‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 25 sur 127 · PANDOLFE, ANSELME · texte numérisé non relu

PANDOLFE, ANSELME

Anselme, d part,-

A.H ! bons Dieux, je frdmi!

Pandolfc qui revient !... Fût il bien endormi !... Comme depuis sa mort sa face est amaigrie!...

( A Pandolfe. )

las! ne m’approchez pas de plus prîs, jcvouspriei 3’ai trop de répugnance à coudoyer un mort!

Pandolfe.

D*où peut donc provenir ce bizarre transport K Anselme.

Dites-moi , de bien loin , quel sujet vous amène î Si pour me dire adieu vous prenez tant de peine, ‘C’est trop de courtoisie ,'ct, véritablement.

Je me scrois passé de votre compliment !

Si votre amc est en peine et cherche des prières.

Las! je vous en promets, et ne m’efFrayex gucres*

Foi d’homme épouvanté , je vais faire à l’instant Prier tant Dieu pour vous que vous serez content» Disparoissez donc , je vous pric»^

Et que. le Ciel , par sa bonté.

Comble de joie et de santé Votre défunte. Seigneurie 1

D il

Pandolfe, à part , riant.

Malgré tout mon dépit, il m’y faut prendre part^ Anselme. '

Las ! pour un trépassé vous 6tes bien gaillard ! Pandolfe.

Est-ce jeu , ditcs-nous, ou bien si c’est folie.

Qui traite de défunt une personne en vie î Anselme.

Hélas J vous êtes mort, et je viens de vous voir! Pandolfe.

Quoi ] j’aurois trépassé sans m’en appercevoic i Anselme.

Si-tôt que Mascarillc en a dit la nouvelle.

J’en ai senti dans l’amc une douleur mortelle, Pandolfe.

Mais enfin , dormex-vous? êtes-vous éveillé?

Me connoissez-vous pas ^

Anselme.

Vous êtes habillé

D’un corps aérien qui contrefait le vôtre,’

Mais qui , dans un moment, peut devenir tout autre. Je crains fort de vous voir comme un géant grandir. Et tout votre visage affreusement laîdîr.

Pour Dieu , ne prenez point de vilaine figure !

J’ai prou de ma frayeur en cette conjoncture?

Pa n dolfe.

En une autre saison cette naïveté ,

Dont vous accompagnez votre crédulité ,

Anselme , me seroit un charmant badinage,^

St j’en prolongctois le plaisir davantage s

eOHÉDlEi -W

Waî* àvÉc cette mort un trdsor supposé,.

Dont parmi les chernins on m’a désabusé,

Tomcnrent dans mon amc un soupçon légitime.

Aiascai'ille est un fourbe , et fourbe fourbissime ,

Sur qui ne peuvent rien la crainte et le remords,

St qui pour ses desseins a d’étranges ressorts! , Anselmx, d part,

M’auroit-on joué picce et fait supercherie ?.*.

Ah ! vraiment, ma raison, vous seriez fort jolie

t ( II touche Pandoîfe. )

. En effet, c’est biai luî.., Malepestc du sot que je suis aujourd’hui!.,,.

( A Pandoîfe. )

De grâce ! n’alicz pas divuîgucr un tel conte;

On en feroit jouer quelque farce à ma honte... .

Alais , Pandoîfe, aidez-moi vous-même à retirer L’argent que j’ai donné pour vous faire enterrer* Pandolfh.

De l’argent, dites-vous? Ah! voüi l’enclouure!

C’est-là le nœud secret de toute l’aventure,

A votre dam. Pour moi , sans me meme en souci,

Je vais faire informer de cette affaire-ci,

Contre ce Mascarillc ; et, si l’on peut le prendre,

Quoi qu’il puisse en. coûter , je vcu.^ le faire pendre.

( Il s'en ya, )

Page 1