‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 53 sur 127 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LÉ LIE, deguif/ en Arm/nUn f MASCAKILLE* Mascarille.

Vous voiU fagotté d’une plaisante sorte]

Tu ranimes par*là mon cspdrancc morte.

Mascarille.

Toaiours de ma colère on me voit revenir.

J’ai beau jurer , pester ; ;e ne m'en puis tenir.

Aussi crois , si jamais je suis d.ins la puissance,

Que tu seras content de ma rcconnoissance.

Et que, quand je n’aurois qu’un seul morceau de pain.«.

Mascarille, l'interrompani.

Saste !... Songez à vous dans ce nouveau dessein.

Au moins , si l’on vous voit commettre une sottise , Vous n’imputerez plus l’erreur à la surprise;

Votre rôle en cc jeu par coeur doit être su.

Mais comment Trufaldin chez lui t’a-t-il reçu?

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8<j L*ÉT OURDI»

Mascarillï#

D’un zelc ymulé j’ai bridé le bon Sire.

Avec empressement , je suis venu lui dit».

S’il ne songeoit à lui , que l’on le surprendroit.

Que l’on couchoit en joue , et de plus d’un endroit^ Celle dont il a vu qu’une lettre en avance Avoit si faussement divulgué la naissance ;

Qu’on avoit bien voulu m’y mflcr quelque peu >

Mais que j’avois tiré mon épingle du jeu;

Et que , touché d’ardeur pour ce qui le regarde.

Je venois l’avenir de se donner de garde.

Dc-U , moralisant , j’ai fait de grands discours Sut les fourbes qu’on voit ici bas tous les jours;

Que pour moi , las du monde et de sa vie infâme.

Je voulois travailler au salut de mon ame,

A m’éloigner du trouble et pouvoir longuement Près de quclqu’honnêtc hômïne être paisiblement; Que , s’il le trouvoit bon , je n’auroîs d autre envie Que de passer chez lui le reste de ma vie ;

Et que m6mc à tel point il m’avoit su ravie ,

Que , sans lui demander gages pour le servir , Jcmettrois en ses mains , que je tenois certaines. Quelque bien de mon perc et le fruit de mes peines. Dont , avenant que Dieu de ce monde m’otât, J’cntendols tout de bon que lui seul hérit.it.

le vrai moyen d’acquérir sa tendresse.

Et comme, pour résoudre avec votre maîtresse Des biais qu’on doit prendre à terminer vos voeux. Je voulois en secret vous aboucher tous deux.

Lui- même a su m’ouvrit une voie assez belle

COMÉDIE

De pouvoir hautement vous loger avec ellc^ Venant m’entretenir d’un fils privé du jour ,

Dont cette nuit, en songe , il a vu le retour.

A ce propos , voici Thistoire qu’il m’a dite ,

Et sur qui j’ai tantôt notre fourbe construite.

C’est assez ; je sais tout : tu me l’as dit deux fois. Mascarille.

Oui, oui î mais quand j’aurois passé jusques à trois , Peut-être encor qu’avec toute sa stiffisance Votre esprit manquera dans quelque circonstance.

Mais à tant différer je me fais de l’effort.

Mascarille.

Ah ! de peur de tomber , ne courons pas si fort ! Voyez-vous ? vous avez la caboche un peu dure: Rendez-vous affermi dessus certe aventure.

Autrefois Trufaldin de Naples est sorti,

Et s’appelloit alors Zanobio Riiberti.

Un parti qui causa quelqu’émeute civile.

Dont il fut seulement soupçonné dans sa ville,

{ De fait il n’est pas homme à troubler un État )

I ’obligea d’en sortit une nuit, sans éclat.

Une fille , fort jeune , et sa femme laissées ,

A quelque tems delà se trouvant trépassées,

II en eut la nouvelle; et , dans ce grand ennui , Voulant dans quelque ville emmener avec lui.

Outre scs biens , l’espoir qui restoit de sa race,

Un sien fils, écolier, qui se nommoit Horace,

Il écrit à Bologne, où, pour mieux être instruit,

H ij

Un certain Maître Albert , jeune , l’avoît conduit.

Mais, pour se joindre tous , le rendez-vous qu’il donne', Uurant deux ans entiers , ne lui fit voir personne :

Si bien que , les jugeant morts apres ce tems-Ià,

Il vint en cette ville , et prit le nom qu’il a ,

Sans que de cet Albert, ni'dc ce fils Horace,

Douze ans aient découvert jamais la moindre trace. Voilà l’histoire en gros , redite seulement Afin de vous scivir ici de fondement.

Maintenant vous serez un marchand d’Arménie,

Qui les aurez vus sains l’un et l’autre en Turquie.

Si j’ai, plutôt qu’aucun , un tel moyen trouvé Pour les ressusciter sur ce qu’il a r8vé ,

C’est qu’en fait d’aventure il est trés-ordinaire De voir gens pris sur mer par quelque Turc corsaire. Puis cire à leur famille , à point nommé , rendus.

Après quinze ou vingt ans qu’on les a cru perdus.

Pour moi, j’ai vu déjà cent contes de la sorte.

Sans nous alambiquer , servons- nous-en ; qu’importe ? Vous leur aurez ouï leur disgrâce conter.

Et leur aurez fourni de quoi se racheter;

Mais que parti plutôt pour chose nécessaire,

Horace vous chargea de voir ici son perc ,

Dont il a su le sort , et chez qui vous devez Attendre quelques jours qu’ils y soient arrivés*

Je vous ai fait tantôt des leçons étendues.

Ces répétitions ne sont que superflues.

Dès l’abord , mon esprit a compris tout le fait.

COMÉDIE. (S

Je m’en vais là-dcdans donner le premier trait.

écoute , Mascarillc , un seul point me chagrine.

S’il alloic de son hls me demander la mine?

Mascarille.

Délie difficulté ! Devez-vous pas savoir Qu’il étoit fort petit alors qu’il l’a pu voir?

Et puis , outre cela, le tems et l’esclavage Pourroient-tls pas avoir changé tout son visage?

11 est vrai.... Mais, dis-moi, s’il connoît qu’il m’a vu, Que faire ?

Mascarille.

De mémoire 6tes-vous dépourvu ?

Nous avons dit tantôt qu’outre que votre image N’avoit dans son esprit pu faire qu’un passage ,

Pour ne vous avoir vu que durant un moment.

Et le poil et l’habit déguisent grandement.

Lé L I E.

Fort bien.... Mais, à propos, cet endroit de Turquie? Mascarille.

Tout, vous dis-je, est égal, Turquie ou Barbarie.

Mais le nom de la ville où j’aurai pu les voir ?

( A part, )

Tunis.... Il me tiendra, je crois, jusquesau soir.

La répétition, dit-il, est inutile.

Et j’ai déjà nommé douze fois cette ville.

H ii|

r> L’ÉTOURDI

Va, va-t-cn cornmcnctr ; il ne me faut plus rien. Mascarille.

Au moins , soyez prudent et vous conduisez bien.

, Ne donnez point ici de l’imaginative.

Laisse- moi gouverner. Que ton amc est craintive i Mascarille.

Horace ; dans Bologne , écolier. Trufaldin ;

Zanobio, Kuberti; dans Naples, citadin.

Le précepteur Albert.

Ah I c’est me faire honte

Que de me tant prêcher ! Suis-je un sot , à ton compte?

Non pas du tout; mais bien quelque chose approchant.

( Il t'en va. )

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