TOUT CE QUI CONCERNE L'EAU DES CHAUDIÈRES
173. — Tubes de niveau. — Robinets-jauges. — La hauteur du niveau de l'eau doit être l'objet d'une surveillance toute particulière dans les chaudières marines» non seulement dans les chaudières tubuleuses, mais aussi dans les chaudières cylindriques, parce que l'importance de la question de poids conduit à réduire le plus possible le volume d'eau. Dans les chaudières cylindriques, on tient le niveau normal à 0",20 de hauteur, au plus, au-dessus du courant de flamme. La plupart des accidents graves, dont on a pu déterminer les causes, étaient dus à l'abaismentdu niveau. Ainsi sur le torpilleur 122, où la déchirure du ciel du foyer a amené la mort du chauffeur, et il a été établi que les tubes de niveau ne fonctionnaient pas. Sur le WaitignieSy il est également prouvé qu'au moment où l'un des foyers Fox s'est écrasé, le niveau de l'eau était très bas.
Le niveau s'observe principalement dans un tube en verre appelé tube de niveau.
Dans les tubes de niveau, il importe que l'eau soit à l'abri de l'agitîx* tion produite par l'ébullition, qu'elle soit exempte de matières en suspension pouvant se déposer sur la paroi, enfin que la température soit peu élevée, afin d'éviter la rupture par refroidissement dans les courants d'air de la chaufferie. Afin de réaliser ces conditions, on place le tube non pas sur la chaudière même, mais sur une colonne en bronze appelée clarinette^ séparée de la chaudière, avec laquelle elle communique par deux tuyaux en cuivre rouge assez longs, allant, l'un en haut dans la vapeur, l'autre en bas dans l'eau ; ces deux tubes sont quelquefois munis de robinets. La clarinette porte souvent deux tubes de niveau de longueur différente (fig. 206).
Le tube en verre est placé dans une armature en bronze, à deux lu-
bulures ouvrant dans la clarinetle. Les deux tubulures sont munies de robinets conjugués par une tringle, qui sont ouverts quand la clef est tournée vers le bas, afin de ne pas pouvoir se fermer d'eux-mêmes ; la partie supérieure porte un bouchon à vis pour l'introduction du tube, et la partie inférieure un robinet de purge ; deux petits presse-étoupes placés au passage du tube en verre complètent l'appareil.
Les soins à prendre consistent à tenir le tube propre, et tous les orifices bien dégagés ; il faut savoir fermer immédiatement les robinets en cas de rupture du tube, avant que la vapeur envahisse la chaufferie et qu'il se produise une panique, toujours à craindre avec les chauffeurs peu exercés.
Tube de niveau ordinaire
Tube de niveau modèle Louppe
Fermeture automatique Hopkinson
Fig. 205
Fig. 206
Fig. 207
Les deux genres de précautions propres à prévenir les dangers d'une rupture consistent à entourer le tube d'une seconde enveloppe, ou à le munir d'appareils de fermeture automatique. Comme exemple de tubes munis d'une double enveloppe, la figure 206 représente le tube Louppe, dans lequel le niveau ne s'observe qu'à travers une glace; conmie exemple de tubes à fermeture automatique, la figure 207 représente un modèle
muni de soupapes à boules se fermant par l'action d'un courant d'eau. Le premier système rend les observations difficiles ; le second laisse toujours place à des craintes d'obstruction intempestive des passages. On n'a rien trouvé jusqu'ici donnant pleine satisfaction.
Le niveau dans le tube n'est pas le même que dans la chaudière ; il existe, à cela, plusieurs raisons.
En premier lieu, l'eau de la clarinette et de ses tuyaux est plus froide, et par conséquent plus dense, que celle de la chaudière. Pour une dififérence de température de 100 degrés, le poids spécifique de Teau varie dans le rapport 1,045 ; sur une colonne d'eau de 2 mètres de hauteur, on peut donc avoir une différence de niveau de 9 centimètres, le niveau étant plus bas dans le tube. La différence des températures n'atteint probablement pas 100 degrés ; mais il n'en est pas moins prudent de limiter la hauteur de la colonne d'eau dans la clarinette au-dessous de 2 mètres.
En second lieu, si l'eau de la chaudière s'est chargée de sels, comme la colonne de niveau et les tubes se remplissent toujours plus ou moins d'eau douce, par suite des condensations de vapeur, un effet inverse au précédent tend à se produire sur les densités. Si, par exemple, l'eau de la chaudière marquant deux degrés au saturomètre, l'eau extérieure était entièrement douce, le rapport des poids spécifiques serait 1,052, et alors, pour une hauteur de colonne de 2 mètres, le niveau marqué serait trop haut de 10cm^4. La pureté des eaux, indispensable aux chaudières tubuleuses, y met à peu près à l'abri de cette cause d'altération des niveaux.
Ces deux causes d'erreur, de sens inverse l'une de l'autre, dans l'indication des tubes de niveau, sont les seules auxquelles on soit exposé dans les chaudières tubulaires; leur conséquence finale peut être assez bien connue, si l'on a soin de contrôler l'observation des niveaux par les indications des robinets-jauges. Dans les chaudières tubuleuses, à l'intérieur desquelles l'eau est animée de mouvements rapides, une cause d'erreur plus grave résulte des différences de pression à l'intérieur de la chaudière faisant équilibre à l'inertie des colonnes d'èau en mouvement. C'est ainsi que dans la chaudière BelleviUe où le mouvement ascentionnel s'accélère à mesure que la proportion de vapeur est plus considérable, la pression dans les fonds subit un accroissement, qui se traduit par une élévation de l'eau dans le tube de niveau à 0"*,10 ou même 0%20 au-dessus du niveau dans la chaudière. Dans les chaudières D'Allest, il y a, de plus, déformation du niveau supérieur ; les indications des robinets-jauges elles-mêmes sont en défaut (flg. 130).
Les robinets-jauges, destinés principalement à contrôler de temps à
aulre les indications des tubes de niveau, se placent au nombre de trois sur la façade des chaudières ; l'un est à la hauteur du niveau normal, le second à 0™,10 plus bas, le troisième à 0",10 plus haut. Les robinetsjauges sont d'un entretien facile, et ne trompent jamais un chauffeur exercé ; pour un chauffeur novice, le jet qu'ils donnent paraît toujours être un jet de vapeur.
Le robinet-jauge inférieur sert accessoirement à prendre de l'eau pour mesurer la saturation de l'eau dans la chaudière.
Les rondelles fusibles, avertisseur final, quand la partie supérieure des courants de flamme vient à découvrir et à se surchauffer, ne sont pas, en règle générale, employées dans la marine. Leur fusion constitue ime véritable avarie, à laquelle on ne peut porter remède qu'après avoir mis bas les feux ; un navire marchant avec une seule chaudière pourrait, dans certaines circonstances, être compromis par le fonctionnement d'un semblable appareil de sécurité.
Nous avons vu que l'emploi d'un bouchon fusible a été quelque temps prescrit, comme précaution complémentaire, sur les chaudières D'Allest; ce bouchon n'avait pas été établi sur les chaudières du Jauréguiberry^ où il n'aurait vraisemblablement pas fondu, d'ailleurs, avant le coup de feu qui a déterminé l'ouverture d'un tube.
Le sifflet d'alarme, ouvert par le mouvement d'im flotteur, n'a jamais été appliqué aux chaudières marines.
174. — Arrivée de Veau dC alimentation, — Régulateurs à main. — Le choix du point d'arrivée de l'eau d'alimentation a une certaine importance. En projetant l'eau en pluie fine dans la vapeur, on la purge d'air et on précipite immédiatement les sels insolubles à haute température, tels que le sulfate de chaux; en la faisant arriver en masse dans le liquide, on peut produire des courants de circulation utiles, ou favoriser les courants naturels. Pour les chaudières cylindriques, la première solution est adoptée dans la Marine française, la seconde dans la Marine américaine. Parmi les chaudières tubuleuses, les chaudières Belleville présentent le premier système, et les chaudières Normand le second.
^i«- 208 La décharge du tuyau d'alimentation dans le
collecteur supérieur s'impose, sur les chaudières tubuleuses qui peuvent avoir un collecteur supérieur commun à plusieurs foyers, quand on veut utiliser cette propriété, pour composer des corps à alimentation unique,
et pour simplifier ainsi le tuyautage et la manœuvre des régulateurs d'alimentation.
Sur la façade même de la chaudière, près de l'entrée du tuyau d'eau, se trouve l'appareil destiné à régler le niveau.
Le niveau de l'eau se règle toujours en faisant varier simplement la section d'entrée; les pompes fournissent de Teau en excès; le surplus de leur débit est renvoyé à la bâche par la soupape de trop plein de la boite alimentaire.
L'appareil de réglage consiste le plus souvent dans une soupape appelée régulateur cT alimentation^ dont l'eau soulève le siège pour pénétrer dans la chaudière, et qui s'oppose à tout mouvement de retour. On augmente ou on diminue à volonté la section de passage, en faisant monter ou descendre à la main le butoir de la soupape qui est manœuvré par une vis.
Dans le modèle d'[ndret, actuellement adopté comme régulateur à main, la soupape est placée dans im robinet, comme l'indique la figure 208 . En fermant le robinet, on isole la soupape de la chaudière, et on peut ainsi l'enlever pour la visiter et la nettoyer.
Un certain réglage a la main est toujours nécessaire, quand plusieurs chaudières sont desservies par une seule pompe et un seul tuyautage. En effet, s'il y a de petites différences dans la pression des diverses chaudières, comme cela se présente quelquefois, les soupapes se lèvent en grand pour les chaudières à faible pression et se ferment pour les autres ; or il peut arriver que le besoin d'eau soit plus urgent dans les chaudières où la pression est faible, en même temps que les niveaux sont bas partout.
175. — Régulateurs automatiques d^ alimentation, — On facilite beaucoup le service de l'alimentation, en faisant conduire automatiquement la soupape régulatrice par le mouvement d'un flotteur. Cette disposition est plus particulièrement utile sur les chaudières tubuleuses, où le moindre retard dans l'ouverture d'admission de l'eau amène des abaissements de niveau dangereux; elle est spécialement à recommander, sur les grands navires où plusieurs chaudières tubuleuses sont à surveiller à la fois.
Les régulateurs automatiques ont été introduits dans la marine par M. Belleville; la figure 209 représente le modèle, qui est actuellement en usage sur ses chaudières et qui n'a jamais beaucoup varié. La soupape est mue par un levier commandé par l'action contradictoire d'un ressort qui tend à la fermer, et d'un flotteur qui l'ouvre lorsque le niveau baisse. Une tige particulière actionne le levier, pour permettre
Chaudière Belleville.
Régulateur automatique éT alimentation
Fig. 209
Touverlure à la main, quelle que soit la position du flotteur. La caisse du flotteur est placée sur la colonne de descente, qui ramène Teau du séparateur au collecteur d'ali»
mentation.
On très grand nombre de modèles de régulateurs automatiques d'alimentation ont été mis en service, à la suite de l'extension prise par les chaudières tubuleuses.
M. Thornycroft place son régulateur tout entier, composé simplement d'une soupape équilibrée à double siège et d'un flotteur, à l'intérieur même du collecteur supérieur (fig. 210). Les frottements de tiges dans des presse-étoupes sont ainsi évités, au grand bénéfice de la sensibilité de l'appareil ; mais le réglage à la main ne parait pas possible.
Fig. 210
Comme exemples de dispositions diverses, les figures 211, 211 6ts, et 211 /(?r, représentent deux modèles, l'un à robinet, l'autre à tiroir, qui ont été successivement étudiés par M. Sigaudy pour les chaudières de la Jeanne'dCArc, sans être d'ailleurs nouveaux.
Dans le modèle à robinet (fig. 2H), le réglage à la main s'obtient en
Fig. 211
faisant varier le calage d'un boisseau extérieur entourant le boisseau que le flotteur manœuvre (fig. 211 bis).
Fig, 211 tu
Dans le modèle à tiroir (fig. 211 ter)y il suffit de faire varier la longueur de la tige du tiroir.
lïg.2U ter
M. Messier, ingénieur des poudres et salpêtres a imaginé une disposition très originale, figure 212» dans laquelle le régulateur est commandé
Alimentaieur automatique {système Messier)
Chaudière à la pression P.
Chambre à la pression { P -h K variable. . . .JP + K + H
Chambre à la pression ronslanle P + K + *.
lMvo^'
par le mouvement d'un diaphragme; la face supérieure du diaphragme est soumise à une pression constante, tandis que la pression sur la face inférieure augmente de tout le poids de la colonne d'eau H, lorsque le niveau descend au-dessous de Torifice inférieur du long tuyau, qui marque le niveau normal.
176. — Saturation et saturomètres. Anciennes extractions continues, — Quand on alimente une chaudière avec de l'eau chargée de sels, la concentration des sels s'opère par la distillation. L*eau atteint bientôt dans la chaudière un degré de saturation qui ne peut pas être dépassé. Il faut alors rejeter au dehors une quantité d'eau saturée, contenant autant de sels que l'eau alimentaire en introduit dans le même temps; c'est ce qu'on appelle faire extraction.
La concentraction des sels se détermine en mesurant le poids spécifique de l'eau à 95*", avec un petit aréomètre appelé saturomètre^ ou
salinomètre. La graduation de Tinstrument esl telle qu'il marque 0"" dans l'eau douce, 1** dans Teau de mer, et ensuite autant de degrés que l'eau renferme de fois la quantité de sel contenue dans l'eau de mer.
Quand les chaudières étaient alimentées à l'eau de mer, on tenait la saturation à 3^ en faisant une extraction continucy par un tuyau muni d'un robinet; on réglait l'ouverture du robinet d'après la saturation observée. La perte de chaleur résultant de l'extraction continue était de 12 % environ de la chaleur totale communiquée à l'eau des chaudières, pour tenir la saturation à 3**; elle aurait été encore de 9,5 %, en tenant la saturation à 4"".
Quand les chaudières étaient alimentées à Teau douce, avec réparation des pertes à Teau de mer, on acceptait une saturation de i*. La perte de chaleur, proportionnée à l'importance des pertes, était insignifiante.
Hâleur
Trompe d'extraction nattante
177. — Appareils <f extraction actuels. Appareils devidange. — Actuellement l'alimentation et la réparation à l'eau de mer sont également proscrites ; les extractions ont perdu toute importance au point de vue des sels marins. Par contre, on se préoccupe beaucoup, et à juste titre, de débarrasser les chaudières de l'huile minérale, qui peut y être apportée par la vapeur et qui flotte alors à la surface de l'eau. Les anciennes extractions, qui se faisaient en prenant l'eau dans le fond de la chaudière, sont donc remplacées par des extractions de surface.
L'extraction de surface doit se faire exactement à la surface ; la prise d'eau doit donc être portée par un flotteur. La figure 213 représente un appareil construit sur ce principe, sous le nom de trompe flottante, et essayé à Brest sur le Haleur. L'extraction de surface doit être à peu près continue, puisque l'huile flotte peu de temps avant de se pré- ^j' ' ■■ ■# cipiler, comme on l'a vu au numéro 49.
Les appareils flottants ne sont applicables qu'aux
chaudières cylindriques. Pour les chaudières tubu-
leuses, on à inventé en Angleterre et en Amérique
des hoiler cleaner de modèles variés; mais le seul
moyen de préserver ces chaudières de la présence
■ip — de l'huile parait être dans l'épuration des eaux ali-
Fig. 213 mentaires, dont nous parlerons tout à l'heure.
Comme on est toujours exposé à introduire de Teau de mer dans les
chaudières, à cause des fuites des condenseurs, des bouilleurs etc., on conserve toujours dans le fond des chaudières un appareil d'extraction de fond. Sur les chaudières munies d'un déjecteur, Textraction de fond est naturellement sur le déjecteur.
Toutes les chaudières portent, à la partie la plus basse, un robinet de vidange dont le nom indique suffisamment l'emploi. Il convient, pour une raison de propreté, de ne pas faire écouler l'eau des chaudières à la cale. La vidange se fait à la mer, pour la plus grande partie possible, par l'extraction de fond; le reste de Teau est ensuite envoyé par le robinet de vidange dans une caisse, d'où on l'extrait à l'aide d'une pompe.
178. — Appareils de brassage de Peau. — Nous avons vu combien les enveloppes des chaudières cylindriques sont exposées à fatiguer pendant l'allumage, par suite des différences de température dues à la stagnation de l'eau dans le fond. L'absence de mouvement de l'eau est, de plus, défavorable à la transmission de la chaleur, puisque celle-ci se fait par convection et non par conductibilité. Par suite, diverses dispositions ont été imaginées pour produire mécaniquement l'agitation du liquide.
Hydrokineler
ooooc ooooc
Fig. 214
Les premiers appareils essayés ont été les hydrokineters, sorte d'injecteurs Friedman, dans lesquels un jet de vapeur, lancé suivant Taxe d'une buse conique, produit l'entraînement de l'eau environnante ; le courant artificiel ainsi obtenu est dirigé de manière à transporter l'eau
froide des fonds dans la région échauffée. Les hydrokinelers sont d'une efficacité indiscutable, mais leur action est très lente: dans une chaudière de paquebot, chauffée avec la prudente lenteur des bâtiments de commerce, on avait observé que, quatre heures après l'allumage, la température de l'eau était de OB'* à la surface et de 23^ seulement dans le fond ; après rétablissement d'un hydrokineter, on a obtenu, dans les mêmes conditions et après le même temps, 96** à la surface et 62** dans les fonds ; il a fallu six ûouvelles heures de chauffe, pour égaliser les températures partout. Les hydrokineters répondent mal, comme on voit, aux exigences du service» toujours pressé, de la Marine de guerre. Ces appareils ont de plus deux inconvénients graves : ils exigent que Ton ait une chaudière auxiliaire en pression ; ils cessent de fonctionner, dès que la température et la pression de la vapeur dont on dispose sont atteintes dans la chaudière, qu'il s'agit de faire marcher.
Dans la Marine américaine, on a substitué au jet de vapeur de l'hydrokineter un jet d'eau, qui n'est autre que l'alimentation dirigée suivant l'axe d'une buse conique. Dans ces conditions, l'appareil fonctionne efficacement pendant la marche, mais il reste au repos pendant la mise en pression, l'alimentation ne fonctionnant pas; il fait donc défaut au moment où il serait le plus nécessaire.
Dispositions adoptées pour faire brasser Peau des chaudières par Peau d'alimentation
Fig. 216
Fig. 217
Fig. 216
Les barboteuses, imaginées à Indret par M. Garnier, remplissent bien toutes les conditions désirables. Ce sont de petites turbines placées en dehors de la chaudière, qui prennent l'eau dans les fonds et la déchargent un peu au-dessous du niveau. On fait tourner les barboteuses à bras pendant la mise en pression, et à la vapeur pendant la marche. Une dépense de travail de 1*'S5 suffit pour donner un brassage énergique, dans une chaudière à deux ou à trois foyers. L'efficacité des barboteuses a été bien constatée, soit au point de vue de la fatigue de l'enve-
loppe pendant Talluinage, soit au point de vue de la production de vapeur pendant la marche. On a de plus observé qu'elles paraissent prévenir les coups de feu sur les ciels de foyers, et les fuites de tubes à la plaque de tète. L'emploi de ces appareils a été généralisé sur les chaudières cylindriques.
Isly
Pompe rotative pour brasser Feau des chaudières
Fig. 218
179. — Appareils de purification des eaux. — L'eau des chaudières et Teau d'alimentation contiennent des sels marins, des acides gras provenant de la décomposition du suif (quand les presse-étoupes sont graissés au suif), de Thuile minérale non décomposée, substances dont nous avons vu les effets nuisibles, sans parler de Tair dissous, qui est un agent de corrosion.
Les sels marins s'enlèvent, mais seulement après leur concentration, par les extractions de fond dont nous avons parlé; les sels de chaux se précipitent, dès Tarrivée à la chaudière, quand on alimente dans la vapeur. 11 nous reste à décrire les appareils destinés à l'extraction ou à la neutralisation des autres substances.
Tout d'abord les réchauffeurs d'eau à la vapeur, qui ont été établis uniquement dans un but d'économie, et que nous décrirons au n"" 183, font preuve de propriétés accessoires très utiles comme purificateurs, quand ils réchauffent par surface et non par mélange. Leurs parois, en effet, s'encrassent rapidement et exigent de fréquents nettoyages; tout ce qui s'en retire est sauvé par la chaudière. De plus, tout l'air qui a pu être repris par l'eau, depuis sa sortie du condenseur, se dégage dans les réchauffeurs, d'où on le fait sortir par des robinets spéciaux.
Le problème de Textraction des acides gras n'a jamais été résolu. Quand, il y a une vingtaine d'années, on avait entrepris pour la première fois de neutraliser ces acides à l'aide de la chaux, un appareil spécial, pour injecter directement et automatiquement dans la chau-
Injection d* eau de chaux^ système Risbec.
Appareil du DupeUt-Thouars.
Coupe EFGH
Coupe ABCD
Kig.219 6is
Délail des robinets a
Fig. 219
ArriTée d'eau munie d*un robinet commandé par un flotteur.
Tuyau pris sur le refoulement de l'alimenûtion.
Tuyau de trop plein .
Tuyaux d'aspiration aux condenseurs.
Tube dans lequel on introduit la chaux en poudre.
219 ter
dière une proportion de chaux convenablement dosée, avait été étudié par M. l'ingénieur Risbec, et rendu réglementaire dans la Marine.
Cet appareil comprenait d'abord deux pompes foulantes, et offrait une certaine complication; la figure 219 en représente une forme très simplifiée, qui a été étudiée en 1880, par M, Dudebout. Le mélange d'eau et de chaux est opéré dans un vase où l'eau est envoyée d'un réservoir à niveau constant; le brassage est opéré par la circulation du liquide et le dégagement des bulles d'air. L'eau de chaux est ensuite appelée aux condenseurs par des tuyaux munis de robinets à fermeture automatique. Toute la manœuvre se borne à verser l'eau et la chaux dans la caisse de mélange.
L'eau de chaux sert toujours pour le remplissage complet des
chaudières tubuleuses en vue de leur conservation pendant les chô-
-tournages. On l'emploie souvent aussi en marche, en se servant d'ordinaire d*une simple caisse de mélange communiquant avec la bâche.
L'emploi des carbonates alcalins est complètement abandonné, comme on l'a vu au n« 76. A l'exception de la chaux, qui n'est pas elle-même sans inconvénient en marche, on évite, avec raison, Taddition de toute nouvelle substance chimique à celles, trop nombreuses, que les eaux renferment déjà.
180. — Plaques de zinc. Elecirogènes. — Le principal moyen chimique, ou plutôt électro*chimique, actuellement en usage pour s'opposer à la corrosion du fer, consiste à suspendre des plaques de zinc, dans l'eau des chaudières, particulièrement près de l'arrivée d'eau d'alimentation, quand elle n'est pas dans le coffre à vapeur.
Le zinc a pour effet de neutraliser l'eau en absorbant les divers acides, de se substituer au fer pour produire la précipitation du cuivre, s'il s'en trouve à l'état de sels, enfin, et surtout, de produire un effet galvanique maintenant le fer à l'état électro-négatif et le rendant ainsi peu oxydable.
Afin de développer les effets galvaniques cherchés, on constitue une véritable pile à un seul liquide. Les rondelles de zinc sont reliées au fer à protéger, par des fils de cuivre, les contacts étant établis entre surfaces parfaitement décapées. Tout contact direct du zinc et du fer est évité avec soin ; il est même bon d'entourer les plaques de zinc, d'un treillis retenant les fragments de métal attaqué, qui pourraient se détacher. La ^ proportion adoptée entre les deux surfaces de zinc et de fer, est de 0,015, ce qui conduit à mettre jusqu'à 80 kilogrammes et même 100 kilogrammes de zinc par foyer, dans les chaudières cylindriques.
On place quelques rondelles de zinc dans les bâches, citernes, et autres récipients, moins pour en protéger les parois, que pour y commencer la neutralisation des eaux.
Les rondelles de zinc, en raison de leur propriété principale ont reçu quelquefois le nom (Télectrogènes, sous lequel les a Fig. 220 désignées en particulier M. d'Hannay. On attribue au zinc une action sur l'état physique des dépôts, qu'il rendrait moins durs et moins adhérents.
181. — Extraction de V huile yninér aie. Filtres à éponges. — Pour résoudre le problème délicat de l'enlèvement de l'huile minérale, avant l'arrivée de l'eau à la chaudière, il faut avoir recours à des procédés
mécaniques, aucun agent chimique efficace connu n'ayant le pouvoir d'absorber et de précipiter cette huile.
Le seul appareil applicable aux machines de toutes dimensions est le filtre à éponges (fig. 221), que Ton fait traverser par Teau alimentaire et dans lequel aspire la pompe alimentaire. Les éponges arrêtent bien l'huile minérale, tout en laissant passer Teau; elles peuvent faire un service prolongé, à la condition de subir des lavages périodiques au savon noir ou à la potasse caustique. Le filtre est disposé avec des retours d'eau permettant de continuer Talimentation pendant son nettoyage (fig. 232).
Filtre à éponges {système Normand)
Disposition permettant de changer les éponges sans arrêter P alimentation
Aspiration des pompes alimentaires Fig. 221
Aspiration des pompes alimentairas
Le filtre à éponges a été employé pour la première fois en France par M. Normand, sur ses torpilleurs.
Le prix élevé des éponges les a fait remplacer, comme matière filtrante, par de simples balles de foin, dans les filtres des grands navires américains.
La pratique du filtrage des eaux conduit à une légère modification dans le mode de travail et de fonctionnement de la pompe à air. Il est utile, dans les grandes machines du moins, de placer le filtre sur le parcours du tuyau de décharge de la pompe à air, afin d'éviter tout travail d'aspiration aux pompes alimentaires.
182. — Purificateurs de vapeur. — Divers appareils de dégraissage ont été brevetés sous le nom d'extracteurs de graisse ou d^éliminateurs cT^m/e; les seuls intéressants, parce que leur principe est rationnel, sont ceux qui opèrent sur la vapeur elle-même, dans son trajet du cylindre au condenseur.
Les purificateurs de vapeiu* sont analogues aux épurateurs, et fonctionnent de la même manière, en imprimant au courant un mouvement curviligne, qui projette sur les parois toutes les particules liquides douées d*inertie. La forme donnée aux parois est beaucoup plus compliquée que dans les épurateurs; les deux figures S23 et 2S4 représentent deux modèles, Tun vertical, l'autre horizontal, et sont suffisamment claires pour dispenser de toute explication.
Eliminateurs d'huile (système de Rycke)
Fig. 223 "^
Fig. 224
Ces appareils peuvent convenir à certains petits navires ; mais, sur le tuyau d'émission des grandes machines, ils atteindraient des dimensions vraisemblablement excessives.
183. — Réchauffeurs à vapeur de Veau d'alimentation. Calcul de leur utilité théorique. — Les réchauffeurs à vapeur sont de véritables petits
Surprise
Récbauffeur (Teau d* alimentation Coupe CD
Réchauiïeur Wainwrigbt
Fig. 226
Réchauffeur Weir Disposition à injection
Fig. 227
Légende de la figure 225,
A Arrivée de l'eau d'alimentation.
B Sortie de l'eau d'alimentation.
C Prise de vapeur au réservoir B. P.
D Communication avec le collecteur d'échappement des appareils auxiliaires.
E Robinet d'équilibre de pression.
F Robinet d'air.
G Sortie de l'eau de condensation.
Fig. 225
condenseurs, dans lesquels on emploie de la vapeur ayant déjà travaillé^ dans un ou deux cylindres, à réchauffer Teau d'alimentation, au lieu de l'envoyer dans le dernier cylindre, où elle n'utiliserait qu'une partie de sa chaleur.
Les réchauffeurs, comme tous les condenseurs, peuvent opérer, soit par surface, soit par mélange. Le modèle liormand, représenté figure 325 est à surface. Les modèles employés en Angleterre et en Amérique travaillent, soit par surface, figure 226, soit par mélange, figure 227.
Les réchauffeurs par surface tendent à prendre l'avance sur les autres. Nous avons indiqué plus haut un des motifs qui militent en leur faveur.
L'expérience a nettement établi Tutilité des réchauffeurs à vapeur au point de vue de Tutilisation. L'économie de charbon réalisée à la suite de leur adoption n'a jamais été de moins de 10 %, quand l'emplacement des appareils est bien choisi. L'origine de cette économie, pour la partie qui se prête au calcul, peut s'établir de la manière suivante.
Considérons le cas extrême, purement théorique quant à présent, d'une machine qui fonctionnerait à 20 kilogrammes de pression et à quadruple expansion dans les conditions suivantes :