CHATEAUBRIAND RDJETÉ DANS L'OPPOSITION
qu'il faille reléguer à jamais les gens de lettres dans le monde idéal, et que les poètes n'aient pas eu parfois, plus que les politiques de profession, l'instinct de ce qui s'agitait au cœur de ce chevaleresque pays de France, il faut convenir toutefois avec Louis XVIII que Chateaubriand, s'il avait les grandes qualités de l'homme d'État, était trop dépourvu des petites, qui ne sont pas moins nécessaires au succès. Car, pour être un conducteur des peuples, l'instinct des grandes choses ne suffit pas. Il faut savoir avec patience et dextérité se plier aux événements en attendant le moment favorable, tourner les difficultés, ménager les opinions et les passions contraires, s'astreindre à une suite obscure de petites choses qui sont souvent la condition des grandes, et, avec une ambition positive et opiniâtre, viser plutôt au succès durable qu'aux satisfactions
subir celte loi des vainqueurs, n'écoutant au contraire que son désespoir et l'indignation du poëte, eût remis à ces alliés exigeants le trône qu'on lui faisait acheter à ce prix, sa démarche hardie n'eûtelle pas été en même temps la plus habile ? L'Europe embarrassée et la France émue auraient assuré bientôt de meilleures conditions au malheureux Prince.
de la vanité. A.vec votre nature impétueuse et passionnée, votre fierté chevaleresque, votre romanesque imagination, votre soif de gloire et d'éclat, qu'alliez-vous faire, ô René, auprès de M. de Villèle, dont la médiocrité supérieure vous étonne et vous irrite? J'admire votre grand cœur et vos nobles pensées : mais, pour sauver la Restauration, il fallait plus de prudence et de ménagements que vous n'en apportiez dans les affaires. Avec le tempérament de votre esprit, je crois que la disgrâce, en vous rejetant dans l'opposition, vous a remis à votre vraie place. Là, en effet, il suffit d'être éloquent pour régner; la parole y a toute sa vertu. Et puisque la nature vous a rendu plus propre à manier les idées que les hommes, et à émouvoir les esprits qu'à les conduire, vous jouirez dans ce rôle de toute la puissance et de toute la popularité de votre talent.
Repoussé ainsi dans l'opposition par une destitution imprévue. Chateaubriand se réfugie dans les Journaux f pour y faire au Ministère qui l'avait rejeté une implacable guerre ; car il gardait de sa disgrâce une rancune de poète :