‹ Chef-d'œuvres de MolièreChapitre 84 sur 127 · ÉRASTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

ÉRASTE, GROS-RENÉ

f ux-TV que je te die ? Une atteinte secrette Vt laisse point mon amc en une bonne assiette:

Oui , quoi qu’à mon amour tu puisses nfpartir.

Il craint d’ètre la dupe à ne te point mentir,

Qu’en faveur d’un rival ta foi ne se corrompe.

Ou, du moins, qu’avec moi, toi -même on ne te trompe.

Gros-René.

Rour moi , me soupçonner de quelque mauvais tour.

Je dirai, n’en déplaise à Monsieur votre amour ,

A ij

Que c’cst injustement blesser ma prud’hommie»

Et SC connoître mal en physionomie.

I.es gens de mon minois ne sont point accusés D’être, grâces à Dieu, ni fourbes, ni rusés !

Cet honneur qu’on nous fait , je ne le démens gueres» Et suis homme fort rond , de toutes les manières.

Pour que l’on me trompât , cela se pourroit bien ,

Le doute est mieux fondé; pourtant je n’en crois rien* Je ne vois point encore, ou je suis une bête.

Sur quoi vous avtz pu prendre martel en tête.

LuciLc , à mon avis , vous montré assez d’amôur :

Elle vous voit, vous parle, à toute heure du jour;

Et Valerc, après tout, qui cause votre crainte.

Semble n’être à présent souffert que par contrainte*

Souvent d’un faux espoir un amant est nourrr.

Le mieux reçu touiours n’est pas le plus chéri ;

Et tout ce que d’ardeur font paroître les femmes. Parfois n’est qu’un beau voile à couvrir d’autres flammes.

Valcre enfin , pour être un amant rebutd,

Montre depuis un icms trop de tranquillité;

Et , ce qu’à ces faveurs , dont tu crois l’apparence,

Il témoigne de joie ou bien d’indifférence, M’empoisonne, à tous coups, leurs plus charmans appa^ Mc donne ce chagtin . que tu ne comprends pas.

Tient mon bonheur en duurc, et me tend diflîcile Une emiere croyance aux propos de I.ucilc.

Je voudrois, pour trouver un tel destin bien douxj. y voir entrer un peu de son transport jaloiuci

COMÉDIE

tt sur ses déplaisirs et son impatience.

Mon ame prcndroit lors une pleine assurance.

Toi-même , penses-tu qu’on puisse, comme il fait,

Voir.chérir un rival, d’un esprit satisfait?

Et si tu n’en crois rien , dis-moi, je t’en conjure.

Si j’ai lieu de réver dessus cette aventure?

Gros-René.

Peut-être que son coeur a changé de désirs, Connoissant qu’il poussoit d’inutiles soupirs.

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