SCENE I X et derniere
ASCAGNE , FROSINE , MARTNETTfi , GROS* RENÉ, AIBERT, POLIDOBE, LUCILE , ÉRASTE , VALERE , MASCARILLE.
Valire, à Luciîe,
I L ne le fera pas y
Quand il toindroit au sien encor vingt autres brar..
Je le plains de défendre une Sfv ur criminelle ;
Mais , puisque son erreur me veut faite querelle,
( ^ Erasie. )
Nous le satisferons.... Et vous , mon brave, aussi».
Je prenois intérêt tantôt à tout ceci ;
Mais enfin , comme Ascagne a pris sur lui l’affaire Je ne veux plus en prendre, et je le laisse faire.
C’est bien faiti la prudence est toujours de saison!... Mais..».
Iio LE DÉPIT AMOUREUX,
E R A s T s , V interrompant.
11 saura , pour tous , vous mettre i la raison*
Lui?
POLIDORE
Ke t’y trompes pas. Tu ne sais pas encore Quel étrange garçon est Ascagne !
Albert.
Il l’ignore;
Mais il pourra, dans peu, le lui faire savoir!
Sus donc, que maintenant il me le fasse voir.
Marinette.
Aux yeux de tous ?
Gros-Ken é.
Cela ne seroit pas honnStoI
Se moque-t-on de moi ?... Je casserai la tSte A quelqu’un des rieurs!... Enfin, voyons l’eAFct, Ascagne.
Non , non , je ne suis pas si méchant qu’on me fait; Et dans cette aventure, où chacun m’intéresse» Vous allez voir plutôt éclater ma foiblesse , Connoîrrc que le Ciel , qui dispose de nous ,
Ke me fit pas un coeur pour tenir contre vous.
Et qu’il vous réservoit pour victoire facile,
De finir le destin du frere de Lucile.
Oui , bien loin de vanter le pouvoir de mon bras, Ascagne va par vous recevoir le trépas;
Mais il veut bien mourir, si sa mort nécessaira
COMÉDIE
fcut avoir maintenant de quoi vous satisfaire .
In vous donnant pour femme, en présence de tous. Celle qui justement ne peut 6trc qu’à vous.
Non , quand toute la terre , apris sa perfidie»
Et les traits effrontés.-..
A s c A G K X , l’interrompant.
Ah ! souffrei que je dre, Valere, que le coeur qui vous est engagé D’aucun crime envers vous ne peut 6tre chargé.
Sa flamme est toujours pure et sa constance extrcmci Et j’en prends à témoin votre pere, lui-meme.
l’OLiDORB, à Valere.
Oui , mon fils; c’est asscr rire de ta fureur.
Et je vois qu’il est tems de te tirer d’erreur.
Celle à qui, par serment, ton ameest attachée.
Sous l’habit que tu vois à tes yeux est cachée :
Un intérêt de bien , dès scs plus jeunes ans ,
Fit ce déguisement , qui trompe tant de gens ;
Et, depuis peu , l’amour en a su faire un autre.
Qui t’abusa , joignant leur famille à la nôtre,...
{ Valere , tout interdit de ce qu’il entend , regarde tout le monde , tour-à-tour. )
Ne va point regarder à tout le monde aux yeux ;
Je te fais maintenant un discours sérieux.
Oui , c’est elle , en un mot , dont l’adresse subtile,
La nuit reçut ta foi, sous le nom de Lucile,
It qui , par ce ressort qu’on ne comprenoit pat,
A semé parmi vous un si grand embarras.
Bflais , puisqu’ Ascagne ici fait place à Dorothée,
Kij
trt LE DÉPIT AMOUREUX,
Il faut voir de vos feux toute imposture ôtée.
Et qu’un noeud plus sacré donne force au premier.
Albert, a Valert.
Et c’cst là justement ce combat singulier Qui devoir envers nous réparer votre oâFcnsCi Et pour qui les Edits n’ont point fait de défense.
POLIDORE, i Valere.
Un tel événement rend tes esprits confus.
Mais en vain tu voudrois balancer là-dessus ?
Valere.
' Kon , non, je neveux pas songer à m’en défendre}
Et, si cette aventure a lieu de me surprendre,
La surprise me flatte , et je me sens saisir De merveille, à-Ia-fois, d’amour et de plaisir....
( A Ascagne. )
Se peut-il que ces yeux ?...
Albert, Vinterrompant.
Cet habit , cher Valere, Souffre mal les discours que vous lui pourriez faire. Allons lui faire en prendre un autre; et, cependant. Vous saurez le détail de tout cet incident.
Valere, à Lucile.
Vous , Lucile , pardon si mon ame abusée....
Lucile, Vinterrompant.
L’oubli de cetre injure est une chose aisée.
Albert.
Allons ; ce compliment se fera bien chez nous.
Et nous aurons loisir de nous en faire tous.
Mais vous ne songez pas, en tenant ce langage.
Digilized by Coogif
COMÉDIE. uî
Qu*il reste encore ici des sujets de caraage.
Voilà bien à tous deux notre amour couronné;
Mais de son Mascarille et de mon Gros- René»
Par qui doit Marinette Stre ici possédée»
Il faut que par le sang l’afFaire soit vuidée.
Mascarille.
Ncnni, nenni, mon sang dans mon corps sied trop bien! Qu’il réponse en repos i cela ne me fait rien, ne l’humeur que je sais la chere Marinette» . L’hymen ne ferme pas la porte à la fleurette!
Marinette.
Et tu crois que de toi je ferois mon galant?
Un mari, passe encor; tel qu’il est on le prend;
On n’y va pas chercher tant de cérémonie;
Mais il faut qu’un galant soit fait à faire envie. Gros-René.
lËcoute: quand l’hymen aura joint nos deux peaux» le prétends qu’on soit sourde à tous les damoiseaux. Mascarille.
Tu crois te marier pour toi tout seul , compere? Gros-René.
Bien entendu, je veux une femme sévere»
Ou je ferai beau bruit!
Mascarille.
Eh ! mon Dieu , tu feras Comme les autres font » et tu t’adouciras!
Ces gens avant l’hymen si fâcheux et critiques Dégénèrent souvent en maris pacifiques !
Marinette» à Gros-Ren/,
Va , va , petit mari , ne crains rien de ma foi;
114 LE DÉVIT AMOUREUX, fcc.
Les douceurs ne feront que blanchir contre moi ,
Et je te dirai tout.
Mascarille.
O la hne pratique l Un mari confident 1
Mar iNiTTï.
Taisex-vous , as de pique !
Albert.
pour la troisième fois , a!!ons-nous-en chez noua Poursuivre en liberté des entretiens si doux.