MASCARILLE, CÉLIE , HIPPOLYTE
Mascarille, i Ciflie.
grande nouvelle, et succès surprenant^ Que ma bouche vous vient annoncer maintenant.
Qu’est -ce donc ?
MASCARItLE.
Écoute!, voici sans flatterie...,
Quoi ?
Ma SCARItLE.
La fin d’une vraie et pure comédie.
La vieille Egyptienne à l’heure meme....
CÉLIE
. Hé bien î
Mascarille.
Passoit dedans la place et ne songeoit à rien ,
Alors qu’une autre vieille , assez défigurée , •
L’ayant de près , au nez , long tems considérée,
Par un bruit enroué de mots injurieux ,
L üj
iif L'ÉTOURDI.
A donné le signa! d’iin combat furieux ,
Qui pour armes pourtant , mousquets , dagues , ou fléchés.
Ne faisoit voit en l’air que quatre griffes sèches.
Dont ces deux combattans s’efForçoient d’arracher
Ce peu que sur leurs os les ans laissent de chair.
On n’entend que ces mots : « Chienne, louve, bagace !...>>
D’abord leurs cscoflfîons ont volé par la place ,
Et laissant voir à nu deux têtes sans cheveux.
Ont rendu le combat risiblement affreux.
Andres et Trufaldin , à l’éclat du murmure.
Ainsi que force monde accourus d’aventure.
Ont à les décharpir eu de la peine assez.
Tant leurs esprits éroient par la fureur poussés l Cependant que chacune , après cette tempête.
Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête.
Et que l’on veut savoir qui causoit cette humeur.
Celle qui la première avoir fait la rumeur.
Malgré la passion dont elle étoit émue.
Ayant sur Trufaldin long-tems tenu la vue: •
« C’est vous , si quelque erreur n’abuse ici mes yeux,
« Qu’on m’a dit qui viviez inconnu dans ces licu.x ? »».. A-t-elle dit tout haut. « O rencontre opportune!
» Oui , Seigneur Zanobio Ruberti, la fortune « Me fait vous rcconnoître , et dans le même instant ‘ Que pour votre intérêt je me tourmentois tant. v> Lorsque Naples vous vit quitter votre famille, sï l’avois , vous le savez , en mes mains votre fille ,
« Dont j’élevois Tcnfance, et qui , par mille traits,
» Faisoit voir , dès quatre ans, sa grâce et scs attraits? j
#> Celle que VOUS voyet, cette infime sorcîcre,
» Dedans notre maison se rendant familière,
» Mc vola ce trésor. Hélas ! de ce malheur ,
» Votre femme, je crois, conçut tant de douleur n Que cela servit fort pour avancer sa vie!
5» Si bien qu’entre mes mains cette fille ravie,
» Mc faisant redouter un reproche fâcheux ,
» Te vous fis annoncer la mort de toutes deux ;
» Mais il faut maintenant ,, puisque je l’ai connus, n Qu’elle fasse savoir ce qu’elle est devenueu »
Au nom de.Zanobio Ruberti, que sa voix Pendant tout ce récit répétoit plusieurs fois,
Andrés , ayant chançé quelque tems de visage,
A Trufaldin surpris a tenu ce langage:
« Quoi donc ! le Ciel me fait trouver heureusement » Celui que jusqu’ici j’ai cherché vainement , i"» Et que j’avoîs pu voir , sans pourtant reconnoîtrO ' » La source de mon sang et l’auteur de mon être ? n Oui, monpcrc, je suis Horace votre fils. '*
» D’Albert, qui rhe g^rdoit, les jours étant finis,
3» Me sentant naître au coeur d’autres inquiétudes,
»i Te sortis de Rologne , et , quittant mes études, ' » Portai , durant six ans, mes pas en divers lieux, ' » Selon que me poussoir un désir curieux.
it Pourtant , après ce tems , une sccrete envie ♦
3) Me pressa de revoir les miens et ma Patrie { ^
3> Mais dans Nai'les , hélas ! je ne vous trouvai plus ,
37 Et n’y sus votre sort que par des bruits confus :
37 Si bien qu’à votre quête ayant perdu mes peines,
37 Venise pour un tems borna mes courses vaines»
iiî? L’ÉTOURDI,
» Et j’ai v«5cu depuis , sans que de ma maison s> J’eusse d’autres clartés que d’en savoir le nom. »
Je vous laisse à juger si pendant ces affaires Trufaldin ressentoit des transports ordinaitcs.
Enfin , pour retrancher ce que plus à loisir Vous aurez le moyen de vous faire éclaircir.
Par la confession de votre Egyptienne ,
Trufaldin maintenant vous reconnoît pour sienne» Andrés est votre frère; et, comme de sa soeur Il ne peut plus songer à se voir possesseur ,
Une obligation , qu’il prétend rcconnoître,
A fait qu’il vous obtient pour épouse à mon maître. Dont le pere, témoin de tout l’événement.
Donne à cet hyménée un plein consentement.
Et , pour mettre une joie entière en sa famille.
Pour le nouvel Horace a proposé sa fille.
Voyez que d’inciUens à-la*fois enfantés!
Je demeure immobile à tant de nouveautés!
Tous viennent sur mes pas, hors les deux championnes* Qui du combat encor remettent leurs personnes, Léandrc est de la troupe , et votre pere aussi.
Moi, je vais avertir mon maître de ceci,
Et que , lorsqu’à ses voeux on croit le plus d’obstacle,