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Mme Récamier mourut le 11 mai 1849, toujours aimable

Transporté de l'appartement de la rue du Bac, n" 112, dernier domicile du grand écrivain, dans un caveau de l'église des Missions Étrangères, son cercueil y reçut le 6 juillet les premiers honneurs funèbres et les adieux de la population parisienne qui, au lendemain de tant d'autres malheurs et de tant d'autres deuils, sut montrer qu'elle ressentait profondément la perte que faisaient les lettres françaises.

Mais c'est à Saint-Malo que les funérailles prirent le caractère d'un deuil public, d'un hommage national. La cérémonie du transport solennel au Grand-Bé, du cercueil sorti de la cathédrale tendue de noir, reçut du spectacle de ce cortège de cinquante mille personnes, assistant sur les remparts ou dans des barques pavoisées de deuil à cet ensevelissement grandiose sur un rocher entre la mer et le ciel, illuminé par les éclairs de l'orage, la poésie triomphale d'une apothéose. Le deuil était conduit par la famille, au premier rang de laquelle marchaient MM. Louis, Geoffroy et Frédéric de Chateaubriand, neveux du défunt, accompagnés par la municipalité de Saint- Malo et les autorités du département. L'Académie française y était représentée et le fut dignement par M. J.-J. Ampère. La messe des obsèques avait été célébrée par le curé de Gombourg. A l'élévation, par une heureuse et louchante inspiration, la mu-

et encore belle, en dépit de la cécité, sous sa couronne de cheveux blancs qui avaient commencé à s'argenter à Rome, en 1824, à la nouvelle de la chute et de la disgrâce de Chateaubriand.

sique de la garde nationale de Saint-Malo avait exécuté l'air de la populaire romance :

Combien j'ai douce souvenance!, etc.

et tous les yeux s'étaient mouillés de larmes.

La même universelle émotion présida aux suprêmes adieux au glorieux mort inhumé, selon ses vœux, au bord de cette mer qu'il avait tant aimée, au sommet de l'îlot escarpé cher à ses yeux et à ses rêveries d'enfant. C'est dans ce séj^ulcre de granit, qui demeure le but de plus d'un pieux pèlerinage, qu'il dort son dernier sommeil, bercé dans le tombeau, comme dans le berceau, ])ar le bruit aimé des flots et des vents, en fils privilégié de cet Océan, qui salua ses funérailles d'une tempête comme il l'avait fait pour sa naissance.

Vingt-sept ans plus tard, le 5 septembre 1875, l'hommage de l'admiration et des regrets de la France était complété par l'érection à Saint-Malo d'une statue de bronze sur un piédestal de granit, ceuvre d'Aimé Millet, payée au moyen d'une souscription nationale. MM. Camille Doucet, E. Garo et le duc de Noailles, successeur de Chateaubriand, avaient été délégués par l'Académie française à la cérémonie d'inauguration, et y prononcèrent des discours dignes de la mission et du sujet.

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