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1. Chez Migneret,rue du Saint-Sépulcre, faubourg Saint-Germain, 28, et chez Le Normant, rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, 42; 5 vol. in-8, dont le cinquième se composait uniquement de notes et éclaircissements.
La Préface qui ouvrait le livre a également disparu des éditions postérieures. L'auteur y rendait au héros libérateur et pacificateur un hommage encore assez discret pour paraître désintéressé, et qui devait être répété et accentué pour porter fruit.
Parmi les éléments du succès de l'ouvrage, outre cet à-propos de sa coïncidence avec la restauration solennelle du culte, due en apparence à un hasard heureux, en réalité à un art de mise en scène dont l'auteur a donné plus d'un autre témoignage, il serait ingrat de ne pas signaler l'attrait et l'influence des deux épisodes romanesques de René qui formait le quatrième livre de la seconde partie, et d'Atala, qui formait le sixième livre de la troisième. Ces deux épisodes n'ont cessé, leur rôle d'enchantement profane fini, de figurer dans le Génie du Christianisme qu'à partir de la septième édition. Enfin, il ne serait pas moins ingrat d'oublier la part à faire, dans ce succès immense , à la maladresse acharnée avec laquelle l'ouvrage fut attaqué par les ennemis de l'auteur, parmi lesquels il convient de citer surtout Ginguené, et au zèle habile et persévérant avec lequel il fut défendu par les amis venant successivement à la rescousse : Fontanes, Guéneau de Muss3% Chênedollé, de Bonald, Glausel de Goussergues, Louis Bertin *.
Le clergé devait la protection de son influence
1. On peut lire l'article de M. de Fontanes, le plus important de tous, au t, I, p. 281-285, de Chateaubriand et son groupe, etc. '
renaissante à celui qui avait enguirlandé d'une si riche poésie et paré de si suaves fleurs d'éloquence les flambeaux des autels relevés. Chateaubriand devint, sauf quelques bouderies de mécontents par trop austères, qui préféraient l'église en deuil à l'église en fête, la religion pauvrement vêtue à la religion si coquettement parée, le favori du clergé. Il fut aussi et surtout celui des salons et des châteaux où brillaient les femmes auxquelles il avait appris le charme de la prière, la douceur des rêveries au pied de la croix dans l'oratoire placé près du boudoir. Aussi rencontra- t-il, soit grâce à ces hasards qui conspirent en faveur des héros du jour, soit sur des avances plus discrètes et plus flatteuses, maintes pieuses ou romanesques héroïnes éprises de ce sentiment nouveau, avides de ces émotions inconnues, séduites par ce mélange de la passion et de la foi mis par lui à la mode, et qui avaient trouvé dans le livre à combler le vide de leur cœur ou cherchaient à le combler auprès de l'auteur.
C'est ainsi qu'il connut Mme de Gustine et se lia intimement avec elle. Liaison charmante et caractéristique, où Chateaubriand n'eut pas le plus beau rôle, qu'il laissa à son amie par égoïsme plus que ]iar galanterie. Elle s'ouvre en 1802, le jour de la fête de la prise de possession du château de Fervacques, qui fut aussi celui de la prise de possession de la châtelaine par cet hôte séduisant et impérieux, logé comme un roi dans la chambre au lit de Henri IV. Elle se clôt, déchue à la simple amitié, sur les
adieux mouillés de larmes — d'un seul côté — de ce départ de 1806 pour le voyage d'Orient avec Jérusalem pour but et pour station du retour Grenade et l'Alhambra où, derrière un des arceaux à dentelle de marbre, Mme de Mouchy attend le pèlerin, redevenu un très profane voyageur.
Mme de Gustine ne fut pas la seule, tant s'en faut, mais sans doute la plus belle et certainement la plus intéressante des conquêtes féminines que le Génie du Christianisme et son succès valurent à l'auteur. Il ne tint qu'à lui d'ajouter à la liste un nom fort imprévu, celui de sa femme. Mme de Ghateaubriand se montra disposée à revenir auprès de son mari, au bruit de sa gloire et, disait-elle finement, sur le titre de son livre. Le cas était embarrassant pour un homme qui avait affiché si humblement lé repentir de ses erreurs passées, qui avait fait si éloquemment profession de foi, et qui n'était pas rentré au giron de l'Eglise pour refuser de rentrer au giron de la famille. Il s'en tira moyennant une courte visite en Bretagne, et des promesses dont on Se contenta, faute de mieux.
Mais les succès de l'amour-propre, ni même ceux de l'amour, ne pouvaient suffire à remplir une âme comme celle de Ghateaubriand. Il avait la curiosité de toutes les émotions, la soif de tous les inconnus. Il lui manquait les plaisirs et les triomphes de l'ambition. Il les convoitait ardemment, et l'exemple de la fortune politique de son ami Fontanes n'était pas pour le refroidir. Il ne pouvait les devoir qu'à un seul
homme, dont il lui fallait faire la conquête, plus difficile mais plus flatteuse et plus féconde pour son avenir que celle de Mme de Beaumont ou de Mme de Gustine. Il s'agissait de plaire au Premier Consul, dont le rang exigeait les avances, et dont l'orgueil, éclairé par le génie, ne pardonnait pas une flatterie banale.
Une première entrevue, ou plutôt une première rencontre entre Bonaparte et Chateaubriand, à une fête chez Lucien, ébaucha favorablement cette négociation délicate, où nul ne voulait commencer. Le Premier Consul, fendant la foule brodée, piqua droit vers Chateaubriand qui s'y cachait. Il le prit brusquement pour interlocuteur d'un de ces entretiens tournant si volontiers au monologue qu'il était imprudent de lui répondre, c'est-à-dire d'interrompre ce flot de paroles brillantes et tranchantes, spontanées et inspirées en apparence, mais toujours préparées et combinées pour l'effet, à moins d'y être impérieusement provoqué par l'interrogation. Chateaubriand le comprit; il eut l'esprit d'écouter, l'éloquence de se taire. Et cet hommage muet ne déplut pas.
Mais Bonaparte n'offrit pas encore ce que Chateaubriand ne voulait pas demander. Avec ceux qu'il prétendait attirer dans son orbite, parce qu'ils lui paraissaient en valoir la peine, Bonaparte ne se contentait pas d'un hommage, si délicat qu'il fût. Il lui fallait des gages, et des gages publics. Chateaubriand dut se résoudre à les donner. L'acte d'hommage et de foi, direct et personnel, de l'auteur au héros, beaucoup moins discret que l'allusion de la Préface
de la première édition, fut fait par la dédicace de la deuxième édition, publiée en avril 1803. Un exemplaire de luxe porta au Premier Consul et à chaque membre de sa famille cette dédicace, qui fournissait les gages attendus et eut un effet décisif *.
La réponse, en effet, ne se fit plus attendre. Peu de jours après. Chateaubriand était nommé secrétaire d'ambassade à Rome, auprès du cardinal Fesch, oncle du Premier Consul. Il paraît — il l'a dit du moins — qu'il hésita quelque temps à accepter. Et cela malgré ce qu'avait de tentant un début dans la diplomatie à Rome, auprès du pape, sous la protection tutélaire, où on ne pouvait deviner encore un joug importun, de l'oncle du Premier Consul, avec le Génie du Christianisme pour titre de recommandation 1
Quoi qu'il en soit. Chateaubriand accepta ces fonctions de secrétaire d'ambassade à Rome et partit pour les occuper en mai 1803.
Sa lune de miel diplomatique ne dura pas longtemps. A peine Chateaubriand avait-il fait part à ses amis des bonnes impressions de son arrivée, de l'accueil flatteur de Sa Sainteté, qui l'avait fait asseoir près d'elle de la façon la plus affectueuse, lui avait montré obligeamment qu'elle lisait le Génie du Christianisme^ ouvert sur sa table, l'avait congédié avec un paternel « mon cher Chateaubriand »; à peine Fontanes, Joubert, Mme de Beaumont avaient-ils eu le temps de se féliciter de ces bonnes nouvelles, qu'ils
1. Sainte-Beuve a donné le texte de la dédicace et tous les détails qui s'y rapportent, p. 391-392.
en recevaient de toutes différentes, et que le ton de la correspondance de leur ami passait brusquement de l'optimisme le plus rose au pessimisme le plus noir. Que s'était-il passé pour motiver un tel revirement dans les dispositions du secrétaire d'ambassade, pour obliger bientôt le zèle dévoué de ses amis à s'efforcer non plus de faire valoir ses mérites, mais de pallier ses torts ?
Il s'était passé ce qui devait lui donner ces torts, qui tenaient à sa situation, quand ils ne tenaient pas à sa conduite. Il s'était passé ce qui arrivera toujours entre un chef fait plutôt pour obéir et un collaborateur fait plutôt pour commander, entre la vanité jalouse de la médiocrité triomphante et l'orgueil ombrageux du génie méconnu. « Le cardinal Fesch n'était pas plus un supérieur accommodant que Chateaubriand n'était un subordonné commode*. » C'était une erreur de les avoir placés ensemble, à Rome, dans une ville pleine de dangers pour la bonne harmonie entre un prince de l'Eglise parvenu au rang d'ambassadeur comme à la pourpre par l'unique mérite de sa parenté avec le Premier Consul, et un prince de la littérature, réduit, malgré la gloire, à un rôle subordonné qu'on devait tendre à diminuer encore. Il y eut bien aussi sans doute quelques erreurs de conduite, quelques imprudences de langage, exagérées et envenimées par des rivalités intéressées pour amener l'ambassadeur à punir le