‹ Chatterton, drame en trios actesChapitre 19 sur 25 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

iesprécédens , LORD TALBOT, JOHN BELL:

LORD TALBOT

Oui, oui, je vais les aller joindre tous, qu'ils se réjouissent ! moi , je n'ai plus le cœur à leur joie. J'ai assez d'eux, laissez-les souper sans moi. Je me suis assez amusé à les voir se ruiner pour essayer à vouloir me suivre ; à présent ce jeu-là m'ennuie. M. Bell, j'ai à vous parler. — Vous ne m'aviez pas dit les chagrins et la pauvreté de mon ami , de Chat* ter ton.

JOHN BELL , à Kitty Bell.

Mistress Bell , votre absence est néces-, ure... pour un instant (Kitty Bell se repire ntement dans sa chambre.) Mais , mylord , ?s chagrins, je ne les vois pas; et quand à * pauvreté , je sais qu'il ne doit rien ici. Oh ciel ! comment fait-il ? Oh! si vous saiez! et vous aussi, bon quaker, si vous sa- >iez ce que Ton vient de réapprendre ! D'atord , ses beaux poèmes ne lui on tpas donné in morceau dd pain. — Ceci est tout simple; e sont des poèmes, et ils sont beaux : c'est g cours naturel des choses Ensuite, une es- . ^ èce d'érudit , un misérable inconnu et mé-. -}

liant, vient de publier (Dieu fasse qu'il l'i- . J^J nore!) une atroce calomnie. 11 a prétendu rouver que Harold et tous ses poèmes n'é- £»<; aient pas delui. Mais moi , j'attesterai le con- £3 raire , moi qui l'ai vu les invente* à mes Ph étés; là, encore enfant. Je l'attesterai , je Ph imprimerai , et je signerai Talbot. qj

LE QUAKER, Q

C'est bien , jeune homme.

LORD TALBOT

Mais ce n'est pas tout. N'avez vous pas vu , m~3 ôder chez vous un nommé Skirncr ? CjJ

JOHN BELL

Oui, oui , je sais : un riche propriétaire e plusieurs maisons dans la cité.

LORD TALBOT

C'est cela.

JOHN BELL

11 est venu hier.

LORD TALLOT.

Eh bien ! il le cherche pour le faire arrê- 1er ; lui, trois fois millionnaire , pour quelque pauvre loyer qu il lui doit. £t Chatterton... Oh ! voilà qui est horrible à penser. — Je voudrais, tant cela fait honte au }>ays, je voudrais pouvoir le dire si bas que l'air ne' pût l'entendre. — Approchez tous deux. — Chatterton , pour sortir de chez lui , a promis par écrit et signé... Oh ! je l'ai lu.. Il a feigne que tel jour (et ce jour approche) il paierait sa dette, et que ; s'il mourait dans rintervalh , il vendait a l'école de chirurgie... ou n'ose pas dire eela.. son corps pour lajpayer ; et le millionnaire a reçu i écrit !

LE QUAKER

O misère ! mibère sublime î

LORD TALROT.

11 n'y faut pas songer ; je donnerai tout à son insu ; mais sa tranquillité , la comprenez-vous ?

LE QUAKER

Et sa fierté, ne la comprends-tu pas toi , ami !

LORD TALBOT

Eh! monsieur, je le connaissais avant vous , je veux le voir. Je sais comment il faut luiparlcr.il faut le forcer de s'occuper de {wii avenir., et, d'ailleurs ; j'ai quelque choie h réparer.

JOHN BELL

Diable ! diable ! voilà une méchante affaire 5 à le voir si bien avec vous , mylord,j'ai cru que c'était un vrai gentleman , moi; mais tout cela pourra faire chez moi une -4 esclandre. Tenez , franchement , je désire que ce jeune homme soit averti par vous qu'il ne peut demeurer plus d'un mois ici, m v lord. ç.,1

N'en parlons plus, monsieur; j'espère, s'il a la bonté d'y venir , que ma maison le dé- zsj dommagera de la vôtre. ' ÛJ

kitty bell j revient timidement *~i

Avant que sa seigneurie ne se retire , j'au- rjj rais voulu lui demander quelque chose, Jï^ avec la permission de M. Bell. J^)

john bell, se promenant brusquement au ^ fond de la chambre.

Vous n'avez pas besoin de ma permission. Dites ce qui vous plaira.

KITTY BELL

Mylord connaît il M. Beckford , le lord- Jjmaire de Londres ?

LORD TALBOT

Parbleu , madame , je crois même que nou» sommes un peu païens; je le vois toutes les fois que je crois qu'il ne m'ennuiera pas, c'està-dire une fois par an. II me dit toujours que j'ai des dettes , et pour mon usage je le trouye sot ; mais en général on l'estime.

KITTY BELL

Monsieur le docteur m'a dit qu'il était plein de sagesse et de bienfaisance.

A vrai dire, et à parler sérieusement , c'est le plus honnête homme des trois royaumes. Si vous désirez de lui quelque chose... j'irai le voir ce soir même.

KITTY BELL

Il y a, je crois, ici quelqu'un qui aura affaire à lui, et... (Ici Chatterton descend de sa chambre avec les deux enjans.) JOHN BELL.

Que voulez-vous dire FEtes-vous folle?

kitty bell , saluant.

Bien que ce qui vous plaira.

LORD talbot.

Mais laissez-la parler, au moins.

le quaker.

La seule ressource qui reste à Chatterton, c^est cette protection.

LORD TALBOT

Est-ce pour lui ? j'y cours.

john bell j à sa femme.

Comment donc savez-vous si bien ses affaires ?

le quaker.

Je les lui ai apprises , moi.

john bell , à Kitty Bell.

Si jamais!...

KITTY BELL

Oh! ne vous emportez pas, monsieur , nous ne sommes pas seuls.

Ne parlez plus de ce jeune homme. (Ici Chatterton, qui a remis les deux enfans entre les mains de leur mère , revient vers la cheminée.)

KITTY BELL

Comme vous l'ordonnerez.

JOHN BELL

Mylord,voiei votre ami, vous saurez de lui-même ses senti mens.

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