SCENE V
LE QUAKER, KITTY BELL , contentée.
LE QUAKEK. ru es remplie d'épouvante , Kitty ?
C'est vrai.
LE QUAKER
Et moi aussi.
KTTTY BELL.
Vous aussi ?— Vous si fort , vous que rien i jamais ému devant moi ? — Mon dieu ! 'y a-t-il donc ici que je ne puis comprene ? Ce jeune homme nous a tous trompés; Tes! glissé ici comme un pauvre , et il est :he! Ces jeunes gens ne lui ont-il pas parlé hune à leur égal ? Qu'est-il yeau faire ici ?
quïa-t- il voulu en se faisant plaindre ? Pourtant , ce qu'il dit a l'air vrai , et lui a l'air bien malheureux.
LE QUAKER
Il serait bon que ce jeuue homme mourût.
KITTY BELL Mourir ! pourquoi ?
LE QUAKER
Parce que mieux vaut la mort quela folie.
KITTY BELL
Et vous croyez?... ah ! lecœur me manque. {Elle tombe assise.) LE QUAKER.
Que la plus forte raison ne tiendrait pas à ce qu'il souffre. — Je dois te dire toute ma pensée , Kitty Bell , et il n'y a pas d'ange au ciel qui soit plus pur que toi. La vierge mère ne jette pas sur son enfant un regard plus chaste que le tien. Et pourtant , tu as fait , sans le vouloir , beaucoup de mal autour de toi.
KITTY BELL
Puissances du ciel ! est-ce possible f LE QUAKER.
Écoute , écoute, je t'en prie. — Comment le mal sort du bien , et le désordre de Tordre même , voilà ce que tu ne peux t'expliquer, n'est-ce pas ? Ehnien! sache, ma chère tille, qu'il a suffi pour cela d'un regard de toi , j inspiré par la plus belle vertu qui siège a la ( droite de Dieu , la pitié. — Ce jeune homme i dont l'esprit a trop vite mûri sous les ardeura et la poésie , comme dam une •«"« brû-
ia-nte , a conservé le cœur naïf d'un enfant Il n'a plus de famille, et , sans se l'avouer', il en cherche une ; il s'est accoutumé à te voir vivre près de lui, et peut-être s'est
habitué a s'inspirer de ta vue et de ta grâce *
aiaternelle. La paix qui règne autour de toi £ '?
i été aussi dangereuse pour cet esprit rêveur t .
[ue le sommeil sous la blanche tubéreuse ;' pr:
e n'est pas ta faute , si, repoussé de tous £C ?*4
ôtes , il s est cru heureux d'un accueil bien- ^ ®
'cillant; mais enfin, cette existence de sym- L '3
>atbie silencieuse et profonde est devenue T 7Î
a sienne — Te crois-tu bien le droit de la t S
ui ôter ? 2
KITTY BELL. '
Hélas ! croyez-vous donc qu'il ne nous ait tS I
as trompés ? JJj
LE QUAKER. ^ <fl
Lovelace avait plus de dix-huit ans, Kitty. & 2
t ne hs-tu pas sur le front de Chatterton la H »S
i midi té de la misère ? Moi, je l'ai sondée, S* M
lie est profonde. ffî <ï
KITTY BELL. J|j
Oh ! mon dieu ! quel mal a dû lui faire ce S ue j ai dit tout-a-l'heure ! *-*
LE QU, Je le crois, madame
LE QUAKER, UJ
KITTY BELL. rf
Madame? — Ah! ne vous fâchez pas. Si ** >us saviez ce que j'ai fait et ce que j'allais îreï * *
LE QtFAK^.
«e yeux bi©« ]« savoir.
Je qk suis cachée de mon mari , pour quelques sommes que j'ai données pour monsieur Chatterton. Je n'osais pas les lui demander et je ne les ai pas reçues encore. Mon mari s'en est aperçu. Dans ce moment même j'allais peut-être me déterminer à en parler à ce jeune homme. Oh! que je vous remercie de m'a voir épargné cette mauvaise action. Oui, c'eût été un crime assurément, n'est-ce pas?
LE QUAKER
Il en aurait fait un, lui , plutôt que de ne pas vous satisfaire. Fier comme je le connais, cela est certain. Mon amie, ménageons-le. Il cstatteintd'une maladie toute morale et presque incurable, et quelquefois contagieuse, maladie terrible qui se saisit surtout des âmes jeunes, ardentes et toutes neuves à la vie , éprises de l'amour du juste et du beau , et venant dans le monde pour y rencontrer, à chaque pas, toutes les iniquités et toutes les laideurs d'une société mal construite. Ce mal, c'est la haine de la vie et l'amour de la mort: e'est l'obstiné suicide.
KITTY BELL
Oh! que le Seigneur lui pardonne! seraitce vrai ? (Elle se cache la tête pour pleurer.)
LE QUAKER
Je dis obstiné , parce qu'il est rare que ces malheureux renoncent à leur projet quand il est arrêté en eux-mêmes.
KITTY BELL
En est- il 1* ? Eu êtei-rou* fur ? Dites moi
vrai! dites-moi tout. Je ne veux pas au'il meure ! QuVl-il fait ? que veut-il ?ÎJ„ lomuie si jeune! une âme céleste! la bonté les anges! la candeur des enfans! une âme ouïe éclatante de pureté , tomber ainsi dans • crime des crimes , celui que Christ hésitent lui-même a pardonner. Non .cela ne sera ■as il ne se tuera pas. Que lui faut-il? est-ce e l'argent ? Et bien! j'en aurai. JVoUS e„ rouveronsbienquelquepartpourlui Tenez »« vodà des bijoux, que jamais je n'ai «igné porter, prenez-les, vendez tint otuer! la, devant moi, et mes enfans' — endez, vendez, je dirai ce que je pourrai a recommencerai à me cacher; enfin je ferai ion crime aussi, moi ; je mentirai : voilà tout.
LE QUAKER
Tes mains ! tes mains! ma fille, que je les lore. ( Il baise ses deux mains réunies ) Tes utes sont innocentes, et, pour cacher ton ensonge miséricordieux, les saintes, tes eurs, étendraient leurs voiles; mais garde s bi,oux, c'est un homme à mourir Wt
•n„ H?"1 7 °n q'Ci' n'a"rait ',as B*ï*« on êntlSï f?"1,lle-J lierai. bie" «utileent de lutter contre sa faute inique vice •esque vertueux, noble imperfection, pé?
ie sublime : l'orgueil de la pauvreté.
KITTY BELL
Mais n'a-t-il pas par)é d.une , „ ,
iTeir?eàqueiqu'undûhtiiait-d«î'