CHATEAUBRIAND DANS LA PRESSE ET A LA TRIBUNE
rîen n'égale, en vérité, l'éloquence de ce style tout frémissant de l'émotion du moment, et où semble respirer encore après tant d'années l'àme passionnée de l'orateur. Quel effet devait produire sur les contemporains cette parole tour à tour grave, acérée, dédaigneuse, véhémente, splendide, ironique, palpitante, enflammée, ici trouvant des accents d'une solennité pathétique, là s'emportant en mouvements oratoires irrésistibles ou éclatant en formidables cris de colère ! Le tribun d'ailleurs fait appel à tous les sentiments, à toutes les passions généreuses de la France, à ses vieux souvenirs en même temps qu'à ses jeunes espérances ; il mêle ensemble les traditions chevaleresques et les aspirations démocratiques ; il réunit et confond sur sa bannière avec l'image de la fidèle Vendée celle de la liberté moderne, fille de 89; et il donne l'assaut au pouvoir, en poussant du fond du cœur le vieux cri de Vii^e le Roij qui couvre pour ses oreilles le bruit montant d'une révolution. — Mais la liberté, dans ses articles, apparaît si belle, qu'on n'en saurait plus désormais redouter les excès.
CepeDdanty en s'exaltant de plus en plus par l'ardeur de la lutte et en s'enivrant des applaudissements de la France, Chateaubriand ne s'aperçoit pas qu'il est déjà dans le camp de ses . adversaires, et qu'Etienne et Benjamin Constant se félicitent de servir dans son armée. Il combattait en effet à côté d'eux dans la lutte si vive engagée en 1827 entre la presse et la censure. Mais il est convaincu que la fortune de la France et celle de la royauté dépendent du loyal maintien de la Charte. Il s'inquiète des tendances de l'étroite et illibérale politique de Charles X ; il voudrait retenir sur la pente, où il s'engage de plus en plus, ce gouvernement aveugle et téméraire, qui conspire contre les libertés publiques et cherche son salut dans la contre-révolution. Il attaque avec vivacité cette politique inintelligente. Mais, jusque dans les entraînements de son opposition, il pense toujours être fidèle; il veut sauver son roi, en lui dénonçant la faute d'un ministère qui doit le perdre.
Certes alors le royaliste libéral n'a pas épargné les conseils sous toutes les formes. Qu'est-