‹ Chatterton, drame en trios actesChapitre 16 sur 25 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CHATTERTON , set*/ ; *7 ca7 assis sur le pied de son lit et écrit sur ses genoux.

Il est certain qu'elle ne m'aime pas. — El moi... je n'y veux plus penser. — Mes mains sont glacées , ma tète est brûlante. — JVJe voilà seul en face de mon travail. Il ne s'agi-i. plus de sourire et d'être bon ! cic saluer et deserrer la main ! toute celte comédie est jouée : j'en commence une autre avec moimême. — Il faut, à cette heure , que ma volonté soit assez puissante pour saisir mou aine , et l'emporter tour a tour dans le cadavre ressuscité des personnages que j 'invoque, et dans le fantôme de ceux que j 'invente ! Ou bienil faut que , devant Chatterton malade, devant Chatterton qui a froid , qui a faim, ma volonté fasse poser avec prétention un autre Chatterton , gracieusement paré pour L'amusement du public , et que celui-là soit décrit par l'autre , lé troubadour par le mendiant, \oila les deux poésies possibles , ça ne va pas plus loin que cela! Les divertir ou leur faire pitié , faire jouer de misérables poupées, ou l'être soi-même et. faire trafic de cette singerie ! Ouvrir son cœur pour le mettre eu étalage sur un comptoir ! S'il a des blessures, tant mieux ! il a plus de prix ; tant soit peu mutilé on. l'achète plu* chéri

{Il se lève.) Lève-toi , créature de Dieu , fai te k son image ,etadmire-toi encore dans cette condition ! (// rit et se rassied. — Uue vieille horloge sonne une demi-heure , deux coups.) Won , non! — L'heure t'avertit; assieds-toi, et travaille , malheureux ! Tu perds ton temps en réfléchissant ; tu n'as qu'une réflexion à faire , c'est que tu es un pauvre

Entends tu bien ? un pauvre ! — Chaque minute de recueillement est un vol que tu te fais ; c'est une minute stérile. — Il s'agit bien de l'idée , grand dieu ! ce qui rapporte, c'est le mot. Il y a tel mot qui peut aller jusqu'à un schelling ; la pensée n'a pas cours sur la place. — 0 loin de moi !... loin de moi, je t'en supplie , découragement glacé ! Mépris de moi-même , ne viens pas achever de me perdre ! Détourne-toi ! détourne-toi ! car à présent, mon nom et ma demeure, tout est connu ; et si demain ce livre n'est pas achevé, je suis perdu! oui, perdu ! sans espoir !.. arrêté ! jugé! condamné '.jeté en prison! — Oh! dégradation! oh! honteux travail !.. (// éciit) Il est certain que cette jeune femme ne m'aimera jamais. — Eh bien! ne puis-je cesser d'avoir cette idée?.. {Long silence.) J'ai bien peu d'orgueil d'y penser encore.. Mais qu'on me dise donc pourquoi j'aurais de l'orgueil ! De l'orgueil de quoi ? je ne tiens aucune place dans aucun rang. Etil est certain quece qui me soutient, c'est cette fie» té naturelle- Bile me crie toujours à l'oreille de ne pas ployer et de ne pas avoir l'air malheureux. — Et pour qui donc fait-on l'heureux quand»

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