‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 110 sur 127 · LUCILE» ALBERT, VALERE, MASCARILLJ · texte numérisé non relu

LUCILE» ALBERT, VALERE, MASCARILLJ

Mascarille, i Albert .

S { A Lucile. ) BiGNEUR Albert, au moins , silence.... Enfin , Madame ,

Toute chose conspire au bonheur de votre ame.

Et Monsieur votre pere, averti de vos feux ,

Vous laisse votre époux et confirme vos vœux : Pourvu que, bannissant toutes craintes frivoles. Deux mots de votre aveu confirment nos paroles..

Lucile.

Que me vient donc conter ce coquin assuré î Mascarille, à part.

Bon ! me voilà déjà d’un beau titre honoré !

Lucile, à Valere.

Sachons un peu, Monsieur, quelle belle saillie Fait ce conte galant, qu’aujourd’hui l’on public?

COMÉDIE

Pardon « charmant objet l un valet a parlé ; Et j’ai vu, malgré moi , notre hymen révélé.

Notre hymen ?

On sait tout, adorable Lucile!

Et vouloir déguiser est un soin inutile.

Lucile.

Quoi ! l’ardeur de mes feux vous a fait mon époux }

C’est un bien qui me doit faire mille jaloux ;

Mais j’impute bien moins ce bonheur de ma flamme A l’ai^ur de vos. feux qu’aux bontés de votre amc» Je sais que vous avez sujet de vous fâcher ,

Que c’étoit un secret que vous voulier cacher.

Et j’ai de mes transports forcé la violence A ne point violer votre expresse défense i E^ais. ...

Mascarille, à Lueile.

Eh! bien, oui , c’est moi; le grand mal que voiU! Lucile, à Valere.

Est-il une imposture égale à celle-là î Vous l’osez soutenir en ma présence même ,

Et pensez m’obtenir par ce beau stratagème ?

O le plaisant amant, dont la galante ardeur Veut blesser mon honneur, au défaut de mon cœur î Er que mon pere , ému de l’éclat d’un sot conte ,

Paye , avec mon hymen , qui me couvre de honte. Quand tout contribûroit à votre passion ,

Mon*pere, les destins, mon inclination.

On me verroit combattre, en ma juste coImc >

Mon inclination , les destins et mon pere ,

Perdre même le jour , avant que de m’unie A qui par ce moyen auroic cru m’obtenir.

Allcx ; et si mon sexe avccquc bienséance Se pouvoit emporter à quelque violence.

Je vous apprendrois bien h me traiter ainsi V A L E R E , d Mascarille.

C’en est fait, son courroux ne peut être adouci ! Mascarille.

( A Luciïe. )

Laissez-moî lui parler.... Eh! Madame, de grâce,

A quoi bon maintenant toute cette grimace î Quelle est votre pensée , et quel bourru transport Contre vos propres voeux vous fait roidir si fort ?

Si Monsieur votre pere étoit homme farouche ,

Passe; mais il permet que la raison le touche ,

Et lui-m8me m’a dit qu’une confession Vous va tout obtenir de son afFcction.

Vous sentez , je crois bien , quelque petite honte*

A faire un libre aveu de l’amour qui vous dompte ; Mais , s’il vous a fait prendre un peu de liberté ,

Par un bon mariage on voit tout rajusté ;

Et , quoi que l’on reproche au feu qui vous consomme, Le mal n’est pas si grand que de tuer un homme. On sait que la chair est fragile quelquefois ,

Et qu’une fille enfin n’est ni caillou , ni bois.

Vous n’avez pas été, sans doute, la première.

Et vous ne serez pas , que je crois , la dçrnierc. .

L U c I L E > â Albert.

Quoi ! vous pouvez, ouïr ces discours effrontés ,

Et vous ne dites mot à ces indignités i

Albert.

Que venx-tu que je dise ? Une telle aventure Me met tout hors de moi.

Mascarille, à Lucile,

Madame, je vous jure Que déjà vous devriez avoir tout confessé 1 • Lucile.

Et quoi donc confessé ?

Mascarille.

Quoi? ce qui s’est passd

Entre mon maître et vous.... La belle raillerie !

Lucile.

Et que s’est-il passé, monstre d’effronterie!

Entre ton maître et moi ?

Mascarille.

Vous devez , que je croi ,

En savoir un peu plus de nouvelles que moi;

P.C pour vous cette nuit fut trop douce , pour croire

Que vous puissiez si vite en perdre la mémoire.

Lucile, à Albert.

C’est trop souffrir, mon pcrc , un impudent valet!

( Elle donne un soufflet à Masoarille , et se retire.)

ALBERT, VALERB, MASCARILLE.

Mascarille.

E crois qu*ell« me vient de donner un soufHet f Albert.

Va , coquin ! scdldrat ! sa main vient sur ta jou«*

De faire une action dont son pere la loue i

Mascarille.

Et , nonobstant cela, qu’un diable, en cet instant. M’emporte , si j’ai dit rien que de très-constant 1

Albert.

Et, nonobstant cela , qu’on me coupe une oreille.

Si tu portes fort loin une audace pareille !

VoulcL-vous deux tdmoins qui me justifîront ?

Albert.

Veux-tu deux de mes gens qui te bâtonneront ? Mascarille.

Leur rapport doit au mien donner toute créances

Albert.

Leurs bras peuvent du mien réparer l’impuissance. Mascarille.

Je vous dis que Lucile agit par honte ainsi.

.Albert.

Je te dis que j’aurai raison de tout ceci.

Mascarille,

COMÉDIE. 7

Mascartlli.

Connoijsei-vous Ormin , ce gros notaire habile ?

Albert.

Connois-tu bien Grimpant» le bourreau de la ville ? Mascarille.

Et Simon, le tailleur, jadis si recherché ?

Albert.

Et la potence , mise au milieu du marché ? '

Vous verrez confirmer par eux cet hyménée.

Albert.

Tu verras achever par eux ta destinée.

Mascarille.

Ce sont eux qu’ils ont pris pour témoins de leur foi.

Albert.

Ce sont eux qui , dans peu , me vengeront de toi ! Mascarille.

Et ces yeux les ont vus s’entre donner parole.

Albert.

Et ces yeux te verront faire la capriolc !

Mascarille.

Et, pour signe, Lucilc avoir un voile noir.

Albert.

Et , pour signe , ton front nous le fait assez voir, Mascarille. «

O l’obstiné vieillard !

Albert.

O le fourbe damnable !

Va f rends grâce à mes ans qui me font incapable

De punir sur le champ l’affront que tu me fais ) Tu n’en perds que l’atiente , et je te le promets l

{ Il rentre chci lui. )

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