a3 publiée au tome V, p. 64-65, de la < ïntrespondance générale.

CHATEAUB1UAND INÉDIT 5l

à une invitation mondaine; mais la politique est envahissante, et elle ne saurait être bannie des dîners où se rencontrent des hommes politiques. Donc, à la fin de 1820. vers le i5 décembre, la vicomtesse de Castelbajac, née Marie de Rey de Saint-Géry, invita Chateaubriand à dîner. Le vicomte son mari était alors directeur de L'Administration générale des Haras, de l'Agriculture et du Commerce au ministère de l'Intérieur, conseiller d'Etat en service extraordinaire, député de la Haute- Garonne, et il demeurait à Paris, i3, rue des Saints- Pères; il avait collaboré au Conservateur et comptait parmi « les membres les [dus éclatants du parti royaliste )> (1). Chateaubriand accepta gaîment l'invitation de Mme de Castelbajac, non sans faire allusion à la dissolution prochaine de la Chambre : cette mesure allait être rendue officielle par deux ordonnances du i\ décembre, la première dissolvant la Chambre et fixant le renouvellement intégral au 20 février (collèges d'arrondissement) et au 6 mars (collèges de département), la seconde nommant les Présidents des collèges électoraux et parmi eux le vicomte de Castelbajac pour le 1er arrondissement de Toulouse (2). L'invitation au dîner du 2.3 semble avoir contenu la promesse de quelque fin pâté ; Chateaubriand riposte par le souvenir d'une cave très propre à raviver les vœux des convives pour les futurs présidents et pour la réélection du maître de la maison. Voici le billet du ministre invité :

(1) Chateaubriand. Mémoires d'Outre-Tombe, édition Biré, t. IV, p. 1 53. — Sur Marie- Barthélémy, vicomte de Castelbajac (1776-1868), cf. la note de Biré, ibid. ; j'ai consulté aussi YAlmanach royal, années l8a3-i824, et Révérend, Titres, anoblissements et pairies de la Restauration, t. II, p. !±i.

(2) Moniteur universel, n° du a5 décembre i8a3, paru le i(\ au soir.

Paris ce 19 xbre 1823 (1).

Le a3, Madame, sera un grand jour : nous ouvrirons le pâté et nous publierons la liste des Présidents (2); nous boirons d'un excellent petit vin à leur santé et à l'élection de M. de Gastelbajac. Je serai donc à vos ordres, Madame, ce jour là comme toute ma vie.

Arrivé au terme que je m'étais fixé, je crains d'avoir souvent ou lassé la patience du lecteur par l'étendue des commentaires, ou fatigué son attention par la variété cahotante des sujets traités. Mais cette variété m'était imposée par les lettres même de Chateaubriand; et sans un commentaire abondant, comment faire revivre ces textes traitant de questions pour la plupart oubliées de la génération actuelle ? — Quant à tirer de ces fragments disparates et peu nombreux une conclusion générale d'un caractère historique et moral, ce serait bien présomptueux : pour quelques-uns des épisodes étudiés j'ai formulé les conclusions particulières à chacun d eux ; c'est tout ce que je pouvais faire dans ce genre d'essais où je vise avant tout à publier les documents avec fidélité en les entourant de toutes les analyses et de tous les éclaircissements nécessaires.

(1) Lecture incertaine sur le quantième du mois: le billet est peut-être du 1 !\ ou du i5; souvent Chateaubriand forme très mal ses chiffres.

(2) De fait, les ordonnances ne furent signées et publiées qu'un jour plus tard; cf. ci-dessus, p. 5i, note 2.

(3) Original autographe sans suscription. Collection de Mme \ ictor Egger.

Page 1