‹ Chaudes-AiguesChapitre 21 sur 36 · PEN · texte numérisé non relu

PEN

pa phen pv LA je re M at à

Man Èpe een trade rt à F 'è ne Pie “mdr AM fl, Gite qe Aves à rue :

vos infrerise

CR ET Dur ù LS CORP RAT risque net

Lie. 2+ de plate ctripten prie dy

era “prie res. w-

ja ps 26 Ve che ant ce 2m Ang

apres

ge Mer a AT ont D ptet D

# CT EE 77 ie 77 ren dat à MN Es

pre GE RHIN 200 14 Ê r r f ’ é PET u De 5 Es sue 19 Ps js Hu

eurfi 1 £ id

Chaudes-Aigues à la veille de la révolution et ses doléances

Chaudes-Aigues à la veille de la révolution

Les descriptions que les contemporains nous ont laissées de Chaudes-Aigues, si peu thermale à l’époque, donnent de la petite ville une image peu flatteuse. Louis Sauvat, contrôleur des vingtièmes, observe en 1780 que « Chaudesaigues est placée dans une gorge entourée de montagnes, divisée aux trois-quarts par le ruisseau du Remontalou servant aux usines et moulins. Les accès en sont très difficiles et pénibles. Comme la ville se trouve dans un fond, entre trois montagnes escarpées, la foraine — ou banlieue de la ville qui n'en est séparée que pour le temporel — en fait l'enceinte. Cette foraine, quoique d’un difficile accès, est d’une assez grande étendue. Les trois-quarts du territoire qui la composent sont situés au nord, sur des coteaux stériles, secs, et en grande quantité incultes, séparés et traversés en partie par la rivière du Remontalou et bornée par celle de la Truyère aride et sèche qu'on défriche de deux en deux ans, même de trois en trois ans, et qui est très sujette aux ravines…. ».

Legrand d'Aussy est plus sévère encore : « Chaudesaigues. est une petite ville sale et laide, comme presque toutes les villes d’Au-

ES

vergne, et qui ne jouit d'aucune célébrité, mais qui mérite d'en avoir beaucoup pour ses eaux thermales. Située à l'extrémité de la ci-devant province et sur la frontière du Gévaudan, c'est un objet isolé qui ne conduit à aucun autre. On y va de Saint-Flour et, quand on l'a vu, on se trouve obligé de revenir à Saint-Flour. Au reste, la distance entre les deux villes n'étant que de 16000 toises [31,186 km], avec un bon cheval suffirait-il d'une journée pour un voyage... ».

Louis Sauvat parle d’une « ville pauvre », d'« habitants misérables » parce que « toutes les denrées de la vie viennent de loin ». De plus, elle est écrasée d'impôts. À l'assemblée de l'élection de Saint-Flour, en octobre 1788, ses revenus nets sont évalués à 12.862 livres et ses impositions se montent à 12.793 livres 2 sols 2 deniers, soit un excédent ridiculement bas de 68 livres 9 sols 5 deniers, de telle sorte, écrit la municipalité, que si les paroïsses « payent plus qu'elles ne doivent », celle de Chaudes-Aigues « payent plus qu'elles ne peuvent ». Même en faisant la part des choses, car il était de bonne guerre de paraître pauvre pour échapper à la fiscalité, une grande partie des bénéfices était absorbée par les impôts.

La route, qui longe aujourd’hui la rive gauche du Remontalou, n’a pas encore été percée. On arrive toujours de Saint-Flour par le chemin royal qui débouche rue Saint-Julien et par le Portail et la rue du Four, la place et la rue de Lher conduit au nord de la ville où il se prolonge sous le Couffour jusqu’à Lacalm. Les bains sont désormais englobés dans des propriétés particulières — emplacement actuel de l'hôtel des postes et du garage Mouthiez. Le long du Remontalou 4 moulins font encore entendre leur tic-tac contre 15 au xv° siècle.

Si l’on se fie aux rôles des tailles et des vingtièmes, Chaudes- Aigues doit compter environ 1 500 habitants et 251 maisons répertoriées avec ou sans jardin, masures, écuries, granges ou baraques. La foraine comprend — il faut bien les citer une fois — 40 hameaux : Paulhac, Ladinhac, Le Chirol, La Vergne, Le Monteil, Bressoles, Pussac, La Rochette, Cromières, Prunières, Besse, Chantelouve, Le Chambon, Chassaigne, Arlendès, Venteuge, Filion, Boissières, Lher, Montvallat, Nazat, Péret, La Tour, Les Angles, Andiergues, Montignac, Albinet, Arjallet, La Ribeyre, Chazelles, La Tindoire, La Fouliouze, Lescure, Le Glézial, Mourentès, Le Couffour, Fridières, Les Plos, Riousalat, La Valette, et groupe à peu près 600 habitants. Ces chiffres sont très certainement au-dessous de la réalité en raison des exemptions. Les terres seigneuriales sont données à baïl à Pierre Roussilhe, notaire et syndic de la ville en 1789, et leur produit annuel, sans doute sous-évalué, laisse 1 200 livres.

En 1787, Brienne, dernier contrôleur général de la monarchie absolue, tente une réforme administrative pour essayer de sauver le régime, Dans chaque paroisse, il institue des « municipalités » qui, outre le curé et le seigneur, membres de droit, comprend des délé-

gués choisis parmi les imposables payant 30 livres de contribution et élus par ceux qui sont taxés à 10 livres au moins. L'assemblée paroissiale a donc perdu tout caractère démocratique puisque, sur une population de 1500 habitants environ, celle de 1787 ne réunit que 50 votants pour élire 9 membres, soit : Durand Daude, avocat et syndic; Pierre Azémar, chanoiïne; Guillaume Pascal, avocat; Joseph Rougier, notaire; deux marchands et deux laboureurs. On voit que les hommes de loi se sont taillés la part du lion; ils joueront tous un rôle assez important pendant la Révolution.

La justice est rendue par un tribunal de simple police qui siège tous les lundis matin. Une brigade de maréchaussée, composée d’un brigadier et de quatre cavaliers exempts d'impôts, a été créée en 1720 et loge dans une caserne entretenue par la ville. Elle a rendu assez de services en recherchant brigands, contrebandiers et fauxsaulniers pour qu’en 1790 le conseil général de la commune émette un vœu en faveur de son maïntien.

Parmi la population de Chaudes-Aïgues, quelques nobles peu nombreux. Certains sont tombés en roture, tel le chevalier du Couffour dont la fortune s’est émiettée au cours des siècles. Ceux qui vont représenter la noblesse à l'assemblée du bailliage, MM. de Chaudesaïgues de Tarrieux, Barlier du Sargé, seigneur du Couffour, Besson d’Arjallet, seigneur de Montignac, doivent leur titre uniquement à l'office héréditaire qu'ils tiennent de leur père ou aïeul et qui leur a permis de « faire souche noble ». C'est le cas aussi de M. Podevigne de Bouchâtel, trésorier de France. Le titre de « seigneur » n’est d’ailleurs pas toujours un signe d’anoblissement. Ainsi MM. Daude, seigneur de Cantoinet, et Chaudesaigues, seigneur de La Borie, appartiennent au Tiers-Etat.

Le doyen du chapitre collégial est aussi le curé de la paroisse : en 1789, Messire Guillaume Azémar. Il reçoit la portion congrue payée par l’évêque de Saint-Flour et jouit des novales et de toute la dîme. Il est assisté de trois vicaires. Les canonicats — ou revenus des chanoïnes (291 livres) — sont jugés si notoirement insuffisants que le cahier de doléances du Tiers-Etat de Chaudes-Aigues en demandera l’augmentation. Ils bénéficient cependant de certains avantages, dont l’exemption de la taille.

Dès le début du xvirI‘ siècle, un maître d'école, choisi par la municipalité et payé 60 livres, dispense un enseignement rudimentaire. Mais l'instruction est surtout l'affaire des chanoines et des religieuses du couvent Notre-Dame.

Le commerce et l’industrie n’ont cessé de péricliter dans la deuxième moitié du xvirI. Nous en avons déjà analysé les causes. Entre 1778 et 1787, le nombre des tanneurs est tombé de 14 à 5 dont 2 font bien leurs affaires, 1 passablement et les autres sont obligés d'exercer une seconde profession pour subsister. Malgré tout, le procès-verbal des séances du département de Saint-Flour nous ap-

prend que Chaudes-Aigues a vendu encore, en 1787, pour 25 843 livres de cuirs, soit presque le double que Murat, et a traité 4646 peaux diverses. La fabrication de la colle forte et la cordonnerie ont suivi l'industrie des tanneries dans son déclin. À partir de 1778, on ne compte plus dans la ville que 5 cordonniers au lieu de 22, dont un seul fait bien ses affaires.

La décadence de l'industrie textile est aussi spectaculaire, bien que le commis des manufactures de Saint-Chély affirme, en 1778, ne connaître « qu’un seul marché public en Auvergne pour [les cadis], qui est la ville de Chaudesaigues ». Elle a entraîné un marasme général. Le rôle des industries ne recense plus que 23 marchands, contre 42 en 1615, 6 étant en même temps aubergistes ou cabaretiers, 11 tisserands ou fabricants en étoffes de laine — 22 en 1615 — dont un seul est prospère, 9 faisant mal leurs affaires. Quant aux 22 ser giers, ils sont trop nombreux pour gagner convenablement leur vie. Ce déclin a été accentué par l'effet des réformes de Turgot abolissant les maîtrises, libérant la fabrication, suspendant les contrôles et donnant ainsi essor à des produits de qualité inférieure, mais qui séduisent par leur bon marché. C’est en vain qu’en 1788, par l’intermédiaire de l'assemblée du département de Saint-Flour, la municipalité a demandé à l'administration un règlement « pour faire cesser les abus qui se sont introduits dans la fabrication des cadis et qui amèneraient bientôt la perte de cette branche d'industrie », le rétablissement des marques, des subventions pour perfectionner ses manufactures, en faisant prévaloir l'avantage de ses eaux chaudes, le secours de ses foulons et la belle qualité de ses laïines. Dans l’ensemble, aubergistes, meuniers, boulangers et quelques marchands semblent les plus à l'aise, les tailleurs, les maçons, les potiers de terre, un chapelier, le seul armurier et l'unique teinturier, outre les tisserands et beaucoup de sergiers, ayant du mal à gagner leur vie.

Quant aux productions agricoles, elles restent à l’image du sol, fort pauvres. Louis Sauvat observe en 1780 : « Le peu d’héritage qui environne la ville est de médiocre qualité et sujet aux ravines par la rapidité des eaux. Tout l'avenant est roches et montagnes qui ne produisent que très peu de blés noirs et peu de foins. [dans la foraine] il y a assez de pacages et communs. Le bas des pacages fait presque toute la production des foins. Il y a néanmoins quelques prés dans les fonds du village dont la qualité est bonne par l’arrosement des eaux du lieu. Les terres de cette paroisse, ainsi que les prés, sont imposés en 2° et 3° classes, à raison de l’aridité du sol. Elles sont de très légère qualité. On y récolte à peu près la consommation pour les gens qui y restent. Il n’y a pas de bois ». Les propriétaires des métairies dans la foraine sont pour la plupart de riches bourgeois, artisans et commerçants se trouvant souvent en possession de quelque héritage rural; les plus pauvres se contentent parfois d'un pacage ou d’un jardin. D’après le rôle du dixième de 1749, le plus détaillé, les propriétaires des 26 domaiïnes et métairies possèdent les terres les plus riches, celles qui donnent blés et fourrage;

elles produisent presque autant que celles de tous les autres. Ce même rôle permet de constater que les terres consacrées aux cultures sont anormalement importantes, en regard de la pauvreté du sol. Mais il faut bien se nourrir. D'ailleurs, quand les années sont mauvaises, comme en 1787-88, la disette menace les petites gens. Aussi Louis Sauvat ajoute-t-il : « La plus grande partie des habitants s’'expatrient pour faire le métier de scieurs de long ou autres métiers les plus vils ». Si la ville souffre de la rareté et de la cherté du bois — 10 à 12 sols le quintal en 1790 — c’est à cause du défrichement des communaux, indispensable pour payer des impôts exorbitants, au point que le sieur Grandet, avocat, et le sieur Juéry ont envisagé de tenter des expériences pour transformer la tourbe en combustible. L'élevage des moutons a périclité avec les filatures et les tanneries. Heureusement, la ville demeure tout de même un centre agricole, lieu de transaction pour les produits de la campagne avec deux marchés par semaine et six foires annuelles.

Les eaux chaudes

Et les eaux chaudes pensez-vous ? Nous avons déjà cité Legrand d’Aussy, déplorant l'oubli dans lequel on les a laissées et faisant écho au contrôleur des vingtièmes qui écrivait en 1780 : « Il y a dans cette ville des eaux chaudes dont la source produirait les plus grands effets pour la santé si elles étaient plus connues ». Certes, au xXvVIII° siècle, la plupart des habitants utilisent les eaux pour chauffer le rez-de-chaussée des 3/4 des maisons, au moyen de tuyaux de bois souterrains; les tisserands en font usage pour dégraisser les laiïnes, les bouchers s’en servent pour ébouillanter les cochons et nettoyer les tripes de moutons; les pauvres y trempent leur soupe. Mais il manque un établissement thermal digne de ce nom, capable de relancer le commerce local. La municipalité a pris conscience de cette carence et, le 15 août 1787, sans grande conviction semble-t-il, présente un mémoire à l'assemblée provinciale à l'effet d'obtenir un établissement thermal, mais aussi une fabrique de draps et une papeterie : « Il n’est peut-être pas dans tout le royaume, dit le mémoire, de ville plus propre à un pareil établissement. Le degré de chaleur des eaux suffirait pour toutes les manipulations. On voit plusieurs foulons sur la rivière. Il serait aisé de les augmenter. Quelque encouragement de l’assemblée provinciale supprimerait la mendicité et le vagabondage qui augmentent à Chaudesaigues par l’oisiveté » et, ajouterons-nous, par l’afflux de gens sans aveu et d’infirmes autour des sources thermales, dont se plaint en 1790 le maire Sauret.

Mais avait-on soupçonné vraiment tout le parti que la ville pouvait tirer de l'exploitation de cette richesse naturelle ? On peut en douter quand on constate, avec stupéfaction, qu'il n’a nulle part été question de ces eaux dans le cahier de doléances de la paroisse.

Les doléances de la paroisse de Chaudes-Aigues

Le dimanche 15 mars 1789, selon l'ordonnance de M. le baïlli de la Haute-Auvergne, du 26 février 1789, publiée pour obéir aux ordres de sa majesté Louis XVI, qui avait décidé de convoquer les Etats- Généraux du royaume par lettres données à Versailles le 24 janvier, 57 membres du Tiers-Etat sont présents dans l'église Saint-Martin de Chaudes-Aigues, lorsque maître Daude, seigneur de Cantoinet, qui préside, déclare ouverte la plus importante assemblée paroissiale que l'on ait vue depuis longtemps. Il y a là, parmi ces hommes âgés de 25 ans au moins et inscrits au rôle de la taille, des personnalités aussi affirmées que MM. de Chaudesaigues de Tarrieux, seigneur de la Borie, Joseph Rougier, Pierre Pécoul et Henry Vialard, consuls, Pierre Roussilhe, notaire et syndic, etc.

A peine sont-ils installés que Maître Daude entame son discours d'ouverture dans lequel il précise les buts essentiels de cette réunion : rédiger le cahier de doléances et choisir quatre délégués pour le porter à l'assemblée préliminaire du bailliage qui doit avoir lieu à Saint-Flour.

L'examen du cahier préparé par les soins de la municipalité commence aussitôt. Lecture donnée des divers articles, la discussion est ouverte. Chacun trouve naturels la déférence et la confiance avec lesquelles on s'adresse au roi et les remerciements qu'on lui exprime pour la disposition favorable accordant au Tiers-Etat une représentation égale à celle des deux autres ordres réunis. Maïs pour que cette concession soit profitable, il faut que le souverain accepte le vote par tête; ainsi le Tiers-Etat pourra disposer d'autant de voix que les privilégiés de la noblesse et du clergé.

En ce qui concerne les autres vœux d’un intérêt général, l’unanimité se fait rapidement à savoir :

— qu'aucun député du Tiers ne soit choisi parmi les nobles ou anoblis:

— que les impositions des provinces soient proportionnées à leur richesse;

— qu'aucun nouvel impôt ne soit établi sans le consentement des Etats périodiquement convoqués à date fixe;

— que l'impôt foncier frappe toutes les propriétés de toutes les classes de citoyens;

— que l'égalité devant l'impôt et la simplification des moyens de prélèvement deviennent réalités;

— que les Etats provinciaux aient une composition plus équitable:

— que les membres du Tiers puissent accéder à tous les emplois;

— que la corvée en nature et les milices fort impopulaires soient abolies:

— qu'un impôt général soit créé, dont le produit serait affecté à l'achat des miliciens (ainsi des volontaires payés remplaceraient ceux désignés jusque là par tirage au sort) et à l'exécution des travaux publics;

— et au cas où les milices seraient maintenues, que les valets et domestiques pour les trois ordres soient assujettis au tirage au sort (par souci de justice, car l'influence de certains nobles riches, possesseurs de domaines, faisaient dispenser fils aînés et valets de leurs métayers : ainsi en 1783, sur 56 célibataires et veufs sans enfant de 19 à 30 ans pour les paroisses de Chaudes-Aigues, la Foraine, Espinasse et Deux-Verges, 22 sont exemptés du tirage, dont 3 valets d’un propriétaire et 3 fils aînés de veuves, payant plus de 60 livres de taille);

— que les troupes soient employées, en temps de paix, à des travaux d'utilité publique (sans doute l’un des moyens suggéré pour supprimer la corvée royale);

— que l'unité de juridiction corresponde à l’unité de législation, que le nombre de magistrats soit réduit, que le ressort des parlements soit restreint afin de rapprocher la justice des justiciables (Chaudes-Aiïgues ressortissait en appel de Riom-plaine);

— que les tribunaux d'exception soient réunis aux baïlliages et aux présidiaux (dans un but d'équité et de simplification);

— qu'une commission chargée de colliger et de classer les ordonnances soit nommée (on admettait ainsi que le roi continuât à gouverner à coups d'ordonnances, donc à détenir le pouvoir législatif);

— que les frais de justice soient abaiïissés et la procédure civile ou criminelle simplifiée;

— que les privilèges de la noblesse et du clergé soient restreints (on n'ose écrire supprimés l!);

— que les douanes intérieures, les droits d'aides et toutes les entraves préjudiciables au commerce soient levés.

Les vingt premiers articles n'offrent rien de très original, car on les retrouve, avec des nuances, dans tous les cahiers de haute tenue, et particulièrement dans celui du bailliage, condensé de tous les autres. Toutes ces aspirations portent en effet l'empreinte des doctrines politiques ou philosophiques alors en vogue et répandues surtout parmi les hommes de loi, véritables animateurs de ces assemblées et rédacteurs des cahiers, qui avaient sans doute lu « le projet » du Riomois Malouet et « Doléances » du Clermontois Biauzat. Déjà le Procès Verbal de l’assemblée de l’Election de Saint- Flour de 1788 contenait en germes la plupart de ces revendications.

Dix-neuf de ces articles, qui constituent un véritable catalogue de tous les principaux abus dont le Tiers-Etat est la victime, sont adoptés. Mais l’article 17 sera rayé : supprimer les douances intérieures, c’est établir le principe de la libre circulation des marchandises d’une province à l’autre, et en particulier des grains, théo-

rie qui avait cause gagnée depuis le ministère de Turgot. Mais à Chaudes-Aigues, on n'est pas de cet avis. Sans doute la situation de cette ville de la province d'Auvergne, à la limite du Gévaudan et du Rouergue, fait craindre l’hémorragie des grains vers les provinces voisines avec ses conséquences : la disette pour la population locale, nous l'avons déjà signalé, et l’aggravation de la cherté du blé. Et puis, on redoute probablement davantage la concurrence que la perspective des débouchés pour les laines du pays dont le commerce périclite « parce que les brebis y dégénèrent » et pour tous les motifs exposés précédemment. Evidemment, on avait un peu perdu de vue l'intérêt du pays pour défendre celui de la paroisse.

La discussion doit ensuite s’animer lorsque l'assemblée aborde l'examen des vœux d’un intérêt local coïncidant parfois avec ceux d'un intérêt général. Le problème de la justice retient particulièrement l'attention. Tout le monde se plaint de l'éloignement des juridictions, aggravé encore par la situation excentrée de Chaudes-Aigues, au sud de la province, qui place la ville à 130 lieues de la sénéchaussée de Riom. Aussi lorsque Maître Daude — doublement intéressé par l'affaire — propose de supplier le roi qu’il accorde une meilleure répartition des sièges, la création dans chaque commune d'un conseil de paix (principe des justices de paix) composé d'un juge élu et des membres de la municipalité, ce qui, bien sûr, entraînera la suppression de la vénalité des charges, cet article est approuvé par l'assemblée. De plus, les hommes de loi présents n’ont pas manqué de rappeler que la ville a été, au xvi° siècle, le siège du baïilliage secondaire d’Andelat, installé depuis à Murat, qu'elle a joui à cette époque d’une étonnante prospérité, puisqu'elle ne comptait pas moins de 12 notaires et d’un nombre proportionnel de procureurs et de sergents. Ils suggèrent donc l'adoption d’un article demandant le rétablissement de ce tribunal en leur ville « plus commode que Murat pour les justiciables ». Qui affirmerait le contraire, tant l’intérêt, le patriotisme local et. la naïveté font ici bon ménage.

Le pont de Lanau, qui permettait de franchir la Truyère depuis sa reconstruction en 1725, s'étant écroulé en 1783, n’a pas été reconstruit et c'est un bac mal entretenu qui le remplace. Il faut payer pour le passage 6 deniers par personne, 1 sol par cavalier avec son cheval, 2 sols par attelage de bœufs, etc. : on réclame donc sa reconstruction, tant pour la commodité des communications que pour la facilité des approvisionnements en grains. De même, on désire que soient achevées les routes commencées, en particulier celle qui doit relier la Haute-Auvergne au Rouergue et dont le tracé Saint- Flour-Chaudes-Aigues est fixé depuis 1778. On comprend mieux son importance pour les Chaudes-Aiguois lorsqu'on lit dans le récit de voyage de Legrand d’Aussy : « Le chemin, qui ci-devant conduisait de Saint-Flour à Chaudesaigues était, en quelques endroits, si serré; il avait des parties si rocailleuses, des montées et des descentes si rapides, qu'il n'était point praticable aux voitures. Il a au-dessus de la Truyère et du ruisseau de Sieujac, depuis 340 jusqu’à 400

pieds d’élévation; et dans toute son étendue de mille toises, il ne présente qu'un long précipice qui fait frémir. À la droite est la montagne avec sa hauteur rapide et ses roches menaçantes; à gauche, cette gorge profonde dans laquelle les eaux roulent en grondant. On les voit presque perpendiculairement sous ses pieds; le moindre faux-pas ferait rouler dans l’abîme qu'elles parcourent. ». Même si on fait la part du lyrisme et de l’exagération, il est certain que Chaudes-Aigues a besoin d’être désenclavée, pour employer un terme à la mode, et qu'il ne peut être question de laisser passer l’occasion de dénoncer ouvertement l'isolement dans lequel se trouve la ville et dont pâtit, avec la population, tout le commerce local. Il est juste de dire cependant que les travaux se poursuivent : un pont de bois de chêne a été jeté entre Lanau et Chaudes-Aigues, aujourd'hui remplacé par le pont dit de la Brauze; en 1787, un atelier de charité fonctionne entre La Nation et Pratviel, un autre au saut du Loup, deux autres encore sur la route de Pierrefort à Chaudes-Aigues et sur celle de Saint-Urcize; de plus R. Batisse, adjudicataire en août 1788 de divers travaux, par exemple pour déblayer 280 toises cubes de terre et rochers entre La Truyère et le Remontalou, les a exécutés un an plus tard. Un bureau de poste a été ouvert en 1779 à Chaudes-Aigues, mais le courrier ne va pas plus loin. Un commis distributeur nommé Sadoul va chercher les dépêches à Saint-Flour une fois par semaine. En 1789, la cité épiscopale et Rodez parviennent à communiquer deux fois par semaine au moyen d'un messager.

On insiste bien sûr avec force sur la nécessité d’abolir la petite gabelle et surtout, ce qu’on considère comme relevant de la plus élémentaire justice, sur l’abrogation de l'impôt de 5 sous par minot de sel qu'il faut payer aux fermes du Languedoc pour l'entretien du canal de Cosnes et des chemins de Toulouse, dont la province ne profite nullement. On demande le partage des biens communaux et, dans cette bourgade aux sentiments chrétiens si profonds, l’abolition des ordres religieux jugés inutiles, dont les biens seraient mis en vente, exception faite cependant des communautés enseignantes et hospitalières, comme le chapitre collégial de Notre-Dame, « établissement nécessaire à la ville pour l'instruction de la jeunesse », dont on souhaite au contraire l'augmentation des « revenus trop modiques ».

Enfin signe des temps, la ville désire s'affranchir totalement de la tutelle des nobles, comme semble le prouver la formulation du dernier vœu : que ces derniers soient désormais exclus des municipalités dont « la composition idéale » devrait être, d’après les membres de l'assemblée, la suivante : un tiers de bourgeois, un tiers de marchands et artisans, un tiers de laboureurs. Notons ici encore ce souci d'égalité d'autant plus obsédant que l'inégalité règne partout.

Le cahier signé, il faut ensuite désigner les délégués qui, à raison de deux par tranches de 200 feux, le porteront à l'assemblée générale

du bailliage. Chaudes-Aigues a droit à quatre représentants. L'assemblée désigne ceux qu'elle juge les plus aptes, tout en prenant soin de ne mécontenter aucune catégorie de la population. Aussi choisiton un juge, Maître Daude, un notaire royal, Joseph Rougier, un négociant, Barthélémy Barlier, un bourgeois, François Valette, mais aucun laboureur. Il est vrai que la faible participation à cette assemblée autoriserait à penser que les travailleurs de la terre étaient venus peu nombreux prendre part aux débats.

En guise de conclusion

Il est curieux de constater que les habitants de Chaudes-Aigues ont totalement passé sous silence l'existence de leurs eaux chaudes. Inconscience ou découragement devant l'indifférence de l’administration à cet égard ? Nous penchons plutôt pour la première hypothèse, confirmée d'ailleurs par Legrand d’Aussy : « J'ai entendu, écrit-il, les habitants faire des plaintes sur la mauvaise police des tuyaux de conduite et sur la distribution des eaux dans les maisons. Mais ce qui m'a bien étonné, c’est de n’en entendre aucun sur l’inutilité dont elles sont pour les usages de la médecine. Hors du canton, elles sont méconnues ».

La situation économique et démographique de la ville et l’examen de son cahier de doléances prouvent en tout cas que les couches de la population les plus évoluées étaient prêtes à accueillir avec enthousiasme les mesures révolutionnaires, y compris la nationalisation de certains biens du clergé. Un noyau de jacobins se constituera même et voudra aller au-delà de ce qui était désiré. Mais un certain attachement à la royauté et surtout à la tradition religieuse de leurs ancêtres, empêchera la plus grande partie des Chaudesaiguois de se sentir solidaires des sans-culottes parisiens et de souscrire à la constitution civile du clergé. De plus, la déception sera grande de constater que, si la Révolution a su satisfaire leurs souhaits les plus ardents, elle ne saura leur apporter le bien-être et, parfois, tout simplement le pain quotidien.

1789 - 1790 Aux débuts de la révolution

La grande espérance

Tout porte à croire que les premières mesures révolutionnaires eurent, comme partout en France, l’adhésion de la grande majorité des Chaudesaiguois, bien que les renseignements sur l'esprit public de la ville à cette époque restent assez vagues. Ne comblaient-elles pas la plupart des vœux exprimés dans les cahiers de doléances ! La transformation des Etats Généraux en assemblée constituante qui contrôlerait le pouvoir exécutif, le vote par tête souhaité par le tiersétat, l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août même s'il fallait racheter certains droits seigneuriaux, l'égalité devant l'impôt consacrée par la suppression de ceux de l’Ancien Régime et par l'adoption des contributions foncière et mobilière et de la patente frappant indistinctement toutes les couches de la population en proportion de leurs richesses et de leurs revenus, la relégation aux oubliettes de l’histoire de l’injuste gabelle, la création des départements qui permettait d’uniformiser et de simplifier l'administration et la justice, le droit pour les habitants d'’élire leurs administrateurs même s'il était réservé aux citoyens « actifs », la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et, sans aucun doute, la décision de vendre les propriétés du clergé comme biens nationaux, puisque les ecclésiastiques pourraient vivre décemment en émargeant au budget de la nation : autant de réformes qui durent faire la quasi-unanimité.

Signes des temps : le curé Pierre Azémar accepta son élection au conseil permanent du département; le seigneur du Couffour, Gabriel-Anne de Bosredon, exerça la fonction de receveur du grenier à sel et parut s’accommoder fort bien des idées nouvelles; les bourgeois virent leur rôle s'accroître et saluèrent avec enthousiasme la libération des terres de toutes censives ou directes; les marchands purent envisager avec optimisme la fin des entraves à la liberté du commerce, les paysans possessionnés entrevirent la possibilité d’étendre leurs exploitations en achetant les terres du clergé. Bien sûr, les petits tenanciers avaient des motifs d’insatisfaction : certains droits féodaux — dîmes laïques, rentes foncières, droits de lods et ventes — n'étaient pas carrément supprimés, mais rachetables à vingt ou vingtcinq fois leur valeur. À ceux qui se faisaient tirer l'oreille pour s’en libérer contre paiement, le directoire du district de Saint-Flour ne manqua de rappeler, le 23 octobre 1790, que ce refus devait « être regardé comme une véritable insurrection ». Ne parlons pas des artisans besogneux et des simples journaliers dont le sort demeurait très précaire. Tous ces gagne-petit, s'ils s'étaient bercés d'illusions, déchantèrent bientôt en constatant que l’accès à la propriété se maïintenait très au-dessus de leurs moyens financiers.

Dans le canton de Chaudes-Aiïigues, comme presque partout en province, ce sont les bourgeois modérés qui s'emparent des rênes du pouvoir dans un climat de grande autonomie locale. Tout au long de cette période révolutionnaire, ceux qui vont exercer des fonctions importantes dans le Caldaguès sont des hommes de loi — Sauret, Grandet, Rougier, Dalmas, Chantal, Daude, Valette, Vaissier —, un greffier — Girion —, des marchands — Felgères l’aubergiste, Fabre l'étapier, Berault le tanneur.. —, des officiers de santé — Brémont, Charrier —, des propriétaires — Pascal, Clavières, Amagat… —, le receveur de l'enregistrement — Roche —. Certains prendront leurs distances avec la Révolution lorsqu'elle heurtera leurs convictions religieuses ou parce qu'elle les rejettera. À l'inverse, beaucoup de prêtres constitutionnels, devenus fonctionnaires de l’état, rejoindront le camp de ses fidèles. Artisans, petits paysans, brassiers ne seront que des comparses obscurs ou, au contraire, des recrues de choix pour les contre-révolutionnaires par attachement à leurs prêtres contraints à la clandestinité, par opposition à toute forme d’enrôlement militaire et par réaction envers une Révolution qui ne leur apportera pas le bonheur escompté.

« L'Ounadou de lo Paou » (L'année de la Peur)

Les premières convulsions parisiennes n'auraient eu dans ce coin ignoré et enclavé de province que de faibles répercussions si elles n'avaient suscité un phénomène étrange et contagieux d’affolement propagé dans la France entière au cours de la seconde quinzaïne de juillet 1789. La nouvelle de la prise de la Bastille, la disgrâce de Necker considéré comme un ami du peuple, les rumeurs incontrôlées

faisant état de l'arrestation des députés de la représentation populaire, le départ des premiers émigrés, les bruits complaisamment répandus d’une invasion étrangère imminente sous leur impulsion, et surtout l'annonce un peu partout que des brigands armés, incendiaires et dévastateurs, arrivaient en force de la Limagne, du Limousin, du Quercy et du pays rhutène, se colportèrent en s’amplifiant de ville à ville, de hameau à hameau, d'individu à individu. Cette fièvre qui fit alors claquer des dents toute la nation fut appelée « la grande peur ».

Dans le Caldaguès, on fut plus long à s’émouvoir que dans bien d’autres coins de Haute-Auvergne, tout comme à Saint-Flour où pourtant on avait raconté, le 31 juillet, que les brigands avaient investi Chaudes-Aigues, courant le pays et dévastant tout. Les 4 et 5 août, les esprits s’apaisèrent lorsque, par un courrier de Clermont, la cité épiscopale apprit que « ce bruit n'avait aucun fondement ». Ces vandales redoutés n'avaient été, en somme, que des fantômes de brigands. 1789 n’en resta pas moins, dans l'esprit des Cantaliens, « l’ounadou de lo paou ».

Psychose collective qui allait profiter aux hommes du Tiers-état. Au plus haut niveau d’abord : la noblesse craignant pour ses propriétés fit, dans la nuit du 4 août, l’abandon de ses privilèges; à celui plus modeste des villes et des bourgs ensuite où on éprouva le besoin, sinon la nécessité, de s'organiser pour se défendre. A l'initiative des bourgeoïs se créèrent des municipalités spontanées et des milices armées qui bientôt fraternisèrent, se fédérèrent et devinrent les gardes nationales. On était loin d'imaginer alors que cette dernière institution, née d’un faux bruit, serait appelée un jour à la défense de la patrie.

La garde nationale de Chaudes-Aigues

Aïnsi naquit la garde nationale de Chaudes-Aiïgues. Quelques documents permettent de suivre ses premiers pas. Le 21 juin 1790, une réponse favorable à l'invitation faite par le corps municipal de la ville de Saint-Flour au serment fédératif prévu le 14 juillet nous livre les noms de ses principaux officiers : MM. Chaudesaigues de Tarrieux, colonel, Chantal, major, Grandet, capitaine, qui signent ce billet : « C’est avec le plus grand empressement que nous nous rendrons à la fédération que vous nous aves fait l'honneur de nous proposer. Notre amour pour la patrie et pour la liberté vous en sont un sur garand ainsi que le désir que nous avons de fraterniser avec vous tous. ». Le même jour, l’assemblée des gardes nationaux chaudesaiguois nomme par acclamation dix électeurs, parmi lesquels leur commandant qui, avec les représentants des autres gardes du district, se rendront à Saint-Flour afin de désigner leurs députés à la grande fédération nationale de Paris, prévue le jour anniversaire de la prise de la Bastille. Sur proposition du maire sanflorain, M. Spy des Ternes, il est décidé que « l’union de la garde nationale du district »

sera « cimentée par un serment civique et fédératif prêté au moment de l'appel nominal par chaque votant ». Au son du tambour, sont élus huit députés : quatre de Saint-Flour, un de Massiac, un de Pierrefort, Jean Vaissier de la garde de Saint-Urcize, et Chaudesaigues de Tarrieux commandant celle de Chaudes-Aigues. Ils se rendent à Paris, prennent part à la fête de la Fédération (14 juillet 1790) et sont de retour le 6 août au milieu de l'enthousiasme général, porteurs d’une bannière, don de la municipalité de Paris, qu'ils remettent solennellement au conseil du Département siégeant à Saint-Flour.

Cet élan de fraternisation se prolongera puisque, le 28 août, neuf députés de la garde nationale de Chaudes-Aigues sont délégués dans la cité épiscopale avec ceux de Saint-Urcize et de Saïint-Rémy pour la cérémonie de la bénédiction des drapeaux suivie d’un banquet et, le lendemain, d'une parade à travers la ville, tambours en tête. Il semble ensuite que l'enthousiasme se refroidit jusqu’à la tentative de fuite du Roi à l'étranger et la menace aux frontières qui fixeront aux gardes nationales d’autres missions et d’autres objectifs.

L'acte de naissance du canton de Chaudes-Aigues

La création d’un département de la Haute-Auvergne répondait au vœu des populations exprimé dans les cahiers de doléances. Après de longues discussions, ses limites en furent tracées le 22 février 1790 et, le 4 mars, on le baptisa « Cantal ». Le choix du chef-lieu donna lieu à des palabres sans fin entre Saint-Flour et Aurillac qui revendiquaient toutes deux cet honneur. Finalement, le principe de l’alternat fut décidé afin de ne mécontenter ni l’une ni l’autre : les autorités départementales — conseil général de 36 membres élus, directoire exécutif et permanent de 12 — ainsi que le Tribunal criminel siégèrent jusqu’en 1791 à Saint-Flour. Puis, le 20 novembre, les divers organismes se transportèrent à Aurillac et y demeurèrent, car les démarches des montagnards aurillacoiïs Carrier et Milhaud obtinrent la suppression de « cette institution vicieuse de l’alternat », solution de sagesse. En compensation, Saint-Flour redevint pour longtemps le siège du Tribunal criminel et conserva le titre de capitale religieuse du Cantal.

Le département fut divisé en quatre districts et les districts en cantons. Au sud du département, les députés cantaliens ne purent obtenir le Mur de Barrez, mais conservèrent le canton de Chaudes- Aigues malgré sa situation sur la rive gauche de la Truyère, coincé entre l'Aveyron et la Lozère : la coutume prévalut. Sans complexes, les administrateurs de la petite ville avaient sollicité pour elle la faveur d’être chef-lieu d’un district afin d'éviter la « tyrannie » des grandes villes. Mais le comité de constitution fit adopter la division du Cantal en quatre districts — d’Aurillac, de Saint-Flour, de Murat et de Mauriac —. Celui de Saint-Flour comprit, outre son canton, ceux de Ruiïines, de Massiac, de Tanavelle, de Pierrefort et de Chaudes-Aigues. Ce dernier groupait seize communes — Chaudes-

Aigues, Anterrieux, les Deux-Verges, Saint-Rémy, Saint-Urcize, La Trinitat, Jabrun, Lieutadès, Espinasse, Saint-Martial, Magnac, Mallet, Sarrus, Maurines, ainsi que Lacalm et La Capelle-Chaniès —, toutes administrées par un maire, un procureur de la commune et quelques officiers municipaux conseillés par des notables. Bien entendu, Lacalm et La Capelle-Chaniès protestèrent et se donnèrent à l’Aveyron en raison de leur position excentrée et de « la surcharge des impôts » dont souffrait depuis toujours l’ex-Haute-Auvergne. Les administrateurs du Cantal ne voulurent pas céder, se retranchant derrière le procès-verbal de démarcation entre les départements limitrophes arrêté par la Constituante le 22 février. Finalement la coutume prévalut une fois de plus : La Capelle-Chaniès et Lacalm furent rattachées à l'Aveyron car, si elles avaient ressorti autrefois au diocèse de Saint- Flour sous le rapport spirituel, elles avaient toujours dépendu administrativement du Rouergue. Le canton de Chaudes-Aiïgues dut disputer aussi à celui de Fournels (Lozère) l’île de Saiïint-Juéry définitivement comprise dans la commune d’Anterrieux par arrêté du 3 Messidor an V (21 juin 1797). Par contre, le village de Grandval resta acquis à la Lozère malgré les prétentions de la commune de Saint-Rémy qui avait inscrit ses habitants sur les rôles d'imposition.

Plus grave fut la rivalité qui opposa Chaudes-Aigues et Saint- Urcize, car elle fit naître des rancœurs entre les maires et les officiers municipaux des deux communes qui devaient conduire à un dénouement tragique. Un premier incident avait éclaté lorsque la municipalité de Chaudes-Aigues refusa de « remplir contradictoirement avec les autres municipalités du canton les listes demandées par le directoire du district, relatives à la population et au nombre des pauvres de leurs paroisses ». Les municipaux chaudesaiguois avaient exigé l’état de Saint-Urcize sans communiquer le leur et celui des autres communes du canton, soit un « seing en blanc au bas des tableaux à remplir ». Le 13 septembre 1790, Saint-Urcize s’en plaignit au conseil du district qui désavoua Chaudes-Aiïgues et ordonna de recommencer l'opération « contradictoirement avec toutes les municipalités du canton ». Les gens de Saint-Urcize crurent alors pouvoir profiter de ce désaveu : le 18, à la séance du Conseil du district de Saint-Flour, fut lu par un de leurs représentants un mémoire dans lequel ils réclamaient pour leur bourg le titre de chef-lieu de canton. Ils menaçaient d’ailleurs de demander leur rattachement à la Lozère s'ils n'obtenaient pas satisfaction. Ce chantage ne plut pas à l’assemblée qui repoussa sans ménagement la réclamation et passa à la suite de l’ordre du jour. Nouvel incident, un mois plus tard, lors de la désignation du juge de paix. Selon les municipaux du bourg de l’Aubrac, « la populace » de Chaudes-Aiïgues avait imposé Etienne Grandet qu'ils refusèrent de reconnaître, demandant l’annulation de l'élection pour vice de forme. Sans doute mal à l'aise, ce dernier déclara magnanime qu'il était prêt à se sacrifier en démissionnant et en se retirant même de la compétition. L'administration départementale décida de nouvelles élections sous le contrôle de deux com-

missaires. Le 6 décembre, les citoyens actifs du canton, c’est-à-dire ceux qui avaient le droit de vote, se réunirent à Chaudes-Aigues « à l'exception de la municipalité de Saint-Urcize qui n'avait envoyé personne », et Grandet, notaire et procureur de la commune , fut élu pour la seconde fois. Entêtés, les habitants de Saint-Urcize revinrent à la charge en février 1791 et demandèrent « un cantonnement et un juge de paix » pour leur commune, les paroisses de La Trinitat, de Réquistat, de Jabrun, de Saint-Rémy, de Grandval et une partie de Recoules d’Aubrac, ces deux dernières situées pourtant dans la Lozère. Ils invoquaient des arguments si pressants — éloignement des villes, difficultés de communication, désir d’avoir prompte justice — qu'un canton distinct de celui de Chaudes-Aigues leur paraissait « nécessité indispensable ». Cette tentative ultime de sécession fut comme la précédente vouée à l'échec. Mais l'entente cordiale entre les deux principaux bourgs du Caldaguès devait en pâtir pendant longtemps.

Les élections et les assemblées de 1790

L'assemblée constituante avait imaginé un système électif à deux degrés qui écartait du scrutin les citoyens dits passifs, c'est-à-dire qui ne possédaient rien ou presque, car les bourgeoiïs se méfiaient du petit peuple. Les citoyens « actifs » — âgés de 25 ans au moins et payant une contribution égale ou supérieure à la valeur de trois journées de travail — désignaient dans chaque commune la municipalité et un nombre d’« électeurs » proportionnel à son importance. Ces électeurs, choisis parmi les contribuables payant l’équivalent minimum de 55 journées de travail, se rendaient ensuite au chef-lieu du département pour élire en leur sein les membres des diverses assemblées.

Chaudes-Aïgues se donna un conseil général de la commune, présidé par le maire Jean Sauret, avec ses officiers municipaux et ses notables, dont les pouvoirs s’étendaient à la police, à l’administration, à l'économie, aux finances, et désigna ses électeurs qui participèrent, en juillet 1790, à l’assemblée électorale de Saint-Flour, alors chef-lieu du département. Rougier, avocat, de Chaudes-Aiïgues, devint membre du directoire du district. Quant à Pierre Azémar, curé de la ville, bien que le décret du 13 avril sur la constitution civile du clergé ait provoqué déjà des réticences, il accepta son élection parmi les 36 membres du conseil du département, prêta comme les autres le serment de fidélité à la constitution, comme les autres se félicita de la disparition du despotisme, source d'impôts trop lourds et de « l’arbitraire dans la distribution d’iceux » et, comme les autres, approuva l'adresse à l'assemblée nationale qui proclamait : « Des Français vous avez fait des hommes, des citoyens, des frères. ».

Nouvelle assemblée de la ville en août 1790. 509 citoyens actifs désignèrent les cinq électeurs chargés de choisir en novembre, à Saint-Flour, les administrateurs du département et du district sor-

ain LE

tants. Le curé Azémar, le maire Sauret, les notaires Grandet et Dalmas ainsi que Roux y rejoignirent les 22 électeurs des autres commurnes du canton, parmi lesquels deux habitants de Chaudes-Aigues : Maître Daude et le notaire Rougier. P. Azémar resta membre de l'administration du département qui siégea du 3 novembre au 2 décembre 1790. Le procès-verbal de ses délibérations nous renseigne sur l’état d'esprit qui régnait dans le Cantal après deux ans de révolution. On s’y plaint de la surcharge des impositions — 18 589 livres pour Chaudes-Aigues, soit plus que pour Massiac ou Pierrefort —, de l’état des routes et des fonds insuffisants pour les entretenir ou les tracer, de la misère des habitants auxquels la surcharge des impôts n'a pas permis de racheter les droits féodaux, de la lenteur des municipalités à fournir les listes des biens nationaux dont la vente doit procurer les sommes seules capables de « rétablir les finances », de la négligence des élus locaux qui n’ont pas encore envoyé les états des indigents, des hôpitaux et autres maisons de charité, qui n'ont pas précisé leurs revenus par crainte d’être privés des communaux où pacagent les bestiaux et de voir leurs impositions augmentées, du peu d’attrait des officiers municipaux pour des fonctions honorables mais très pénibles et sources de dépenses, de l’émigration temporaire ou définitive qui engendre la hausse des prix faute de bras et la médiocrité des récoltes parce que les terres ne sont travaillées que quatre mois seulement dans l’année, du « défaut de commerce » dû surtout au manque de routes et de chemins. On insiste sur la nécessité de mettre fin à la mendicité en assurant aux pauvres du travail par la multiplication des ateliers de charité et des manufactures, de partager, vendre ou affermer les communaux, d'interdire la vaine pâture dans les prés, de créer « une école publique dans chaque canton pour les enfans de l’un et l’autre sexe », de fournir aux hôpitaux et maisons charitables des secours pris sur le montant de la vente des biens du clergé, d'inclure dans cette vente les bestiaux, outils et meubles en dépendant. On adhère sans restriction au décret de l’assemblée nationale concernant l’émission de 800 millions d’assignats destinés à l’achat de ces biens devenus nationaux.

Cette longue énumération montre à l'évidence que le mouvement général des esprits se révélait alors favorable aux idées nouvelles et souhaitait même des réformes plus radicales afin que la grande espérance de 1789 ne fût pas déçue. Mais la troublante question religieuse devait freiner cet élan unanime.

k PAS À (|

Page 1