‹ Chatterton, drame en trios actesChapitre 17 sur 25 · SB · texte numérisé non relu

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>n ne Test pas ? Je crois que c'est pour les 'eraraes. Nous posons tous devant elles.— Les pauvres créatures , elles te prennent pour un trône , ô publicité ! vile publicité ! toi qui n'est qu'un pilori où le profane passant peut nous souffleter. En général t les Femmes aiment celui qui ne s'abaisse devant personne. Eh bien! par le ciel, elles ont raison.—Du moins celle-ci qui a les yeux sur moi ne me verra pas baisser la tête. — Oh ! si elle m'eût aimé !.. (// s'abandonne à une longue rêverie dont il sort violemment.) Ecris donc, malheureux , évoque donc ta volonté! — Pourquoi est-elle si faible ? N'avoir pu encore lancer en avant cet esprit rebelle qu'elle excite et qui s'arrête! — Voilà une Humiliation toute nouvelle pour moi ! — Jusju'ici je l'avais toujours vu partir avant son naître , il lui fallait un frein , et cette nuit, f est l'éperon qu'il lui faut. — Ah ! ah ! l'imnortel ! Ah ! ah ! le rude maître du corps ! Esprit superbe , seriez-vous paralysé parce nisérable brouillard qui pénètre dans une ihambre délabrée? suffit-il, orgueilleux, i'un peu de vapeur froide pour vous vain«- :re ? {Il jette sur ses épaules la couverture ïe son lit.) L'épais brouillard ! il est tendu u-dehors de ma fenêtre comme un rideau >lanc , ou comme un linceul. — Il était >endu ainsi à la fenêtre de mon père la nuit [e sa mort. (L'horloge sonne trois quarts.) încore ! le temps me presse ; et rien n'est crit ! (// écrit.) Harold ÎHarold !.. ô Christ! [arold... le duc Guillaume. —- Eh ! que me

fwit cet Harorid , je vous prie ? — Je ne puis comprendre comment j'ai écrit cela- (Il dèelJre le manuscrit en parlant. — Un peu. (/•? Mire le prend.) J'ai fait le catholique; j'ai çucnti. Si j'étais catholique, je me ferais moine el trappiste. Un trappiste n'a pour lit qu'un «Tercueil, mais au moins il y dort. — Tous les Siomme.s.onf un litoù ils dorment, moi j'en ai un «v»! je travaille pou rde l'argent. (Ilp irtelamain *? sa téle)0 h vais- j e? o ù v ais je? Le m o t en traî n e Lidée malgré elle... O ciel ! la folie ne marrhc-t-elle pas ainsi î Voilà qui peut épouvanter le plus brave.. Allons ! calme- toi. — Je élisais ceci... Oui !... Ce poème-là n'est pas afcscz beau !.. Écrit trop vite ! — Ecrit pour ■Mvre ! — O supplice ! Ln bataille de Hasîjngs !... Les .vieux Saxons!.... Les jeunes LVormands !... Me suis je intéressé à cela ? non. Et pourquoi donc ea as tu parlé? Quand j\avais tant à dire sur ce que je vois. — Réveiller de froides cendres, quand tout frémit et souffre autour de moi; quand la vertu appelle à son secours et se meurt à force de v\ curer ; quand Je pale travail est dédaigné; quand l'espérance a perdu son ancre , la foi, son calice , la charité , ses pauvres enfans ; quand la loi est athée et corrompue comme isne courtisane; lorsque la terre crie et demande justice au poète de ceux qui la fouillent sans cesse pour avoir son or, et lui dissent qu'elle peut se passer du ciel. — Et moi ! moi qui sens cela, je ne lui répondrais pas! Si! par le ciel ! je lui répondrai. Je frapperai du fouet les méc-haus et les hypocrites. Je dé-

voilerai Jérémiah Milles et Warton. — Àh ! misérable! Mais... c'est la satire? tu deviens méchant. (// pleure long-temps avec désolation.) Ecris plutôt sur ce brouillard qui s'est logé à ta fenêtre comme à celle de ton père. (// s\irrète. — Il prend une tahatière sur sa table.) Le voilà , mon père ! — Vous voilà, bon vieux marin ! franc capitaine de haut-bord , vous dormiez la nuit , vous, et le jour vous vous battiez ! vous n'étiez pas un Pana intelligent comme l'est devenu votre pauvreenfant. Voyez vous, voyez-vous ce papier blanc ? s'il n'est pas rempli demain j'irai en prison , mon père, et je n'ai pas dans la tète un mot pour noicir ce papier, parce que j'ai faim. — J'ai vendu , pour manger, le diamant qui était là , sur cette boîte y comme une étoile survotrebeau front. \

"Et à pre'scnt je ne l'ai plus , et j'ai toujours la faim. Et j'ai aussi votre orgueil , mon 4

père , qui fait que je ne le dis pas. — Mais vous étiez vieux et qui saviez qu'il faut de l'argent pour Vivre , et que vous n'en aviez pas à me laisser; pourquoi m'avez-vous créé? (Il jette la boîte. — Il court après, se met à genoux et pleure.) An ! pardon , pardon , mon H père ! mon vieux père en cheveux blancs ! — i jj Vous m'avez tant embrassé survos genoux ! .4 — C'est ma faute ! j'ai cru être poète! C'est ~X ma faute ; mais je vous assureque votre nom *£? n'ira pas en prison! Je vousle jure, mon vieux; père. Tenez,, tenez, voilà de l'opium! si j'ai par trop faim... je ne mangerai pas , je boirai* {Il fond en larmes sur lu tabatière oà est le

-portrait.) Quelqu'un monte lourdement mon escalier de bois. — Cachons ce trésor! (CV/chant V opium.) Et pourquoi? Ne suis-je donc pas libre? plus libre que jamais? — Catou n'a pas caché son épée. Reste comme tu es , homain , et regarde en face.

(// pose V opium au milieu de sa table.)

SCÈNE IL CHATTERTON, LE QUAKER , le quaker , jetant les veux sur la fiole. Ah!

Eh bien ?

LE QUAKER

Je connais cette liqueur . — Il y a là au moins soixante grains d'opium. Cela te donnerait une certaine exaltation qui te plairait d'abord assez comme poète, et puis un peu de délire , et puis un bon sommeil bien lourd et sans rêve, je t'assure. — Tu es resté bien long-temps seul , Chatterton.

(Le quaker pose le flacon sur la table , Chattes

ton le reprend à la dérobée.) CHATTERTON.

Et si je veux rester seul pour. toujours, n'en aî-je pas le droit ?

le quaker , s* asseyant sur le lit ; Chatterton reste debout , les yeux fixes et hagards. Les païens disaient cela.

Qu'on me donne une heure de bonheur, et jeredeviendrai un exxelUnt chrétien. Ce que..

ce que vous craignez, les Stoïciens rappelaient : sortie raisonnable.

LE QUAKER

C'est vrai ; et ils disaient même que les causes qui nous retiennent à la vie n'étant guère fortes, on pouvait en sortir pour des causes légères. Mais il faut considérer, ami , que la fortune change souvent et peut beaucoup, et que si elle peut faire quelque chose pour quelqu'un, c'est pour un vivant.

Mais aussi elle ne peut rien contre un mort. Moi, je dis qu'elle fait plus de mal que de bien, et qu'il n'est pas mauvais de la fuir. LE QUAKER.

Tu as bien raison; mais seulemnt c'est un peu poltron. — S'aller cacher sons une grosse pierre, dans un grand trou, par frayeur d'elle, c'est de la lâcheté.

Connaissez-vous beaucoup de lâches qui se soient tués ?

LE QUAKER

Quand ce ne serait que Néron.

Aussi, sa Lâcheté, je n'y crois pas. Les nations n'aiment pas les lâches' et c'est le seul nom d'empereur populaire en Italie.

LE QUAKER

Cela fait bien l'éloge de la popularité! — Mais, du reste, je ne te contredis nullement. Tu fais bien de suivie ton projet, parce que cela va faire la joie de tes rivaux. Il s'en trou-

*vei;a d'assez impies pour égayer le public par «d'agréables bouffonneries sur le récit de ta mort , et ce qu'ils n'auraient jamais pu accomplir, tu le fais pour eux; tu t'effaces. Tu fais bien de leur laisser ta part de <-et os vide de la gloire que vous rongez. C'est généreux ? CHATTERTON.

Vous nie donnez plus d'importance que je n'en ai. Qui sait mon nom ?

le quaker , à part.

Cette corde vibre encore Voyons re que j'en tirerai. (A. Chatterton.) On sait d'autant mieux ton nom, que lu Tas voulu cacber. CHATTERTON.

Vraiment ? Je suis bien aise de savoir cela. -— Eh bien! on le prononcera plus librement après moi.

LE quaker , à part.

Toutes les routes le ramènent à leur idée fixe. (Haut.) Mais il m'avait semblé ce m si in q,ue tu espérais quelque chose d'une lettre ? CHATTERTON.

Oui, j'avais écrit au lord-maire, monsieur $eckford, qui a connu mon père assez intimement. On m'avait sou vent offert sa protection , je l'avais toujours refusée, parce que je n'aime pas être protégé — Je comptais sur des idées pour vivre. Quelle folie ! — Hier elles m'ont manqué toutes ; il ne m'en est resté qu'une, celle d'essayer du protecteur.. LE QUAKER.

Monsieur Beckford passe pour le plus honnête homme et l'un des plus éclairés de Loa.-

1res. Tu as bien fait. Pourquoi y as-tu reîoncé depuis ?

Ti m'a sufli depuis de la vue d'un homme.

Essaie de la vue d'un sage après celle d'un *ou. — Que t'importe ?

Eli ! pourquoi ces retards ? Les hommes ^imagination sont éternellement crucifiés , e. sarcasme et la misère sont les clous de leur Toix Pourquoi voulez-vous qu'un autre soit enfoncé dans ma chair : le remords de s'être "nutitement abaissé? — Je veux sortir raionnublement. J'y suis forcé.

le quaker , se levant.

Que le Seigneur me pardonne ce que je vais 'aire! Ecoute! Ch;iltcrtou , je suis très -vieux, e -chrétien et de la secte la plus pure de la «publique universelle de Christ. J'ai passé :ous mes jours avec mes frères dans la médiation, la charité et la prière. Je vais te lire , au nom de Dieu , uae chose vraie, et, în la disant, je vais, pour te sauver, jeter me tache sur mes cheveux blancs. — Chaterlon ! Chatterton ! Tu peux perdre ton Ime , mais tu n'a pas le droit d'en perdre :lenx. — Or, il y en a une qui s'est attachée à la tienne, et que ton infortune vient d'attirer comme les Écossais disent que la paille attire le diamant radieux. Si tu t'en vas, elle s*en ira: et cela , comme toi , sans être cri éUt de grâce et indigne pour l'éternité de pa*-

raître devant Dieu. — Chatterton! Chatterton! tu peux douter de l'éternité , mais elle n'en doute pas; tu seras, jugé selon tes malheurs et ton désespoir et tu peux espérer miséricorde , mais non pas elle , qui était heureuse et toute chrétienne. Jeune homme , je te demande grâce pour elle, a genoux, parce qu'elle est pour moi sur la terre comme mon enfant.

Mon dieu ! mon ami , mon père, que vou

lez-vous dire?.... serait-ce donc ?... levez"

vous... vous me faites honte... serait-ce?.

LE QUAKER

Grâce! car si tu meurs , elle mourra...

Mais qui donc?

LE QUAKER

Parce qu'elle est faible de corps et d 'âme, forte de cœur seulement.

Nommez-la! aurais-je osé croire?.,..

le quaker , se relevant.

Si jamais tu lui dis ce secret , malheureux! tu es un traître, et tu n'auras pas besoin de suicide ; ce sera moi qui te tuerai.

Est-ce donc ?...

LE QUAKER

Oui, la femme de mon vieil ami, de ton iiôle... la mère des beaux enfans.

Kitty Bell !

LE QUAKER

Elle t'aime, jeune homme. Veux-tu te tï>erencore ?

chatterton , tombant dans les bras du

quaker, U

Hélas! je ne puis donc plus vivre ni mou> ^ rir ?

le quaker , fortement. J

11 faut vivre, te taire et prier Dieu!

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