Le a Musée des Antiques
Après cette belle page d'eiïiisions amicales, en voici une qui, à première lecture, n'est qu'une recommandation officielle. Chateaubriand y appuie auprès d'un - collègues du Ministère une demande de subsides en laveur du Musée des Antiques, belle et coûteuse publication : il a dicté la lettre, ou il en a confié le brouillon à son secrétaire: la signature seule est autographe, le style est dénué d'abandon et de familiarité. Mais, à regarder de près, on reconnaît la personnalité du signataire, qui s'est inspiré des sentiments d'une généreuse amitié plus que de son goût pour les chefs-d'œuvre de l'art.
Ce qu'avait accompli sur l'ensemble du Musée Royal du Louvre et particulièrement sur les galeries de peinture, le graveur Henri Laurent, aidé d'autres artistepour la gravure et de François Guizot pour le texte (2),
(1) Original autographe. Collection de Mme Victor Egger.
(2) Le Musée rural publié par Henri Laurent, graveur du Cabinet du Roi, ou Recueil de tjravures d'après les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royale, avec description des
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un antre graveur, Pierre Bouillon, qui fut aussi un peintre estimable, lavait entrepris sur les sculptures anciennes du Musée i i ). Il avail confié la partie descriptive et explicative au comte de Saint-\ ictor, homme de lettre- fécond dont Le nom a été porté avec plus d'éclal par son tils Paul de Saint-Victor, critique littéraire très en vogue sous le second Empire et dans les premières années de la troisième République. Chateaubriand ne semble avoir beaucoup connu ni Pierre Bouillon ni le comte de Saint- Victor, mais il avail été mêlé aux affaires de l'éditeur du Musée des Antiques, le libraire Henri Nicolle.
Ce dernier était le frère cadet du célèbre abbé Nicolle (Charles-Dominique), qui aida le duc de Richelieu dans l'œuvre de la fondation d Odessa et qui exerçait alors les fonctions de Recteur de l'Académie de Paris. Pendant la Révolution, Henri Nicolle avait lutté comme journaliste à côté des Bertin, des Dussault, (\r> Fiévée, pour la restauration de la monarchie. Puis il
sujets, notices littéraires et discours sur les arts. Dédié au là>i. Paris, de L'imprimerie de P. Didot, l'aîné, imprimeur du Roi, MDGCCXVI et MDCCCXVIII, 2 vol. de texte et 2 vol. de planches, in-l'ol.
(1) Musée des Antiques dessiné et gravé par P. Bouillon peintre avec des notices explicatives par J.-B. de Saint-Victor. Dédié au Hoi. Paris, de L'Imprimerie de P. Didot, l'aîné, chevalier de l'ordre royal de Saint-Michel, imprimeur du Roi. V la Direction du Musée des Antiques, rue Hautefeuille, n° 3o. Chez H. Nicolle, Directeur de la Librairie Grecque-Latine- Allemande, Rue de Seine, n° 12. — 3 vol. grand in-folio, sans dates. Clarac dans son Musée de sculpture, t. III, Introduction, p. cccr.vi, dit que le Musée des [ntiques lu! publié de [81 1 à 1827 en 47 livraisons. Au début de l'année [821 les tomes I el II /[aient achevés: en effet, à la lin du t. III, on trouve un extrait du procès-verbal de la séance de l'Académie des Beaux-Arts du 3 mars [821, Ouatremère fie Ouincv et contenant l'éloge des tomes Iet II.
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s'était fait libraire et par ses soins avaient été publiés, entre autres ouvrages, les dictionnaires latins de Noël, le dictionnaire grec-français de Planche, une collection de livres classiques, Y Allemagne de Mme de Staël (1810), les premières Méditations poétiques de Lamartine (1820). En 1810, avec Ballanche le libraire lyonnais, il donnait la (')'' édition du Génie du christianisme; à la fin de cette même année il éprouvait une banqueroute dans laquelle Chateaubriand tut impliqué pour une somme d'au moins i5 000 francs et qui pesa lourdement sur la vie de l'écrivain pendant l'année 181 1 (1). Chateaubriand ne garda point rancune au libraire malheureux : et voilà comment, par souvenir des relations du passé cl par esprit de fidélité, il s'intéresse en 1820" à l'achèvement du Musée des Antiques, dont le tome III et dernier restait en souffrance, et où la fortune de Nicolle risquait d'être encore compromise.
Quanl au ministre auquel s'adresse Chateaubriand, c'est le Général Marquis de Lauriston. ministre de la Maison du Roi (a). Sans doute les « souscriptions aux ouvrages scientifiques et littéraires et aux recueils de gravures» dépendaient du ministère de l'Intérieur où elles étaient rattachées au Ier Bureau de la « Division des Sciences. Belles-Lettres. Beaux-Arts. Instruction publique. Journaux et Théâtres » (3t. Mais tout ce qui concerne les « Musées royaux >> dépend en 182.3 de la Maison du Roi (4), et l'appel si net de Chateaubriand
(1) Sur les embarras financiers — assez obscurs — du libraire Nicolle et de Chateaubriand en 1810-1811, cf. Correspondance générale, t. I, p. 2Ôo, et t. II. pp. 338. 342, 347, ^•","'-
(2) Lauriston fut ministre de la Maison du Roi du Ier novembre 1820 au 'i août 1824.
(3) Almanach Royal, année 1820, p. i5a-i53.
(4) Ibid., pp. 200. 655, 661.
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à q hi munificence royale » ne peut rire qu'une allusion à L'emploi des« revenus composant la liste civile », c'est-à-dire à un budget dont l'adminisration était parmi les attributions essentielles de Lauriston | i }. \ oiei la lettre de Chateaubriand :
Paris le 22 mai 1820.
Permettez moi, mon cher Collègue, de vous rappeler encore une fois l'affaire du Musée des Antiques à laquelle je prends un très grand intérêt et que je vous ai vivement recommandée. Ji'in'v intéresse d'abord à cause de l'importance de celle œuvre qui fait honneur à la France. Il est vraiment digne de la munificence Royale d'aider de simples particuliers qui l'ont entreprise et qui sollicitent la protection de S M. pour être à même de l'achever.
Leur demande est réduite de près de moitié et ils sont décidés à redoubler d'efforts et de sacrifices pour arriver avec le secours que vous leur accorderez à la fin de l'entreprise qui est aujourd'hui suspendue. Tout acte de bienveillance que vous aurez exercé envers M. Nieolle qui a principalement supporté le fardeau des immenses dépenses du Musée des Antiques, me sera très agréable, et je vous en aurai une reconnoissance toute particulière.
Agréez, mon cher Collègue, la nouvelle assurance de ma haute considération.
L' « entreprise suspendue » put être achevée, sans nul doute grâce au « secours » que sollicitait Chateaubriand : et ce fut. pour le temps, une œuvre méritoire et utile. Mais depuis, quels n'ont pas été les progrès de la reproduction artistique et de l'archéologie! Aussi le Musée des Antiques, malgré la beauté des planches et
1 Ibid.f p. 200.
(2) Main d'Hyacinthe Pilorge; la signature seule est autographe. Collection de Mine Victor Egger.
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de l'impression, n'est-il plus guère qu'une encombrante curiosité.