L'ITJNËRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM
ne serait pas plus vif que celui d'une telle image.
On sait, du reste, avec quel soin Chateaubriand est allé recueillir les impressions des lieux. Son Itinéraire nous a permis depuis de l'accompagner pas à pas dans ce pèlerinage aux divers pays, où il avait placé les scènes diverses de ses Martyrs. Peut-être n'était-il pas entré dans son premier dessein de publier
« mur jadis ébranlé sous les coups du bélier et fortifié par des tours « qui tombent, on aperçoit de vastes débris; des cyprès épars, des R buissons d'aloès et de nopals, quelques masures arabes, pareilles « à des sépulcres blancbis, recouvrent cet amas de ruines : c'est la a triste Jérusalem. — Au premier aspect de cette région désolée, un « grand ennui saisit le cœur. Mais lorsque, passant de solitude en (t solitude, Tespace s'étend sans bornes devant tous, peu à peu Tennui u se dissipe; le voyageur éprouve une terreur secrète, qui, loin « d'abaisser l'âme, donne du courage et élève le génie. Des aspects « extraordinaires décèlent de toutes parts une terre travaillée par « des miracles : le soleil brûlant, l'aigle impétueux, l'humble bysope, u le cèdre superbe, le figuier stérile, toute la poésie, tous les tableaux « de l'Écriture sont là. Chaque nom renferme un mystère; chaque « grotte déclare l'avenir ; chaque sommet retentit des accents d'un « prophète. Dieu même a parlé sur ces bords : les torrents desséchés, a les rochers fendus, les tombeaux entr'ouverts, attestent le prodige; « le désert parait encore muet de terreur, et l'on dirait qu'il n'a osé « rompre le silence depuis qu'il a entendu la voix de l'Éternel. » (Liv. XVIl.) Gomme avec l'aspect des lieux le grand peintre leur a rendu leur âme ! En vérité, de telles pages, quelque jugement que l'on porte d'ailleurs sur cette épopée des Martyrs, suffisent pour assurer à cet ouvrage une place éminente dans notre littérature.
ce journal de son voyage. Mais, quand il vit une critique jalouse contester la solidité de sa composition épique, il y joignit Vltinérairey à titre de commentaire et de pièces justificatives. Assurément il n'est pas sans intérêt de confronter la première esquisse du voyageur avec le tableau achevé que Fartiste devait en faire. Bien des gens même préféreront ce commentaire des Martjrs au poème. Car Y Itinéraire de Paris à Jérusalem est une véritable épopée d'une année de la vie de l'auteur. Ici le héros, c'est lui-même , non plus transfiguré et enveloppé de solennité comme dans René ou Eudore y mais dans son naturel : plus de fiction, plus de théâtre ; le héros est devenu un simple mortel ; et certes il n'a rien perdu ici à s'humaniser de la sorte. Jamais en effet il ne s'est montré plus aimable que dans ce livre, où il nous admet à vivre dans son intimité. C'est plaisir vraiment de connaître ainsi de près ce vrai gentilhomme, qui réunit dans son âme ardente et généreuse tant de contrastes charmants, qui est tout ensemble un paladin, un rêveur et un érudit, un homme des anciens