KITTY BELL, LE QUAKER
kitty bell , sort seule de sa chambre et r«- H! garde dans la salle. pj $
Personne! — Venez mes enfans! — 11 ne *N, ^ faut jamais se cacher , si ce n'est pour faire • l) *j3 le bien. — Allez vite chez lui ! portez-lui... '£ f?j (Au quaker.) Je reviens, mon ami, je reviens £Q J? vous écouter. (A ses enfans.) Portez-lui tous r^ 3 vos fruits. — Ne drtes pas que je vous en-Q ^1 voie , et montez sans faire de bruit. — Bien ! bien! (Les deux enfans, portant un panier, U4 montent doucement l'escalier et entrent dans*-* la chambre de Chatterton. — 'Quand ils sont *Z3 en haut. ) Eh bien! mon ami , vous croyez*^ donc que le bon lord-maire lui fera du bien. Oh! mon ami , je consentirai à tout ce que vous voudrez me conseiller!
LE QUAKER
Oui, il sera nécessaire que dans peu de
temps il aille habiter une antre maison, peut-être même hors de Londres.
KITTY BELL
Soit à jamais heuie la maison où il sera heureux , puisqu'il ne peut lètre dans la mienne! Mais qu'il vive, ce sera a^ez pour moi.
LE QUAKER
Je ne lui parlerai pas a présent de cette
résolution; je l'y préparerai par degrés.
kitty bell j ayant peur que le quaker n'y
consente.
Si vous voulez, je lui en parlerai, moi.
LE QUAKER
Pas encore : ce serait trop tôt.
KITTY BELL
Mais si, comme vous le dites , ce n'est pour lui qu'une habitude à rompre.
LE QUAKER
Sans doute... il est fort sauvage. — Les auteurs n'aiment que leurs manuscrits... Il ne tient à personne, il n'aime personne... Cependant ce serait trop tôt.
KITTY BELL
Pourquoi donc trop tôt, si vous pensez que sa présence soit si fatale?
LE QUAKER
Oui, je le pense, je ne me rétracte pas.
KITTY BELL
Cependant, si cela est nécessaire, je suis prête à le lui dire à présent ici.
LE QUAKER
Non, non , ce serait tout perdre.
kitty bell, satisfaite.
Alors, mon ami , convenez-en, s'il reste ici , je ne puis pas le maltraiter, il faut bien que l'on tâche de le rendre moins malheureux. J'ai envoyé mes enfans pour le distraire; et ils ont voulu absolument lui porter leur goûter, leurs fruits, que sais-jc? Est-ce un grand crime à moi , mon ami ? en est-ce un à mes enfans?... (Le quaker, s" asseyant y se détourne pour essuyer une larme. ) KITTY BELL.
On dit donc qu'il a fait de bien beaux livres ? Les avcz-vous lus, ses livres?
le quaker , avec une insouciance affectés. Oui, c'est un beau génie.
KITTY BELL
Et si jeune! est-ce possible ? — Ah! vous ne voulez pas me répondre, et vous avez tort , car jamais je n'oublie un mot de vous. Ce matin, par exemple, ici même, ne m'avez vous pas dit que rendre à un malheureux un cadeau qu'il a fuit, c'est t humilier et lui faire mesuier toute sa misère? — Aussi, je suis bien sûre que vous ne lui avez pas rendu sa bible. — N'est-il pas vrai? avouez-le.
le quaker lui donne sa bible lentement , en la lui faisant attendre.
Tiens, mon enfant, comme c'est moi qui te la donne , tu peux la garder.
(64) kitty bell ; s'assied à ses pieds à la manière des enfans qui demandent une grâce.
Oh! mon ami , mon père , votre bonté a quelquefois un air méchant, mais c'est toujours la bonté la meilleure. Vous êtes audessus de nous tous par votre prudence ; vous pourriez voir à vos pieds tous nos petits orages que vous méprisez, et cependant , sans en être atteint, vous y prennez part; vous en souffrez par indulgence, et puis vous laissez tomber quelques mots, et les nuages se dissi- . pent, et nous vous rendons grâces, et les larmes s'effacent ~*et nous sourions, parce que vous l'avez permis.
le quaker , l'embrasse: sur le front.
Mon enfant! ma chère enfant ! avec toi du moins, je suis sûr de n'en avoir pas de regret. (On parle.) On vient !... Pourvu que ce ne soit pas un de ses amis.— » Ah! c'est ce Talbot, j'en étais sûr. (On entend le cor de chasse.) '