‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 37 sur 127 · scene’xxiv · texte numérisé non relu

scene’xxiv

LÉLI E , entrant en riant , MASC.\RILLE»

Mascarille.

^^üEL beau transport de joie à présent vous inspîrej

Laissc-m’en tire encore avant que te le dire.

yj L'ÉTOURDI,

Mascarille,

Çà rions donc bien fort , nous en avons sujet!

Ah ! je ne serai plus de tes plaintes l’objet.

Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries ,

Que je gâte , en brouillon , toutes tes fourberies:

J’ai bien joué moi-incme un tour des plus adroits 1 Il est vrai , je suis prompt et m’emporte parfois ;

Mais, pourtant, quand je veux, j’ai l’imaginative Aussi bonne, en effet , que personne qui vive ,

£t toi- même avoûras que ce que j’ai fait part D’une pointe d’esprit où peu de monde a part.

Mas c.a r i l l e.

Sachons donc ce qu’a fait cette imaginative?

Tantôt , l’esprit ému d’une frayeur bien vive »

D’avoir vu Trufaldin avecque mon rival, lesongeois à trouver un remede à ce mal.

Lorsque, me ramassant tout entier en moi-même ,

J’ai conçu , digéré , produit un stratagème,.

Devant qui tous les tien* , dont tu fais tant de cas , Doivent , sans contredit , mettre pavillon bas.

Mais qu’est-ce ?

Ah ! s’il te plaît , donne-toi patience* J’ai donc feint une lettre ,” avccque diligence ,

Comme d’un grand Seigneur écrite à Trufaldin,

Qui mande qu’ayant su , par un heureux destin , Qu’une esclave qu’il tient , sous le nom de Çélic ,

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COMÉDIE.'

sa fille, autrefois par des voleurs ravie»

Il veut la venir prendre, et le conjure, au moins. De la garder toujours , de lui rendre des soins ;

Qu’à ce sujet il part d’Espagne , et doit pour elle Par de si grands préseni reconnoître son acle Qu’il n’aura point regret de causer son bonheur.

Fort bien J

Mascarille.

Écoute donc ; voici bien le meilleur I La lettre que je dis a donc été remise >

Mais , sais-tu bien comment ? En saison si bien prise Que le porteur m’a dit que, sans ce trait falot ,

Un homme l’cmmenoit, qui s’est trouvé fort sot ! Mascarille.

Vous avez fait ce coup sans vous donner au diable î

Oui. D’un tour si subtil m’aurois-tu cru capable ?

Loue, au moins, mon adresse, et la dextérité Dont je romps d’un rival le dessein concerté.

Mascarille.

A vous pouvoir louer selon votre mérite.

Je manque d’éloquence , et ma force est petite.

Oui, pour bien étaler cet effort relevé ,

Ce bel exploit de guerre , à nos yeux achevé.

Ce grand et rare effet d’une imaginative Qui ne cede en vigueur à personne qui vive ,

Ma langue est impuissante , et je voudrois avoir Celles de tous les gens du plus exquis savoir.

Pour vous dite en beaux vers, ou bien en docte prose,

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Que vous serez toujours, quoi que l’on se propose f Tout ce que vous avez été durant vos jours ;

C’est-à-dire, un esprit chaussé tout à rebours.

Une raison malade et toujours en débauche ,

Un envers de bon sens, un jugement à gauche.

Un brouillon, unebéte, un brusque, un étourdi î Que sais-je ? un ... cent fois plus encor que je ne dû C’est faire , en abrégé , votre panégyrique.

Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique ?

Ai-je fait quelque chose? Éclaircis-moi ce point.

Non , vous n’avez rien fait •, mais ne me suivez point,

Je te suivrai par- tout pour savoir ce mystère. Mascarille.

Oui? Sus donc, préparez vos jambes à bien faire: Car je vais vous fournit de quoi les exercer.

( Il s’enfuit, )

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