A VENDRE
par voie de loterie^
en vertu de Vadhésion de Son Exe. le Ministre, secrétaire d'Etat des finances (i),
VNE MAISON DE CAMPAGNE en partie meublée
Située à Aulnay, commune de Châtenay, près Sceaux- Penthièvre, appelée la Vallée, ou le Val-de-Loup.
Cette maison n'était qu'une Chaumière avec une vigne et un verger, quand le propriétaire actuel en fit Tacquisilion en 1807.
C'est aujourd'hui une Maison agréable placée dans un Parc de vingt arpens enclos de murs et planté avec soin. On y trouve la collection presque entière des arbres de pleine terre, exotiques ou naturels au sol de la France ; les arbres verts y dominent et sont de la plus belle venue. Le tout présente l'aspect d'une petite Vallée solitaire environnée de bois qui semblent en faire partie.
Le Potager, composé de deux arpents, est en plein rapport : on récolte dans le parc du foin pour nourrir deux chevaux et trois vaches. La Serre est garnie d'orangers et d'arbustes.
La Maison (qui n'était, comme on l'a dit plus haut, qu'une chaumière) a été refaite tout entière dans Tintérieur, et décorée extérieurement d'un portique de marbre supporté par des cariatides dont le torse est antique.
1° On trouve dans l'intérieur, au rez-de-chaussée : un vestibule avec un escalier à deux branches, et disposé pour y mettre des fleurs ; une cuisine, une salle à manger, un salon iqui n'est pas meubléi ; un office bâti par le propriétaire.
2" Au premier étage deux chambres à coucher, un petit
(1) Le comte Gorvetto.
salon nouvellement meublé et séparé des deux chambres par un vestibule.
3° L'attique, ou les mansardes, se compose de deux chambres de garçons, de quatre chambres de domestiques, et plusieurs cabinets dans les combles, quelques-unes de ces chambres sont meublées. La toiture, les gouttières, fenêtres, croisées, portes, enceintes extérieures, tout a été refait à neuf.
On a fait construire une grande citerne, bâtir de plus une serre, une remise, une écurie pour quatre chevaux, une étable et une nouvelle basse-cour ; on a agrandi les communs et le logement du jardinier.
Un petit pavillon placé au milieu du parc contient une Chapelle au premier étage, et l'établissement d'une bibliothèque au rez-de-chaussée.
Cette campagne n'est qu'à cinq quarts d'heure de distance des barrières de Paris par la route d'Orléans ; ces barrières sont celles du Maine et d'Enfer : elle n'est qu'à une demi-lieue de Sceaux, et à l'entrée des bois de Verrières. On suit, pour y arriver, une partie de la route pavée de Sceaux au Petit-Piquet ; et lorsqu'on quitte cette route on n'a plus qu'un quart de lieue de traverse.
La Maison a de plus deux sorties : l'une sur Chàtenay, l'autre sur les bois de Verrières pour aller reprendre la route de Versailles à Berny. On a coupé une colline devant la Maison pour élargir les entrées et adoucir la pente du chemin....
Les hypothèques dont la propriété peut se trouver grevée maintenant seront purgées sur le prix de la vente, déposé chez le notaire ci-après désigné, par le porteur du numéro gagnant ; de manière que le porteur de ce ce numéro entrera en jouissance de ladite propriété, libre de toute hypothèque et de toutes redevances.
La loterie est composée de quatre-vingt-dix billets Je mille francs chacun. Le billet gagnant sera le numéro qui sortira le premier au tirage de la Loterie royale de France du quinze septembre prochain, à Paris. Le contrat de vente sera passé aux frais et au profit du porteur du billet
gagnant, SOUS les charges, clauses et conditions insérées au procès-verbal dressé devant le même notaire le trois du présent mois d'avril mil huit cent dix-sept.
Onnedélivrera plus de billets après le 25 août prochain. Si, à cette époque, tous les billets ne sont pas pris, le notaire soussigné préviendra les porteurs des billets distribués que la loterie n'aura pas lieu, et rendra l'argent aux porteurs de ces billets.
Au procès-verbal est annexé l'état des meubles.
Les billets signés par le notaire, visés par le propriétaire, et dont les numéros seront écrits en toutes lettres de la main du notaire, seront ainsi conçus:
« Il a été remis par le porteur la somme de mille francs « à M'^ Denis, notaire à Paris, pour avoir part au tirage « de la Loterie de la Maison de campagne appartenant
« à , située à Aulnay, lieu dit la Vallée ou le Val-de-
« Loup^ canton de Sceaux, département de la Seine, dési- « gnée dans le procès-verbal dressé par ledit M'= Denis et « son confrère, le trois du mois d'avril, et sous les charges « et conditions exprimées audit procès-verbal dont « l'actionnaire aura pu prendre communication.
« Le billet gagnant sera celui portant le numéro qui « sortira le premier h Paris, au tirage de la Loterie « Royale de France du i5 septembre prochain. »
A Paris, ce quatre avril mil huit cent dix-sept.
S^adresser pour tous les renseignements^ à M^ Denis, notaire^ rue de Grenelle^ faubourg Saint-Germain^ n° 3.
Imprimerie de Le Normant, rue de Seine, n^ 8.
Les amis de Chateaubriand s'étaient émus de la nécessité où il se trouvait de vendre sa maison d'Aulnay, et ils
s'efforçaient de lui être utiles. Bertin l'aîné publia dans le Journal des Débats du 12 avril 1817 une note ainsi conçue :
On vient de niettre en vente une maison de campagne, en partie meublée, située à Aulnay, commune de Chàtenay, près Sceaux-Penthièvre, appelée la Vallée ou le Valde-Loup. Cette maison, qui n'était qu'une chaumière avec une vigne et un verger quand le propriétaire actuel en rit l'acquisition, est aujourd'hui une maison agréable, placée dans un parc de vingt arpens... Nous pouvons parler en connaissance de cause de cette demeure charmante, de ces beaux arbres trop tôt ravis aux mains qui les ont plantés, et nous félicitons d'avance celui qui devra à la faveur du sort la propriété d'une campagne qui, comme celle de Tibur et d'Auteuil, sera à jamais illustrée par le nom et le souvenir de son premier créateur.
Ni l'article de M. Bertin, ni l'affiche de M. Denis, ni la modestie des prétentions du propriétaire, qui demandait seulement à rentrer dans quatre-vingt-dix mille francs> après en avoir dépensé 198.000, rien ne put décider les souscripteurs. L'insuccès de la loterie fut complet. Quatre billets, seulement furent placés. M"^^ la duchesse d'Orléans, douairière, prit trois numéros ; M. Laine, ministre de l'Intérieur, prit, sous un faux nom, un quatrième billet. L'argent fut rendu aux souscripteurs ; toutefois, M. Laine refusa de retirer ses i.ooo francs ; il les laissa au notaire pour les pauvres.
Peu de temps après, la Vallée- aux- Loup s fut vendue, « comme on vend les meubles des pauvres, sur la place du Châtelet (i). » La mise à prix était de 50.000 francs ; clk' fut couverte par le vicomte Mathieu de Montmo-
(i) Mémoires d'Outre-Tombe, t. IV, page 143.
iq2 PREMIERE PARTIE
rency, qui seul osa mettre une surenchère de cent francs ; la Vallée lui resta (i).
La séparation fut cruelle pour Chateaubriand, qui exhale ainsi ses plaintes au livre IV de la première partie
des Mémoires d'Outre-Tombe :
Vallée-aux-Loups, novembre 1817.
Revenu de Montboissier, voici les dernières lignes que je trace dans mon ermitage ; il le faut abandonner tout rempli des beaux adolescents qui déjà dans leurs rangs pressés cachaient et couronnaient leur père. Je ne verrai plus le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de ma Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban, consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l'Armorique, au pied desquels je peignis Blanca, chantai Cymodocée, inventai Velléda. Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries : elles en étaient les Hamadryades. Il vont passer sous un autre empire : leur nouvea,u maître les aimera-t-il comme je les aimais? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être ; je ne dois rien conserver sur la terre. C'est en disant adieu aux bois d'Aulnay que je vais rappeler l'adieu que je dis autrefois aux bois de Combourg ; tous mes jours sont des adieux.
En même temps qu'à sa maison, il lui avait fallu aussi dire adieu à ses livres. « Je fus obligé, dit-il, de vendre mes livres ; M. Merlin les exposa à la criée, à la salle Sylvestre, rue des Bons-Enfants. Je ne gardai qu'un petit Homère grec, à la marge duquel se trouvaient des essais de traductions et des remarques écrites de ma
(i) Elle est passée parhéritage à M. le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville, dont ^la mère était une Montmorency- Laval.
CHATEAUBRIAND I g2>
main. » La bibliothèque de Chateaubriand fut vendue le 21 avril 1817 et jours suivants (i).
Ces heures de détresse, Chateaubriandles connaîtra plus d'une fois encore. Mais n'est-ce pas là une des raisons pour lesquelles il reste cher à toutes les nobles âmes ? Depuis Homère, la pauvreté et la poésie ont presque toujours cheminé de compagnie. Nos sympathies vont difficilement aux poètes qui thésaurisent.
Dans le chapitre des Misérables intitulé l'Année 1817, Victor Hugo a écrit ces lignes :
Chateaubriand, debout tous les matins devant sa fenêtre du numéro 2j de la rue Saint-Dominique, en pantalon à pied et en pantoufles, ses cheveux gris coift'és d'un madras, les yeux fixés sur un miroir, une trousse complète de chirurgien-dentiste ouverte devant lui, se curait les dents, qu'il avait charmantes, tout en dictant la Monarchie selon la Charte a M. Pilorgc, son secrétaire.
Outre que c'eût été une singulière fantaisie à Chateaubriand de dicter ainsi, en 1817, des pages imprimées et publiées en 1816, il n'avait garde de se mettre, cette année-là, aux fenêtres du numéro 27 de la rue Saint- Dominique, par cette excellente raison qu'il habitait alors rue de l'Université, au numéro 25. Il y était venu loger en juillet 1815, à son retour de Gand, et il y de-
(i) Journal des Débats, 2<j avril 1S17.
meura jusqu'en 1818. A cette époque, il échangea le ruisseau de la rue de l'Université contre celui de la rue du Bac, si cher à M™^ de Staël (i), et il habita deux ans le numéro 42 de cette dernière rue ; en 1820 seulement, il se transporta au numéro 27 de la rue Saint-Dominique Saint-Germain.
Le mardi i<^^ janvier 1823, il passa les ponts, et « il alla coucher dans ce lit de ministre, lit où l'on ne dort guère et où l'on reste peu ». Quatre jours auparavant, le 28 décembre 1822, il avait été nommé ministre des Affaires étrangères, à la place de Mathieu de Montmorency, son remplaçant à la Vallée-aux-Loups. L'hôtel du ministère était situé boulevard des Capucines ; il y resta une année et demie, jusqu'au dimanche 6 juin 1824, jour où une ordonnance du roi Louis XVIII le releva inopinément de ses fonctions.
Chateaubriand sortait du ministère, comme il était sorti de ses ambassades (2), plus pauvre encore qu'il n'y était entré. Son appartement de la rue Saint-Dominique ui parut trop onéreux, et il alla demeurer rue du Regard, n^ 7. Une circonstance qui lui fait grandement honneur le conduisit du reste bientôt à prendre un nouveau logement.
En 1819, M™e de Chateaubriand, avec l'assistance de M™^ la duchesse d'Angoulême, avait fondé, rue d'Enfer^ V Infirmerie de Marie-Thérèse. Cet établissement, auquel elle donnait tous ses soins, se trouva un jour menacé d'un sérieux danger. C'était au mois d'octobre 1824. Un pavil-
(i) Mme de StaC'l, qui s'écriait : « Oh ! le ruisseau de la rue du Bac !» quand on lui montrait le miroir du Léman, demeurait, avant son exil, rue de Grenelle-Saint-Germain, près de la rue du Bac.
(2) A Berlin et à Londres.
CHATEAUBRIAND IQD
Ion avec jardin, contigu à V Infirmerie, fut mis en vente, et une compagnie d'entrepreneurs offrit aussitôt de l'acheter, se proposant d'y établir un café, d'y installer des montagnes russes et d'y donner des fêtes de nuit. Un tel voisinage eût été la mort de l'hospice, consacré à de vieux prêtres et à des femmes infirmes. L'œuvre de sa femme était en péril : Chateaubriand n'hésita pas. Le pavillon et le jardin pouvaient valoir une soixantaine de mille francs ; mais, par suite de la hausse des terrains on en demandait cent quatre-vingt mille. Chateaubriand en passa par les prétentions du vendeur. Il n'avait pas d'argent, mais il comptait, pour se libérer, sur le produit de l'édition de ses Œuvres complètes qu'allait bientôt entreprendre le libraire Ladvocat.
Une fois la maison (i) achetée, ce qu'il avait de mieux à faire était de l'habiter ; il la fit donc arranger et s'y étabht en 1827. Cette première installation fut, du reste, de courte durée. Le 14 septembre 1828, il quittait la rue d'Enfer pour se rendre à Rome, en qualité d'ambassadeur de Sa Majesté Très Chrétienne.
Avant de partir, il donna en toute propriété à l'Infirmerie de Marie-Thérèse une petite maison et un jardin dits de la rue de Lacaille, qu'il avait achetés de ses deniers, en 1823, pour la somme de quatorze mille francs, avant l'augmentation des terrains. Ces quatorze mille francs étaient le produit de ses Mémoires sur la vie et la mort du duc de Berry.
L'année suivante, au printemps de 1829, il obtint un congé. De retour à Paris, il en repartait bientôt pour aller aux Pyrénées prendre les eaux de Cauterets ; mais il ne
(i) Elle portait, rue d'Knfer, le numéro 84; c'est aujourd'hui le numéro 88 de la rue Denfert-Rochereau.
iq(3 PREMIÈRE PARTIE
s'éloigna pas de la capitale sans avoir donné ses ordres pour exécuter dans son jardin et dans sa maison les changements et les accroissements nécessaires, afin qu'à sa mort le legs qu'il voulait faire de cette maison à l'Infirmerie de Chateaubriand fût plus profitable. Il destinait cette propriété à la retraite de quelques artistes et de quelques gens de lettres malades.
Il était encore dans les Pyrénées quand fut formé le Cabinet qui avait à sa tête le prince de Polignac (i). Rentré en hâte à Paris, son premier soin fut de porter au prince sa démission d'ambassadeur, puis il reprit à pied, par le boulevard des Invalides, le chemin de la rue d'Enfer.
Chateaubriand avait appris à Cauterets, au mois d'août 1829, l'avènement du ministère Polignac ; c'est à Dieppe qu'il apprit, le 27 juillet 1830, la publication des Ordonnances. Le 28 au soir, il entrait dans Paris au bruit de la canonnade, de la fusillade et du tocsin. Ses voisins le virent arriver avec plaisir ; il leur semblait une protection pour le quartier. Le 29, il eut, en effet, à le défendre. La banlieue et les carriers de Montrouge affluaient par la barrière d'Enfer. En passant devant la communauté des Missions de France, située dans sa rue, ils y entrèrent : une vingtaine de prêtres furent obligés de se sauver ; leur maison fut pillée, leurs lits et livres brûlés ; des coups de feu furent tirés sur le Supérieur, le P. Rauzan (2). Chateaubriand donna l'hospitalité à sept ou huit fugitifs, tandis que les autres se réfugiaient à l'hospice des Enfants-Trouvés, situé également rue
(i) Moniteur du 9 août 1S29.
(2) Vie du T. R.P.Jean-Baptiste Raujan, par le P. A. Dei.a- PORTE, p. 281 et suivantes.
d'Enfer ; ils restèrent plusieurs jours cachés sous son toit. Par l'intermédiaire de son voisin, M. Arago (i), il leur obtint des passeports, et ils allèrent ailleurs prêcher la parole de Dieu.
Chateaubriand habita la rue d'Enfer jusqu'en 1838. Ce n'était plus la riante demeure de la Vallée-aux-Loups ; les arbres de son jardin ne lui rappelaient plus les voyages de sa jeunesse et les créations de son génie. L'heure avait sonné des tristesses et des désenchantements. Mais pourtant c'était encore la campagne, la sohtude, et peut-être le poète vieilli eût-il vainement cherché ailleurs une plus douce retraite. Il y écrivit la dernière partie de ses Études ou discours historiques, et les derniers livres de ses Mémoires ; il y composa ses éloquentes brochures sur la Restauration et la monarchie élective (2), sur la Proposition relative au hanissement de Charles X et de sa famille (3), sur la Captivité de M^^ la duchesse de Berry (4). De sa maison, telle qu'elle était au lendemain de 1830, il nous a laissé une description inoubliable. En voici quelques traits :
Des fenêtres du salon, on aperçoit d'abord ce que les Anglais appellent pleasure-ground, avant-scène formée d'un gazon et de massifs d'arbustes. Au delà de ce pour-
(1) La maison de Chateaubriand était voisine de l'Observatoire, dont François Arago était alors le directeur.
(2) 3 Mars i83i.
(3) Octobre i83i.
(4) Décembre i832.
pris, par-dessus un mur d'appui que surmonte une barrière blanche losangée, est un champ variant de cultures et consacré à la nourriture des bestiaux de VInfirmerie. Au delà de ce champ vient un autre terrain séparé du champ par un autre mur d'appui à claire-voie verte, entrelacée de viornes et de rosiers du Bengale. Cette marche de mon Etat consiste en un bouquet de bois, un préau et une allée de peupliers...
Un mail, double allée de marronniers, conduit du jardin supérieur au Jardin inférieur; le long du champ intermédiaire, la déclivité du sol est rapide... Mes arbres se marient à ceux de l'enclos des Enfants-Trouvés et du boulevard d'Enfer qui m'enveloppent. Je n'aperçois pas une maison. A deux cents lieues de Paris, je serais moins séparé du monde, j'entends bêler les chèvres qui nourrissent les orphelins délaissés... (i).
Si variés qu'eussent été jusqu'ici ses logements, Chateaubriand allait, en 1832, en connaître un nouveau, celui-là bien inattendu, et qu'il n'avait pas cherché. Le samedi 16 juin, à 4 heures du matin, la police se présentait chez lui et le mettait en état d'arrestation, sous la prévention de « complot contre la sûreté de l'Etat ». Conduit au dépôt de la préfecture de police, il fut enfermé dans une étroite cellule d'où il entendait les cris, les rires, les chansons obscènes des prisonniers ses voisins, lui qui la veille, dans son ermitage, entendait les pieux cantiques des Sœurs de charité ! Sur le soir, le préfet, M. Gisquet, le vint prendre et le pria de choisir lui-même une chambre dans ses appartements. Chateaubriand accepta seulement une petite pièce écartée qui donnait sur le jardin, et qui n'était rien moins que magnifique : elle avait
(1) Voir, pour plus de détails, les Mémoires d' Outre-Tombe, t. VI, p. 4 et suivantes, et ci-dessus, le chapitre sur Chateaubriand^ Vabbé Lacordaire et Alfred Nettement.
pour tous meubles une couchette sans rideaux, quatre chaises de paille, un fauteuil pour M"^^ (jg Chateaubriand, qui venait tous les jours visiter le prisonnier, une commode et une table. Cette pièce était située sous les combles d'un bâtiment, et on y étouffait aussitôt que les fenêtres étaient fermées. Malgré tout, cela ne ressemblait guère au carcere duro de Silvio Pellico et aux Plombs de Venise. Aussi Chateaubriand s'est-il bien gardé, dans ses Mémoires, de chercher à nous attendrir sur ses prisons, qui, d'ailleurs, ne durèrent que quinze jours. Le 30 juin» une ordonnance de non-lieu lui rendit la liberté.
Mme de Chateaubriand, écrit-il, vint me chercher dans un fiacre; je le remplis de mon petit bagage aussi lestement que j'étais jadis sorti du ministère, et je rentrai dans la rue d'Enfer avec ce je ne sais quoi d'achevé' que le malheur donne à la vertu (i).
La maison de la rue d'Enfer, cependant, n'était pas payée ; chaque année, le pauvre grand écrivain avait à faire face à de gros intérêts. La charge, de plus en plus lourde, finit par devenir insoutenable. Le jour vint oii il fallut se résigner à vendre. Mais Chateaubriand ne le voulait faire qu'autant qu'il rencontrerait un acquéreur dont le nom et la situation offriraient toutes garanties àsa chère Infirmerie. Il le trouva, en 1837, dans la personne de Mgr de Quélen, archevêque de Paris, son compatriote et son ami. Mgr de Quélen habita pendant plusieurs mois la maison de l'auteur du Génie du Christianisme ; son vénérable successeur, Mgr Affre, y résida aussi quelque temps après avoir pris possession de son nouveau diocèse.
(1) Mémoires d'Oiitre-Tontbe, t. \', p. 535.
Plus tard, la maison de Chateaubriand fut cédée par l'archevêché aux sœurs aveugles de Saint-Paul pour leur œuvre des jeunes filles aveugles.
Au mois de juillet 1838, Chateaubriand prenait possession, au numéro 112 de la rue du Bac (aujourd'hui no 120), de l'appartement où se devaient écouler les dix dernières années de sa vie. Situé au rez-de-chaussée l'appartement était entre cour et jardin. Le jardin, assez étroit, longe celui du Séminaire des Missions étrangères. Chateaubriand occupait la chambre à gauche ; M'"^ de Chateaubriand, la chambre à droite : les deux chambres sont séparées par le salon qui ouvre par un perron sur le jardin.
Dans un coin du jardin, appliquée à l'une des fenêtres de la chambre de gauche et communiquant avec elle, était une volière, petite logette grillée et vitrée, où s'ébattaient du matin au soir, à la grande joie de leur maîtresse, les oiseaux de M"^^ ^q Chateaubriand. Un jeune sapin ou sapinette choisie parmi les plants les plus gras, chez un pépiniériste de confiance, servait d'arbre d'agrément et de liberté à la bruyante colonie. Il montait presque jusqu'au toit vitré de l'établissement et le remplissait des rayons circulaires de ses branches étagées. Au pied de l'arbre vert s'arrondissait un bassin rempli d'eau et entouré d'un beau sable que perçaient quelques brins d'herbe. Vers la cime étaient les cellules particulières appendues aux parois de cette maison de verre et d'har-
monie. Un petit calorifère chauffait l'arbre et ses habitants (i).
Du côté de la cour se trouvaient, précédant le salon, un vestibule qui servait de salle à manger, et, contiguë à la chambre de M"^^ de Chateaubriand, une modeste chapelle. C'était tout ; il n'y avait pas place pour une bibliothèque, si réduite fût-elle. Le lo juillet 1839, M^^ de Chateaubriand écrivait à leur vieil ami, l'abbé de Bonne vie» chanoine de la cathédrale, à Lyon :
Le bon abbé Deguerry vous aura dit que nous sommes très contents de notre appartement ; M. de Chateaubriand surtout en est enchanté, parce qu'il n'y a pas moyen d'y placer un livre : vous connaissez l'horreur du patron pour ces nids à rats qu'on nomme bibliothèques.
A défaut de bibliothèque. Chateaubriand, nous venons de le voir, avait une chapelle. Depuis quelques années déjà, il était devenu, dans toute la force du terme, un chrétien pratiquant. Il avait pour confesseur l'abbé Seguin, prêtre de Saint-Sulpice. Non content d'observer rigoureusement les lois de l'Eglise sur l'abstinence et le jeûne, il allait souvent au-delà de ce que lui permettait sa santé (2) .
M. et M™^ de Chateaubriand sont morts tous les deux dans cet appartement de la rue du Bac. Une dernière
(1) Dans une lettre de la vicomtesse de Chateaubriand à M. de Clausel de Coussergues, en date du 10 février 1844, je trouve ces lignes : « Nous sommes toujours dans notre rue du Bac, où nous resterons, parce qu'il nous faut un rez-dechaussée pour M. de Chateaubriand et un jardin pour trois douzaines d'oiseaux qui chantent sous ma fenêtre dans une volière (comme on dit) modèle — où ils vivent heureux à l'abri des chats et de la politique »
(2) Voir ci-dessus le chapitre sur la Sincérité religieuse de Chateaubriand.
202 PREMIKRE PARTIE
visite nous resterait à faire aux lieux où repose maintenant leur dépouille mortelle.
Décédée la première, le 9 février 1847, M™^ de Chateaubriand a été enterrée sous l'autel de la chapelle de l'Infirmerie. Derrière l'autel, sur une tablette de marbre noir, on lit cette inscription :
Ci-gît dame Céleste Buisson,
Vicomtesse de Chateaubriand,
Distinguée par rexercice des bonnes œuv?'es
Qu'inspire la religion.
Elle a voulu faire bénir sa mémoire
Par la pieuse fondation
De r Infirmerie Marie -Thérèse
Faite de concert avec son époux,
Le vicomte de Chateaubriand.
Décédée le q février 184^ , à l'âge de y 3 ans,
Elle repose dans le caveau de cette chapelle
Selon le désir qu'elle ejia exprimé.
Chateaubriand s'endormit dans le Seigneur le 4 juillet 1848. Le samedi 8 juillet, un service funèbre fut célébré dans l'église des Missions étrangères, située rue du Bac, tout près de la maison mortuaire. Le corps fut descendu dans le caveau de la chapelle, pour être, de là, transporté à Saint-Malo, dans le tombeau préparé depuis longtemps par les soins mêmes du grand écrivain, sur l'îlot du Grand-Bé. Depuis un demi-siècle, l'auteur du Génie du Christianisme dort, au bord des vagues, dans son sépulcre de granit, sous une pierre entourée d'une petite grille gothique en fer et surmontée d'une croix. Du reste, point d'inscription, ni nom, ni date. Il l'avait ainsi demandé, dans sa lettre de 1831 au maire de Saint-Malo :
La croix, écrivait-il, dira que l'homme reposant à ses pieds était un chrétien : cela suffira à ma mémoire, ler février 1902.
L'Enfance de Victor Hugo ^'K
Sous ce titre : L'Enfance de Victor Hugo, M. Gustave Simon vient de publier le récit des vingt premières années du grand poète. Se propose-t-il de donner une suite à ce travail et d'écrire la Biographie complète de Victor Hugo ? Si 'es autres volumes doivent ressembler à celuici, j'estime que l'auteur fera bien de s'en tenir là. Victor Hugo, en effet, a tenu à nous donner lui-même son autobiographie, au moins jusqu'en 1841. Elle a paru, en 1862, sous ce titre : Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Est-il donc nécessaire de recommencer ces deux volumes, si c'est pour n'y rien changer ? Or, M. Gustave Simon n'a rien changé du tout aux récits personnels et presque toujours inexacts du poète. Pour lui, tout ce qu'a raconté Victor Hugo est parole d'Evangile ; c'est sacré : y porter la main serait un sacrilège.
Dès le début, il montre bien dans quel esprit il a composé son livre.
(i) VEnfancede Victor Hugo, par Gustave Simon, un volume in-i8 ; 1904.
La première question qu'il rencontre est celle des origines de Victor Hugo. Etait-il de vieille et haute noblesse, appartenait-il, comme il n'a cessé de le prétendre, à une des plus grandes familles de Lorraine ; ou n'avait-il, au contraire, comme ancêtres que des cultivateurs et des menuisiers ?
Il y a déjà vingt ans (i), j'ai établi la généalogie de Victor Hugo d'après une série de pièces dont l'authenticité n'a pas été contestée.
Dans l'Histoire de Nancy, par M. Jean Cayon, à la page 353, consacrée au récit de la fête des Epoux dans le département de la Meurthe, on Ut ce qui suit :
Parmi les citoyens couronnés dans ces fêtes patriarcales, nous remarquons, le lo floréal au Y (29 avril 1797), Joseph Hugo, menuisier, « très excellent républicain » et père de neuf enfants dont plusieurs étaient à la frontière. Il est l'aïeul de notre célèbre Victor Hugo, pair de France... (2).
Ce n'est pas sans raison que Joseph Hugo avait été couronné le jour de la fête des époux. Il s'était marié deux fois : sa première femme, demoiselle Dieudonnée Béchet, était fille de Dominique Béchet, maître cordonnier ; sa seconde femme, demoiselle Jeanne-Marguerite Michaud, était gouvernante d'enfants chez le comte Rosières d'Euvezin (3). De ses deux mariages il avait eu douze enfants, sept filles et cinq garçons : Jean-François,
(i) Victor Hugo avant i83o, par Edmond Biré, i883.
(2) L'ouvrage de M. Jean Cayon a paru en 1846.
(3) Les Archives de Nancy ou Documents relatifs à Vhistoire de cette ville publiés sous le patronage de V administration municipale, par M. Lepage, archiviste delà Meurthe, t. IV, i865.
né le 27 janvier 1757 ; François-Balthazar, né le 5 janvier 1762 ; J oseph-Sigishert-Léopold (le futur général, père du poète), né le 15 novembre 1773 ; Louis- Joseph, né le 14 février 1777 et François-Juste, né le 3 août 1780.
Du recensement officiel des habitants de Nancy, fait en l'an IV (1796), il résulte que, des sept filles du menuisier Joseph Hugo, trois, Victoire, Anne-Julie et Marie- Françoise, étaient couturières et demeuraient avec leur père dans la rue des Maréchaux. Trois étaient mariées l'une à Joseph Pettinger, boulanger, puis livreur de blé ; une autre à Joseph George, perruquier ; la troisième, qui habitait Paris, à René-François-Martin Chopine. Peu après ce recensement. Victoire quitta à son tour la maison paternelle pour épouser Jean-Baptiste-André Werquin, magistrat de sûreté à Neufchâteau, département des Forêts (Luxembourg). L'aînée, Catherine, née le 12 mars 1755, est restée célibataire, ainsi qu'Anne-Julie et Marie-Françoise.
Dans le tableau généalogique que l'auteur de Victor Hugo raconté a placé en tête de son livre, tous ces braves gens brillent par leur absence. M. Hugo parle bien de ses oncles « Francis- Juste, qui devint major d'infanterie, et Louis-Joseph qui devint général de brigade » ; mais les oncles perruquiers et boulangers n'ont pas obtenu la moindre mention, non plus que les tantes couturières. Que ne se faisaient-elles admettre comme chanoinesses^ au chapitre de Remiremont, ainsi que l'avait fait une des sœurs de Chateaubriand ? De la grand'mère, gouvernante d'enfants, il n'est pas soufflé un traître mot ; passe encore, si elle eût été, comme la grand'mère de Lamartine sous-gouvernante des enfants de M. le Duc d'Orléans !
Un prédécesseur de M. Gustave Simon, M. A. Barbou, dans une Biographie parue du vivant du poète (i), s'est appliqué de son mieux à le débarrasser de ces parents pauvres, et V. Hugo l'a eu, certes, pour agréable, car l'honnête M. Barbou nous apprend qu'il n'a écrit son ouvrage qu'après en avoir soigneusement recueilli les éléments dans ses conversations avec LE MAITRE. Son livre est un livre de biographie domestique et qui entend M. Barbou entend Victor Hugo lui-même. Comprenant que le silence avait ici ses dangers, l'auteur de Victor Hugo et son temps s'est décidé, non pas à nommer Joseph Hugo, — son nom n'attristera jamais des pages consacrées à la gloire de Victor Hugo, — mais à y faire une allusion discrète : « Certains généalogistes, dit-il, ont contesté cette descendance (celle qui le rettacherait directement à une famille de vieille noblesse, celle de Georges Hugo, capitaine des gardes du duc de Lorraine, anobli dès 1535). Us ont prétendu que le grand'père du général Hugo avait exercé un métier manuel. )> Pourquoi ce tour classique et cette périphrase ? Le mot de menuisier est-il donc si terrible à prononcer et à écrire ? « Cela est possible, continue mélancoliquement M. Barbou, les plus illustres familles ayant eu des revers à subir : mais il n'en est pas moins exact que Victor Hugo, qui n'eu tire point vanité, qui ne rougirait point, bien au con-
(i) Victor Hugo et son temps, 1882.
traire, de la plus humble extraction, appartient à une famille de vieille noblesse, de cette noblesse vénérable devant ses titres aux services rendus au pays. » — « Ses pères, ajoute le bon biographe Barbou,
Avaient donjon sur roche et fief dans la campagne. »
Et, à l'appui de son dire, l'auteur de Victor Hugo et son temps invoque Pierre d'Hozier, juge d'armes de France, et le quatrième registre de son Armoriai général, publié en 1752. D'Hozier a dressé, en effet, sous ce titre : Hugo en Lorraine, l'arbre généalogique des descendants de Georges Hugo, capitaine dans les troupes de René II, duc de Lorraine et anobli par lettres du 14 avril 1535, — ce Georges Hugo, dont le poète s'est réclamé en toute circonstance et dont il avait tenu à donner le prénom à son petit-fils :
Premier degré : Georges Hugo.
Deuxième degré : Claude Hugo, écuyer, gendarme dans la compagnie du prince Nicolas de Lorraine.
Troisième degré : François Hugo, avocat au Parlement de Saint-Mihiel.
Quatrième degré : Nicolas Hugo, écuyer, syndic de la noblesse du bailliage de Saint-Mihiel.
Cinquième degré : Nicolas-Ignace Hugo, écuyer, conseiller d'Etat et privé du duc Léopold de Lorraine.
Sixième degré : Charles- Hyacinthe Hugo, chevalier, né le 16 décembre 1699, conseiller-maître en la Chambre des Comptes de Lorraine, lequel épousa, le 9 mars 1734, Anne Lhuillier de Spitzemberg, fille de Léopold Lhuillier, seigneur de la capitainerie de Spitzemberg et capitaine d'infanterie au service de France. François, duc de Lorraine, accorda à Charles-Hyacinthe, le
20 novembre 1736, des lettres par lesquelles lui, ses enfants et sa postérité, née et à naître en légitime mariage, furent créés chevaliers.
L'Armoriai général de France ayant paru en 1752, l'arbre généalogique dressé par d'Hozier s'arrête forcément à cette date. M. Barbou profite de ce silence obligé pour continuer à sa façon la généalogie interrompue, et il écrit bravement : « Charles-Hyacinthe Hugo, issu de Georges au cinquième degré, obtint d'autres lettres patentes, et son petit-fils, Sigishcrt Hugo, entra au service en 1788 ».
Ce n'est pas plus difficile que cela et le tour est joué. Du moment que le général Sigisbert Hugo, père de Victor Hugo, est le petit-fils de Charles-Hyacinthe, conseiller-maître en la Chambre des Comptes de Lorraine et époux d'Anne de Spitzemberg, Victor Hugo est bien le descendant direct de Georges Hugo, capitaine dans les troupes du duc René II : ce qu'il fallait démontrer.
Tout cela serait à merveille s'il n'y avait, dans cette démonstration, une lacune fâcheuse, une omission regrettable. M. Barbou affirme bien que le général Sigisbert Hugo était le petit-fils de Charles-Hyacinthe, mais c'est là une assertion absolument fantaisiste : nous allons l'établir, à l'aide d'une double série de preuves.
Charles-Hyacinthe mourut à Estival le 24 janvier i7?8, laissant sa femme veuve — demoiselle Anne Lhuillier de Spitzemberg, — et trois enfants nés de son mariage, savoir :
1° Nicolas-Dieudonné Hugo, chevalier, né le 12 juin 1735;
T> Louis-Charles-Toussaint Hugo, chevalier, né le 29 mai 1736 ;
3" Joséphine-Mectildc Hugo, née le 6 juillet 1737.
V ICTOR HUGO 2 I I
Nicolas Dieudonné Hugo devint lieutenant au régiment de Caraman et mourut sans enfants.
Louis-Charles-Toussaint, chevalier Hugo de Spitzemberg, épousa, le 25 septembre 1770, Marie-Catherine de Bazelaire de Neuvillers, et sa descendance directe s'est continuée jusqu'à nos jours. Massacré par la populace à Saint-Dié, au mois de septembre 1793, et scié entre deux planches, il laissait quatre enfants, une fille et trois fils, qui émigrèrent et s'établirent à Stuttgart.
Deux de ses fils sont morts sans postérité ; le troisième, Louis-François-Xavier, baron Hugo de Spitzemberg, né à Saint-Dié, le 21 juillet 1781, et marié à Elisabeth-Juliane-Caroline-Charlotte, baronne de Massembach, est mort à Stuttgart le 25 avril 1844, laissant quatre fils, dont les deux plus jeunes moururent sans enfants.
Des deux autres, l'aîné, Guillaume, baron Hugo de Spitzemberg, né à Stuttgart le 19 janvier 1825, général au service du Wurtemxberg, grand chancelier, premier aide de camp du Roi, a eu de son mariage avec Marie, baronne de Hermoux :
1. Maximilien-Xavier-Guillaume, baron Hugo de Spitzemberg, né à Stuttgart le 18 mars 1858, lieutenant de dragons au service du Wurtemberg, mort à Ulm le 2 décembre 1881 ;
2. Elisabeth Hugo de Spitzemberg, née à Stuttgart le 8 mars 1861 ;
3. Olga Hugo de Spitzemberg, née à Stuttgart le 18 janvier 1863 ;
4. Amélie Hugo de Spitzemberg, née à Stuttgart le 25 mai 1869.
Le second fils de Louis-François-Xavier, né à Stuttgart le 19 septembre 1826, a été conseiller d'Etat, chambellan
du roi de Wurtemberg, ministre plénipotentiaire à Berlin, où il est mort le 13 décembre 1880. Il avait épousé Hildegarde, baronne de Warnbiiler de Nemmingen. Sont issus de ce mariage :
1. Constantin-Henry-Conrad-Lothard Hugo de Spitzemberg, né à Berlin le 16 octobre 1868 ;
2. Anne-Francisca-Vilma-Caroline-Johanna de Spit zemberg, née à Berlin le 21 juin 1877 (i).
Pendant la guerre de 1870, le baron Guillaume Hugo de Spitzemberg et son frère demandèrent — ce qui leur fut accordé — à ne point prendre part à la campagne la France.
Nous avons donc, d'une façon complète et sans solution de continuité le tableau généalogique de la famille qui a pour chef Georges Hugo, anobli par le duc René. Et sur ce tableau, pas la moindre lacune, pas le plus léger vide où il soit possible, avec la meilleure volonté du monde, d'introduire Joseph-Léopold-Sigisbert, père de Victor Hugo.
ni
Après avoir démontré que Victor Hugo est étranger à la famille de vieille noblesse dont il prétend descendre, il nous reste à faire connaître sa généalogie véritable.
Son père, Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, mort en 1828, lieutenant-général des armées du roi, est né à Nancy le 15 novembre 1773. Voici l'extrait de son acte
(i) Généalogie des Hugo de Spit^evibe7-g. — Bibliothèque publique de Nancy.
de naissance, relevé sur les registres de la paroisse Saint- Epvre :
i5 novembre 1773, Joseph-Léopold-Sigisbert, fils de Joseph Hugo, maître menuisier, et de Jeanne-Marguerite Michaud. Parrain, le sieur Joseph Béchet, avocat à la Cour ; marraine, demoiselle Marthe-Elisabeth Béchet.
De qui était fils Joseph Hugo, le maître menuisier ? C'est ce que vont nous apprendre avec certitude ses deux actes de mariage publiés d'après les Archives de Nancy :
1^55, /^r juillet. — Acte de mariage de Joseph Hugo, maître menuisier, fils de Jean-Philippe Hugo et de feu Catherine Grandmaire, avec Dieudonnée, fille de Dominique Béchet, maître cordonnier.
7770, 22 janvier. — Acte de mariage de Joseph Hugo, maître menuisier, veuf de Dieudonnée Béchet, avec Marguerite Michaud, gouvernante d'enfants chez M. le comte Rosières d'Euvezin (i).
Nous avons voulu remonter plus haut, et nous y sommes arrivés, grâce à d'obligeantes communications. Jean-Philippe Hugo, père de Joseph, n'habitait point Nancy. Il était cultivateur à Baudricourt, près Mirecourt (département des Vosges). Nous reproduisons ici son acte de mariage avec Catherine Grandmaire :
Ce premier janvier de Tan mil sept cent sept, Jean- PhiHppe, fils de Jean Hugo, paroissien de Domvallier, et de Catherine Grandmaire, fille de défunt Didier Grandmaire et de Marguerite Voizy, paroissiens de Baudricourt,
(i) Les Archives de Nancy, t. IV^, p. 17 et if-î.
2 14 DEUXIIi.ME PARTIE
se sont volontairement promis en présence du curé soussigné et des témoins, et ont signé :
Jean-Philippe Hugo, Catherine Granomairh, Jean Hugo, P. Grandmaire, Grandmaire, Pierre VoizY, N. Meunier et Claude Durand (i).
De ce mariage sont nés à Baudricourt :