‹ Chateaubriand, sa vie et ses œuvres: étude littéraire et moraleChapitre 15 sur 41 · L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

L'ITINÉRAIRE DE PARIS A JÉRUSALEM

jours et un homme de son temps^ mêlé aux affaires du monde et gardant néanmoins les instincts de la solitude, poète comme au temps d'Homère, et, avec cela, traînant avec lui toutes les tristesses du siècle ; tout cela avec une noble aisance, un naturel plein de grâce, une allure familière, parfois même avec sourire et le mot piquant et spirituel. On n'eut jamais en voyage plus agréable compagnon.

Avec lui £^ussi, on se sent dans un pays vrai, et non plus dans la Grèce déclamatoire de Pouqueville. Sa course est bien rapide sans doute à travers la Morée et TAttique; il esquisse à vol d'oiseau : mais il a vu d'un regard d'aigle. En venant après lui , on ne peut que constater la merveilleuse exactitude de ses descriptions; on ne saurait faire autrement ni mieux.

On n'admire pas moins le sûr instinct qui le guide dans son exploration hâtive. Par une sorte d'intuition, il reconnaît l'emplacement de Sparte parmi les huttes de Magoula. Mais cette divination du génie avait été préparée et assurée à l'avance par les plus sérieuses études.

Le poète était en même temps un archéologue et un historien. On lui a même reproché l'étalage de son érudition. Pour moi, je sais gré à ces hommes supérieurs de nous laisser entrevoir leur travail et le respect qu'ils ont de leurs œuvres. Chateaubriand m'apprend d'ailleurs ainsi Fart de voyager avec fruit. Luimême il n'a rien négligé. Auteurs anciens et modernes sont sans cesse dans ses mains et sont confrontés avec les lieux. Il savait bien que ces lieux historiques, qui ont tant de choses à nous apprendre du passé, ne répondent qu'à ceux qui savent les interroger.

Son Itinéraire restera surtout le meilleur guide du voyageur à Athènes. Si Chateaubriand ne s'est arrêté que huit jours dans cette ville, il l'a visitée en homme qui la connaît de loin ; il l'a goûtée en Athénien du temps de Périclès. Il était là dans la vraie patrie de son génie. Nul n'a eu, même parmi les anciens, un sentiment plus vif et plus exquis de la beauté du ciel, de la nature et des ruines de l'Attique; nul n'a mieux rendu l'effet de ces beaux débris de l'Acropole, qui, malgré tant de ravages, rayon-

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